Cf. ScHANz, Ev. d. h. Johannes
4. Mentionnons encore un contemporain d'Irénée, Théophile dWntioche, qui, vers 180-185, allègue en ces termes le quatrième Évangile, à propos de la génération du Verbe {Ad. Autolyc. ii, 13) : oôsv Btoàaxouaiv TjjjLa; al (xyiai ypacpal xai TtàvTsç 01 ;cvsu[jLaToçpopoi, wv 'Ituàvvrjç Xéyer èv àpyji rjv ô Xdyoç. Théophile avait écrit un commentaire sur les quatre Évangiles (Jérôme, De vir. 25, et Ep. 121, ad Algasiam).
5. Adv. Marc, iv, 5 : « Licet et Marcus quod edidit Pétri affîrmetur, cujus interpres Marcus : nam et Lucae dig(;stum Paulo adscribere soient. Capit magistrorum videri quae discipuli promulgarint. »
6. Adv. Marc. iv. 2 : u Constituimus in primis euangelicum instrumentum apostolos auctores habere, quibus hoc munus euangelii promulgandi ab ipso Domino sit impositum ; si et apostolicos, non tamen solos, sed cum apostolis et
INTRODUCTION
controverse au sujet de Jean, que son contemporain Hippolyte a connue, n'existe pas pour lui. L'état d'esprit de Tertullien sera désormais celui des écrivains ecclésiastiques, et l'on peut dire de la tradition chrétienne, jusqu'aux abords du xix® siècle. Les alog^es, qui, en leur temps, pensèrent être des conservateurs très orthodoxes \ feront à saint Epiphane l'effet d'êtres dépourvus de sens commun, et l'on n'a pas fini encore de les trouver stupides ^.
On peut cependant aujourd'hui comprendre leurs doutes, sans approuver leur polémique. On peut croire qu'ils eurent tort d'attribuer à Cérinthe le quatrième Évangile et l'Apocalypse. Mais allaient-ils contre l'évidence du témoignage historique en niant que ces écrits fussent d'un apôtre, et en particulier de Jean fils de Zébédée? Sur ce dernier point, beaucoup de critiques, depuis un siècle, leur ont donné raison. C'est le travail de la critique moderne sur le quatrième Evangile qu'il convient maintenant d'analyser, après avoir analysé le témoignage de la tradition. De celui-ci l'on ne peut tirer l'évidence de l'authenticité johannique; mais on ne peut pas non plus en tirer la preuve de l'inauthenticité. Au point de vue de l'histoire , le témoignage est insuffisant pour que l'on affirme l'authenticité sans hésitation. Le séjour et la mort de l'apôtre Jean à Ephèse ne sont pas des faits historiquement certains, on pourrait presque dire que ce ne sont pas des faits historiquement attestés : il y a des chances pour qu'on ait substitué dans la tradition Jean l'Apôtre à Jean l'Ancien, disciple du Seigneur. La composition même de l'Évangile par Jean d'Éphèse, qu'il soit l'Apôtre ou l'Ancien, devant le silence de Papias, de Polycarpe, l'ignorance d'Irénée, la contradiction des aloges, ne peut être considérée comme au-dessus de tout doute : il y a des chances pour que le nom de Jean ait été exploité au profit d'un livre dont il n'était pas l'auteur. L'examen critique de l'Évangile pourra confirmer ces doutes ou les détruire. Si ce livre apparaît avec toutes les marques d'une œuvre apostolique, les incertitudes et les obscurités de la tradition se dissiperont à la clarté du témoignage intrinsèque. Si les signes de l'apostolicité font défaut, si l'ouvrage est tel qu'il ait pu être composé
post apostolos. Quoniam praedicatio discipulorum suspecta fieri posset de gloriae studio, si non adsistat illi auctoritas magistrorum, imo Christi qui magistros apostolos facit. Denique nobis fidem ex apostolis lohannes et Matthaeus insinuant; ex apostolicis Lucas et Marcus instaurant. »
1. Épiphane, Haer. 51, 3. BoxoOai yàp xcd aùroi xà l'aa rctaxEueiv r][j.tv, [xr; xars- )(^ovTE$ 8è Ta àa<paX7j xou êx ôeou or/.ovo[i.riO£VTo; tjijlÏv 8tà zou ayiou 'Loavvou xrjp-jyijLaTo; eupe67)'aovTai SieXeY/ofxevoi ev oi; àyvoou'Ji, Trco? xatà àX7]G£taç ÈTcaipovTat ttjv yvwaiv. Cf. CoRssEN, 59-61.
2. (( A shadowy sect... stupid people. » II. R. Reynolds, Dictionary of ihe Bible (Hasïings), II, 701 b.
par toute autre personne qu'un apôtre, et même plus facilement par toute autre personne que par un apôtre, les doutes seront fortifiés au lieu d'être anéantis, et Thypothèse de Tinauthenticité sera, pour le critique, plus facile à défendre que celle de Tauthenticité.
§ II. — Le quatrième évangile et la critique moderne
Le rapport de Jean avec les Synoptiques a de tout temps préoccupé les exégètes. Gomme ce rapport a été le point de départ de la critique moderne, il avait été le grand argument des aloges contre la canonicité et l'origine apostolique du quatrième Evangile. Mais si les aloges avaient soulevé les deux objections que la critique de nos jours a reprises, à savoir la nouveauté de la conception générale, de la théorie du Verbe incarné, et l'incompatibilité du cadre historique de Jean avec le cadre synoptique, ils n'avaient pas poussé à fond leur examen, et ceux qui les combattirent leur opposèrent une fin de non recevoir, en s'appuyant sur le principe traditionnel de l'inspiration divine.
Les défenseurs de la tradition catholique^ c'est-à-dire du canon des quatre Évangiles, entrèrent encore moins que les aloges dans la signification réelle des divergences que les adversaires des écrits johanniques avaient signalées. Ils n'appréciaient pas ces différences au point de vue de la critique littéraire ou de la critique historique, mais au point de vue de l'esprit chrétien et du sentiment théologique. L'auteur du Canon de Muratori ne déclare-t-il pas que, si les quatre Evangiles ne commencent pas de la même manière, ils s'accordent sur les points essentiels de la foi chrétienne, tels que les énumère le symbole baptismal de l'Église romaine, naissance, mort, et résurrection du Christ, avènement glorieux pour le jugement? Ce vénérable théologien se contente de l'accord en matière de foi, ou du moins il voit dans cet accord la marque principale de l'inspiration divine. Irénée conçoit de même l'unité des Évangiles dans l'Esprit qui les domine et qui les pénètre. On considérait comme secondaire la conformité dans le détail des faits; mais on ne laissait pas de croire à l'existence et à la nécessité de cet accord, sauf à l'établir au moyen d'interprétations plus ou moins arbitraires, ou de conjectures gratuites et subtiles. Irénée n'a pas dit comment il conciliait son opinion touchant la vieillesse du Christ, avec les données de Luc sur l'âge de Jésus. Origène, qui écartait beaucoup de difficultés par des explications allégoriques^ était peut-être plus près qu'on ne le croit généralement delà pensée d'Irénée et de ceux qui avaient reçu Jean dans le canon évangélique, l'indifférence de ces personnages pour ce qui est simple matière d'histoire se rencontrant chez eux avec la plus grande liberté d'exégèse. Mais la préoccupation de l'accord matériel ne tarda pas à se faire jour et
INTRODUCTION
à s'imposer comme une conséquence du principe de Tinspiration biblique et de la canonicité évangélique. Eusèbe ^ et saint Jérôme ^ sont l'écho d'une tradition déjà ancienne lorsqu'ils affirment que Jean a écrit son Évangile pour compléter les récits des Synoptiques, où l'on trouve seulement les faits accomplis par le Sauveur dans la dernière année de son ministère, quoique Jean lui aussi s'étende principalement sur la dernière année. On multiplia les hypothèses de ce genre pour éliminer les contradictions nombreuses qu'une comparaison un peu attentive des Évangiles permet de constater; on n'hésita pas à disperser la matière synoptique dans le cadre johannique; là où les textes semblaient résister à tout accord, par exemple pour la date de la passion, pour les apparitions du Christ ressuscité, l'harmonie fut acquise par une exégèse violente et des suppositions imaginaires. Ce que l'on obtenait ainsi n'était pas l'unité historique, l'équilibre logique, dont on n'était pas autrement préoccupé, mais l'unité doctrinale, l'équilibre du commentaire théologique. Les défauts que cette méthode présente au point de vue de la critique n'étaient pas soupçonnés; jusqu'à nos jours même, la plupart des apologistes catholiques et beaucoup d'exégètes protestants ne les ont pas sentis. Il était inévitable néanmoins qu'on les remarquât dès que l'on commencerait à traiter les Évangiles comme des documents historiques et à discuter leur témoignage selon la méthode appliquée à toutes les œuvres littéraires de l'antiquité.
Les premiers doutes contre l'origine apostolique et l'historicité du quatrième Évangile se produisirent seulement à la fin du xviii*' siècle. Dans un ouvrage sur le désaccord des quatre évangélistes ^, publié en 1792, le déiste anglais Évanson attribua le quatrième Évangile à un platonicien du second siècle. En 1796, Eckermann ^ émit l'idée d'une double rédaction, l'œuvre authentique de l'apôtre Jean ayant reçu des compléments ultérieurs ; mais il se rétracta deux ans après. La même hypothèse fut reprise, en