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CHAPITRE VII

I. Naples, monarchie absolue. — Les Aragons, la regqia et la cour. — La noblesse de la cour. — La vie fastueuse et théâtrale. — L'influence de la mégalomanie espagnole.

IL Les écrivains napolitains. — Leur qualité et leur office de courtisans — Le peuple n'existe pas. — Pourquoi. — il est la valetaille et il parle dialecte. — Nécessité pour Naples d'employer l'italien. — Employant lilalien, elle emploie une langue livresque et étrangère. — Elle introduit dans l'italien la discipline de l'Immanisme.

III. Le mauvais goût. — La nature et VArcadin de Sannazaro. — Le pétrarquisme et la préciosité. — Les concelti : Cariteo, Tebaldeo et Serafino dell'Aquila. — L'éloquence : exemples chez Sannazaro, Cariteo et Masuccio. — Naples initie le seicentisme. — Comment l'œuvre littéraire du Quattrocento est accomplie.

Dans l'histoire de la Renaissance quatlrocenliste, Naples arrive à l'extrômc fin : Sannazaro, qui la commande, meurt en 1530. En outre, Naples initie le mauvais goût. Deux raisons qui permettront de nous arrêter chez elle moins qu'ailleurs.

Si Florence est une république bourgeoise et si Ferrare est une cour féodale, Naples est une monarchie absolue '.

Depuis qu'Alphonse le Magnanime y a pénétré en triomphateur romain, par une brèche de quarante aunes faite au mur, ce sont les Aragons d'Espagne qui y régnent ~. Les Aragons chassés de Naples, d'autres

i. Sur la cour de Naples, voir : Cron'ua anonima (1434-1490), Naples, 1780. — Diario anonimo (1193-1487), Naples, 1780. — Diario anonimo (1-2661478), Muratori, Rerum, XXI, p. 1029. — In.nocexzo Landulfo. Cronica (1434-1501), Naples, 1780. — Leostello da Volterra, Effemeridi délie cose faite pel Duca di Calabria (1184-1491), Naples, 1883. — Notar- GiACOMo, Cronica, Naples, 1845. — Raimo junior et se.nior, Anniles, Muratori, Rerum, XXI II, p. 219.

2. Alphonse d'abord; puis le bâtard d'Alphonse, Ferrante ; puis le flls de Ferrante, Alphonse II; puis le fils d'Alphonse II, Ferrandino: puis l'oncle de Ferrandino, Federigo.

rois succéderont aux Aragons comme eux-mêmes avaient succédé à d'autres rois. Le sentiment monarchique est le sentiment orgueilleux et jaloux des consciences du Midi.

Il n'y a plus sur les roches de la campagne des citadelles dressées comme des menaces, et dans ces citadelles des barons casqués et bottés, maîtres de leurs tours, perchés sur leurs droits, ignares, bruts et sauvages. Avec les barons par deux fois refoulés^, ligottés dans des cages de fer, ignominieusement exécutés sur la place publique, le principe féodal est mort. On a rabattu le hippo del superbo. On a crevé le gonfiate nasche de insolenti. 11 n'y a plus qu'une Reggia, temple de justice, centre de culture, « oii se lève l'étendard d'une seule foi comme fulgure la divinité d'un seul dieu ». Et dans ce palais royal, il n'y a plus que le roi.

Ferrante, qui gouverne maintenant, est roi absolu. C'est une sorte de roi-soleil. Crediamo, dit Maio, ti/i Dio in gloria, e un sol in ciel vidimo, e tm re sopra la terra nostra adoremo'^. Toute foi et toute loi, toute divinité, toute splendeur, toute existence procèdent du monarque. Lorsque le monarque revient d'exil, le peuple s'écrie : « Voici le Messie ! » Devant l'approbation du monarque, la critique tombe. Ce n'est pas, comme jadis, le poète qui donne l'immortalité au prince, c'est le prince qui donne l'immortalité au poète ^. Pontano écrit un traité sur le Prince; Pior-Jacopo Jennaro, un traité sur le Régime des princes ; Giijniano Maio, un traité sur la

1. En 1465 et en 1486, voir C. Porzio, La congiura de' baroni, Lucques, 1816.

2. D. Lojacono, L'Opéra inedita De Maiestate di Giuniano Maio e il concello del principe negli scrillori délia corle aragonese di Napoli, Naples, 1890.

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