‹ Le quatrième évangileChapitre 796 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

très dig-ne, par les mains des Juifs les plus respectables; du reste, ces Juifs n'ont eu affaire qu'à son cadavre ; ils disparaîtront après avoir accompli leur mission, et ce n'est pas à eux que Jésus ressuscité se montrera.

Certains critiques ^ ont fait observer que Pilate a déjà donné l'ordre d'enlever les corps des crucifiés, après qu'on leur aurait brisé les jambes, et que la permission octroyée à Joseph d'Arimathée se trouve en contradiction avec cet ordre, qui a dû être exécuté avant que la permission fût donnée. A cette objection l'on répond par des distinctions un peu subtiles : les soldats ont « enlevé » le corps de la croix, et Joseph l'a « enlevé » de la place où les soldats l'avaient mis, pour le transporter dans le sépulcre ^ ; ou bien les soldats, après le ci^urifragiam^ ont dû attendre le dernier soupir des deux crucifiés; pendant ce temps, Joseph a obtenu la permission de Pilate, et il a enlevé le corps avant que les soldats eussent exécuté cette partie de leur consigne ^. Mais ces combinaisons sont trop ingénieusement superflues pour résoudre une difficulté qui ne porte pas sur des faits contradictoires et qui n'est pas autre chose en soi qu'une négligence du rédacteur. Avec l'intervention de Joseph d'Arimathée, l'auteur rattrape le fil de la tradition synoptique, sans avoir pris soin de coordonner l'incident du coup de lance au récit de l'ensevelissement dans les premiers Evangiles. Il est vrai que, selon lui, Pilate a donné ordre de briser les jambes des trois cVucifiés et d'enlever les corps avant la nuit, et que, si l'on prend le récit à la rig-ueur, cet ordre est exécuté quand Joseph d'Arimathée obtient la permission d'enlever le corps de Jésus. L'évangéliste ne juge pas que la permission octroyée par Pilate contredise l'ordre que le procurateur a donné, parce que l'ordre et la permission contiennent tous deux leur enseignement, et l'incohérence de sa narration ne l'a pas frappé, parce qu'il était moins soucieux des faits que de leur sig-nification. Il dit bien que Joseph a usé de la permission de Pilate en ce qui reg'arde le corps de Jésus, et que les soldats ont exécuté l'ordre du procurateur en ce qui

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