‹ Le quattrocentoChapitre 48 sur 151 · niugnaioj o mugnaio, Pesami costei · texte numérisé non relu

niugnaioj o mugnaio, Pesami costei

« Pesa anclie lei ».

« Questa pesa cento, E quella ben dugento. *

nascialeschi ^ qui cclosent au carnaval de Florence', introduisent sur des chars les gensde métier, qui parés de leurs costumes et de leurs attributs professionnels, miment leur rôle, poussent leurs cris : Visùn, visim, visim^ Chi vuol spazzar cammin! crient les ramoneurs. Trinche, trinche lutte Voi\ Le fa chocce di falor ! chantent les soudards d'Allemagne. « Sommes nourrices du Casentin, à la recherche d'un bambin! » chantent les nourrices du Casentin. Et à côté de ces chansons de joie, le peuple chante des chansons de pénitence, le peuple chante des laudes.

C'est ainsi que le peuple sait une quantité de chansons. Comme Dioneo, qui dans la cinquième journée de Décatnéron expose à la reine son répertoire, il sait Monna Aldruda^ levate la coda Che buone novelle vi~ reco, et il sait l'adorable ballade de Dante Per una ghirlandetta CKio vidi, mi farà Sospirar ogni fiore. Il sait la chanson du Nicchio et il sait la jolie chanson du Primo de Sacchetti. 11 sait Fatevi aWuscio Madonna dolciata. Il sait Oramai che fora sono. Il sait 0 canzonetta mia. Il sait Donna Lomharda et il sait Misericordia, eterno Dio. Et sous le soleil de la rase campagne, et dans les belles nuits de lune silencieuses, il chante, à plein gosier, à plein cœur, de toute sa voix, de toute sa force, tandis que dans leurs chambres hautes, les humanistes, se bouchant les oreilles, lisent leur grec cl leur latin.

« Tu se' iina grassa

Clie ti vcjjna fracassa! »...

« O fanriiillc, o Tanciullc,

A casa ritorniano... » (Carducci, p. 2«.)

1. 1 Tulli f Irionfi, ciirri, mime lie ml e o canli cnrnuscialescin aiidali per Firenze al tempo tli Lorenzo il Maynifico finu alianno ISIi'J, repub. par O. (jliierrini, Milan, 1883.

Et comme le peuple a des chansons il a des histoires'.

Il a une quantité d'histoires. Il a presqu'autant d'histoires que de chansons. Les aventures, les amours, les guerres, les batailles, les duels, les pays, les jardins, les prouesses, les exploits, les rois, les barons, les fées, les dames, les bêtes, il n'y a pas à dire, c'est de belles choses. Ça repose et ça détend ; ça distrait et ça console; ça instruit et ça occupe. Le peuple goûte les histoires qui l'arrachent au présent et le transportent dans une vie meilleure.

Gomme les chansons, les histoires du peuple sont rimées; comme les chansons, les histoires du peuple sont chantées ; seulement au lieu de présenter tous les mètres et toutes les formes, elles n'adoptent qu'une coupe unique, l'octave ; et au lieu d'être chantées par le peuple, elles sont chantées devant le peuple par un professionnel, maître instruit, au courant des choses, ayant consulté les papiers, qu'on nomme cantastorie^ carUafavole ^ canlambanco ^ cantnre^ canterino. Quand les histoires sont courtes, on les dit /iore/e//«? ; quand elles sont longues, on les dit storie; et alors on les divise aussi en cantari.

Ces histoires sont de toute origine, de toute provenance et de toute sorte. Elles puisent leur bien oij qu'elles le trouvent, dans la fable comme dans la vie,

1. Sur les storie en général, voir Ugo Foscolo, Sui poemi narrativi e rommizeschi italiani, Florence, 1859. — Valentin Schmidt, Ueber die italienischen Heldençiedichle ans dem Sageii Kreis Karls des Grossen, Berlin, 1820. — Giulio Ferrario, Sloria ed analisi degli anlichi romanzi di Cavalleria, Milan, 1828. — Panizzi, Essay on tlie vomantic narralive Poetry of Ihe Ilalians, Londres, 1830. — llanke, Zur Geschichte der Italienischen Poésie, Berlin, 1837. — Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, Paris, 1865. — Melzi et Tosi, Bibliografia dei romanzi di cavalleria. Milan, 1865. — Pic Rajna, Le Fonti dell Orlando furioso Florence, 1876.

lîiG LE QUAITROCENTO

dans la légende comme dans la chronique, dans le rêve comme dans la réalité, dans tous les poèmes, dans tous les contes, dans tous les romans. L'antiquité sacnîe et l'antiquité profane, les cycles chevaleresque et les récits d'Orient, les lastes du passé et la gazette contemporaine ; le Vieux Testament^ le Nouveau Testament, la Léfjende dorée; Y Iliade d'Homère eXY Enéide de Virgile; les Héroides d'Ovide, les Commentaires de Gé ar ; la Thébaïde de Stace, V Alexandre du pseudo-Callisthènes ; la matière de France ot la matière <le Bretagne, autant de sources à histoires, autant de sujets à histoires, autant d'histoires. L'histoire, universelle, s'émiette, se réduit, ?e transforme en hisloires, qui courent, circulent, vont, viennent, se fcroisent, se frottent et s'emmêlent. A la fin du xiv" siècle ou au commencement du xv% un cantantbanco détaille dans un cantare son catalogue d'histoires': ce qu'il sait d'histoires! Il se biiigne dans les histoires ! 11 a la poitrine remplie d'histoires. Les histoires le sollicitent comme les Heurs au printemps. Il ne sait par oij commencer ses histoires. Il en sait, « sur l'origine joyeuse de notre foi ». Sur le r)élugc et l'Arche, sur Abraham, sur Joseph vendu par ses frères, sur le roi David, sur Nabuc Dinasor, sur toute la vie de notre Christ « et les faits heureux, et la mui-t, et la résurrection de notre Christ qui nous a sauvés ». Ce n'est là que des bagatelles. Il connaît 82 caiitari sur riiisloire de Troie, 80 canlari sur l'histoire de Thèbes, 27 cantari sur les gestes de Thésée, 1.106 cantari sur l'histoire de Rome. Les histoires de Home sont bien certainement la (leur de clKupie cantare, (( parce que tout le bien et tout le mal d'Italie, tout ce que l'Ilalio a de sagesse el de valeur, c'est Homo qui le lui donna'*». Voici les deux frères allaités par

1. l'io Hnjrm. Canlare dei L'anluri, Zeilschrift fur nuiHin. IMiiloloL'ic, Ilallc, 1808 (p. 220, p. 410),

2. « liiiperoccliè ogni l.vue e ogni iiieslo CIm; llalin ha di snino c (ii viilorc

J{oi]iu gliel diè. » {CanUire dei Canlari, p. 433).

LE PELl'LE. SA POÉSIE liJT

la louvd, voici xXiima qui ordonna la loi; voici Tarqnin le Superbe el ce qu'on en lit ; voici les sénateurs, les tribuns de la plèbe el les dictateurs ; voici les consuls, les centurions jusqu'à Octavien; et voici Camille. Oh! Camille! « Les faits magnifiques de Camille, les vertus et l'audace de Scipion, chacun devrait dire : Ah! dis-les, dis-les!» Et après Camille, César, Pompée, Octavien Auguste qui fit convertir le fer des couteaux en 1er de charrue ; et il chantera de cha([ue empereur grec et latin, et aussi de Constantin. Il sait encore le beau traité de Messer Lancelot et de Messer Tristan, tes enchantements de Merlin, la liste des ciievaliers errants seconda le cai'le^ 400 canlari de la vieille table, et le roi Arthur, et Breobis, et Breus, et le Graal. Il sait la chronique détailh'e de ce qui est écrit des paladins, l'entreprise mortelle d'Espagne, toutes les histoires .Y6'/'/>o/<<?.s7'. 11 chanterait un mois d'Aliscante. Il connaît par cœur les dix chants d'Alexandre, magnamine et puissant, sans compter Darius et Cyrus, et les fortunes française €t latine, et des novelette sans fin. « Vous avez entendu comme je peux chanter de la Bible et des Troyens, d'Albe, de Rome, et de toutes leurs aflaires, d'Alexandre, des Grecs, des ïhébains, et de chaque histoire des paladins et des infidèles... Choisissez maintenant celle ([ui vous plaît le mieux '. »

En dépit d'une aussi grande diversité, toutes ces histoires se ressemblent. Peu importe leur origine, leur date, leur genre, leur qualité et leur véracité. Elles sont écrites dans la coupe légère, ailée et ténue de l'octave, qui les réduit au môme format, les dresse sur un môme plan, les recule dans un môme passé, leur prôte la môme voix et les anime du même geste, rapide, gracieux, souple, qui se noue, se dénoue, se renoue, gambade et court avec prestesse et clarté. Fiesole et Troie, Albe et Paris, Jérusalem. Home,Thèbes, la Bretagne, l'Espagne, l'Afrique, l'Irlande, le Négropont sont des pays, avec

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