‹ Le quatrième évangileChapitre 560 sur 857 · SCHANZ, 4J · texte numérisé non relu

SCHANZ, 4J

3. Ss. : « Marthe lui dit : Pourquoi ôterait-on la pierre? Voici (l'Be au lieu de rj'Brj) qu'il sent, car il est au quatrième jour. » Les mots : « la sœur du mort », «ont omis, et, par une sorte de compensation, le discours de Marthe contient «une phrase qui accentue sa résistance. Il est vrai que l'addition est assez banale, •et que l'omission (qui se rencontre aussi dans plusieurs mss. de l'ancienne Vulgate) est facile à expliquer par l'apparente inutilité de la formule qui en est i'objet.

résurrection glorieuse de tous les justes, il s'établit comme une équivalence du signe et de la chose sig-niliée. En parlant de celleci, Jésus est censé avoir parlé de celui-là. De pareilles transpositions d'idées ne peuvent avoir lieu dans une conversation réelle, et l'on conçoit que Jean, négligea. .t le cadre qu'il a lui-même tracé, désigne la résurrection de Lazare par cette formule : « la gloire de Dieu », qui a servi à l'annoncer mystérieusement au commencement du récit. Le dialogue étant conçu en vue d'instruire le lecteur, on ne s'inquiète pas autrement de la vraisemblance dans le détail : ce que Jésus dit ici à Marthe supposerait qu'elle connaît un discours qui ne lui a pas été adressé ni communiqué, incohérence de narration beaucoup moins importante que le parti pris de présenter toujours les mêmes Juifs comme témoins des discours et des miracles de Jésus à Jérusalem.

La gloire de Dieu va donc être manifestée en Lazare, et le Fils de Dieu va être glorifié à son occasion, d'abord par la puissance divine qui apparaît dans le fait miraculeux, mais aussi en ce que le miracle révèle, dans un langage plus impressionnant qu'une déclaration verbale, la vérité proposée à la foi de Marthe, à savoir que Jésus est pour l'humanité le principe de la résurrection spirituelle et corporelle. Ainsi la « gloire de Dieu » est la révélation de la puissance vivifiante qui est en Dieu et qui s'exerce par le Christ ^ Le miracle n'est pas un argument en faveur de la vérité dont il s'agit ; il en est l'expression même et la révélation. Ainsi en est-il de l'eau et du vin aux noces de Gana, de la guérison du fils de l'officier royal, de celle du paralytique, de la multiplication des pains, de la guérison de l'aveugle-né. Les miracles de Jésus, pris en général, démontrent la divinité de sa mission, et les réalités spirituelles qu'ils signifient la prouvent encore mieux. Mais chaque miracle pris à part n'est pas considéré comme la preuve de la vérité spéciale qu'il représente; il en est avant tout l'illustration. Jésus a dit à Marthe : « Ton frère ressuscitera », et il lui a dit aussi : (( Je suis la résurrection; quiconque croit en moi vivra, même étant mort ». Lazare va ressusciter à la voix de Jésus, et dans ce mort sortant de la tombe il faudra voir l'humanité s'acheminant, par la foi au Christ, vers l'immortalité bienheureuse.

i. Cf. Giui.r,, 318.

LAZARE

On se décide à ôter la pierre ^ qui ferme le tombeau, et Jésus, les yeux levés au ciel, adresse une prière à son Père, si toutefois le nom de prière convient à des réflexions qui sont exprimées pour l'édification de l'assistance. « Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé! Je savais bien que tu m'exauces toujours; mais je l'ai dit à cause de la foule qui est à l'entour, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » S'il fallait tenir ce discours pour historique, Jésus n'aurait prié tout haut que pour la forme, et l'on devrait admettre qu'il a fait mentalement une prière véritable, après qu'il s'est décidé à faire le miracle 2. Mais cette combinaison de prière pour Dieu et de prière pour la galerie est tout ce qu'il y a de moins naturel au monde ^, et l'on peut ajouter de moins digne du Christ. 11 en va tout autrement si l'on regarde l'intention qu'a eue l'écrivain en mettant ces paroles dans la bouche du Sauveur. La thèse du miracle exaucement de prière s'est déjà rencontrée j^lusieurs fois dans l'Evangile, et Marthe vient encore de la rappeler ; il convenait qu'elle fût proclamée devant le grand signe et par Jésus lui-même, au moment d'accomplir le prodige. De même que l'œuvre du Christ est figurée tout entière dans la résurrection de Lazare, ainsi la raison de sa toute-puissance est donnée dans les paroles qui précèdent cette résurrection : Jésus peut tout pour son oeuvre, parce que le Père fait, ou lui donne pouvoir de faire tout ce qu il veut. De ce point de vue, qui est celui de l'évangéliste, le temps de la prière et celui de l'exaucement ne sont qu'un; on ne doit pas mettre d'intervalle entre la demande et l'action de grâces; en Jésus, la certitude absolue d'être exaucé accompagne la supplication ; ce qui est exprimé de l'une et de l'autre, dans le cas présent, n"a pas d'autre objet que de montrer comment le miracle est consécutif à la prière et prouve, en tant que miracle, la mission divine de Jésus ; le Christ ne parle à son Père que pour provoquer la foi en sa personne et en son rôle divin ; et le discours est un peu gauche, parce que la situation n'est pas réelle. Jésus donc remercie le Père de ce qu'il est exaucé dans ce cas particulier, comme il l'est toujours; la prière n'est pas déclarée inutile, mais prière et remerciement se confondent, parce

1. Ss. : (( Alors les hommes qui étaient là approchèrent et enlevèrent la pierre. »

'2. Selon B. Weiss, 416, cette prière aurait été faite quand Jésus a manifesté l'intention de réveiller Lazare (xi. H). Cf. Holtzmann, 157. 3. Cf. xir, 28, 30.

que l'exaucement suit toujours ou plutôt accompag-ne la prière du Christ ^. Jésus prie devant « la foule », et il ne prononce pas le nom odieux des Juifs, parce que le vrai témoin de la résurrection du vrai Lazare est l'humanité qui ressuscite en lui. C'est au point de vue de la chose signifiée que le Christ peut se dire exaucé avant que le miracle symbolique soit accompli 2.

L'instant solennel est enfin venu. Le Sauveur, debout à l'entrée du sépulcre, dit très haut : u Lazare, viens dehors ^. » Plusieurs Pères ont rappelé à bon droit, en cette occasion, la trompette du jugement dernier. La voix de Jésus retentit sur le tombeau de Lazare comme celle de la grande trompette retentira sur le tombeau du genre humain ^. Mais on peut douter que l'éclat de la voix doive faire comprendre à l'assistance la grandeur du miracle C'est la parole du Christ qui opère instantanément la résurrection de Lazare, et rien n'est moins conforme à l'esprit de la narration que de se représenter Lazare, déjà ressuscité par le Père céleste à la prière de Jésus, attendant paisiblement dans sa tombe que le Christ lui dise de sortir Les miracles du quatrième Evang-ile se font par la puissance du Père, mais en tant qu'elle est communiquée au Fils, et par la volonté du Fils, par la parole du Verbe incarné, lumière et vie. Il était bien inutile que le Christ parlât si haut, s'il n'y avait plus qu'à constater le miracle, et le symbolisme du récit exige impérieusement que le jDrodige s'accomplisse à la voix de Jésus. Les paroles que le Christ a adressées à son Père ne supposent pas le miracle déjà fait; elles expriment l'assurance qu'il va se faire. Jésus dit à Lazare : u Viens dehors », comme il a dit à la fille de Jaïr et au jeune homme de Nain : « Lève-toi », ceux-ci pour se montrer vivants n'ayant qu'à se lever de leur couche funèbre, tandis que Lazare avait à sortir de sa tombe.

Le mort paraît à l'instant, dans son costume de cadavre ense-

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