‹ Le quattrocentoChapitre 99 sur 151 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

douloureux, quand les larmes coulent et que de grands frissons passent, il n'y a pas, il faut que son quolibet parte, comme s'il devait racheter son émotion par une culbute : Roncevaux jonche le sol de tant de cervelles « qu'elles mettent la zizanie parmi les corneilles • ; » celui qui a la tripaille la moins trouée paraît « une rùpe à fromage ou un gril à cuire les tranches de viande » ; les diables, posés comme des éperviers sur un campanile, anxieux d'aller réjouir Lucifer en lui amenant tant de monde, se crêpent le chignon ; et au Paradis, la barbe de saint Pierre dégoutte de sueur, tant le pauvre vieux transpire à ouvrir la porte aux âmes que lui portent les anges. Les héros de la Geste française, si purs, si nobles, si hauts, ne l'accablent point autrement de leur prestige : pour leur parler et leurs façons, ils semblent parfois des garçons de la rue qui se cognent, qui s'injurient, qui savent des ese?npi, qui ont du catéchisme, de « vieilles peurs », de solides appétits et de beaux muscles. Sans doute que Charlemagne est un homme divin, connaissant le latin et le grec, ayant réorganisé le Studio de Paris; au demeurant, il meugle de rage et se montre si benêt qu'Ulivieri lui crie : « Il faudrait t'en donner tant sur le c... qu'il devînt rouge-»! Orlando s'esclaffe de rire aux bonnes histoires ; Ulivieri taille la courge iï tous ceux qu'il rencontre. Brunoro ne veut pas qu'on l'embête quand il est à table. Rinaldo, quand le vin coule par la bonde du tonneau, porterait le Sinaï sur ses épaules; il ne boit jamais « eau de fossé ou de lleuve-' »; il prétend mourir saoïil. Un jour

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