‹ Le quattrocentoChapitre 7 sur 151 · DIFFUSION DU GREC EN ITALIE · texte numérisé non relu

DIFFUSION DU GREC EN ITALIE

d'avoir ('té grands que par une habitude do souplesse et de subtilité gardée dans le domaine de la spéculation. Byzance n'est plus Athènes, et quoi qu'un Guarino ou un yEneas-Sylvius puissent penser de sa culture si curieuse, on mesure surtout la distance qui la sépare de l'Attique. Si l'on ne veut plus, comme Pétrarque, encore croyant, que cet empire, siège d'erreurs, soit ruiné, on sourit, on rit surtout de ces Grœcttli esurientes de ces fallaces atque inerti Grœcnli qui encombrent la

Péninsule.

On ne se lasse pas de dauber leurs habits, leurs cheveux, leurs barbes, leur inertie, leur ignorance. « Moi, dit Lapo (la Gastiglionchio à Florence, je ne peux jamais regarder ces hommes sans me mettre à rire... Ils sont entr'eux si dissemblables d'habits, de modes, de corps, de ligures et de tout, si ridicules à voir, qu'il n'est personne de si chagrin et de si sévère qu'il ne puisse s'empêcher de rire en les voyant*. » Niccolô Niccoli, d'humeur moins aimable, les appelle simplement « barbes pouilleuses »>. A Rome, devant eux, Leonardo Bruni met son doigt dans su bouche. « Moi, je me ferme la bouche avec le doigt, et je ne sais où me tourner. J'ai vraiment peur que, comme un jour les Ghald(^ens de Rome, les Grecs ne soient aujourd'hui expulsés de la Gurie pour toutes leurs inepties -. » A Naples, c'est le nez que Pontano se bouche : Ho$ ventris crepitibus shniles^ dicebat Antonius; nnres tantum offendere, cœtera ventiim esse si quidem ventosos esse ac piUridos'-^. « 11 y a certains jeunes gens, ajoute t-il, qui, parce qu'ils viennent de Grèce, ne sachant d'ailhyurs ni grec, ni latin, sont des plus

1. « Ego hujusmodi homines nunquam sine risu aspicio... Omnes inter se habitu, cultii, forma ipsa corporis et figura, rebusque omnibus dissimiles, plerosque aspectu ita ridicules, ut nemo sit adeo severus et trislis qui risu m aspiciens contineret. » Lapo da Castiolioxchio, De Ciiriœ ronianœ comodis.

2. « ... Ego digito compesco labellum, et quo me vertam nescio. Vereor enim ne ut olim Chaldsi ex urbe romana, ita nunc Grœci ob has ineptias e curia pellantur. » Bruni, Epist., 1, 15.

.3. Pontano, Opéra, p. 1203.

2i LE QUATTROCENTO

glorieux. Mais ote-leur leur barbe ef. leur bonuel, ils n'auront plus rien de grec. Ils foulent aux pieds le discours grec et latin. Dès qu'ils sont avec des Grecs^ ils se taisent, mais avec des Latins, c'est admirable de voir combien ils se fâchent à la grecque et entrent en fureur à propos de tout*. » « Ce que les disciplines grecques comptent de savants, conclut-il, vit chez nous en Italie-. » Politien leur reproche leur jactance, leur suffisance, leur enflure. « Cette nation, affirme-t-il^ s'imagine que nous possédons les bagatelles de la littérature, elle la moisson: nous les rognures, elle le corps; nous les coquilles, elle le fruit^. » «J'ai entendu, dit-il encore, tout ce que la faim a envoyé chez nous de l'Athènes ignorante ; c'est une race bonne pour les oreilles de Midas^. »

Et de fait il y avait trop de distance entre le caractère italien ouvert, joyeux et tin et cette race dégénérée, au sang pftle, qui promenait dans les rues des cités actives sa pompe de colifichet et sa morgue taciturne. L'Italie eut vite fait le tour de ces intelligences trop souvent figées, lentes à comprendre, rétives à s'assimiler la langue, le tour, l'esprit du pays qui leur donnait asile. Et lorsqu'elle en eut exprimé le suc, elle jeta loin les gousses.

1. «Esse autem nostrateis quosdam adolescentes, cosque nuper e Grecia rediisse, qui cum nec Gm'ce sciant, nec Latine, esse tamen gloriosisbinios, qiiibiis se harbain, pilleolumque adenieris, nihil omnina Gra'cuin habeant. >

2. « Quiquid eninti doctorum habent griecœ disciplina; in Italia nobiscum viclitat. »

3. <i Nos cnini ((uisquiiias tenere litterarum, se frnf^em ; nos pi'a>segniina, se corpus: nos putaniina se nucliMiin crédit. »

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