‹ Le quatrième évangileChapitre 147 sur 857 · IIOLTZMANN · texte numérisé non relu

IIOLTZMANN

7. « Mirum quanto consensu veteres interprètes de Vcrbo antequam caro fieret hune locum intelligant. » Maldonat, II, 405.

LE PROLOGUE

latine ^ entendent ce passage du Verbe avant l'incarnation, et lisent : « Il y avait une vraie lumière, qui éclaire tout homme venant au monde. » Par ce moyen, le texte se trouve chargé de doctrine, mais la pensée se disperse, et la chaîne du discours est rompue. Après avoir annoncé la lumière à laquelle Jean sert de témoin, c'est-à-dire la lumière du Verbe incarné, l'historien remonterait à l'origine des choses et parlerait de la lumière éternelle qui éclaire tout homme venant au monde, soit par le don de la raison naturelle, soit par le don surnaturel de la foi, sans que d'ailleurs les hommes aient jamais profité de ces faveurs. Puis le fil du récit se retrouverait : Il vint chez lui et les siens ne le reçurent pas. » Ces grands écarts d'idée ne sont aucunement suggérés par la teneur du discours, et rien n'est plus facile à suivre qu'une chaîne dont tous les anneaux se déroulent un à un, en sortant l'un de l'autre : Jean est venu ; il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière ; la lumière, la vraie ~, celle qui mérite ce nom bien plus que celle dont s'éclairent nos yeux, parut alors dans le monde, et c'est pour cela que Jean a voulu lui rendre témoignage ; elle est venue dans le monde et n'y a pas été reçue ; mais il y a pourtant des hommes qui en ont profité, qui ont cru en celui qui est la lumière, et qui par lui sont devenus enfants de Dieu 3. Ayant déclaré que Jean n'était pas la lumière, mais qu'il devait lui rendre témoignage, l'évangéliste continue tout naturellement : La lumière vraie était » auprès de Jean qui témoignait pour elle; cette lumière « qui éclaire tout homme », celle dont on a dit plus haut qu'elle brille dans les ténèbres, et qui, depuis qu'elle est entrée dans le monde avec le Verbe incarné, ne s'est pas éteinte, « la lumière vraie venait (était venant) dans le

1 . « Erat lux vera quœ illuminât omnem liominem venientem in hune mundum. »

2. V. 9. to îpoj; tô àXr]0tvov. La « vraie » lumière ne s'oppose pas à une lumière imparfaite, si l'on entend par là une lumière de même ordre (cf. siipr. p. 161, n. 2), mais à une lumière d'ordre inférieur, la lumière sensible qui n'est pas proprement la lumière. C'est ainsi que Jean dira « les vrais adorateurs » (iv, 23) ; <( le vrai pain » (vi, 32); « la vraie vigne » (xv, 4). Cf. Holtzmann, 44.

3. (< Cum, remotis auctoribus, verba considcro, perspiccre mihi plane videor, Joannem de Verbo loqui facto jam carne... Quis enim non videt eodem contexlu, eodem tenoreac proinde eodem sensu dicere : Inmundo erat, quo statim dicet : In propria venit ? Cum autem dicit : In propria venit, haud dubie de adventu in carnem loquitur, » Maldonaï,!!, 406.

monde. » Le complément : « venant dans le monde ^ », n'ajoute rien à l'idée de (( tout homme ». L'insertion de l'incidente : « qui éclaire tout homme », entre le sujet : « la vraie lumière », et le complément : (( venant au monde », n'a rien d'irrégulier 2, car l'auteur est pressé de qualifier la vraie lumière avant d'indiquer sa venue ; il veut d'abord la caractériser par son effet, en regard de celui qui lui rend témoignage, et pour montrer que c'est la même qu'il a déjà célébrée plus haut. D'autres passages de l'Evangile présentent des constructions analogues On conçoit que l'évangéliste puisse dire ensuite, ayant en pensée celui qui est la vraie lumière : a II était dans le monde, dans le monde qui a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu. » Serait-il donc si surprenant que le monde n'eût pas connu le Verbe avant l'incarnation * ? L'auteur ne parle pas d'autre lumière que celle du salut. Jésus la propose à tous les hommes, mais tous ne la reçoivent pas. La lumière a qui vient » est le Messie, « celui qui doit venir ^ », et cette allusion à un titre messianique convient mieux au Verbe incarné qu'au Verbe avant l'incarnation ^.

Le monde au milieu duquel était le Verbe n'est pas l'univers considéré dans son ensemble, ni les créatures raisonnables qui ont existé sur la terre depuis le commencement, mais le monde pris au

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