‹ Le quatrième évangileChapitre 146 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

3 . L'existence d'une telle secte dans le milieu asiatique où parut le quatrième Évangile est simplement possible. Les Actes (xviii, 24-xix, 6) signalent la présence à Ephèse d'un certain nombre de croyants, dont Apollos, qui avaient reçu le baptême de Jean, et qui reçurent ensuite le baptême chrétien. Le fait ne manque pas de signification. Mais de ce qu'il y avait à Éphèse, vers l'an 50 ou 55, quelques sectateurs de Jean, il ne suit pas que le Baptiste eût dans cette ville, un demi-siccle plus tard, des dévots assez nombreux pour inquiéter les chefs de la propagande chrétienne. L'importance que l'évangéliste attache au témoignage de Jean s'explique néanmoins plus facilement s'il avait un intérêt actuel à le faire valoir contre certains adversaires du christianisme. Mais ces adversaires pourraient être simplement les Juifs.

LE PROLOGUE

Dans la suite de son livre, l'auteur choisira d'autres faits particuliers qui fournissent un point de départ et une sorte de thème convenables pour l'enseig-nement. La descente du Saint-Esprit, le baptême de Jésus, le témoignage de Jean-Baptiste se recommandaient à l'évangéliste docteur comme le fait initial dont il fallait dégager la haute signification. On peut dire que, dans la tradition synojDtique, le baptême du Christ apparaît comme la consécration solennelle de son rôle messianique. Jean Ta compris de même. C'est dans la scène du baptême que Fincarnation du Verbe est, en quelque sorte, rendue publique. Jean-Baptiste est amené comme témoin de l'incarnation, parce qu'il est le témoin du Messie. Voilà pourquoi la définition même de l'incarnation du Verbe se trouve comme enchâssée dans le paragraphe consacré au Précurseur. L'incarnation du Verbe, la descente du Saint-Esprit, le témoignage de Jean se présentent sur la même ligne dans la perspective évangélique. L'incarnation est la vérité supérieure dont la descente de l'Esprit est comme l'expression sensible, attestée par le Baptiste. Cette idée domine tous les récits où Jean intervient, et la préoccupation de l'évangéliste est de lui 'donner plein relief.

Jean-Baptiste fut envoyé de Dieu^, comme les prophètes d'autrefois. Il fut envoyé pour rendre témoignage à cette lumière dont on a dit plus haut qu'elle a paru pour les hommes, brillant parmi les ténèbres, sans qu'il ait été donné aux ténèbres d'empêcher son action bienfaisante. Jean vint donc pour témoigner au sujet de la lumière. La suite montre que cette lumière n'est pas une abstraction, mais un être personnel. Jean est venu pour donner son témoignage à Jésus, qui est la vraie lumière. C'est l'histoire qui gouverne ici la spéculation théologique. Une lumière qui brille devant tous se déclare elle-même présente. Mais les termes qu'emploie l'évangéliste ne sont abstraits qu'en apparence. La lumière n'est pas autre chose que la réalité de l'Evangile et que le Sauveur lui-même en qui l'on doit croire. Le témoignage de Jean-Baptiste doit contribuer à produire cette foi. Jusqu'à la fin de son livre, l'évangéliste accu-

1. V. 6 sys'veTo àv0pto;io; y.xl. fait écho à Marc, i, 4; c'est le commencement historique de l'Évangile. L'intention d'opposer « l'homme qui devint », au

Verbe qui était» (cf. supr.p. 158, n.2), serait bien subtile. Elle n'est pas accusée dans le texte, et il faudrait admettre que l'auteur fait un jeu de mots d'ailleurs assez froid et inutile.

mulera ainsi les témoignag-es en faveur de Jésus ; car il a écrit pour que Ton croie et qu'on trouve la vie dans la foi K Bien que le Précurseur n'ait parlé qu'aux Juifs, la portée de son attestation est universelle : tous les hommes ont besoin de la foi, et la parole de Jean, de l'homme envoyé de Dieu, vaut pour tous. A tous il peut dire et il dit qui est la lumière. On doit l'en croire ; car non seulement il est prophète, mais il a vu ce qu'il dit. Ce témoignage n'est pas conçu comme nécessaire à celui qui en est l'objet ~. Il n'est pas contestable pour ceux à qui il s'adresse et qui sont tenus d'en profiter; il est devenu possible et utile, parce que le Verbe fait chair n'a pas manifesté sa gloire devant tous les hommes, et que beaucoup doivent et devront croire sans avoir vu ^.

Jean « n'était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière ». Le témoignage du Précurseur, dans les Synoptiques, se présente ainsi comme une assertion positive de ce qu'est le Christ, et comme une déclaration négative par laquelle Jean, déclinant pour son propre compte la dignité de Messie, se subordonne à celui qui doit venir après lui ^. Cette double face du témoignage est accentuée dans le quatrième Evangile. L'affirmation et la négation se complètent, ou plutôt la négation corrobore l'affirmation, et il n'est pas autrement indispensable de supposer à l'évangéliste quelque intention particulière, comme s'il voulait formellement prouver que Jean n'était pas le Messie. La proposition négative est construite de telle sorte que l'accent ne porte pas sur le sujet, mais sur la négation ^ : dire que Jean-Baptiste n'était pas la lumière est une autre façon d'affirmer que Jésus est la vraie lumière ; et répéter que le Précurseur devait rendre témoignage à la lumière est diriger l'attention vers celui k qui Jean rend témoignage.

Dans le temps même où Jean-Baptiste exerçait sa mission de prophète, « la vraie lumière, qui éclaire tout homme, venait dans le monde ». La plupart des anciens commentateurs^ et la Vulgate

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