J. Réville
tême d'eau et du baptême d'esprit, les a préparées ; le changement de Teau en vin sig-nifîe le remplacement de l'eau de la Loi par le vin de l'Evangile, et l'on peut croire que le maître d'hôtel et l'époux qui interviennent à la fin du récit allégorique, quand le Christ et sa mère, l'Eglise juive, ûe sont plus en scène, figurent respectivement Jean-Baptiste et le Sauveur ; la purification du temple ^ sert d'introduction à la leçon sur la vraie purification, le baptême chrétien, par l'eau et l'esprit, dans le discours à Nicodème ~ ; le second témoignage de Jean renouvelle l'antithèse du régime des purifications légales et du régime de l'esprit, inauguré par l'époux, Jésus, dont Jean se déclare le garçon d'honneur, ce qui confirme l'interprétation qui vient d'être proposée pour le maître d'hôtel; et dans l'histoire de la Samaritaine, la religion de l'esprit sera figurée par le symbole de l'eau de la vie, que Jésus seul peut donner ^. Tous ces récits s'éclairent mutuellement, et il serait contraire à la saine raison de ne pas les expliquer l'un par l'autre, vu qu'ils présentent le même caractère.
L'histoire de Cana est d'ailleurs tout autre chose qu'une composition artificielle, élaborée par la réflexion d'un penseur vulgaire; c'est une sorte de vision géniale dont la tradition historique de l'Evangile a fourni les éléments; la combinaison s'est faite comme d'elle-même dans l'esprit de l'évangéliste, pour qui l'allégorie était devenue la forme ordinaire de la réflexion, et qu'il faut se représenter en même temps comme un prophète chrétien ^, contemplant la vérité dans le symbole et ne distinguant pas nettement l'un de l'autre, parce que les deux formaient devant son regard un seul tableau vivant et harmonieux. La question qui se pose tout de suite devant le lecteur moderne, à savoir, s'il s'agit d'un fait réel, n'est p'às ce qui préoccupait l'auteur. Pour lui, la vérité de la narration ne consiste pas dans son rapport avec Ja réalité matérielle d'un fait ancien, mais dans son aptitude à représenter sensiblement une réalité spirituelle. Il n'est donc pas nécessaire de chercher au récit des noces de Cana la moindre base historique, par