VI, 64, 70-71. Cf. supr. p
LE GRAND EXEMPLE
être plutôt affermie, puisque Jésus l'a prédit et que cette prédiction accomplie démontre qu'il était vraiment l'envoyé de Dieu, initié aux secrets de la Providence.
Il est à croire que les Juifs contemporains de l'auteur arguaient de la trahison de Judas, comme du crucifiement, contre la messianité de Jésus : un Messie qui se laisse tromper par un de ses familiers ! L'évang-éliste répond que Jésus n'a pas été trompé, qu'il a démasqué le traître avant que celui-ci songeât même à trahir, et qu'il a permis à la trahison de réussir, afin de satisfaire aux desseins de Dieu touchant le salut de l'humanité.
Les dernières paroles de Jésus, empruntées aux Synoptiques ne semblent pas d'abord se rattacher logiquement à ce qui précède : on dirait qu'elles se réfèrent à ce qui a été dit plus haut du disciple qui n'est pas au-dessus du maître, et que l'on veut relever maintenant la dignité du disciple en le montrant, d'une certaine façon, égal au maître ^ ; ou bien le Christ aura voulu menacer Judas, qui ne reçoit pas le Christ, encourager les apôtres, qu'on recevra comme leur Maître Le texte, de forme solennelle, réclame une interprétation plus large et moins subtilex « En vérité je vous le dis, celui qui reçoit quelqu'un envoyé par moi me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. » Il est évident que la transition littéraire fait défaut, probablement parce que le passage est pris d'ailleurs, et que l'auteur, attentif seulement à son idée, n'a pas pris soin de fondre l'emprunt dans sa rédaction. Mais, pour comprendre cette conclusion du discours, on ne doit pas se régler sur le sens qu'elle a dans les Synoptiques, ce sens ayant dû être idéalisé afin de s'adapter au contexte de notre Évangile. Judas, on l'a remarqué, est le traître et la trahison, le type du faux frère, dénonciateur juif ou chrétien apostat. Jésus déclare qu^il ne faudra pas se troubler de ces défections prévues par lui, et il ajoute, par manière de consolation, complétant l'enseignement donné par le lavement des pieds et à son occasion, que, malgré toutes les trahisons, ce grand bonheur reste acquis au chrétien fidèle, de recevoir le Christ dans les siens et de recevoir Dieu dans le Christ.
1. Matth. X, 40 (cf. Luc, x, 16) : ô 0£-/d[jL£vo; u[jLa; £(jl£ S£y£Tai, xaî ô l^ï 8r/^0[jievoç ^iyjxixi Tov à7T;o<JT£i'XavTa [X£.
A. LoisY. — Le quatrième Evangile. 46
Le symbole du lavement des pieds finit ainsi par s'expliquer en termes clairs. Recevoir les envoyés de Jésus est exercer la charité comme il vient de le prescrire, et recevoir le Christ est communier avec tous les chrétiens au Christ lui-même et à Dieu, dans et par Vagapé^ amour-eucharistie. Ce n'est pas pour rien que Févangéliste a dit : (( celui qui prend ^ », et non précisément « celui qui reçoit ^ comme il est dit en Matthieu. Le mot « prendre », emprunté aux récits de l'institution eucharistique 2, allait mieux au symbolisme du discours. Un peu de confusion se produit dans l'esprit du lecteur, parce que, dans les Synoptiques, ce sont les apôtres qui doivent être reçus, tandis que Jésus paraît ici les exhorter à recevoir ceux qu'il envoie, c'est-à-dire eux-mêmes. On doit considérer les apôtres comme représentant la masse des fidèles. Le discours s'adresse en réalité à tous les chrétiens.
1. V. 29, à[j.7]v atjL7]v Xéyto u[jlîv, ô Xatj.6àvwv àv tiva 7:£ij.'|oj IijlÈ Xa[j.6avei, ô hï ï]xï Xa[JL6àv(jL)V Xa[j.6àvei to'v ;i£[jnJ^avTa [xe.