Flos tamen ItaliiB sola vocanda est
Et sibi conveniens unica nomen habet. »
4. Le maître du Pérugin lui enseigne que c'est à Florence que viennent les hommes « parfaits en tous les arts », parce que la critique y est très répandue, que pour y vivre il faut se montrer ingénieux et
aue son atmosphère engendre dans toutes les professions « une cupidité e gloire et d'honneur ». Vasari, Vie de Pérugin.
adopté les Beccadelli, les Marrasio et quelquefois le délicat poète de Ylsottœiis, Basinio Basini. Nous en avons tini, ou presque, avec les inspirations à la Filelfo, avec les Sforziade, les Cosniiade, les Feltriade^ les Hespéride, les Polidoréide, et tout ce train d'épopée magniloquente qui remplissait le vide de sa sonorité ^ Allégée par l'influence du grec, dont le règne est, comme nous l'avons dit, désormais avenu, elle s'est faite plus brève, plus rapide, plus légère, et, au lieu d'emboucher la trompette épique, elle répand des fleurs et des sourires. Ce sont des choses plus tranquilles et moins outrées, rarement un beau poème, plus généralement des églogues, des odes, des élégies, des épigrammes, que composent les poètes d'aujourd'hui; à Mantoue, Battista Spagnoli, qu'Erasme place à côté de Virgile; à Ferrare, Tiio-Vespasiano Strozzi, qui marie la candeur de Virgile à la mélancolie de Pétrarque; h Naples, Jacopo Sannazaro, qui met aux lèvres des pécheurs de Mergelline la langue des Mélibée et des Tifyre. Le vieux gentilhomme Tito-Vespasiano Strozzi (1425-1505), contemporain de Pontano, chante dans son Eroticon sa maîtresse Anzia, son petit garçon Hercule, les princes, les princesses de Ferrare et les événements gros et menus de cette maison des Este, dont il est le chantre officiel et l'interprète élégant. Le doux et pieux carmélite de Mantoue, Battista Spagnoli (1448-1516), tache de doter de la beauté antique l'évangélisme candide qui l'émeut; son poème Parthenice dit les saintes femmes; son poème De sacris diebus fait se rencontrer, à la porte de Marie, Mercure avec l'ange Gabriel ; dans ses St/lves, dans ses Eglogues, il chante les (îonzague, la campagne de Mantoue, les
i. Tito Vcspasiano Strozzi, qui a entrepris une Itorseiile, ne raccomplit point. Mario Filelfo ne trouve point d'éditeurs pour ses poèmes éniqueH. Igolino Verino non plus. — Sur cette poésie, voir : Voih;1, Die SKiederheU'btnui des Klassiscnen AUerlhunis, II, liv. VII, eh. m. — Itorinaki, Dnn Epos iler lieruiiamnce, Viertcljahrschrift fur Kultur uad Littcrutu dtr HeiiaisHancc, I, p, 187.
paysans. Si Jacopo Saniiazaro (1458-1530) reste vingt ans à tisser d'un fil d'or et d'argent l'histoire de la sainte Vierge dans son poème De partu Virghiis, il communique plus immédiatement son génie suave dans ses Eglogues de pêcheura^ ses Elégies^ ses Epigrammes, qui naissent au jour le jour et disent Naples, les paysages et les rois de Naples, la villa de Mergellino du poète, son amie Cassandra, ses amis. A Florence, le vieux maître Gristoforo Landino, avant d'enseigner l'éloquence au Studio, a composé trois livres d'élégies Xandra. Son collègue au Studio, le maître de poétique Naldo Naldi, compose aussi trois livres d'élégies, outre un poème sur la prise de Volterre, intitulé Volaterrats. Le soldat grec Michel Marulle, amoureux et mari de la belle Alessandra Scala, écrit ses beaux Hymni naturales, où il personnifie en deités antiques les forces de la nature et se rappelle Pontano dont il fut l'élève, et nous rappelle Lucrèce ^ Eglogues et poèmes du chancelier de la République, Bartolommeo Scala; élégies du commissaire de la République, Alessandro Braccesi ; épigrammes du grammairien Cantalizio et du maître d'éloquence Pietro Grinito ; épigrammes de tous 2; distiques du jeune Michèle Verino ; et le i)ère de Michèle, le notaire Ugolino Verino, à côté de la Bible qu'il met en hexamètres, élabore de son mieux un Paradisiis où il chante le vieux Gosme, une Cariiade où il chante l'empereur Gharlemagne et un panégyrique de la ville de Florence, De illustratione Urbis Florenti-e ; et Bartolommeo délia Fonte chante les amours et les armes du roi de Hongrie, Mathias Gorvin.
Le cycle poétique, où se meut tout ce monde, est à peu près le môme ; et ce qu'on disait de Naldo Naldi :
1. Hymni el epif/rammata Marulli, dans C. N. Sathas, Documents inëdils ]ioiir servir à l'/iistoire de la Grèce au moyen âge. Paris, 1888, vu, p. 173. — Sur Marulle, voir Scai.ige[\, Poelices libri VII.
2. On en trouvera un recueil suffisant dans Carmina illuslrium poelarum itulorian, Florence, 1719-1726, 9 vol.
56 LE QUATTUOCENTO
(( Qu'il loue son amie ou qu'il célèbre le Médicis, Naldo, ravi d'un double amour, chante pareillement ' » — pourrait être répété de la pléiade des poètes contemporains de Naples, de Ferrare et de Florence, dont la lyre a surtout deux cordes, l'une pour la maîtresse et l'autre pour le patron. Leur inspiration est ou amoureuse ou courtisane ; quand, à l'exemple de Landino, de Naldi, de Braccesi, de MaruUe, de Verino, ils n'adressent pas de tendres élégies à une Xandra, à une xVlba, à une Flora, à une Neera ou à une Flammetla, ils encadrent de la grâce obligée du latin la vie des Gonzague, des Este, des Aragons ou des Médicis. A Florence, en particulier,''la poésie semble éclose à l'ombre de ce Laurier symbolique, qui personnifiait la figure de Laurent; elle exhale le parfum d'iris, qui est la plante de la famille; elle brille de l'éclat des bagues de diamants, qui sont l'emblème de la famille ; et qu'elle dise Cosme ou LucreziaTornabuoni, ou la guerre de Volterre, ou la réouverture de l'Université de Pise, ou les jardins de Careggi, ou les métairies de Poggio a Gaiano, moins encore, un geste, un sourire, un soupir du Magnifique, elle apparaît estampillée aux armes des Médicis. Elle porte à son fronton l'écusson aux six palle'. Un homme en donne la mesure : Politien.
Polilien n'est plus l'adolescent ingénieux et rapide qu'au début de l'avènement de Laurent, les Médicis sauvèrent de la misère. Grandi dans l'atmosphère délicate de la maison de Via Larga, au milieu de l'opulence, de l'intelligence et de la beauté, il est devenu d'Angelo dcgli Anibrogini, le Politien, c'est-à-dire un gros personnage, chanoine, ambassadeur, professeur, confident du Magnifique, propriétaire à Fiesole. H a composé une œuvre poétique considérable, (jui l'a mis
1, « Dura célébrât Medicem Nnidiis, diiiii liunlal aiiiicani
Et pariter geinino raplus aniore canit... »
(I»ui.iTiK.N, éd. Del Liin^o. p. 122.)
2. Sur c-ftle poésie de la cour des Médicis, voir Fabroiii, (lui, dans son ouvrage »ur Laurent, en donne de Irè» nombreux éclianlillons.
LA COUll Di: LAUHK.NT Di: MÉDICIS 57
on vodello an premier plan. Le tavcrnier, l'oiselcnr, le jjonlunger, le colporlenr se pressent devanl ses pas; le charcutier et le maître-coq le graissent de leurs doigts, l'un le tire par la manche, l'autre le baise, l'autre le salue'. ('Tous les savants, lui écrit Phosphore, t'admirent toi unique et conviennent que tu dépasses haut la main ceux qui ont écrit depuis six cents ans-. » « Mes six cents élèves sont témoins, lui écrit Beroaido, cette chaire où chaque jour j'enseigne est témoin que je me suis fait le héraut et la trompette de ton érudition singulière-'. » « Si ton Mécène ne me sauve pas, le supplie Cantalizio, je vends mes livres et je me mets à faire le valet, l'usurier, le fournier». >• Tout ce qui brille dans les lettres, et non seulement h Florence, mais à Venise, à Rome, à Milan, à Ferrare, à Xai)les, s'incline devant lui, l'accable de compliments et d'hommages. Et que si, à peu près seul de son espèce, Sannazaro lui décoche deuxépigrammes cruelles, Politien peut en sourire. Avant Sannazaro, dont la gloire appartient surtout au siècle à venir, et après Pontano, qui représente une époque déjà dépassée, il est, au-delà de Florence, l'illustration éblouissante et jeune du dernier quart du Quattrocento.
Non que par un coup de génie il arrache le siècle à ses destinées littéraires. 11 ne fait que les résumer et les incarner. Elevé dans la cour du Magnifique, où la poésie s'est faite médicéenne, il n'élargit point son horizon. Il réduirait plutôt le cycle admis, l'amincis-