B. Weiss
introduire le départ qui ne s'effectue réellement qu'au chapitre
Les discours des chapitres xv-xvii ont été prononcés encore avant ce départ ; car on ne pourrait pas les supposer débités sur le chemin. Ils se trouvent comme en dehors du cadre tracé par l'évangéliste lui-même, et, si l'on veut bien y regarder, ils ne pouvaient pas y rentrer ; ils ne sont pas la continuation du discours précédent, mais une reprise des mêmes pensées, une autre rédaction, plus développée, du même thème ^ La pensée de Teucharistie, mémorial de la mort salutaire, l'idée de l'ag-ape-charité inspire toujours l'auteur : l'allégorie de la vigne est une allusion assez directe au cérémonial eucharistique et le chapitre xvu est une prière d'actions de grâces, prototype des prières analogues qui se faisaient dans les communautés après le repas sacré ^. Jean imite la liturgie primitive. Après aVoir composé un premier discours eucharistique étroitement rattaché au récit du lavement des pieds, il aura eu l'idée d'en écrire un autre sur le même objet, parce que le premier lui semblait, après coup, insuffisant, et il n'a pas pris la peine de rectifier son cadre. Il a eu raison, car le second discours est parallèle au premier, et il ne viendrait pas plus naturellement quand même on supprimerait, à la fin du chapitre xiv, les mots : « Levez-vous, sortons d'ici. » La tradition synoptique ne fournissait plus d'incidents à entrelacer dans la doctrine : encore est-il que la défection prévue des disciples ^ tient, dans la seconde instruction, la même place que le reniement de Pierre dans la première s, bien qu'elle ne s'accorde pas avec le schéma johannique de la passion. Dans les chapitres xv et xvi, les disciples ne prendront pas la parole individuellement, mais tous ensemble. On peut se demander si cette circonstance est fortuite, ou si l'auteur a eu l'intention de modifier un peu le procédé suivi par lui dans le premier discours.