III, li
LE PROLOGUE
dont leur foi est la condition préalable. On est donc obligé de dire que révangéliste a fait une sorte d'anticipation doctrinale qui dérange l'économie de son exposition. Il sera évident, par la suite, que les hommes deviennent enfants de Dieu par adoption, à l'imitation du Fils unique, et l'on peut trouver surprenant que l'évangéliste ait décrit la filiation adoptive avant même d'avoir prononcé le nom du Fils premier né. Cette irrégularité apparente, dont on ne s'étonnerait qu'à moitié chez saint Paul, est extraordinaire dans le quatrième Evangile, où les idées se déduisent assez lentement, l'une amenant l'autre, sans inversion déconcertante pour le lecteur. A ne consulter que l'enchaînement naturel des pensées, ce que l'on attendrait ici serait un développement sur la personne du Verbe manifesté, pour déterminer sa situation à l'égard de ceux qui par lui deviennent fîls de Dieu, et pour préparer la définition solennelle et précise de l'incarnation. Le fil des idées est rompu par ces considérations abstraites sur la génération spirituelle des enfants de Dieu ; et quand on les a lues, on se voit en présence d'une autre énigme, d'une idée qui ne se relie pas bien à ce qui précède. On était entraîné dans une spéculation de longue portée, et l'on est tout à coup ramené en arrière par cette révélation inattendue : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. )> Au point de vue de l'agencement extérieur des phrases dans le prologue, la construction n'est pas moins anormale : après la strophe qui finit par les mots : « en son nom », Fartifice ordinaire de la construction rythmique demanderait plutôt qu'on parlât du Verbe ; puis, comme la définition de l'incarnation se rattache par une conjonction à ce qui précède, il semblerait que la proposition précédente ait dû fournir quelque amorce à la reprise, et pourtant il n'en est rien.
Les commentateurs font de louables efforts pour éclaircir ce passage difficile. Si l'on suit rigoureusement la construction grammaticale, étant donn.é que le pronom relatif, dans la proposition : « Ceux qui ne sont pas nés du sang », etc., paraît dépendre du participe, (( ceux qui croient ^ », on arrive à cette idée, que les