‹ Le quatrième évangileChapitre 557 sur 857 · Cf. Luc, X, 39, et Marc, v · texte numérisé non relu

Cf. Luc, X, 39, et Marc, v

sentiment de respect, mais vaincue par l'émotion qui Tétreint à la vue de celui en qui elle avait mis toute son espérance. Elle ne fait que répéter la plainte de Marthe : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus ne dit rien, la présence des Juifs ne permettant pas d'entretenir une conversation. D'ailleurs ce n'était pas le moment des discours, et il n'avait pas besoin, eu égard à l'économie du récit, de répéter à Marie ce qu'il avait dit à Marthe. Marie fond en larmes ; les Juifs aussi se mettent à pleurer. A ce spectacle, Jésus « est indigné intérieurement et se trouble luimême 1 ». Ses sentiments sont réfléchis et voulus. Ce ne sont pas les larmes feintes des Juifs qui l'indignent - ; car on ne voit pas que ces larmes ne soient pas sincères. L'irritation contre la mort, solde du péché ou contre le diable auteur de la mort, le regret de n'avoir pas prévenu un si grand chagrin ne sont pas indiqués davantage. Le Christ est révolté intérieurement de voir tout ce monde pleurer, parce que toutes ces lamentations sur la mort n'ont aucune raison d'être devant le principe de la vie ^. Pourquoi pleurer un mort, en présence de celui qui vient de se dire et qui est la résurrection? Au lieu de céder à la douleur de l'entourage, Jésus réagit souverainement contre cette impression; « il se trouble luimême », se donnant les mouvements intérieurs qui conviennent à sa mission. On va contre l'esprit du récit en supposant qu'il s'est troublé en renfermant avec effort ses sentiments au dedans de lui, et qu'il se serait soulagé en les exprimant

(( Où l'avez-vous mis? » demande Jésus aux deux sœurs ; et elles répondent, se mettant à sa disposition pour le conduire : « Seigneur, viens voir. » Alors Jésus pleure. Il lui plaît maintenant de pleurer, après qu'il s'est montré supérieur à la contagion de deuil qui régnait autour de lui, et qu'il en a condamné tacitement la cause. Ses pleurs n'ont] pas le même objet que son indignation. Il pleure maintenant la mort de Lazare, c'est-à-dire qu'il compatit à tous les maux que la mort cause à Fhumanité, ou plutôt il déplore la mort spirituelle du genre humain. Ce n'est point par insensibilité qu'il

1. V, 33. èvsSpiijLrjaaxo Tto 7rv£U[i.aTi xai Iràpa^ev sauTo'v.

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