V. 32. £tç rà loia. Cf. xix
mitive de Marc ^ . Le trait est d'autant plus notable qu'il est en contradiction avec le schéma johannique : les disciples ne s'enfuiront pas, ils se retireront tranquillement, garantis par Jésus contre les satellites, lorsque leur Maître sera arrêté; ils ne retourneront pas chez: eux, car on les trouvera tous à Jérusalem le jour delà résurrection ; l'un d'eux même sera présent à l'interrogatoire de Jésus par le grandprêtre, et le bien-aimé se retrouvera encore au pied de la croix. L'évangéliste ne s'est pas inquiété de ces contradictions. Mais si la tradition qu'il exploite en cet endroit est fondée en histoire, ce qu'il raconte ensuite ne peut avoir le même caractère historique, et luimême invite à regarder ce qu'on aj)pelle trop volontiers sa tradition comme une interprétation symbolique de faits dont la physionomie réelle doit être cherchée ailleurs.
Jésus vient de dire, conformément à l'histoire, que ses disciples le laisseraient seul. Mais le Christ johannique se reprend : il peut être abandonné des siens, il ne sera pas vraiment seul, parce que le Père est avec lui; et cette assertion, toute naturelle dans notre Evangile, a bien l'air de vouloir corriger - ou faire oublier la plainte du Sauveur dans Marc et dans Matthieu : Eli, eli lama sabactani Le discours se termine par une parole d'exhortation et un cri de triomphe. Le Christ ne sera jamais seul : son Père est avec lui pour le glorifier jusque dans la mort ; les disciples peuvent avoir confiance, garder la paix dans leur union d'amour avec lui; le monde les tourmentera, les persécutera, les fera mourir, comme il va faire mourir Jésus ; mais la persécution et la mort ne sont rien, ou plutôt elles sont un gage de la gloire éternelle; Jésus mourant a vaincu le monde.
Le Christ observe qu'il a dit a ces choses », c'est-à-dire tout le discours précédent pour que les disciples conservent leur paix en lui. C'est le Christ johannique qui parle ainsi et qui s'adresse, dans la personne des apôtres, à l'Eglise chrétienne. Au point de vue de l'histoire, les apôtres n'ont pas gardé la paix dans la charité après l'arrestation du Sauveur; mais, dans cette conclusion plus que partout ailleurs, la vraie perspective de l'Evangile se dessine,, et elle va se dérouler dans la prière eucharistique. L'angoisse dont
\. Voir supr. p. 787, n.6.
2. IIoLTZMANN, 198. Jcao corrige aussi Marc, xiv, 27 : « Je frapperai le pasteur », tout en s'y référant pour la dispersion des disciples.