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CHAPITRE II

1. Le moyen âge, époque de la règle et de la masse. — Rupture de la discipline uiédioévale au Quattrocento. — Désorganisation de l'univers

Bolitiquc : l'empire, la papauté, la leodalité, la cité, l'université. — lésorganisation de l'univers moral ; la religion, la patrie, la famille. — Avènement de l'individu. — Religion de l'homme. — L'tiomme est parce qu'il vit.

H. Le moyen âge, époque des sociétés: la Renaissance, époque de la société. — Le monde se réunit selon des formules nouvelles et en groupements inédits. — Caractère barbare de la société quattrocentiste. — L'esprit nouveau : la politesse, la causerie, la beauté, influence de l'antiquité et du paganisme. — Le Quattrocento, ni trop barbare, ni trop ralliné, est l'époque de la cordialité.

m La femme. — La femme, au moyen âge, est la matrone et la femelle. — La femme au Quattrocento : Pétrarque, Boccace et la Defensione délie Donne. — Education masculine de la femme : sa culture, sa beauté, sa toilette. — Rôle nouveau qu'on lui attribue. — Angélique et Isabelle d'Esté.

Comme de la commune était sorti le prince, de la société sortit l'individu.

Le moyen âge aux intérêts départis, aux ordonnances symétriques, aux consciences réglementées, qui évolue entre quelques notions très grandes et quelques institutions très fortes, avait été par excellence l'époque de la règle et de la masse i.

La chrétienté d'abord ; l'empire et l'église ensuite ; la féodalité, la cité, l'université, distribuent, unissent et régissent l'univers, discipliné comme une armée ou comme un couvent. L'individu disparaît devant l'en-

1. Jacob Burckhardt, la Civilisaiion. en Italie au iemps de la Renaissance (trad. Schmitt). Paris, 1885, 2 vol. — Emile Gebhart, la Renaissance italienne et la philosophie de l'histoire, Paris, 1887. — Pasquale Villari, Niccolô MachiaveUi e i svoi tempi. Milan, 1895, 3 vol. (Introduction.)

semble; la personne s'annihile dans le gjroupe; la colonne s'absorbe dans le faisceau. L'autorité triomphe aussi bien dans les syllogismes de la scolastique que dans l'organisme des dépendances sociales. Les cœurs sont fidèles comme les âmes sont semblables ; les volontés sont soumises comme les œuvres sont anonymes. Qui a élevé ces cathédrales aptes à accueillir toute une ville? Qui a conté ces gigantesques épopées où se débat tout un peuple? On ne sait pas, ce n'est personne, c'est tous. L'association fait l'homme, qui ne vaut que parce qu'il appartient à une association, laquelle association englobe, opère et survit. Lui-même, enchaîné dans sa raison comme dans sa volonté; limité de toute part par un texte, par un dogme, par une loi ; asservi à l'évêque, au comte, au municipe, à l'école ou au corps, ne possède qu'une vie limitée de membre, de disciple ou de vassal. Une telle hiérarchie avait duré mille ans. A la Renaissance italienne, elle s'écroule.

Les vieilles architectures sociales, les disciplines étroites des intérêts, les moules rigoureux de la pensée, tout ce qui avait embrassé, encadré, réparti, soutenu et contenu l'humanité et résisté à l'épreuve des siècles se désagrège sous une poussée d'indépendance ; et nous assistons à une transformation du monde politique, moral et mental, dont le terme échoit au Quattrocento.

Si le prince a détruit la commune, avant le prince la commune a détruit l'idée pontificale, l'idée impériale, l'idée féodale.

Le pape et l'empereur ne sont plus deux idées : ils sont deux individus. Le pape, et nous le verrons bientôt, est un seigneur comme les autres ; l'empereur est un seigneur moindre que les autres. Le temps de Marengo est passé, où les Italiens, ayant cerné ses troupes, n'osèrent l'attaquer de toute la nuit, respectueux qu'ils étaient jusqu'à la superstition de l'antique

4i LE QUATTROCENTO

droit ou de l'antique mot de l'I^mpirc. Il ne s'appelle plus Cliarlemagne ou Batherousse ; Il s'appelle Charles iV, Sigismond ou Frédéric. C'est un pauvre hère, qui mendie des sauf-conduits et vend des titres au rabais. <( Nous vîmes, écrit Lorenzo Valla, l'empereur Sigismond en Italie, entouré de quelques courtisans, vivre à la journée, et il serait mort de faim sans les aliments que ne lui donna pas gratuitement le pape Eugène ^ » « Et garde dans l'esprit, ajoute l'auteur du Diario ferrarese, que cet empereur Frédéric III était tudesque, vieux et avec peu de dents à la bouche, et dans son aller et son retour de Rome, il était vêtu de deuil '. » Ludovic le More aurait voulu faire de l'empereur son condottiere, comme il voulait faire du pape son chapelain. Et, dès 1414, Gabrino Fondolo a l'idée de précipiter d'une tour de Crémone le pape et l'empereur, qui regardent le paysage. La féodalité ne subsiste plus que dans certaines cours gibelines du nord de l'Italie'^ A Florence, Dante ne conçoit déjà d'autre noblesse, dans son Convivio, que celle de la vertu. Pétrarque écrit qu'on ne naît pas noble, mais qu'on le devient*. Et cette idée, recueillie par les Poggio, les Platina, les Palmieri, les Landino, constitue un des plus chers lieux communs de la pensée quattrocentiste \ « Prétendre ne soutenir la vertu de ses ancêtres que par un grand nombre de chiens, d'oiseaux et de chevaux, et en courant les bois et les forèls, c'est chercher la noblesse parmi les hôtes ! »

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