Ap. XII
10. On remarquera que le quatrième Evangile ne désigne jamais par son nom la mère de Jésus.
LES NOCES DE CANA
par un premier miracle. Dans un sens plus profond, au sens spirituel, comme disaient les anciens commentateurs, le temps n'est pas encore venu pour le Sauveur d'instituer par sa mort l'économie du salut. L'apostrophe : « Qu'y a-t-il de commun entre nous? » n'a plus rien de choquant si ce n-est pas un fils qui parle à sa mère, mais le Verbe divin au vieil Israël, et si l'opposition existe entre le Fils de Dieu allant à la mort, et le Messie juif éblouissant le monde par ses miracles. Le changement nécessaire s'accomplil, mais il ne s'accomplit encore qu'en figure. La réflexion du maître d'hôtel, sur le renversement de l'usage, correspond à la parole de Luc ' sur ceux qui préfèrent le vin vieux. A l'arrière-plan du récit, il y a la pensée de l'eucharistie. Le changement de l'eau en vin fait pendant à la multiplication des pains. Le vin de Gana représente le sang du Christ, le vrai breuvage Le miracle de Gana, la purification du temple sont comme les vignettes des discours qui viennent ensuite, et où il est question de la nouvelle naissance, de l'effacement de Jean devant celui qui est plus grand que lui, du nouveau culte en esprit et en vérité, c'est-àdire de l'activité créatrice et rénovatrice du Verbe-Ghrist. L'on a relevé aussi dans Philon certains passages où le Verbe est appelé le céleste breuvage des âmes et comparé à un maître d'hôtel qui présente la coupe de joie aux âmes bienheureuses, qui distribue du vin au lieu d'eau et remplit les âmes d'une ivresse divine Philon aura instruit l évangéliste à transformer en un récit vivant les métaphores et les paraboles des Synoptiques.
Le rapport avec Philon est d'une autre nature que les j^récédents, et n'est à citer que pour la comparaison ^. Mais la dépendance à l'égard des Synoptiques, dont différents traits se groupent ici en allégorie, ne paraît pas contestable. Le miracle de Gana fait partie d'une série d'instructions, sur la nouvelle alliance et la substitution d'une économie spirituelle du salut à l'économie extérieure de la Loi, qui sont groupées en quelque sorte sous le symbole de l'eau. Le témoignage de Jean, où est indi(]uée l'antithèse du bap-
2. Ce rapport du vin et du sang- (cf. xv, 1) est suggéré par l'eucharistie, et ridée du sang explique la parole : « Mon heure n'est pas encore venue. » Bai,-
DENSPRRGER, 62.