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Chiedete oiuai la quai pi» vi diletta. » (/i., p

des tours, avec des palais, avec des routes, avec des grottes, avec des collines, avec de petits viaducs. Le roi David et le roi Arthur, l'empereur Gharlemagne et l'empereur César, Enée, Hector, Alexandre, Roland, Tristan, Thésée, Lancelot, Renaud sont des princes ou plutôt des barons, qui couchent dans des lits d'or, qui possèdent des chiens braques et lévriers, qui touchent des instruments, qui portent les mômes armes damasquinées et ciselées, qui revêtent les mêmes robes claires et précieuses. Les chronologies se confondent. Les origines s'identifient. Nous ne sommes, pas à un lieu déterminé, à une époque fixe, à quelque point précis de la terre et de l'histoire ; nous sommes par-delà le moment et par-delà la montagne, dans l'éloignement magnifique, merveilleux et pareil. L'important n'est pas où ces choses se sont passées, quand elles se sont passées; l'important est qu'elles se soient passées. Et elles se sont passées. Ce ne sont pas des billevesées : ce sont des réalités, ce sont des fait>i. Nous avons les faits d'Enée, les faits de César, les faits d'Alexandre le grand, les faits de Thésée, les faits de Camille.

Cependant, de toutes ces histoires les plus belles et les plus sympathiques sont à n'en pas douter les histoires des paladins et des infidèles. C'est Rinaldo d'i Monlalhano. C'est Uggieri il Danese. C'est la Spagna in rima. CaiVAsproînonle. C'est V Innamoramento di Carlo ^ et Fieraôraccia e Ulivieri, et Ancroia^. Et ce sont ces rifacinicnti innombrables de la matière de France, qui passa l;i frontière au moment même où elle naquit, descendit le long des fleuves, se répandit sur les places

\. V. Pio Raina, Rinaldo da Montalbano, Propugnatore, Bologne, 1870, p. 2l.'(. — l'io Uftjna, L(i;/eri il Danese nellaleUertitiini romanzesca de(/li llulifini, Kuiiiania, Paris, 1872, p. il'tl'>. — Libru chiamtilo lu Spaf/na, Venise, 162."i, clsiirro poème, Pio Raina, La rolla di liuncisralle nella leUeratura cavalleresca iUdiuna, Propiignalore, Bologne, 1871, p, '.i'.i'.i. — A. Thomas, Notice sur deux manuscrits de. la Spiiffmi en vers, Rr>Miania, Paris, 1881;, p. 207, — 0. Oslcrha^'c, UoImw die Spai)na xHloriata, Prograriirri, Berlin, 188.'). — El canlin-f di Fierafiracciti e UUvieri, piij». par . Stengel, Ausgabcn und Altiianill ans deui Gebiete dcr roni. Piiil, Marburg, 1881.

par la bouche des Ghdlari chanteurs, garda sur les bords du Pô sa langue d'oïl et sa strophe monoiime, adopta l'italien et l'octave sur les bords de l'Arno, créa à Venise une langue particulière le franco- vénitien ' et se montra dans toute l'Italie d'une fécondité touchant à la prolification-.

La matière de France est pour le peuple la matière par excellence; la matière de France conte de l'erapepereur Charlemagne qui refit le sacré empire romain, gloire de l'Italie; la matière de France conte de preux et de paladins qui appartiennent à l'Italie, puisqu'ils appartiennent à la chrétienté; et la matière de France, plus qu'aucune autre, est remplie de grandes et généreuses histoires de mêlées, de défaites, de triomphes, de duels, de prouesses, d'aventures et de beaux coups.

Tout de suite, le peuple l'adopte et la fait sienne, la déforme et la démarque, l'adapte à son esprit, à son climat, à son format, se l'accommode et se l'approprie et lui demeure fidèle à jamais. Les héros de la geste française deviennent ses personnages familiers, les hôtes assidus de son cerveau et de son rêve, des compagnons rapprochés, voisins, immédiats, dont on connaît les généalogies et les gestes, les muscles et les armures, l'humeur et la façon, dont on s'entretient, qu'on cite, qu'on raconte, qui font désormais partie du patrimoine intellectuel et de la légende domestique.

Roland s'appelle Orlando; il est né à Sutri ou bien il est sorti armé des ruines étrusques de Fiesole ; il laisse un fer de son cheval contre le portail de San- Slefano, à Florence; il fend d'un coup de son épée une île de l'Istrie; le pape l'envoie défendre la foi; Sutri montre la grotte d'Orlando; Pérouse le Pavillon d'Orlando; Pavie le Rocher d'Orlando; Osimo le Borgo

1. Sur ce phénomène d'une langue exclusivement littéraire, v. A.Gaspary, Storia delta letteratura italiana (trad. Zingarelli), Turin, 1887, p. 96.

2. Ferd. Castets, Recherches sur les npports des chansons de gesteel de Vépopée chevaleresque italienne, Paris, 1887.

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de Roucevaux; Corceaiio a dans ses armes communales, les armes d'Orlando', Quant à Fempereur Charlemagne à la barbe fleurie, il s'appelle Carlo, Carlone, le roi Charles, le gros Charles, un peu court, un peu simple, à qui l'on en fait accroire, homme à descendre de cheval pour lancer des pierres contre un arbre où Malagigi a accroché son bâton, homme prôl à renier le Christ si on le délivre de l'insupportable Renaud. Renaud s'appelle Rinaldo, à qui l'on attribue une place de premier rang : beau baron, courageux, hardi, prompt aux coups, insolent, railleur, et gamin. Et autour des protagonistes, il y a les bons et les méchants; il y a ceux de Chiaramonle et de Maganza. Ceux de Chiaramonle sont tous bons, tous loyaux, tous parents; ceux de Maganza sont tous traîtres, tous félons, et tous parents; et ceux de Chiaramonle et de Maganza se jouent les tours les plus pendables.

Un de Chiaramonle, fort comme toul, fleur de vertu, héros de courage, est difl^amé par ceux de Maganza auprès de Carlo, roi de France. Carlo croit ceux de Maganza et exile celui de Chiaramonle. Alors celui de Chiaramonle s'en va par la Paganie, qui est le pays des Païens. Il donne, en champ clos ou en rase campagne, des coups d'épée furibonds, lutte avec des bôles ou avec des géants, fauche des forôls, déroute des armées, abal des villes, conquiert des territoires; et il est sympathique. Mais quelqu'un le reconnaît et le dénonce comme chrétien au roi de Paganie. On l'enferme au fond d'une tour. Une fille de roi, ou bien une fille d'emj)ereur, ou bien une fille de sultan, le délivre, à moins que ce ne soit ses cousins (|ui le délivrent. Il convertit et il épouse la fille du roi. Alors il recommence : il donne, en champ clos ou en rase campagne, des coups d'épée furibonds, lulte avec des botes ou avec des géants, fauche des forôts, déroute

1. A. D'Ancona Tvadizioni carolinr/ie in Ilalhi. Hendiconli dell'Accademin dei Lincei, Hoiiic, 1889.

des armées, abat des villes, conquiert des territoires et arrive à Paris, où le roi Carlo est assiégé par les infidèles et regrette sa bonne lame. Et il délivre Paris, sauve la chrétienté, reçoit tous les honneurs et tous les biens, et l'histoire est finie. Mais ceux de Maganza peuvent le diffamer de nouveau, le roi Carlo croire de nouveau ceux de Maganza, lui retourner de nouveau en Paganie, et l'histoire peut recommencer de nouveau ^

Une histoire ainsi conçue est extraordinairement intéressante. Elle est très édifiante aussi. On y voit l'impiété raclée et le christianisme victorieux. On y voit d'immenses collisions de croyants et d'infidèles où les croyants triomphent, des conversions en bloc, des baptêmes de peuples et de rois. On y voit surtout des coups d'épée, des corps percés de part en part, des hommes fendus en deux d'une seule botte, crâne, ventre, cheval. On se crache au visage, on se tire la barbe, on n'a peur de rien ; on en vient tout de suite aux invectives et aux mains ; on se cogne, on se poche, on se bosse, on se cosse, on s'écharpe, on s'enfonce, on s'abîme, on s'estourbit et on s'assomme; atouts et claques, calottes, tapes, gilles et mornifles, horions et nions, frottées, fessées, rincées, rossées, mêlées, raclées et giroflées; coups portés, coups parés, coups fourrés, coups secs, coups au morion, coups de revers, de travers, de pointe, d'estoc, de taille, coups sur coups, coups pour coups. Et il y a des banquets servis dans des salles royales, des tournois aux chevaux caparaçonnés et empanachés, des cérémonies augustes et splendides, où les hommes et les choses, les habits et les meubles, les armes et les plats sont tout en or. II y a des destriers qui franchissent les lleuvesd'un seul élan, des monstres à gueule de lion et à corps de serpent tout en braise, des géants qui mangent de la chair humaine. II y a des pays étranges, des îles lointaines, des endroits impos-

1. Pio Raina, Hicerclie intorno ai Reali di Francia, Bolorae, 1872, p. 265.

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