Schegg, ap. Sghanz
LES NOCES DE CANA
elle ne pouvait avoir l'idée d'en demander un D'autres, interprétant bénignement ce que l'évangéliste dit du (( premier miracle » opéré par Jésus, pensent que sa famille avait été témoin de quelques prodiges -, ce qui est contredit par la tradition synoptique non moins que par la tradition johannique. C'est raisonner d'après les vraisemblances historiques sur des textes où la théologie a pris le ton de l'histoire. Il ne s'agit pas de savoir comment Marie aurait pu demander un miracle à son iils, mais si l'évangéliste attribue cette demande à « la mère de Jésus ». Or, il est presque ridicule, vu ridée que Jean veut donner du Christ, de supposer que sa mère lui demanderait de se procurer du vin par un moyen quelconque, par exemple, en en faisant apporter d'une autre maison. « La mère de Jésus » parle conformément à la théologie de l'incarnation ^. Ce qu'elle dit ressemble à la proposition de Satan, dans l'histoire de la tentation : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains » ^, sauf que ses paroles excluent le doute et que son intention est bienveillante. Ce rapprochement peut très bien avoir été conçu par l'évangéliste, qui ne perd pas de vue les Synoptiques, là où il paraît le plus s'éloigner d'eux. L'analogie de la situation est même tout à fait frappante, si l'on suit la leçon occidentale. L'observation de la mère est donc motivée par le cas où se trouvent Jésus et les disciples : « 11 n'y a pas de vin. » La famille est censée ne pouvoir remédier à cet inconvénient sur-lechamp, comme il le faudrait, ou bien même n'y être pas obligée. La mère parle à Jésus-Messie comme aurait pu le faire un disciple, lui demandant de pourvoir, par un miracle, à la bonne tenue du festin. Elle a une raison particulière d'intervenir, parce que, ayant participé au repas depuis le commencement, elle voit qu'il n'y a pas de vin, tandis que les disciples l'ignorent. Ce n'est pas l'intérêt de ses hôtes qui la décide à parler, mais celui qu'elle porte à