IV
quand (les g-ens) sont grisés, (on donne) le moins bon. Toi, tu as réservé le bon vin jusqu'à ce moment. » 11. Tel fut le premier des miracles que fit Jésus, à Cana de Galilée, et il révéla sa gloire, et ses disciples crurent en lui. 12. Après cela, il descendit à Gapharnaûm, lui et sa mère, ses frères et ses disciples, et ils y restèrent assez peu de jours.
Le premier miracle de Jésus est daté par rapport aux événements qui Font précédé; mais on ne voit pas clairement à partir de quel point on doit compter les trois jours. Les commentateurs modernes admettent volontiers qu'il s'agit du troisième jour après la vocation de Philippe K 11 est certain que ce troisième jour n'est pas le troisième jour de la semaine ; il doit s'entendre relativement à un autre jour indiqué plus haut, et non pas à l'arrivée du Sauveur en Galilée ou à Gana, puisque cette circonstance n'est pas mentionnée dans le récit. G'est un mode de transition familier au quatrième Evang-ile que de marquer ainsi le rapport chronolog-ique du fait qui va être raconté, avec celui qu'on vient de voir. Les morceaux précédents ont été enchaînés de cette façon : il y a eu d'abord le témoignag-e de Jean devant les pharisiens ; le lendemain -, a lieu le témoignage devant Jésus ; le lendemain André et le disciple anonyme se joignent au Ghrist; le lendemain , Jésus part pour la Galilée, rencontre Philippe et convertit Nathanaël. Ghacune de ces données se réfère à celle qui vient immédiatement avant elle. On est donc autorisé à penser que <( le troisième jour >), le jour du miracle de Gana, est dit (( troisième » par rapport au dernier. On ne voit pas, disent les commentateurs, pourquoi « le troisième jour » serait compté à partir du premier ou du second « lendemain » : qu'est-ce qui empêchait l'auteur de commencer ce récit comme les autres : « Et le lendemain il y eut des noces à Gana »? La conclusion serait tout à fait rigoureuse s'il n'y avait parmi les trois lendemains un jour qui est vraiment, pour l'auteur, le commencement de l'Evangile et qui domine dans sa pensée les jours qui suivent. Ge jour est celui où Jésus est venu trouver Jean, celui oii Jean a vu l'Esprit descendre sur Jésus, où Jean a dit pour la première fois : « Voici l'Agneau de Dieu. » Le premier jour après
LES NOCES DE CANA
celui-là est marqué par la vocation des trois premiers disciples; le second, par la vocation de Philippe et de Nathanaël ; si le troisième était celui du miracle de Gana, on devrait dire que l'auteur a voulu rattacher directement cette journée remarquable au début même de TEvang-ile, en rompant avec une formule déjà employée à deux reprises et qui devenait monotone L Quant aux difficultés qui peuvent résulter de l'accumulation d'un si grand nombre de faits en un si court espace de temps, on est dispensé de s'y arrêter, si l'on admet que ce lien chronologique est apparent, non réel, qu'il équivaut à un lien logique, et si l'on observe que les mêmes difficultés subsistent lors même que l'on gagnerait un jour ou deux. Un interprète ancien avait trouvé que « le troisième jour » devait être le troisième après que Jésus fut revenu du désert : il faisait violence au texte, mais son intention d'élargir le cadre johannique était bien légitime. Peut-être rencontrerait-on la pensée de l'auteur en disant que ce « troisième jour » est le plus grand des grands jours qui ont suivi la descente de l'Esprit, si bien que l'indication se rapporte à la fois et au jour du baptême, et aux deux jours signalés par la rencontre des disciples; seulement aucun de ces jours n'est à prendre pour un terme chronologique de valeur absolue
Eusèbe identifiait Cana de Galilée avec la ville de la tribu d'Aser dont il est question au livre de Josué \ sans doute parce qu'il ne voyait pas d'autre Gana dans l'Ecriture, et qu'il ne connaissait pas de tradition historique touchant le bourg dont parle Jean. Saint Jérôme place Gana dans la région de Nazareth et du Thabor Il est probable que la localité visée par saint Jérôme est celle qui
1. « Cum enim bis jam dixisset : tj] sTraupiov, crasfino die, ratio postulabat ut tertio loco diceret : die tertio, ut lector intelligeret quotus ab illo primo dies esset. » Maldonat, II, 454. Cf. supi\ p. 213.