XV
richesse où la magnificence des gestes répond à la magnificence du décor ; bals à la lumière des torches blanches, destriers recouverts de soie blanche, adolescents souples comme des lys, camps du drap d'or, rondachcs de guerre, rondaches de parement, belles armes, belles orfèvreries, belles étoffes, animaux de prix, brides chargées de pierreries, laisses délicates, cimiers splendides, enseignes éclatantes. Luigi Pulci décrivait d'un mot ces merveilles. Matteo Maria Boïardo s'y complaît et s'y arrête avec la connaissance du gentilhomme. Et tandis que Pulci se plaçait sous l'égide de la Vierge Marie, c'est la fée Morgana, regina délie cose adorne, qui triomphe dans l'inspiration de Boïardo.
Son poème de luxe répond à un sentiment de luxe. 11 est inutile et il est beau. Il ne donne pas h penser; il n'apprend rien et ne chagrine jamais. Il n'accueille aucune aventure trop tragique ; les dangers n'y durent jamais longtemps; les événements y finissent toujours bien; il n'y meurt que des géants et que des monstres. Il faut une imagination oisive et légère pour accepter ces récits de joie, si mal d'accord avec la gravité et le deuil éternel de la vie, si mal d'accord avec la réalité douloureuse et angoissante du moment. Il faut oublier. 11 faut être heureux. Il faut enfermer son souci dans une caisse et en perdre la clef, u Je demande que chacun pose son ennui dans une caisse, et qu'il ferme dedans tout chagrin et toute pensée lourde, et puis, qu'il en perde la clef. » L'art n'a plus qu'un but, non d'instruire, non d'élever, non de prolonger la vie, mais de distraire de la vie.
On ne sait quand, ni comment, l'idée de son Orlando vint à Boïardo. En 1 482, au moment où éclata la guerre de Venise et de Ferrare, les deux premiers livres en