‹ Le quatrième évangileChapitre 780 sur 857 · I Jean, v · texte numérisé non relu

I Jean, v

LE CHRIST EN CROIX

esprit vers le groupe aimé qui se tient au pied de la croix et qui figure son Eglise.

L'explication synibolique de ces traits permet seule de les concilier avec les données divergentes ou contradictoires des Synoptiques. Il suffit de comparer ce que ceux-ci racontent touchant les derniers moments du Sauveur, pour s'apercevoir que l'accord est impossible sur le terrain de l'histoire. On sait que, dans les trois premiers Evangiles, des ténèbres couvrent la terre de midi à trois heures ^ ; que, dans Marc et dans Matthieu, Jésus pousse le cri de détresse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ~ ? » ; que quelques-uns voient dans ce cri un appel à Elie ; que Tun des assistants a l'idée de lui présenter du vinaigre à boire, et que Jésus expire aussitôt, en poussant un grand cri Ce tableau lugubre est déjà modifié dans Luc ^, où la présentation du vinaigre est mentionnée avec les injures des passants, et où le cri de détresse est supprimé, Jésus expirant tranquillement, après avoir dit tout haut : « Père, je remets mon esprit en tes mains. » Jean a omis les ténèbres, comme il a omis les injures des Juifs. La mort de son Christ n'est pas une scène de douleur ; c'est le commencement du grand triomphe. Le Christ johannique soufFre-t-il ? Sans doute, car son humanité n'est pas un fantôme. Mais il domine de très haut ses douleurs ; il ne se plaindra pas ; le vinaigre ne lui sera pas offert, sans qu'il l'ait demandé, dans une clameur de pitié et de mépris; lui-même aura soif et voudra boire pour accomplir la dernière prophétie qui le concerne, et il rendra l'esprit librement, dans l'instant même où il aura conscience que sa mission est remplie.

Le récit de la mort du Christ est donc réglé par le principe dogmatique qui gouverne les récits précédents, et l'on peut dire tout le quatrième Évangile. Il ne faut pas chercher les endroits où l'on pourrait intercaler ce qui est raconté dans les Synoptiques. L'auteur ne réserve pas de place aux détails qu'il a volontairement passés sous silence. Les paroles du Christ à sa mère et au disciple bien-aimé remplacent les injures des passants et même la conversation avec le bon larron. La parole suprême: « C'est accompli », ne vient ni

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