‹ Le quattrocento (volume 2)Chapitre 10 sur 77 · Verus nobilis non nascitur, scd fit · texte numérisé non relu

Verus nobilis non nascitur, scd fit

,"■). « Frustra igitur niluntur qui oinissa virtiite nobilitaleni tanirinani haM'edi tari uni aiunus a majoribns expctunt. »(Pl.\tina). — « Chi per le virlu de' passati cerca gloria spoglia se d'ogni nierito d'onorc. Dia esenipio di se e non di suoi chi mérita onore. » (Palmieri). — « Ne il Finguaggio, né le ricchez/.e, né la forluna, ne le magistrature, né il potere, ma unicamente la virtù delF animo costituisce i nobili. » (Landino.)

assure Poggio, qui a consacré tout un livre à TafTaire.

L'Université, qui monopolisait et brevetait la science, se voit attaquée par l'humanisme, à qui il échoit de détrôner saint Thomas, de renverser la scolastique et de concevoir, pour l'esprit humain, d'autres synthèses que celles du Trivium et du (juadrivium. C'est en dehors des hautes écoles du moyen âge que la pensée nouvelle se développe et s'affermit. Ceux qui vont prendre les rênes de l'univers intellectuel ne doivent rien à personne. Poggio remarque que Pétrarque, Coluccio Salutati, Leonardo Bruni, Carlo Marsuppini, Ambrogio Traversari, Niccolô Niccoli, Gianozzo Manetti, tous ceux dont l'esprit joue un rôle, tient un rang an début du XV* siècle, n'ont point eu de maîtres. « Je ne dis rien de moi, qui ne dois en aucune façon ôtre comparé avec ceux que j'ai nommés; mais cependant je peux certifier que ce que j'ai eu en moi de facultés, je l'ai acquis en lisant, non en écoutant. Je n'ai rien pris des précepteurs ^ »

C'est ainsi qu'à la papauté succède le pape, à l'empire l'empereur, à la féodalité la commune, à l'université l'humanisme, et à la cité le prince. Les foules se dissolvent. Les fresques, au lieu de figurer, comme jadis, des humanités confondues en une môme attitude, développent des séries de personnages contigus. En architecture, la fine colonne de Michelozzo se détache du faisceau. En peinture, le genre qui atteint du coup son apogée est le portrait. L'artiste a brisé avec l'école ; il est devenu un maitre indépendant, solitaire et jaloux. Brunelleschi se fâche qu'on lui veuille adjoindre (îhiberti pour ériger la coupole du Dôme de Florence. Giuliano da San-Gallo prie Laurent de Médicis de ne point laisser dommager l'église de San-Spirito

1. « Nihil de me loquor qui nullo modo siim cum iis, quos nominnyi coiiinar.-iiidus. sed laiiien teslari possum quicquid in me ost faouitalis me fe^'ondo non audiendo percepissc. Nihil enim pruîter (»vidi«im, Virgilium et rheloricoriini librosa praceploribus audivi. » [Poomo, Epislolae Florence, 18:h2, 3 vol. Xlll, 3.)

46 LE QUATTHOCEKTO

par Giuliano da Maiano. Aucun peintre du Quattrocento ne ressemble à l'autre. Aucun élève ne ressemble à son maître.

Mais ce n'est pas seulement lunivers social qui s'écroule, c'est Funivers moral. Les nobles croyances, l'idéal de Dieu, l'idéal de patrie, l'idéal de famille, toutes ces pièces maîtresses de la conscience collective, qui étayaient l'humanité comme des contreforts d'église et la dressaient en haut, jonchent la terre de leurs débris. Dieu n'est plus le suzerain universel, à qui tout se rapporte, dont l'histoire est l'œuvre et la nature le produit : on fait pis que de le détrôner, on l'oublie ; le cœur n'est pas même athée, il n'est qii'indiiïérent. La patrie, au jugement de Valla, n'est qu'un ramassis d'individus dont aucun ne doit vous être plus cher que vous-même et dont personne n'a droit à votre mort. « Je n'ai point l'obligation de mourir pour un citoyen, ni pour deux, ni pour trois, et ainsi à l'infini. Comment pourrais-je être obligé de mourir pour la patrie, qui est la somme de tous ceux-ci ? Le fait den ajouter un de plus change-t-il la qualité du devoir i?» La famille, qui avait été si étroitement unie sous la commune que chacun répondait pour Fautre, non seulement en matière civile, mais en matière pénale, est décapitée dans son idée centrale de la. patt'ia •polestas. Lodovico Gonzaga va s'enrôler contre son père dans les bandes du Visconti. Mario Filelfo reproche à son père son rabâchage sénile. ^neas-Sylvius plaisante son père en lui annonçant l'enfant illégitime qu'il a eu à Strasbourg d'une Anglaise : « A la vérité, tu n'as pas engendré un fils de marbre ou de fer, alors que tu étais en chair toi-même. Tu sais bien quoi coq tu as été. Et moi je ne suis pas eunuque, ni du nombre des frigides... Et je ne vois pas pourquoi la pratique d'amour doit être tellement condamnée, alors que la nature qui ne fit rien par erreur a incuhjué à tous les êtres cet appétit,

1. LoitEN/.o Vali.a, Operit. De voluplate. An inoriendum sit pro aliis, Livr. Jl.ch. J.

afin de continuer le genre humain'. » Ceux-là môme qui chantent la famille ou qui la glorifient, Giangioviano Pontano, dans son De Amore coujiigali, Leone- Battisla Alberti dans son Trattatn délia Famiglia, sont les premiers à rompre avec sa loi. Dans son Cxoria, Leone- Battista pose la question en ces termes : Si le mari doit supporter la débauche de sa femme ou, pour lui échapper, s y plonger lui-même. Et Lorenzo Valla ose écrire : « Peu importe que la femme s'unisse avec son mari ou avec son amant : Omnino nihil interest iitninicum marito coëat millier an cum amatore. » La bâtardise n'est plus l'exception : elle est la règle. On ne cache plus ses enfants illégitimes ; on les élève avec les autres, et souvent on les préfère aux autres. Poggio n'en compte qu'une douzaine : Niccolô d'Esté en possède trois cents. En pleine église, devant un public de femmes, de jeunes filles et d'enfants, les prêcheurs doivent s'élever contre le « péché abominable » qui arrache le mari à l'épouse et l'enfant au père'^. Les villes en sont réduites à favoriser l'institution des courtisanes ^ ; en 1480, Rome en compte 6.800; un peu plus tard, Venise, 11.650^. En 1448, Lucques institue un tribunal de l'honnêteté, tant elle est infestée de débordements contre nature ^. Tous les liens sont relâchés, toutes les chaînes rompues, toutes les unités brisées. Alors, sur ces décombres, sorti du rang, dégagé de l'ensemble, arraché îi la tradition, ayant secoué ses lisières et jeté loin ses voiles, l'homme moderue apparaît. Une autre race se lève. Et le Saint-

1. « Cerle nec lapideuiii. ncc ferreuin genuisli filiiiin, cum tu esses larneus. Scis (ju.ilis tu jr.illus fueris. At nec ego tastralus sum, neque ex frigidoruiii numéro... Non video cur tantoperedainnari coitusdebeat, cum natura qua- nihil perperam operatnr omnibus inpenuerit animantibus hune a|)petilum. ut genus c(»nliauaretur humanum. » (.Kxf.as- Sylvus Piccoi.oMiM, Upero. Ilàie, 1571. p. .'ill.)

2. Voir en particulier le sennon trente-(|uatriéme de san-Bernardino, Op. cil. « lu questa reprende rabominevolepetcatodeilamaledettaSoddoniia. » Vol. III, p. 253.

!î. Inkessuha. hiario délia cilla di Homn (Rome, 1890).

Page 1