‹ Le quatrième évangileChapitre 559 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

haut : « Lazare, viens dehors ! ». 44. Le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage couvert d'un linge. Jésus leur dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

L'espèce de blâme contenu dans la remarque des Juifs sufRt à indigner de nouveau Jésus. Cette fois, il est encore plus difficile d'admettre que son indignation soit une révolte contre la puissance de la mort, attendu qu'elle est visiblement provoquée par le discours que le Christ a entendu ; elle n'a pas été causée non plus par l'hypocrisie des Juifs, puisqu'il ne s'ag-it toujours pas d'hypocrisie, mais d'un manque de foi vraie et d'un appétit insatiable de miracles sensibles. Ces gens ne savent pas ce qu'il faut entendre par la vraie vie et la vraie mort; leur pesanteur d'âme excite l'impatience de Jésus. Ils auront un miracle plus grand que celui qu'ils auraient voulu ; mais sauront-ils seulement le comprendre ?

Le Christ se hâte vers le tombeau. C'était, selon l'usage, une cave sépulcrale, fermée par une grosse pierre. Le narrateur paraît se l'être représenté de la même façon que celui du Golgotha : l'ouverture était verticale, non horizontale, la caverne étant creusée en hauteur dans le roc, et le niveau du sol à l'intérieur n'étant pas de beaucoup inférieur à celui du dehors ; Jésus est censé voir le cadavre sans entrer et sans se pencher sur l'ouverture, et l'on ne dira pas que Lazare remonte, mais qu'il sort du tombeau ; la pierre qui servait de porte était donc placée contre l'ouverture plutôt que dessus ^. Dès qu'il est arrivé, Jésus commande qu'on la détourne. Marthe, pensant qu'il n'a pas d'autre intention que de voir le mort, lui remontre l'inconvénient d'ouvrir le sépulcre : depuis quatre jours qu'il est enterré, le corps doit être déjà en décomposition. L'embaumement, dit-on, n'avait pas eu lieu, parce que les deux sœurs avaient gardé d'abord l'espérance d'un miracle par la venue de Jésus et ne l'avaient perdue qu'à cause du retard. Mais il y a embaumement et embaumement; Lazare, dont le corps était si bien enveloppé de bandelettes, n'avait pas été enterré sans aucun parfum ; on doit le supposer enseveli conformément à la coutume des Juifs ; les parfums appliqués sur le cadavre en médiocre quantité ne devaient pas empêcher ni même retarder la corruption. Le texte ordinaire fait précéder en cet endroit le nom de Marthe par

1. V. 38. rjv 6£ aTiTjXaiov, xai XlOoç, I;c£X£ito ett' auToo.

LAZARE

«cette formule : « la sœur du défunt ' », qui paraît superflue, à moins •que l'évangéliste n'ait voulu y rattacher quelque idée particulière. On a supposé que « la sœur du mort » ne voulait pas laisser voir le cadavre aux nombreux étrangers qui étaient là Mais l'hypothèse •est purement g-ratuite; et si l'on veut chercher une raison du côté de l'histoire, on ne peut prendre que celle qui est donnée par Marthe -elle-même : dans l'état où doit être maintenant le corps de Lazare, ce ne peut plus être une consolation de le regarder, même et surtout pour ses proches, pour ses amis. Ce sentiment néanmoins n'expliquerait peut-être pas suffisamment le langage de l'auteur, si Marthe ne représentait l'hésitation des judéochrétiens à ouvrir le tombeau de l'humanité païenne. L'expression : « Il sent mauvais », et le rappel des quatre jours s'accorderaient bien avec cette hypothèse, quoique le symbolisme du récit puisse ne pas s'étendre jusqu'à ces particularités ^. Il n'est pas dit que le corps soit réellement en putréfaction, et que Marthe le sente ; elle est persuadée, à raison du temps écoulé, que l'on sentira l'odeur du cadavre dès que l'on ouvrira le tombeau.

Le Sauveur répond à Marthe : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Nonobstant la mention de « la gloire de Dieu » dans les deux cas, Jésus ne se réfère pas aux paroles qu'il a dites en apprenant la maladie de Lazare, attendu que ces paroles n'ont pas été adressées personnellement à Marthe, qu'elles n'ont même probablement été dites en aucune façon pour «lie, et qu'il y manque l'élément le plus important du présent dis- -cours, la nécessité de la foi. C'est dans son récent entretien avec Marthe que Jésus lui a demandé de croire. Il est vrai que le Christ, -en cette occasion, n'a pas parlé de miracle spécial, du rappel immédiat de Lazare à la vie. Mais comme la résurrection de Lazare est le symbole de la résurrection spirituelle de tous les croyants et de la

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