‹ Le quatrième évangileChapitre 283 sur 857 · Baldenspeugeu · texte numérisé non relu

Baldenspeugeu

LA SAMARITAINE

(jEAN, IV, 1-42)

On ne dit pas ce qu'il advint de Jean après le dernier témoignag-e rendu par lui au Verbe incarné. Le discours du Précurseur s'est achevé dans des considérations générales qui ont évidemment plus d'importance que l'histoire aux yeux de l'auteur. Le Sauveur et Jean ne se rencontrent pas en cette occasion. Le quatrième Evangile s'accorde avec les Synoptiques pour ne les mettre en présence,qu'une seule fois, à l'occasion du baptême. Ainsi les entretiens fréquents de Jésus avec Jean, que Renan a décrits dans la Vie de Jésus sont une hypothèse exclue par la théologie johannique aussi bien que par la tradition synoptique. Plus loin, quand il sera question du Baptiste ^, on parlera de lui comme s'il était déjà mort. L'évangéliste a maintenant tiré du parallèle entre le Christ et Jean à peu près tout ce qu'il voulait. Mais il n'abandonne pas encore le thème de l'eau et de l'esprit.

IV, 1. Lors donc que le Seigneur connut que les pharisiens avaient appris que Jésus faisait plus de disciples et (en) baptisait plus que Jean, — 2. quoique Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples, — 3. il quitta la Judée et s'en alla de nouveau en Galilée. 4. Or il fallait qu'il passât par la Samarie. 5. 11 vint ainsi à une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob donna à son fils Joseph. 6. Et il y avait là le puits de Jacob. Jésus donc, fatigué du voyage, s'assit à même près du puits. Il était environ la sixième heure. 7. Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8. Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. 9. La femme

1 . Pp. 1 4 0-1 1 1 . Aucun critique ne voudrait souscrire aujourd'hui à cette assertion : « Loin que le Baptiste ait abdiqué devant Jésus, Jésus pendant tout le temps qu'il passa près de lui le reconnut pour supérieur et ne développa son propre génie que timidement. » Cf. supr. p. 240.

LA SAMARITAINE

samaritaine lai dit : « Comment toi, qui es juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? » Car les Juifs n'ont pas de commerce avec les Samaritains. 10. Jésus répondit et lui dit : u Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », toi-même lui aurais fait la demande, et il t'aurait donné de Teau vive. » 11. La femme lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où donc as-tu Teau vive? 12. Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné le puits et qui y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux? » 13. Jésus répondit et lui dit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif; 14. mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissant à une vie éternelle. » 15. La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, pour que je n'aie plus soif, et que je ne vienne plus (en) puiser ici. » 16. Il lui dit : « Va appeler ton mari, et reviens ici. » 17. La femme répondit et lui dit : « Je n'ai pas de mari. » Jésus lui dit : « Tu as dit avec raison que tu n'as pas de mari; 18, car tu as eu cinq maris, et maintenant celui que tu as n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. » 19. La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es prophète. 20. Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, vous dites que c'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. » 21. Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l'heure vient où vous n'adorerez plus le Père sur cette montagne, ni à Jérusalem. 22. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, parce que le salut vient des Juifs. 23. Mais l'heure vient, et elle est arrivée déjà, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tels sont les adorateurs que le Père demande. 24. Dieu est esprit, et il faut que les adorateurs l'adorent en esprit et en vérité. » 25. La femme lui dit : (( Je sais que le Messie, c'est-à-dire le Christ, doit venir. Quand il sera venu, il nous annoncera tout. » 26. Jésus lui dit : « C'est moimême, qui te parle. »

Jésus ^ quitte la Judée parce qu'on l'a informé du dépit conçu par les pharisiens en apprenant qu'il recrutait encore plus de disciples et baptisait plus de monde que Jean. Il a connu le fait par les g-ens qui venaient à lui, non par la querelle dont il a été parlé précédemment, et à laquelle Févang-éliste ne pense plus. Celui-ci doit avoir principalement en vue les pharisiens de Jérusalem, instruits des succès de Jésus par la rumeur publique. On n'entend pas dire qu'ils veuillent prendre parti pour Jean, bien au contraire; mais ils

1. Au commencement du v. 1, plusieurs anciens témoins (N D, mss. lat., Vg.) ont ô 'iTjaouç, d'autres (ABCL) ô /cupto;; cette dernière leçon paraît préférable.

commencent à être encore plus jaloux et inquiets de Jésus. Transition artificielle et dont il ne faut pas discuter la vraisemblance, en demandant pourquoi les pharisiens, qui ne se sont pas émus de ce que le Christ afaità Jérusalem, prennent ombrage de ce qu'il fait ensuite. L'auteur affecte, en quelque sorte, de rapporter textuellement le messag-e communiqué aux pharisiens, afin de le rectifier, (^e n'est pas, observe-t-il, que Jésus baptisât lui-même, mais ses disciples baptisaient pour lui. On a vu comment le narrateur a pu être amené à formuler cette distinction, pour justifier l'anticipation qu'il a faite sur le premier Evangile ^ et sur la réalité. Il applique au Sauveur ce que saint Paul ^ dit de lui-même -K A n'en juger que par sa teneur et selon les apparences, c'est pour faire valoir la dignité de Jésus que la remarque est énoncée : Jean donnait son baptême d'eau, qui n-'avait de sens qu'administré par ses mains; le baptême d'esprit se donne au nom de Jésus, et il n'est pas nécessaire que le Christ se livre à cet office; il le confie à ses disciples^.

Jésus donc se retire, pour échapper à la haine des pharisiens, parce que son heure n'est pas encore venue, et il prend le chemin de la Galilée, en traversant la Samarie, C'était le chemin direct, que l'on suivait ordinairement, à moins que, pour éviter la Samarie, on ne franchît le Jourdain et on ne passât par la Pérée, comme fît le Sauveur, d'après les Synoptiques, lors de son voyage à Jérusalem. Jésus n'avait pas l'intention de s'arrêter en Samarie, ni d'y prêcher; une circonstance providentielle lui fournit l'occasion de faire des disciples au centre même du pays samaritain, près du territoire que Jacob avait donné en héritage à son fils préféré. Ce territoire était voisin de Sichem; il se confond peut-être avec l'endroit où la tradition plaçait le tombeau de Joseph^. Les commentateurs ont toujours admis volontiers que Sychar était le nom même de Sichem, altéré par une sorte de dérision, pour

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