‹ Le quatrième évangileChapitre 446 sur 857 · HOLTZMANN, 127, Cf. SUfF. p · texte numérisé non relu

HOLTZMANN, 127, Cf. SUfF. p

LA FEMME ADULTÈRE (Jean, vu, 53-viii, 11).

VII, 53. Et ils s'en allèrent chacun dans sa maison, viii, 1. Et Jésus s'en alla sur la montagne des Oliviers. 2. Et dès le matin, il revint au temple, et tout le peuple vint à lui, et s'étant assis, il les enseignait. 3. Et les scribes et les pharisiens lui amenèrent une femme qui avait été surprise en adultère, et la plaçant au milieu (de Tassistance), 4. ils lui dirent : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. 5. Or Moïse nous a prescrit, dans la Loi, de lapider les (femmes) de cette sorte. Toi-même, qu'en dis-tu ? » 6. Et ils disaient cela pour l'éprouver, afin d'avoir sujet de l'accuser. Et Jésus s'étant incliné, écrivait avec son doigt sur la terre.

7. Et comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit : (( Que celui d'entre vous qui est sans péché, lui jette le premier une pierre. »

8. Et s'inclinant de nouveau, il écrivait sur la terre. 9. Et eux, ayant entendu (cela), se retirèrent l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés; et Jésus resta seul avec la femme, qui était au milieu (de la place). 10. Jésus s'étant redressé, lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée? » IL Elle dit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus dit : « Je ne te condamne pas non plus. Va et ne pèche plus. »

L'examen critique de cette section appartient plutôt à l'histoire du texte du Nouveau Testament qu'au commentaire de Jean, la question d'origine étant facile à résoudre, en tant du moins qu'il s'ag-it de déterminer le rapport du récit avec l'Evangile johannique : la section de l'adultère est, dans cet Evangile, une pièce rapportée, bien que ce soit un morceau très autorisé de la tradition évangélique. Même abstraction faite des témoignages externes, du contexte et du style, qui prouvent l'interpolation du récit, le caractère de la narration devrait éveiller le soupçon d 'inauthenticité : on se trouve en présence d'une histoire qui est arrivée telle qu'elle est racontée; qui n'a pas d'autre sens que celui qui résulte naturellement de sa teneur et du fait lui-même ; qui est de la plus solide tradition synoptique et qui n'est aucunement johannique d'esprit. Le dernier chapitre se trouve dans des conditions analogues

LA FEMME ADULTÈRE

mais non identiques. Ce chapitre aussi contient des indications non symboliques, ou qui ne le sont pas à la façon du quatrième Evangile ; la pêche miraculeuse est, avant tout, une apparition du Christ ressuscité ; elle est sj^mbolique à sa manière, comme l'apparition du Christ sur la montagne, dans Matthieu, l'est par un côté, c'està-dire en tant qu'une seule apparition représente toutes les autres, et que l'avenir de l'Eglise est pressenti, traduit dans la leçon qui résume toutes les impressions et les espérances recueillies par les apôtres; mais ce symbolisme n'est pas celui de la théologie johannique, de la gnose orthodoxe qui rayonne à travers tous les récits du quatrième Evangile, depuis le témoignage du Précurseur jusqu'à la profession de foi du sceptique Thomas. Une leçon morale se cache aussi dans l'histoire de l'Adultère ; mais c'est la leçon qui est formulée dans le discours sur la montagne ^ : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. » De même donc que le récit de la pêche miraculeuse se trahit comme un morceau de la tradition apostolique primitive, de même l'anecdote de la femme adultère se détache de tout ce qui l'entoure, comme un morceau de tradition historique, au même titre que telle anecdote synoptique, sur laquelle la gnose johannique ne s'est point exercée. Ce récit ne peut être johannique, parce qu'il ne signifie rien dans le quatrième Evangile. Le chapitre xxi appartient à l'Evangile johannique comme une pièce traditionnelle cousue à l'Evangile mystique par ceux qui en ont procuré la publication. La section de l'Adultère n'est pas dans ce cas ; elle ne se rattache pas même artificiellement à l'Évangile; elle y a échoué, on peut le dire, assez longtemps après que le livre avait été mis en circulation avec l'appendice de son dernier chapitre, et elle y reste isolée comme serait un tableau antique égaré au milieu de peintures modernes.

Que la section ne soit pas originale dans le quatrième Évangile, c'est ce qui résulte aussi du témoignage historique et critique. Elle manque dans les plus anciens manuscrits grecs 2, et les Pères grecs ne l'ont pas connue ou bien ne l'ont pas regardée comme authentique : Origène^, Eusèbe de Césarée^ Théodore de Mop-

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