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un bouffon lui tire son écuelle ; furieux, il lui dit : « Je m'en vais te la faire jaillir, ta soupe, espèce de méchant fou cl non bouffon^ ! » Et il lui applique un gnion sur la tète. Balsamino, à qui Orlando a tranché la main, ne pourra plus jouer à la morra. Turpin enfile les Sarrazins comme des patenôtres et fait des sauts comme un chat. Florinetta rit de si bon cœur d'une farce de Margutte qu'il semble que les dents lui tombent deux à deux de la bouche. Dès qu'Ulivieri a expliqué, à la païenne Meridiana qu'il aime, le mystère de la Trinité |)ar la comparaison d'une chandelle, il rompt le carême et più e jriù voile qucsta danza mena. Ulivieri crie à Rinaldo : « Tu as parfois moins de cerveau qu'une oie ! » Rinaldo crie à Vergante : « Luxurieux, cochon, éhonté, poltron, crétin, idoine, fesse-mathieu, bon pour Otre à l'auge avec le cochon-! » Les uns et les autres se tapent, se tuent, s'estourbissent'^ On dira qu'on retrouve ces altitudes, ces images, ces expressions chez les chante-histoires, et cela est vrai. Mais chez les chante-histoires, tout ce côté plébéien, faubourien, est involontaire : chez Pulci, il est voulu.
Et racontant ces énormités à la bande joyeuse de Laurent, au palais de Via Larga, à la table des Médicis, Luigi Pulci se divertit et divertit selon son ofiice et selon son humeur. Il rit d'imiter un humble chantehistoires de San-Martino, comme tout à l'heure, sur la route, il riait d'imiter un pauvre paysan de Dicomano.