‹ Le quatrième évangileChapitre 46 sur 857 · xviii-xx · texte numérisé non relu

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loin de louer la foi de l'officier de Capharnaûm, Jésus le blâme de solliciter un miracle ; la multiplication des pains et la marche sur les eaux, dég-ag-ées de leur cadre synoptique, deviennent des symboles de l'action permanente du Christ spirituel dans Th^glise ; le jour de Fonction estchangé, et, sans parler des données chronologiques de la passion, il est impossible d'énumérer ici toutes les particularités qui donnent à l'arrestation de Jésus, à son interrogatoire par le grand prêtre, à son procès devant Pilate, aux circonstances du crucifiement, aux paroles du Sauveur en croix, à sa mort et à sa sépulture, à sa rencontre avec Marie de Magdala et à ses apparitions aux disciples, une physionomie tout autre que celle des récits parallèles dans les Synoptiques. Et ce qui caractérise la forme johanniquede ces descriptions, on le constatera dans le commentaire, ce n'est pas la précision historique, qui n'est qu'une apparence, mais la préoccupation constante de signifier la gloire du Christ dans les traits de sa vie, de sa mort et de sa résurrection.

La dépendance du quatrième Évangile à Tégard des Synoptiques ne s'accuse pas seulement dans les endroits parallèles, où l'on constate, la plupart du temps, avec évidence, que la relation synoptique est primitive et que les divergences de la relation johannique résultent d'une adaptation voulue à la doctrine et au symbolisme de l'auteur; mais elle apparaît, lorsqu'on veut bien y faire attention, d'un bout à l'autre de l'Evangile. Tous les artifices de la composition ne peuvent être marqués en détail que dans le commentaire. On y verra que les noces de Cana dépendent des paroles synoptiques sur le baptême d'eau et sur le vin nouveau de l'Evangile; le second témoignage de Jean-Baptiste, de la démarche faite par les disciples du Précurseur pour s'informer si Jésus est le Messie; l'histoire de la Samaritaine, de ce qu'on lit au sujet des Samaritains dans Luc et dans les Actes; le paralytique de Béthesda, du paralytique de Capharnaûm; l'aveugle-né, de Taveugle de Bethsaïde et de l'aveugle de Jéricho; Lazare, de la parabole du riche, de la résurrection de la fille de Jaïr et de celle du jeune homme de Nain; le lavement des pieds et le discours après la cène, de l'institution eucharistique ; les récits de la passion et de la résurrection, des derniers chapitres des Synoptiques et du commencement des Actes. Le plan même, qui semble si différent, est calqué, d'une certaine manière, sur celui des premiers Evangiles : l'expulsion des vendeurs, premier acte de Jésus dans l'unique séjour qu'il fait à Jérusalem pour terminer son ministère, devient le premier acte du Christ johannique inaugurant son ministère dans la capitale du judaïsme; l'institution de l'eucharistie et la dénonciation du traître Judas, rattachées dans les Synoptiques à l'unique et dernière pâque, sont comme anticipées par Jean, mais toujours reliées à une pâque; le chapitre vi, où se rencontrent ces anticipations, résume encore dans un tableau raccourci, où

INTHODUCTION

sont signalés en même temps l'insuccès de la prédication galiléenne et la confession de Pierre, les traits principaux du ministère galiléen dans les Synoptiques. Pour quiconque a étudié ces rapports et les apprécie à leur juste valeur, il est incontestable que le quatrième Évangile, dans la majeure partie, sinon dans la totalité de son contenu, se fonde uniquement sur les Évangiles antérieurs, dont les données sont élaborées en vue d'une doctrine, dans un intérêt théologique et apologétique, non sur une tradition particulière où Ton devrait reconnaître les souvenirs personnels d'un compagnon de Jésus.

Ce qui a fait illusion à cet égard, et ce qui entretient encore chez des critiques, d'ailleurs très perspicaces, l'idée d'une tradition particulière, c'est la précision de certaines indications, surtout chronologiques, qui, ne s'accordant pas avec les premiers Évangiles, n'ont pu, à ce qu'il semble, en être extraites, ni être inventées par l'évangéliste. On a d'abord, le cadre chronologique du ministère de Jésus. Dans les Synoptiques, Jésus prêche surtout en Galilée et ne va dans la capitale de la Judée que pour y mourir; la manière dont les faits sont groupés suggère naturellement l'idée que la prédication galiléenne a duré quelques mois, et la prédication hiérosolymitaine quelques jours seulement ; l'indication chronologique de Luc ^ : « l'an quinzième de Tibère », bien qu'elle paraisse viser directement la prédication de Jean-Baptiste, n'a de signification que si elle se rapporte à la carrière messianique de Jésus, envisagée dans son ensemble et surtout dans sa conclusion. Dans le quatrième Évangile, au contraire, la prédication galiléenne est limitée à quelques épisodes, et la prédication hiérosolymitaine, toujours au premier plan, même dès le début, se renouvelle par intervalles au cours de trois années. La tradition manuscrite oblige à admettre pour le moins trois pâques ^, et plus probablement quatre ^, le ministère du Sauveur ayant duré deux ou plutôt trois ans et demi. Il semble évident que, dans les premiers siècles, il y eut une tendance à ramener le cadre johannique aux proportions de la Synopse, et c'est ce qui explique pourquoi, longtemps après que le quatrième Évangile eut été reçu dans toute l'Église, beaucoup d'écrivains ecclésiastiques '* ne cessent pas d'affirmer que Jésus a prêché pendant un an et quelques mois Cette tendance

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