XII
LA FEM31E ADULTÈRE
n'avait pas montré assez l'opinion qu'il se faisait de leur question et de leur démarche. Mis en demeure de s'expliquer, Jésus s'abstient de résoudre le cas au point de vue juridique, mais il pose lui-même à ses auditeurs un cas moral qu'ils devront examiner dans leur conscience d'accusateurs, avant de pousser plus loin l'affaire dont ils s'occupent K Sa réponse ne porte aucune atteinte à la Loi et ne touche pas au principe de la répression des crimes commis contre la société; elle ne s'adresse qu'aux individus qu'il a devant lui et les oblige à examiner s'ils sont bien qualifiés pour prendre l'initiative des poursuites et de la punition dans l'affaire de cette pécheresse. Ainsi le problème est déplacé. Ce sont les interrogateurs euxmêmes qui ont à se juger, pour prendre, sous leur responsabilité personnelle, la décision qu'ils semblaient attendre de sa sagesse. Cette tentative des pharisiens se termine donc comme celle dont le paîment du tribut avait fourni l'occasion. Jésus renvoie ses interrogateurs à eux-mêmes, les obligeant à conclure, d'après leur conduite ordinaire dans le passé, ce qu'il leur convient de faire dans la circonstance présente. Ne sent-on pas, dans chaque détail de ce récit, et l'impression d'une chose arrivée telle qu'on la raconte, et celle de la tradition s} noptique en ce qu'elle a de plus consistant au point de vue de l'histoire. C'est le Christ vivant qui agit réellement; ce n'est pas le Christ johannique qui se prêche lui-même, par des allégories d'action ou de parole.
« Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre! ^ » Par sa forme même et sa brièveté, la réponse est telle qu'il convenait de la faire à des importuns, pour s^en débarrasser, en leur signifiant que leur question n'était pas à poser. Mais les interrogateurs ne sont pas seulement déboutés de leur demande et contraints de laisser Jésus en paix. Ils sont comme atteints au cœur par le trait qui leur est lancé, en sorte qu'ils ne songent plus qu'à eux-mêmes, et que leur départ forcé se change en véritable déroute. L'homme « sans péché » n'est pas ici l'homme impeccable, mais celui à qui sa conscience, actuellement, ne reproche rien. On ne doit pas supposer que Jésus vise tout spécialement le péché d'adultère, ou même, en général, tous les péchés de luxure ; il s'agit des péchés quels qu'ils soient, et en tant qu'ils sont des péchés Si