Luc, iii, 2'.i
ENFANTS d'aBRAHA3I ET ENFANTS DU DIABLE
raient bien n'avoir que celle-là et figurer, sous l'apparence d'un chiffre exact, la plénitude de l'âge du Sauveur, la jDerfection de son humanité, l'entier accomplissement des prophéties dans sa carrière terrestre. L'évangéliste insinue plutôt ce symbole qu'il ne le prend à sa charge. N'est-ce pas déjà aux Juifs qu'il a fait dire que le temple avait été construit en quarante-six ans, tout en laissant entendre que le temple en question est le corps du Christ ^ ? Les Juifs, sans doute, ne se seraient pas souciés de déterminer l'âge précis de Jésus en regard des deux mille ans qui le séparaient d'Abraham ; mais on ne doit pas raisonner sur leurs paroles comme si elles avaient été réellement prononcées, et il faut voir l'intention de l'auteur.
En fait, l'âge terrestre du Christ n'est pas ce qu'il faut considérer, mais bien son âge céleste, son éternité. « Avant qu'Abraham existât, répond-il, je suis » Il ne se fait pas seulement plus ancien qu'Abraham, mais antérieur à toute créature; il place sa propre origine dans l'éternité, non à raison de sa prédestination, mais de sa préexistence . C'est ainsi que Jean répond aux Juifs de son temps qui jugeaient le Messie chrétien bien inférieur aux personnages célèbres de l'Ancien Testament. Les auditeurs de Jésus ne voient dans cette déclaration solennelle qu'un affreux blasphème contre Dieu, non une injure à Abraham. Ils prennent des pierres pour tuer le blasphémateur ^ ; mais Jésus disparaît à leurs yeux et sort du temple ^. On ne doit pas dire que le Sauveur, connaissant tous les détours de l'édifice sacré, s'échappe par une issue peu fréquentée ■\ Rien ne serait plus contraire à la pensée du texte que de prêter à Jésus cette espèce de fuite ; la disparition doit être censée miraculeuse ^\ Mais au lieu d'y voir une trace de docétisme, il faut y reconnaître une figure anticipée du Christ échappant