‹ Le quatrième évangileChapitre 141 sur 857 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

3. « Ghristus natura sua lux erat, bonitate vero sua omnes prorsus homines volebat illuminare ; homines autem malitia sua oblalam ab eo lucem recipere noluerunt. » Maldonat, II, 400.

4. (( Si la axoxta, comme telle, ne reçoit pas la lumière, il n'y a aucune apparition de lumière (puisque la lumière est dans la axoxta), et s'il est question d'une partie de la axoxi'a qui ne se laisse pas éclairer, la chose n'a pas besoin d'être dite » (puisque l'obscurité n'existe qu'à condition de n'être pas éclairée). B. Wkiss, 57.

LE PROLOGUE

tourner la pensée des commentateurs occidentaux vers les hommes ténébreux. On a supposé que le choix du verbe n'avait pas été gouverné par le terme figuré qui sert de sujet. On a pensé aux hommes qui n'ont pas voulu comprendre la vérité de l'Evangile. Cependant l'auteur a parlé de la axoTi'a, et il ne serait pas naturel qu'il attribuât à la axoTta un acte d'intelligence. Il a dit que la lumière brille, et non qu'elle instruit; il n'a pas dû dire que l'obscurité « n'a pas compris » la lumière. Après avoir déclaré que la vie est devenue la lumière des hommes, il n'a pas dû résumer toute l'efficacité, toute l'histoire de la lumière parmi les hommes, en ce qu'elle brille au milieu de l'obscurité, comme si elle ne faisait pas autre chose, et qu'elle eût pour succès princijDal de n'être pas reçue par l'obscurité. Le lecteur attend une indication positive touchant l'action de la lumière, une proclamation de victoire, non un aveu d'impuissance. L'œuvre de la lumière ne peut aboutir à un résultat négatif. Jean, dans cette partie du prologue, résume en termes généraux l'économie de l'Evangile : il ne la concevait pas simplement comme une proposition d salut qui avait été refusée.

La plupart des Pères grecs, dont le témoignage est ici jDarticulièment important, parce qu'ils ont été bons juges du sens qui convenait au verbe qu'il s'agit d'interpréter, ont pensé que l'on relevait dans cette proposition l'incapacité des ténèbres à étouffer la lumière u L'obscurité ne l'a point arrêtée », contenue, retenue. La lumière a fait son chemin dans le monde, malgré les ténèbres qui y régnent. Que cette idée soit bien celle de l'évangéliste, c'est ce qui résulte du parallélisme qui existe entre les deux parties du prologue, et qui se trouve garanti par cette interprétation : la première partie conclut au triomphe de la lumière sur l'obscurité ; la seconde conclut à la manifestation de vérité qui est procurée aux

1. Par ex., Origène (Brooke, I, 92} : rj axoxt'a auto où xaxéXaêsv sî yàp où xaxéXaSe SiojÇaaa où xaxiXaCs. xai ott IBiwÇsv 7] axotta x6 cpoî; SfjXov ex te wv TCSTiovOev ô aojTTjp xai 01 7rapa8eÇajjL£vot aùxou xà [jiaGTf]'[jLaxa, xà l'Sta xéxva, x^ç cxoxtaç IvspYOÙar]? xaxa xôv uitov xou cptoxôç xai [BouXrjGei'arjç àTioBiwÇat àno xwv àvôpwxtov xô çwç. àXX' lutl èàv Oeoç uTtèp rjpiwv, oùBsi; xav PoùX7]xat 5uvr|cr£xai xa6'f)[i.wv, oato éauxoù; IxaTtsLvouv, xoaoùxco ^iXsi'ouç iyi^ovzo, xai xaxia)(^'jov CT<po'8pa aipo'Spa. Au témoignage des Pères grecs on peut ajouter celui de s. Éphrem [Ev. concord. expos., éd. Môsinger, p. 5, ap. Resch, Paralleltexte zu Johannes, 54) : « Et haec lux in tenebris lucebat, et tenebrae eam non vicerunt. » Il n'est pas sûr néanmoins que telle ait été la leçon du Diatessaron (cf. Nestlé, Einfûhrung in das Gr. N. Testament -, 234).

hommes par le Fils de Dieu; d'un côté comme de l'autre, c'est la lumière qui l'emporte, la vérité qui se fait jour, malgré l'opposition du monde. La même idée revient dans un passage parallèle, de la première Epître johannique ^, où les ténèbres qui ont été chassées des âmes fidèles se trouvent en opposition avec la lumière qui brille maintenant pour elles. Le même verbe se retrouve encore une fois dans le quatrième Evangile, toujours associé avec les ténèbres, lorsque Jésus dit aux Juifs : « Pour un peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez, tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous prennent. Car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va 2. » La lumière et les ténèbres dont on parle en cet endroit sont les mêmes que dans le prologue. L'association d'idées est la même. Pourquoi le même verbe serait-il employé en deux sens différents, dans deux phrases qui sont si étroitement apjDarentées pour le fond et pour la forme? On dit que, dans le passage cité, le verbe signifie (( surprendre », sens qui ne convient pas au prologue, tandis que le sens de (( saisir, appréhender », se trouve garanti par l'Ecclésiastique et l'Epître aux Romains ^. Mais il ne s'agit pas d'une simple surprise, de la nuit qui attend le voyageur; il s'agit de la puissance ténébreuse qui l'envahit en le rejoignant, et le met dans l'impossibilité de continuer sa route, de marcher dans la lumière et la vie. Les deux passages de l'Evangile sont rigoureusement parallèles : d'un côté, l'on voit les ténèbres, qui, d'une manière générale, n'ont pas réussi à arrêter la lumière; de l'autre, les ténèbres, qui, dans le cas parti-

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