HOLTZMANN
A. LoisY. — Le ([niilrième Écaïujile. 21
retourné au ciel, rentré dans la g-loire du Père ? Ce ne doit pas être sans raison que l'auteur emploie ici le nom de « Fils de Thomme » ; il pense au Christ des Synoptiques et à l'interprétation messianique du passage de Daniel ' où Ton voit un être céleste, (( pareil à un fils d'homme, qui vient sur les nuées du ciel » ; il conçoit ce Fils de l'homme co:nme préexistant réellement à l'incarnation, et par conséquent il ridentifîe, d'une certaine manière, au Verbe Aurait-il voulu marquer en termes formels la permanence auprès du Père, dans le ciel, de ce type éternel, qui est le Verbe et qui s'est manifesté en Jésus ? Aurait-il ainsi préludé, en un sens, à la doctrine théolog'ique des deux natures dans Tunité de la personne ? Rien ne s'y oppose absolument, et le passag-e parallèle du prologue : « Nui n'a jamais vu Dieu ; le Fils Monogène, qui est dans sein du Père, nous l'a fait connaître », en recevrait quelque éclaircissement. Le Verbe, le Monogène, le Fils de l'homme, seraient, pour Jean, des définitions du Christ préexistant ^, bien qu'elles se rapportent à lui par des raisons différentes ; et quoique Tincarnation ait amené sur la terre le Verbe, Monogène divin et Fils de Thomme, ce Christ céleste ne laisserait pas, dans la pensée même de Févangéliste, de rester auprès du Père, tout en s'extériorisant sur la terre et dans Thumanité ; l'entrée de Jésus dans la gloire serait comme un retour du Verbe incarné à son type éternel. On rejoindrait ainsi le sens spirituel, qui, dans notre passage aussi bien que dans le prologue, transparaît sous la lettre. Car il paraît certain que l'évangéliste, en écrivant : « Nul n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel », pensait que Jésus était monté au ciel, après en être descendu par l'incarnation du Verbe ; et en ajoutant les mots : « qui est au ciel », à la mention du « Fils de l'homme », il songeait à Jésus assis à la droite du Père, après sa résurrection. Il était impossible de réunir en trois propositions plus de « choses célestes ». Le sens spirituel qui vient d'être indiqué n'est pas à prendre pour le sens unique du texte ^ ; et si l'on ne devait admettre qu'un sens, il faudrait s'en tenir à l'idée du séjour naturel.