‹ Le quattrocentoChapitre 129 sur 151 · Che Fionlelisa Bmmiiniarlo prese · texte numérisé non relu

Che Fionlelisa Bmmiiniarlo prese

E Tcodor si prese Doristellii :

.Non so s'alcun trovn lu snii pulcella. »

(II, XXVII, :i2.)

moins Tiirpin l'assure; le poète n a pas mesuré. C'est ainsi que, ne se laissant dominer par rien, il domine toute chose et qu'à force d'indépendance, d'aisance, de joyeuse et gaillarde liberté, il maîtrise son sujet, le subordonne et le contraint à une môme couleur et à une môme tenue. Non pas qu'il soit artiste; outre qu'il écrit dans la langue de Ferrare, qui n'est pas mûre et que Florence n'a pas polie, il a la main rude; il ne sait rien accomplir et finir; on ne trouverait pas dans tout son poème un morceau de bravoure, un passage plus particulièrement soigné, qu'on puisse détacher et montrer au monde comme échantillon de son ouvrage; il est mieux qu'artiste, il est poète, le plus grand poète dont puisse se vanter le Quattrocento. Il a l'imagination la plus jeune, la plus fraîche, la plus riche qui soit au monde. Sa fantaisie est tellement remplie d'aventures et de figures, qu'ayant tant de choses à dire, elle ne s'inquiète plus de la façon de les dire. Il entre dans son argument de tout son cœur, avec sa belle verve, sa belle fougue, sa bonhomie souveraine qui prend de haut les choses, qu'aucune puérilité n'intimide, qu'aucune difficulté ne rebute, et, comme un joyeux poulain, il s'ébroue sur l'herbe neuve sans s'inquiéter d'y piétiner les fleurs.

Son poème est le poème de la Renaissance signorile : il faudrait pour l'illustrer le Benozzo Gozzoli de la chapelle des Médicis, comme il faudra, tout à l'heure, le Véronèse pour illustrer l'Arioste. On sent que Boïardo a vécu dans une cour ducale, qu'il a chassé, festoyé, banqueté tout du long avec les Este. II a les yeux éblouis de cette existence seigneuriale et facile, dont il a recueilli les riches détails, les nobles attitudes, les groupements harmonieux dans un décor de luxe. Ses j)alais opulents ressemblent à ceux qu'Hercule d'Esté faisait construire. Leurs murs sont décorés de belles mythologies, comme celles que le théâtre de la cour mettait en scène; on y voit peints Circé et

les compagnons d'Ulysse, Ariane et Thésée, les entreprises de quatre princes d'Esté. Dans les loggias ouvertes, des compagnies « fleuries » se récréent et discourent : v< Le roi Adriano et Grifone le Hardi sont dans la loggia à raisonner d'amour ; Aquilante et Chiarïone chantent, l'un en soprano, l'autre en ténor; Brandimarte, fait la basse ; mais le roi Balano, rempli de valeur, reste avec Antifor di Albarosia, et ils continuent à conter d'armes et de guerre'. » Le roi Agramante ouvre une chasse ; les dames s'y joignent à cheval, l'arc en main, si belles et si parées que les chasseurs tournent bride pour les voir. Ranaldo mange sous une treille de roses, près d'une fontaine, sur une nappe blanche et di^ drap d'or. Seule en ses jardins de Paradis, Falerina, vêtue de blanc et couronnée d'or, se mire au fil d'une épée. Morgana, dans une solitude enchantée, peigne le jeune Ziliante et le baise avec douceur. Alcina pèche les poissons avec la seule amorce de ses paroles-. Une fée, pour habiller Mandricardo sortant du bain, nue elle-même, défait sa coiffure et l'emporte dans la forêt blonde de ses cheveux. Ranaldo est conquis par les trois Grâces qui le frappent de lys, le lient de guirlandes, le traînent sur l'herbe, si bien que sa valeur indomptable se voit assujettie « par de lagentnue avec des lys et des roses et des feuilles de fleur>^ ».

On dirait que la laideur et la misère n'existent pas; nous sommes dans un monde de distinction et de

<f II re Adriano e l'ardito Grifone Stan nella loggia a ragionar di amore ; Aquilante canlava e Chiarïone, I/un dice sopra, l'altro di tenore, Hrandiniarte fa contra alla canzone, Ma il re Halano ch'è pien di valore, Stassi con Antifor di Albarossia :

D'arme e di guerre dicon tutta via. »

« E non avea ne rete, né altro ingegno Sol le parole clie a l'acqua gettava. »

« Da gente ignuda ù vinto il suo valore, Con giglie rose e con foglie di flore. »

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