xn
l'entrée a Jérusalem et le triomphe a venir
On ne voit pas à quel moment ni où se produit l'intervention des Grecs, et la mention de Philippe et d'André ne suffît pas à attester la précision de souvenirs que Renan ^ lui-même accorde en cet endroit à Févang-éliste. La suite du récit donne à penser que Jésus est dans le temple et que les Juifs sont là pour entendre ce qu'il dit à l'occasion des Grecs. Dans la perspective, cet incident a dû se produire le même jour que l'entrée à Jérusalem, c'est-à-dire le dimanche avant la Pâque. Peu importe que les Synoptiques fassent venir Jésus au temple jusqu'au mardi d'avant la passion, tandis que Jean va l'en éloigner définitivement après sa rencontre avec les Grecs. Toute la scène est conçue en dehors de l'histoire et de la chronologie réelle ; il faut la maintenir à la date qui résulte le plus naturellement du contexte et qui convient le mieux à sa signification symbolique. La venue des Grecs, qui figure la conversion des Gentils, doit se placer le même jour que l'entrée à Jérusalem, qui figure le triomphe du Christ; ce jour, avec les deux tableaux qui s'y rapportent, symbolise la glorification du Sauveur ressuscité.
Des Grecs se trouvaient parmi les pèlerins venus à Jérusalem pour la fête : ce n'étaient pas des Juifs hellénistes, mais des prosélytes, et des prosélytes non circoncis, de ceux qui sont appelés au livre des Actes les « craignant Dieu ». Ces païens s'adressèrent à Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, lui demandant à voir Jésus. Le rappel de Bethsaïde^ ne prouve nullement que ces Grecs eussent eu des rapports avec Philippe dans son pays ou qu'ils fussent ses compatriotes^. On a remarqué qu'ils recourent à l'entremise de deux apôtres qui ont des noms grecs ; mais ce ne doit pas être pour cette raison que Philippe et André interviennent dans le récit : c'est plutôt parce que leurs noms étaient en autorité dans le milieu où notre Evangile fut écrit. La confusion du diacre Philippe, qui est mort à Hiérapolis, avec l'apôtre du même nom est fort ancienne -^, et il est possible que déjà notre auteur ne distingue
1. Vie de Jésus, 5tG, Renan trouve à cet épisode « un cachet historique indubitable », sans aucune intention dogmatique.