Cf. Matïii. XI, .3; Luc, vu
6. E. A. Ai'.HOTT (a/'<. cit. 1800) voit une antithèse entre la lumière qui « venait» éclairer les hommes avant l'incarnation, et le Verbe incarné qui a « habité » parmi eux. Mais en quoi la venue s'oppose-t-elle au séjour? N'en est-elle pas la condition préliminaire?
LE PROLOGUE
moment de rincarnation, et considéré principalement dans les hommes alors vivants, parmi lesquels on doit encore distinguer ceux qui ont pu voir le Verbe fait chair sans vouloir le reconnaître. Nulle part dans le prologue on n'envisag-e directement le rapport du Verbe avec le monde avant l'incarnation, si ce n'est pour faire valoir sa participation à l'acte créateur. Insensiblement le Logos est substitué à la lumière comme sujet du discours ; la lumière (ou la vie) étant essentiellement liée à la manifestation du Verbe dans la chair le Verbe intervient comme celui qui procure aux hommes la vie spirituelle. L'opposition qu'il rencontre est indiquée d'abord en général. Le Verbe apportait au monde la lumière de vie, et le monde, la majorité des hommes à qui cette lumière a été proposée, n'a pas connu le Verbe, n'a pas cru en Jésus.
C'est la même idée qui est exprimée de façon plus nette dans le verset suivant : « Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. » Les hommes sont visés directement. Beaucoup d'interprètes pensent même que les Juifs sont dénoncés de manière expresse, comme étant, parmi les hommes, ceux qui ont rejeté le Verbe. La Judée serait dite la propriété du Verbe, parce que ce fut la terre du Seigneur, et les Juifs seraient dits les familiers du Verbe, les gens de sa maison, parce qu'ils étaient le peuple de Dieu. La pensée de l'évangéliste, en s'appliquant à la réalité des choses, se ferait plus précise. Néanmoins, puisqu'on vient de rappeler que le monde existe par le Verbe, et que rien dans le contexte ne dirige l'attention vers le peuple juif, l'évangéliste partageant les hommes en deux catégories entre lesquelles se répartissent les Juifs aussi bien que les Gentils, à savoir, ceux qui ont reçu le Christ et ceux qui ne l'ont pas reçu, il paraît plus naturel d'admettre que « la propriété » du Verbe est le monde, et que « les siens » sont les hommes, ses créatures ~. Les Juifs ne sont pas moins atteints implicitement, avant tous les autres hommes, par le jugement porté contre les incrédules, puisque le Verbe s'est manifesté à eux dans
1. Dans tout l'Evangile « la venue » s'entend de la manifestation du Verbe incarné; de môme « la lumière» s'entend du Verbe révélé en Jésus. Cf. m, 19; VIII, 12; IX, 5, etc.
2. Cf. X. 16. <( Nec enim de eo titulo Joannes agebat, quo populus Juda'orum proprius et peculiaris dicebatur, quod ab eo electus esset, quod legcm et futuras Messiae piomissiones accepisset, sed de eo potius quo universus omnino mundus ejus erat, quia per ipsum erat factus. » Maldonat, II, 408. Voir Holtz- MANN, 33 ; Grh.l, 97.
la chair avant d'être annoncé aux Gentils. Mais le jugement qui les condamne n'est pas motivé par* leur qualité de Juifs, enfants d'Abraham, héritiers des promesses divines ; il est motivé par leur qualité de créatures, qualité qu'ils partagent avec toute Fhumanité. On ne voit pas que le quatrième Évangile fasse grand état du privilège des Juifs 1, et il est peu probable que Fauteur ait voulu rappeler en cet endroit la situation exceptionnelle du peuple hébreu à l'égard du vrai Dieu. Le salut vient des Juifs : c'est un fait expressément reconnu par l'évangéliste, mais qui n'implique à l'égard du passé qu'un honorable souvenir, sans créer d'avantage pour le présent. Car on n'adore plus sur le Garizim ni à Jérusalem, et les vrais adorateurs servent le Père en esprit et en vérité
Bien que le plus grand nombre des hommes aient résisté au Verbe, et que, pour cette raison même, la lumière brille au milieu des ténèbres, il est vrai pourtant que les ténèbres ne l'ont point arrêtée, car il y a des hommes qui ont reçu le Verbe et qui participent à ses bienfaits. Recevoir le Verbe, c'est se montrer disposé à l'écouter, puis l'entendre, puis croire en lui. Ceux qui l'ont reçu en ont été récompensés : « il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». Les Juifs qui ont rejeté le Christ se prétendaient enfants de Dieu, parce qu'ils étaient enfants d'Abraham ^. Mais les vrais enfants de Dieu sont tous ceux qui, Juifs ou Gentils, sont nés de l'esprit, ceux qui, par Jésus, par la vertu de sa parole, ont été régénérés dans l'eau et dans l'Esprit-Saint ^. C'est par la foi qu'ils ont obtenu la faculté de devenir ainsi les vrais enfants de Dieu, parce qu'ils ont cru au nom du Verbe, c'est-à-dire parce qu'ils l'ont accepté pour ce qu'il est, le Fils unique de Dieu, qui annonce aux hommes la vérité du Père.
Dans le texte ordinaire, les paroles qui suivent doivent expliquer en quoi consiste la filiation divine des fidèles. La liaison ne se fait pas sans quelque embarras de la construction logique. L'explication donnée paraît obscure en cet endroit, et elle ne devient intelligible qu'après qu'on a lu le discours de Jésus à Nicodème. Là est traitée ex professa la question de la filiation divine, en tant que les hommes peuvent y arriver par la génération spirituelle