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CHAPITRE II

LA r.OlR DE LALRKNT DK MÉDICIS

I. Florence, capitale de l'hellénisme italien et centre d'un nouveau moment de culture.

II. Laurent de Médicis. dit le Magnifique. — Complexité de son caractère. — Sa position et sa politique. — Son esprit. — Sa volonté. — Son charme.

III. La Florence de Laurent. - Les Médicis : le palais, la ramille, les enfants. — Familiers du palais. — Charme et cordialité de la vie quotidienne : les soirées, les villégiatures, les jeux. — Les éléments dramatiques étoutfés parla joie. — Les fêtes : le carnaval, le Calendi- ^nfif/did, la San-diocaïuii ; joutes, bals et entrées triomphales — L'art et i.i beauté. — Les poètes et les savants. — Désinvolture et grâce de la science. — Florence, nouvelle Athènes.

IV. La poésie contemporaine. — En dehors de Florence : Tito-Yespasiano Strozzi, Hattisia Spagnoli, .lacopo Sannazaro. - A Florence : Naldo Naldi, (Iristoforo Landino, Miihel Marulle, Cantali/.io, Crinito, Hraccesi, Scala, Verino. — Caractères de la poésie latine de la fin du Quattrocento : elle est lyrique et courtisane. — La poésie de Politien. — Comment et pourquoi le moment n'est pas favorable à une véritable poésie.

V. L'érudition contemporaine. — A Florence : Polilien, Landino, Scala, Fonte. Hucellai, Crinito. — Au dehors de Florence : Domizio Calderini, Paolo Cortese, Girolamo Donato, Krmolao Harbaro, Codro L'rceo, Filipuo Beroaido, Merula. — L'imprimerie et son inlluence sur la science — Editions princeps. — Premiers monuments scientifiques.

Si la culture hélloniquo envahit l'Italie entière, c'est à Florence que cette culture porta ses fruits les meilleurs.

C'est à Florence que se réunit rAcadémie platonicienne ; c'est à Florence que paraît en 1470 la traduction de Y Iliade de Politien, à Florence que paraît en 1477 la traduction de Platon de Marsile, à Florence que paraît en 1488 l'édition princeps d'Homère de Chalcondylas. Pendant quinze ans, le Grec Jean Argyropoulos y verse « la sagesse de sa bouche d'or » ; And rouie Gallistos, Demetrios Chalcondylas, Jean Lascaris succèdent à Argyropoulosavec le Toscan Politien. « A Florence, écrit Ugolino Verino, tout ce qu'il y a de savant s'est réfugié après le naufrage de la Grèce comme en

un port certain'. » «A Florence, écrit Cristoforo Landino, la force de l'esprit et de la science est si grande, il y a sur le même point tant d'opinions variées, disputées avec une telle subtilité qu'il semble qu'entre ses lares magnifiques aient émigré l'Académie, le Lycée, le Portique '... » « A Florence, écrit Politien, les enfants de la première noblesse parlant l'idiome attique si purement, si aisément, si promptement qu'on ne croirait point Athènes détruite et occupée par les barbares, mais qu'Athènes a émigré à Florence avec son sol et son bagage et que Florence l'a complètement et totalement absorbée -^ »

Ainsi hellénisée, Florence est le centre d'un nouveau moment dans l'histoire de la culture italienne, où la science a fait un pas, la poésie accompli une étape et où l'esprit semble marcher dans une autre direction. Le latin est toujours honoré sans doute, et il nous conviendra d'examiner ici son service et son œuvre; mais désormais, dans les études, au-dessus du latin, comme préoccupation dominante de l'érudition et forme supérieure de la culture, règne le grec.

Cette Florence est la Florence de Laurent de Médicis.

Le 3 décembre 1469, Pierre le Goutteux, qui pour queh|ues années seulement avait succédé à Gosmc de Médicis, était mort.

1. « Ex totius GracciiB naufragio hue velut ad portuin tutum doctissinius qiiisque einersit. »

2. « Tanta erat optimorum ingeniorutn atque eruditonim vis, totquo eadem de re, tamqiie vari.i'. opiniones, lanla denique subtililate disputatm, ut intra ina/^'niflcos ilUis Inrcs, non modo Acudciniain, I^yceiiinque ac postrcinuin l'orlicum, ipsain Allienis migrasse, sed omacm Parisienscm scholam iiluc convcnisse putares. » liandini, Spécimen litleraturw. ftorenliniE, Florence, 1748, 2 vol., I, p. :i'.).

3. « l'rim.'i; tio|>ilitatis piicri ila siiiccrc atlico serinone, ita facile expcdilc loqimnliir, iil non dck-la; jam Athena; alque a barbaris occtipauu, »ed ipsui siia sponlc ciim proprlir avulsa* solo, ciimqiiu omni, lit Hic dicerim, sua siipcilectilo, in Klorentiam urbcm immigrasse, at(|uc ■e toiu» pcnilusque infundisse videantur. » I'ouitien, Opéra, Lyon, io;{3, 3 vol., III, p. 64.

(( Le second jour de sa mort, écrit Laurent de Médicis, quoique moi, Laurent, je fusse très jeune et de vingt et un ans d'âge seulement, les principaux de la cité et de rp]tat vinrent à la maison s'affliger du malheur et m'exhorter à prendre le souci de la cité et de l'Etat, comme l'avaient fait mon aïeul et mon père, laquelle chose, pour être contraire à mon âge et de grande charge et danger, j'acceptai mal volontiers, et seulement pour la conservation de nos biens, parce qu'à Florence on peut mal vivre riche sans l'Elat'. » •

La scène change. Quelque chose de hardi et de brillant vient d'apparaître. Ce n'est plus un vieillard prudent et ce n'est plus un inlirme reclus qui tiennent en main la chose publique. C'est un adolescent volontaire et joyeux. Et autour de lui, le monde a son

âge-

Les vieux humanistes, les vieux grammairiens, les

vieux peintres, qui, pendant un demi-siècle, avaient

rempli l'Italie de leur œuvre, sont morts. Poggio est

mort. Valla est mort. Guarino est mort. Donatello,

Ohiberti, Brunelleschi, Fra Lippi, Fra Angelico sont

morts. Et l'austère Sant-Antonino est mort qui, parmi

les rues bordées de loggias et de fête, allait renversant

les échiquiers et les cornets des joueurs. Place à la

jeunesse ! Place à la joie ! Place à une érudition qui

n'est plus qu'un jeu, à un art qui n'est plus qu'un

sourire, h une pensée qui ressemble à une volupté!

Une génération nouvelle s'est levée. Une heure d'aurore

et de printemps resplendit. Et depuis un an Florence et

l'Italie sont en paix,

Laurent est jeune. La destinée voudra qu'il le reste

1. « 11 secundo di dopo la sua morte, quant unqiie io Lorenzo fossi molto giovine e di età a anni 21., vennono a noi a casa i principali délia città e dello stalo a dolersi del caso, e conforlamii, che io pigliassi la cura délia città e dello stato, corne avevano fatto l'avolo e il padre mio, le quali cose per essere contre la niia età, e di gran carico e pericolo, mal volentien accettai, e solo per conserva degli amici e sostanze nostre, perché a Firenze si pu6 mal viver ricco senza Io stato. » Angelo Fabroni, Luurentii Medicis vita, Pise, 1184, 2 vol., t. I, Docum., p. 42.

jusqu'à la fin, peiulant sa courte vie humaine, durant sa longue carrière historique. Car, en définilivo, n'estce pas une impression d'irrésistible et triomphante jeunesse qui demeure attachée à l'apparition de ce prince, couronné des Heurs de la poésie, à qui une suite de poètes, de lettrés, d'artistes adolescents fait escorte, qui couvre Florence d'un manteau de heauté, qu'on appela le Magnifique, et qui ayant tout senti, tout connu, tout voulu, meurt en pleine gloire avant ses quarante-quatre ans accomplis?

De la nuit des siècles, sa figure ressort ceinte de lumière. Il suffit qu'en l'évoque pour qu'on la voie. Il j)asse à cheval paimi les champs d'oliviers et de roses de Toscane, entouré de ses chiens, de ses veneurs et de ses favoris; il se dresse au détour d'une allée de Careggi la main posée sur l'épaule de Pic de la Miraudole ; il rêve sous les étoiles aux mystères de l'amour et de la mort devant une fleur de Glizia tournée du cùté du soleil disparu ; ou il penche son front pensif sur un débris antique ; ou il sourit à u: e petite chanson de villandla; ou il rythme du doigt la musique d'un cmito carnascialesco. Et quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, ou qu'il apparaisse, il unit selon son ami le platonicien Marsile ces trois grâces de clarté, de joie et de Verdeur que chanta Orphée, à savoir : clarté d'esprit, joie de volonté, verdeur de corps'.

Peu de personnalités ont paru aussi éiiigmatiques. Aucune n'a été plus disculée. Aucune n'est demeurée mieux vivante. De cette époque d'hécatombes que fut son temps, Laurent de Médicis, tour à tour haï et porté au pavois par quatre cents ans de passions et de recherches, subsiste. Bien mieux, il incarne. On dit le siècle du Magnifique comme on dit le siècle de Léon X.

1. « Tre» illns gralinH... qu.i' nh Orplieo (li>s(-ri))iintur, scilicet splcn- (iorotr:, lii'titiiiin, viriditatcm ; .splcndoroiii, ini|uiiiii, iiicnlis, lii>liliaiii Vdlrinlnlis, viriditiiteiii curporis et fortunui. Aspirant jniii ex alto lui; (iratiu; Laurcntio. » Fici.'i, O/iera, I, p. 622.

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l^]l de fait il semble accueillir et accorder en son unie décevanle les mille aspects et les mille contrastes de cette Florence ouverte, impressionnable et mobile, placé (' au centre du Quattrocento.

C'est un prince luxueux et fastueux comme un roi soleil de Tavenir ; et, du même coup, c'est un bourgeois de vertus prudhommescjues comme ses aïeux les marchands. C'est un philosophe qui se complaît aux pures extases des dialectiques platoniciennes; et, du môme coup, c'est un diplomate dont la main régit les fils subtils de la politique contemporaine. C'est un chrétien qui chante en chevauchant sous le soleil des litanies d'église; et, du même coup, c'est le païen «merveilleusement enclin aux choses de Vénus »> que nous a dépeint INIaciiiavel '. C'est un poète, initié, dirait-on, à la moindre nuance de l'émotion la plus pr.3cieuse, et c'est aussi le tyran cruel qui commande le sac de Volterre, dérobe la d(U des filles orphelines, ordonne des supplices et des pendaisons. Le passé, l'avenir et le présent; toutes les inlluences et toutes les cultures, tous les germes et tous les dépôts, toutes les traditions et tous les pressentiments se rencontrent, s'amalgament, se combinent dans cette personnalité partagée.

Tandis que Cosme n'était qu'un commerçant judicieux, Laurent a reçu une éducation royale. Il sait le latin. 11 sait le grec. Il connaît les philosophies et les histoires. Il a voyagé, assoupli son corps aux joutes et aux escrimes, |)rati(|ué le gymnase, fréquent;' l'Académie ; et cependant on se tromj)erait de vouloir considérer le Médicis comme une plante rare, grandie dans la serre chaude de l'école ou de la cour. Si le chanoine Gentile dei Becchi, le grec Agyropoulos, le poète Landino, le platonicien Ficin ont cultivé cette jeune ûme de leurs mains savantes, ni les uns ni les autres n'ont

d. A Rome, un cercle de monsignori l'accuse « d'andare di notte spiacevoiegiando a femiue e facendo legereze che facevono vergognare. » bel Lungo, Florenlla, Florence, 1891, p. 212.

réussi à la dévier de ses origines. Et à admettre que Laurent soit le lils exclusif de quelqu'un, à coup sûr il le serait de sa mère, la vieille Lucrezia ïornabuoni, qui fabriquait dans l'idiome local des sonnets facétieux et des laudes dévotes.

Comme Lucrezia, Laurent est du côté du peuple. Sa nature est robuste et plébéienne. Elle va spontanément aux humbles, au popolo minuto^ à la gent de la campagne et de la rue dont il aime les façons, dont il connaît les histoires, dont il garde l'alacrité, l'esprit en saillies, la longue songerie silencieuse, dont il pratique la foi d'habitude, dont il possède l'escient et dont il partage le goût pour les farces et le vin. Qu'on regarde ce corps, rude, fruste, aux ossatures massives, au profil presque bestial, équarri à coups de serpe * : c'est celui d'un paysan, mais d'un de ces paysans de Toscane, dont le proverbe dit qu'ils ont « les souliers gros et les cervelles fines ». l-lt ce que Laurent était de tempérament, de race et d'instinct, il prétendit le rester, moins peut-être par politique que par véritable sympathie.

Alors que sa place serait marquée chez les princes, il fait sa société ordinaire du pauvre compagnon Luigi l'ulci, qui lui dit : « Tu es notre coco! » Et alors que la langue patricienne est le latin, et qu'il possède le latin jusque dans ses élégances, il écrit en italien, et non seulement ses lettres et ses papiers domesti(iues, mais encore ses poésies. Le beau langage, les belles manières, les belles le<;ons n'ont point altéré ni appauvri cette riche santé de carrefour. Pareillement l'humanisme n'a pas réussi à confisquer ce génie souple, vivace et univ(;rsel. Autant et plus (jue par les livres, Laurent a été formé par la vie. « Prends garde d'être homme et non gan;on"^! »> lui répétait son père comme averti de

1. Dans In iiiédaillc dn Fiorciilirio. Dans le portrait dn Vasari. Dornléronurnl, KIorcncc a uxhuniù «en n-sles à la chapelle de Saint-I^aiirenl. Le crâne, au faeieii hriitai, rénond liien aux porlraits de i'ép(>(|ue.

i. « Fu'coiilu d'e«8crc veccliiu inuunzi ul leuipu, chè cusi ricbiede il

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sa mort prématurée. Laurent a suivi le conseil. A seize ans, il a impressionné la cour du roi d'Anjou par son joli habit taillé ù la française et par son naturel réfléchi. A dix-huit ans, il a déjoué sur la roule de Garejj^gi, par sa seule présence d'esprit, la conjuration de Uiotisalvi Neroni ourdie contre son père, il a composé des vers dans le goiit de Pétrarque. 11 a remporté dans une joute publique un casque ouvr(' par Pollajuolo.il a été mandé ambassadeur à Pise, à Rome, à Milan. Il s'est marié, ou plulùt « on l'a marié » avec Glarice Ursini. Aussi bien, lorsque les grands de Florence vinrent à son palais lui apporter ce qu'ils appelaient « l'iillat », ils trouvèrent à qui parler. Ccl adolescent sérieux, curieux et judicieux n'était plus un gar«jon. Et comment il accueillit, développa et coniirma celle puissance terrible (|ui lui était olVerte, sans doute consolidée par la sage administration du vieux Cosmeel une suite d'événements heureux, mais encore instable, sujette aux coups de bascule de la forti::u', la proie d<i jalousies ou de rancunes, il faut, pour le comprendre, suivre cette foule en délire qui, le jour de la conjuration des Pazzi, se masse sous son palais et l'acclame en un seul cri ' .

Evidemment, Laurent est prince. « Ledit Laurent de Pierre de Cosme de Médicis, écrit un contemporain, s'était fait chef de ladite cité et tyran, plus que s'il en avait été signore à la baguette, et toujours il menait avec lui, lorsqu'il allait dehors, dix estaliers, avec l'épée et en cape, et un de ces dits estaliers, qui s'appelait Salvalaglio, allait devant avec l'épée comme escorte, et il était citoyen de Pistoieet homme de belle vie

bisogno. » « E per dire con iina paroia, a te bisogna far conto essere huomo e non garzone. » Fabroni, op. c, doc, p. 52.

1 Voir, parmi tant de récits contemporains de la Conjuration des Pazzi, celui de Poiitien. De Conjuvatione pacliana.

•1. « Detto Lorenzo di Piero di Cosimo de'Medici s'era fatto capo di detti Ciltà, e tiranno, più che se fussi slato Signore a bacchetta, e sempre menava seco quando andava fuori 10 staffieri, colle spade e in cappa, e imo che si chiamava Salvalaglio di detti staffieri andava innanzi colla spada per iscorta, ed era cittadino prstolese, e uomo di

32 I E OL'ATTHOCENTO

Lorsqu'il voyage, les magisUals des villes qu'il traverse apportent à son cortège l'hommage de discours, de fruits et de vins. Les seigneurs, les monarques, les papes le traitent en égal ou en m ai Ire. Le roi de France, Louis XI, l'appelle « mon cher cousin » et reçoit ses ambassadeurs tète découverte. Le sultan de Turquie lui renvoie de Constantinople le conjuré Randini, C'est dans son palais que sont logés les hôtes de marque, en son nom que sont conclues les alliances, à ses frais que sont payées les fêles splendides qui embellissent Florence, tellement que les armes de la cité ne sciuiblent plus ce Marzocco, dont le rugissement effrayait le monde, mais ces palle légères de l'écusson des Médicis, à qui la France a donné ses lys. Ln même temps, Tunique souci de ce puissant est de dissimuler sa puissance. Ainsi que son grand'père Cosme, il n'exerce aucime charge ofhcielle. 11 ne possède aucune autorité légale. Il est vêtu comme le premier citoyen venu, en hiver, d'un capuce violet; en été, du simple lucco^\ il cède le pas, dans la rue aux vieillards; il se dérobe devant les honneurs et les bravos. Sa maison, si magnilique soil-elle, n'est pas la plus ample de Florence; il y vit tout simplement, étonnant le lils du pape, Franceschetlo (^ibo, qui esl son geiulre, par la modicité de ses menus et de son train. 11 défend à ses lilles de porter certaines étoiles précieuses que d'autres bourgeoises, moins hu|)pées. arborent constamment. Il signe « Laurent, citoyen de Florence ». Et il mande à son fils IMerre à Home : « Comporte-toi gravement et honnêtement et avec iiumanité avec les autres, (jui sont tes égaux, le gardant de les précéder s'ils ont plus d'âge que toi, parce que pour être mon fils tu n'es pourtant

bella vitu. » Cambi, l)elizie det/li eruditl luscaiii, Florence, 1780, XXI. p. 65.

1. « Dello Lorerizo andavii il verno in miintcllo o. (•appuccio paghooazzo, cunic ^U allrt cittailini. e (piandu era con citladiiii di pin tempo di lui, senipre dava loro la niano ritla, e s'erano pin di dn(>, nieltova in mezzo clii aveva più teuipo ; e la statu andava in lucchu conie gli altri. n IL.

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rien autre que citoyen de Florence, comme ils le sont enx tous'. » La conscience de sa force semble lui manquer. Jamais il ne se repose de l'accablante fatigue d'ôtre toujours dispos, toujours empressé, toujours aimable envers chacun. Jamais il ne prolile des situations acquises comme s'il les avait toutes à conquérir. Jamais, en dépit de ses richesses, de ses alliances et de ses eshiliers, il ne se considère comme arrivé. Il arrive chaque jour. En quoi, d'ailleurs, il ni' fail que continuer la tradition de sa famille.

Confondre si bien les intéièts d'une dvFiastie et les inlcrèls d'une république qu'on ne sache plus où l'une commence et l'autre finit, ni si l'on est Médicis ou Florentin ; emmêler lesdeniers de l'un avec les deniers de l'autre, de sorte (ju'on ignore qui paie et qui est payé; n'accepter aucune charge publi(|ue, mais faire de chaque homme public sa créature et de chaque orgauisme d'Ftat sa création; empêcher que les uns s'élèvent, que les autres s'abaissent, maintenir ceux-ci et ceux-là au même niveau et se les lier tous par des bienfaits; conserver au dehors ce sage équilibre du dedans, s'a|)j)uyer sur Milan et sur Naples, qui sont monarchies, plutôt que sur Venise et sur Home, qui sont ré|)ubliques ; garder to'.itefois des intelligences dans lu (Àirie, altir;M' chez soi ses personnages et y pousser les siens; enlin accomplir cela sans le dire, sans le sembler surtout ; élre, sans paraître; telles, en deux mots, les grandes lignes de la politique' des Médicis, (|ue Laurt'nt amena à son apogée, à laquelle il n'ajouta rien, se contentant de lui apj)ortcr le tribut personnel d'un esprit clair, d'une volonté joyeuse et du charme le plus exquis, le plus séduisant, le plus adorable qui fût au mon le.

« () Laurent, lui disait son favori Pulilieu, (oui ce

1 « Porlali irravciiienle e cnsliiiifcilainentp. e con iiiiritiilù verso glî îiliri pari tui)i. ^fiiirilandoli di inni précéder loro se fossiim di piii e'tà di le. |)t)ii-.liè. per essore iiiii> (i^liuolo, non sei per.) altro chc"! ciUddiao di l-ire.i/,0 chii.) so.iu aujor lorc > Fabroai, <\t. c , duc, p. ■ï)'\.

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que la nature et la fortune possèdent, elles te Ton! donné, mais ta prudence dépasse leurs présents'.» Politien avait raison. Cet homme, qu'on appela iina bilancia di scnno, est avant tout un homme d'escient, dont rien ne peut obscurcir l'œil sagace, l'esprit nel, le jugement rélléchi et ami des sentences : pas même sa sensibilité qui réside dans sa tôle et qui le laisse autant égoïste qu'il convient. Admirable connaisseur d'hommes et admirable donneur de conseils, chacun le consulte, et non seulement les diplomates, mais les petites gens qui lui contient leurs menues afl'aires et se trouvent bien de son avis. Il a mis de l'ordre dans ses idées, de l'ordre dans ses aifaires, de l'ordre dans sa vie qu'il a disposée selon les normes d'une bonne hygiène physique et d'une bonne hygiène morale- et qui représente moins une grâce de sa nature heureuse qu'une conquête de sa volonté. Car il veut.

Un matin, comme, avec Marsile, il disputait de la félicité suprême sous les chênes d'une villa, et que le platonicien la voulait reconnaître dans un acte de l'intelligence, Laurent la prétendit découvrir dans un acte de la volonté-^. Tout l'homme est là. Il veut et il agit. Il a reçu en profusion de la vie à sang rouge de peuple jeune : il la dépense en souriant et sans compter. Personne n'a vécu aussi pleinement, aussi intensément que ce prince, qui n'atteignit pas la cinquantaine; personne ne fut plus heureux de la vie, n'y trouva autant de goût, parce qu'il n'y mit autant de sel. Tout

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