‹ Le quatrième évangileChapitre 85 sur 857 · IIOLTZMANN, II, 419; J. RÉVlLLE · texte numérisé non relu

IIOLTZMANN, II, 419; J. RÉVlLLE

lINTRODUCTION

incarné. Si donc il est vrai que le prologue remplace les récits de Tenfance, ce n'est pas pour les confirmer, ni pour les contredire. Mais dès que l'on reporte l'union du Verbe avec l'humanité au moment de la conception, il est tout naturel d'y associer l'idée de la conception virg-inale, pour que cette union soit signalée dès l'abord par quelque effet extraordinaire. La comparaison du Verbe avec les âmes de Platon ^ n'aurait de raison d'être que si l'évangéliste traitait ces questions en philosophe. Il n'affirme pas la conception virginale, on pourrait dire qu'il l'ignore, et peut-être délibérément; il ne répond aux objections des Juifs touchant l'origine terrestre de Jésus que par l'assertion de l'origine céleste du Verbe incarné, parce qu'il se maintient dans le cadre primitif de la prédication évangélique, et que l'idée de la conception virginale, dans la controverse avec les Juifs, était plutôt matière que réponse à objection. Pour lui, la mère et les frères du Christ sont des figures du judaïsme ; leur rapport historique avec Jésus n'est pas en cause. De même la patrie terrestre de Jésus est Nazareth ; Bethléem et l'origine davidique sont laissées de côté L'origine céleste du Christ suffit à sa gloire et satisfait à toutes les difficultés. Cette attitude de l'évangéliste ne se comprend que dans un temps et un milieu où les Evangiles de Matthieu et de Luc ne jouissaient pas de l'autorité canonique, où la conception virginale et même l'origine davidique du Sauveur n'étaient pas considérées comme un élément essentiel de la tradition chrétienne.

Les titres de « Fils de l'homme » et de « Fils de Dieu » sont empruntés à la prédication apostolique ; mais, tandis que le premier est employé par une sorte d'accommodation au vocabulaire synoptique, et pour marquer le terme de l'incarnation ^, le second devient la désignation la plus ordinaire du Christ johannique et prend un sens conforme à la théologie du quatrième Evangile. La combinaison de l'idée synoptique, plutôt religieuse et morale, avec l'idée johannique, où le fondement métaphysique de la filiation est clairement indiqué, introduit parfois dans le discours une équivoque à laquelle l'auteur n'a pas voulu faire attention, et dont peut-être il n'avait pas conscience. Lorsque les Juifs lui reprochent de se faire Dieu, Jésus répond par un texte biblique d'où il résulte que certains hommes ont été appelés dieux dans l'Ecriture, à raison d'un rapport spécial où ils se trouvaient à l'égard de la Divinité ^. Or, dans ces cas, il ne s'agit que d'une relation d'ordre religieux et moral, et le Fils du quatrième Évangile n'est certainement pas compris

1. HoLTZMANN, loc. cit. Cc savant critique regarde comme possible (p. 420) que Jean ait ignoré les récits de l'enfance.

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