Baldensperger
7. Gen. xxii, 1-18, oi^i Abraham voit Dieu dans un messager céleste, el où la bénédiction universelle est présentée comme la conséquence du sacrifice, consenti quoique non accompli, de son fils uni(iue.
et d'Élie, dans le récit synoptique de la transfiguration, n'est pas du tout le même que celui d'Abraham en cet endroit. Abraham est dit avoir vu le Christ, comme Isaïe est dit plus loin avoir vu sa gloire K Si on lit, dans Luc et dans Matthieu -, que beaucoup de prophètes et de rois ont inutilement désiré voir ce qu'ont vu les disciples de Jésus, on n'en peut rien conclure contre l'interprétation johannique des récits de la Genèse. L'assertion du quatrième Evangile concernant Abraham paraît bien viser celle des Synoptiques touchant les anciens prophètes, mais pour la rectifier en prenant les choses à un autre point de vue.
Les Juifs comprennent qu'Abraham, au cours de son existence, a été en rapport avec Jésus. Ils ne se trompent pas en cela, et ce en quoi ils ont tort, c'est de trouver la chose incroyable. « Tu n'as pas encore cinquante ans, disent-ils, et tu as vu Abraham! n Quelques anciens témoins ^ lisent : « Et Abraham t'a vu ! » leçon plus naturelle peut-être que la leçon commune, mais qui a pu choquer, parce qu'elle semble mettre Abraham au-dessus du Christ. Les « cinquante ans » déconcertent les interprètes. On dit que les Juifs parlent sans égard à l'âge réel ou présumé de Jésus, et qu'ils indiquent une période jubilaire, un demi-siècle, le terme de la maturité, comme supérieurs à l'âge du Sauveur ; on a supposé aussi qu'ils avaient été déçus par la gravité ou même par les apparences de vieillesse qu'ils remarquaient en lui ^. Au témoignage de saint Irénée les presbytres d'Asie entendaient comme une donnée réelle cette observation des Juifs : Jésus aurait eu alors près de cinquante ans. Cette interprétation ne paraît pas soutenable en face du témoignage de Luc mais si on ne peut la maintenir comme indication historique, il ne s'ensuit pas qu'elle soit pour cela étrangère au quatrième Evangile, où les nombres ont un sens indépendant de la valeur chronologique. Saint Irénée lui-même attache une signification symbolique aux cinquante ans. Ils pour-