Cf. Marc, vi
.3. Baldensperger, 134.
ScnANz, 266, et beaucoup d'autres.
T). B. Weiss, 238.
LE PAIN DE VIE
On a vu que la première ascension est un trait proprement johannique, et qui reste tel quand même il aurait été suggéré par le récit de la seconde multiplication des pains en Matthieu ; ce trait doit être en rapport avec le symbolisme du récit dans le quatrième Evangile, tandis que la seconde ascension est un détail emprunté à l'Evangile synoptique, pour rejoindre celui-ci et introduire le récit de la marche sur les eaux. Selon Marc et Matthieu Jésus est au bord du lac pour la multiplication des pains ; comme s'il voulait rester seul, il fait embarquer ses disciples, puis il congédie la foule et se retire pour prier. C'est ce dernier trait seulement, sauf la circonstance de la prière, qui est repris par Jean, après l'espèce d'interpolation pratiquée par lui dans la relation synoptique, entre le miracle et la retraite sur la montagne. Le sommet dont il a été parlé d'abord n'est pas le lieu assigné au miracle par les premiers Evangiles; c'est l'endroit convenable au symbolisme de la multiplication des pains, figure du pain de vie; et c'est aussi un endroit convenable pour le projet du peuple, qui correspond à la troisième tentation dans Matthieu Ce rapport avec la montagne de la tentation n'exclut pas celui qui existe avec la montagne du discours. Les deux semblent avoir été perçus plus ou moins directement par le narrateur. Déjà dans le premier Evangile, il y a une sorte de parenté mystique entre tous ces sommets, montagne de la tentation, montagne du discours, montagne de la transtiguration, montagne de la résurrection. Ce qu'on lit ici du projet de la foule est tout ce que le quatrième Evangile pouvait retenir de la tentation diabolique pour un royaume terrestre.
Etant donné le caractère du récit, on peut douter que ce projet corresponde, en toute rigueur, à un fait dont la tradition synoptique n'aurait pas gardé le souvenir, et qu'il ne représente pas l'impression générale produite sur les Galiléens par les miracles de Jésus. La multiplication des pains est le dernier miracle galiléen dans l'Evangile johannique : les résultats du ministère du Christ en Galilée sont figurés par les sentiments que la foule manifeste après le miracle et après le discours sur le pain de vie, qui en est le commentaire. A cet égard, Jean suit une marche parallèle à celle des