‹ Le quatrième évangileChapitre 645 sur 857 · B. Wkiss · texte numérisé non relu

B. Wkiss

LE PARACLEÏ

cien Testament. Comme on parle de voir le Père, il ne pense qu'à une apparition sensible, et il déclare que, si cette apparition se produit, lui et les autres disciples seront satisfaits. Ses propos ne manifestent pas la hardiesse de sa foi, mais plutôt un doute, et la faiblesse de son esprit ; ils prouvent que lui-même ne connaît pas Jésus comme il faut, et Jésus va le dire ; on ne peut admettre, par conséquent, chez Philippe, Tintellig-ence du discours précédent, comme s'il avait compris que l'on voit réellement, bien que spirituellement, le Père dans le Fils. Jésus corrig-e doucement la méprise de son apôtre, et, sans indiquer où gît Terreur, ce qui serait contraire à la règle des dialogues johanniques, il insiste sur la réalité de la vision spirituelle, faisant ainsi entendre l'inutilité d'une théophanie particulière. Il affecte l'étonnement devant l'inintelligence de ses disciples : « Depuis si longtemps que je suis avec vous tu ne me connais pas ^ ! » S'il avait connu Jésus, il aurait compris ce que c'est que de voir le Père. « Celui qui me voit, voit le Père », pourvu qu'il sache reconnaître qui est le Fils. Qui voit le Fils n'a donc pas lieu de souhaiter voir le Père, et la requête de Philippe n'a aucune raison d'être.

Si le fond de cette argumentation est solide, la forme a bien quelque chose d'un jeu d'esprit et d'un jeu de mots, puisque le mot « voir » se prend à double sens, et que bien des gens ont vu Jésus des veux du corps, sans le connaître véritablement et sans voir spirituellement le Père. Voir le Père n'est pas autre chose que de croire que le Fils est en lui, agit par lui, et que le Père est dans le Fils, réellement présent et lui communiquant sa puissance. Ainsi on ne voit le Père que par la foi ; nul mortel n'a vu Dieu ; le Monog-ène divin, qui est dans le sein du Père, nous le raconte ~. La question du Sauveur : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ^^7 » exprime un appel à la foi de Philippe, non un doute au sujet de cette foi, à qui les lumières manquent plutôt que la bonne volonté. 11 ne faut pas trop chercher comment Philippe, qui tout à l'heure ne connaissait pas le Christ, croit maintenant que le Père est dans le Fils :

1. Le mot ^iki-TZî, au v. 9. se rattache à la proposition interrog-ative. La Vulgate lit : « Philippe, qui videt me », parce qu'elle a cognovistis au lieu de cognovisti dans l'interrogation.

Page 1