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DE LA SITUATION DE U POÉSIE EN FRANCE

Avant de nous livrer à Texamen d'une question si utile, si nationale, nous pensons qu'il est d'abord nécessaire d'interroger rapidement le passé, afin de lui demander des renseignements sur le présent; les progrès de la lumière humaine ont eu leurs lenteurs, leurs essais, leurs éclipses. 11 y a des temps de stérilité qui ne s'expliquent pas, mais qui se subissent, sans qu'on puisse en assigner les causes mystérieuses.

Quand la nature forme un grand homme, le génie de l'écrivain n'est pas un don absolu qu'elle lui fait, ce n'est qu'un dépôt qu'elle lui confie, et dont il doit compte au monde entier; mais ces privilégiés se foui longtemps désirer ; quelques-uns même meurent souvent malheureux ou méconnus.

« Ceux qui sont capables d'inventer sont rares (dit Pascal) ; ceux 9 qui n'inventent pas sont en plus grand nombre, et par conséquent n les plus forts, et l'on voit que pour l'ordinaire ils refusent aux ■ inventeurs la gloire qu'ils méritent ».

Cette pensée est une vérité qui résume toute notre époque de décqption littéraire...

Il est extrêmement délicat de comparer les positions politiques et les caractères des souverains qui ont gouverné l'esprir public dans leurs États; de rappeler les institutions, les exemples, les encouragements, qu'ils ont pu donner aux lettres, car en appliquant ces faits à la littérature de tous les âges, on ne trouve que des contradictions.

Un roi n'a pas le pouvoir de semer le génie dans son pays; il ne peut qu'aider, couronner son heureuse récolte; dans certaines circonstances, ainsi que les fruits de la terre, elle e.st médiocre, dans d'autres, elle manque tout à fait.

Sans citei* les règnes éclatauls d^ Périclès el d'Auguste, ies efforts de Gbarlem^lii put fai* brillir ftn fnftatt \b lambeat ai riiflnictioD qui s'étevt feqiUDt j^ àt kuit oints aHa» et ne se iiJ||me i|ue sous Gharie» t, im ^^ réflfchi pourrait doitè que le* Çréls et les Romains n^ont dû Téclat de leurs brillantot pensées, lëis fhàgnifiqoes inspirations de leurs immortels ouvrages, la profondeur de leur philosophie, qu'à la complète liberté dont ils ont joui sous leurs républiques; on en tirerait la conséquence qu'un gouvernement sage, rangé, un peu despotique même, ne s'occupant que de ses intérêts, s'isolant dans son égoïsme, doit rétrécir les idées, arrêter la hardiesse des contemporains, désespérer leur génie, qui a besoin d'air, d*espace, de soleil, pour éclater; et que si des nuages viennent le voiler, ou sera forcé de dire avec Voltaire >. Que rien ne mùriê à V ombre.

Cette opinion est très estimée. Elle peut même se rencontrer quelquefois avec la vérité ; mais si elle a son application chez les vieux enfants de Gécrops et de Romulus, en francliissant les siècles qui nous séparent de leurs Olyn^piades, pour arriver jusqu'aux souvenirs les plus souvent cités de notre littérature française, nous croyons qu'il est facile de la contester, en s'appuyant de preuves acquises à l'Histoire.

Laissons en route la 'Renaissance, qui n'a de véritable câébrité qu'en peinture, malgré la pléiade formée par Ronsard, Jodelle et leurs amis; les vers du calviniste Clément Marot, ceux de Mélin de Saint- Gelais, ainsi que de quelques autres, que M. de Sainte-Beuve a essayé de ressusciter; gardons une admiration séculaire pour Malherbe, et arrêtons-nous au règne de Richelieu, qui va préparer celui de Louis XIV.

Certes, personne n'osera soutenir que le pouvoir du cardinal, qjti faisait mettre le Cid en jugement, ait été une ère de liberté ; jamais les réseaux de l'espionnage, sur les actions, les correspondances, les pensées, ne s'étendirent avec plus de rigueur sur toute la France, depuis l'odieux Lafeymas, la courtisane Marion de Lorme, Laubardemont, jusqu'au Cardinal gris (le P. Joseph), rien de ce qui se dôàit dans les hautes sommités sociales, comme dans les plus infimes inéduits de la bourgeoisie, n'était inconnu au Cardinal rottge ; et pourtant au milieu de celle terreur, qui semblait circuler dans l'air de la tyrannie, nous voyons naître tout à coup ce sublime Corneille, qui prend le premier rang, et qui le garde encore aujourd'hui. Joignons^y, dans un genre bien opposé, le célèbre Descartes, pour placer à côté de son nom un nom digne du sien.

Remarquons que ces deux créateurs, si divers , enfantent leufs œuvres à la suite des guerres civiles, qui ne cessèrent d'agiter le royaume depuis François I" jusqu'à la majorité de Louis XIV: ce qui semblerait donner gain de cause à cette observation, que les troubles politiques peuvent retarder, mais non étouffer le Génie.

On comprendra l'application à notre temps actuel.

A ottÎMMi ée dn sttssi lins pBQdMii te najcttiw^ gence, où Ton créait rAcadémie comme une auguste émaaaiîai du trteeit Ib potes n'aimuent leurs pères qu'en wammqÊtA par leurs roift. Li foéde était Jaudative, mais elle puUiait oepeDdant 4'MÈilm vérités ; ses naïves flatteries prouvaient sa reconnaissaDoe pour (te poiifoir ^ la protëgeaR ; elle empruntait le reflet de la royauté, afin d'épver son goût; la liberté de son langage n'était fKiint g&née dnb HBS ioapîratians; 4a seule contrainte du talent n'était alors tfa'muR humUe aouaussion à la religion, aux règles de la morale et à caUes delandsom.

Plus ifevd, 4fDand nous entrons dans ce paradis peuplé id'aatMs étÉwelants, qu'on nomme le siècle de Louisrie-Grand, note taie, fsl^ée d*étonnement, succombe sous le poids deJ'admiratian ; on est toité de répéter ce que disait Boileau, après avoir lu Démosthène : /Z m^ fait ÉamAfr le plume des wHtins !

■as pourquoi tant de ra\ons planent-ils sur ce règne illustré ? C'est qw chacun des auteurs q^ rinooëaient de leurs flots d'or, était i ffmaax devant les maîtres de l'Antiquité : c'était pour eux un point fféstaUBVt» un sol fécond, sur lequel ils s'appuyaient idlabcMPd, atqu'ite cnWvaieDt ensuite; ils vivaient de la vie de ces «uMimcs penseurs, s'àiqiiraient de leur grandeur, les défendaient avec (passion, les honorateit avec respect.

Aussi voyez oe qui arrive! un auteur, très médiocue il est vrai, mais ainoère, éclairé par les succès en tous genres, si complets, si incontestés des grands génies qui lentourent, croit, avec -une candeur qui intéresse, devoir publier un parallèle dei anriens H dm muàtmes, oà il donne à ces derniers la victoire avec toutes ses conroones; ansBtftt la guerre s'allume, les jeunes lions s'élancent au combat pour protéger la gloire de leurs pères contre le téméraire qui ose la comparer, la contester» et conclure en faveur des vivants! les flèches du rilioQle partent de tous côtés, l'infortuné Perrault reçoit leurs douloureuses blessures ; il chancelle, il tombe, il est mort.

Chl que cette lutte était belle, noble, généreuse, de la part des défenseurs 1 leur modestie ne leur permettait pas de comprendre que les honneurs, les places que Perrault accordait, leur appartenaient biflB réellement, par droit de conquête, puisqu'ils avaient volé, à fan» dechefMl'(Buv.re, toute la postérité de F Antiquité!

lie croit^xn pas voir Turenne refuser humblement l'épée de connélaUe, qui lui est ofierte par son roi. après avoir vaincu tousses rivam.

C'est qu'alors, en littérature, on avait la religion de la probité, le vénération du passé, sans lesquelles il n'y a point d'avenir. « Tous ces » auteurs, dit un écrivain éloquent, ne s'élaieni point rendu entre «eux ce culte du talent que notre génération se plaît à leur prodi- » guer, avec Ions les «transporls et tout l'orgueil de Taniour de la pa- » trie. Si nous nous dégoûtions jamais de leui*s ouvrages, qui font tant

9 d'honneur à notre nation, nous rétrograderions aussitôt vers k bar- » barieu.

N'oublions pas que ceci s'écrivait en 1199 ; les temps sont bien changés, et les admirations aussi ; c'est ce que nous easaSerODS de prouver plus loin.

Nous arrivons au temps des philosophes, des encyclqaédistes et de l'incrédulité. Voltaire, ce démon de l'esprit, sape^ écrase les vieiBes croyances religieuses. 11 ne renie pas ses aïeux poétiques, mais il les juge, quitte à se tromper sur la valeur de ceux qui croyaient ea Dieu et à ses ministres. Puis, il imprime fastueusement cette maxinm jiisli* ficative : Je brâle^ maiif éclaire ! horrible mot d'ordre auquel on a obéi jusqu'à la fin, en allumant partout des ioc^dies ; ce qui fainit dire à Chamfort, pendant la révolution : il n*a pas vu Umi et fw'iT a fait; maii il a fait tout ce que nous voyous.

La poésie acerbe, moqueuse prend la place de la vérité; la iiBlerie, les disputes, les injures, s'enveloppent des plus ardentes i de la méchanceté. Ce n'est encore que la théorie du désordre; dons un peu^ nous en aurons bientôt la pratique. Tous les apprentis philosophes s'attellent au char de leur coryphée ; ils le traînent eo triomphe jusqu'au Panthéon, où son ombre, plus tard, sera forcée de fraterniser avec Marat. A la suite du redoutable cataclysme, il nous reste quoi ? Fabre d'Eglantine, Ghénier, GoUot d'Uerbois et ses drames! Le langage poétique se trivialise dans les clubs, il est emprisomié dans la personne de Roucher, d'André Ghénier ; la lyre ne rend plus de sonsy elle est couverte du drapeau rouge.

Cependant Delille, puis Parny et Millevoye, retrouvent ses accents qu'on croyait à jamais perdus ; mais de grands intérêts guerriers viennent les éteindre ; les bulletins de victoire font taire les Muses.

Enfin, des astres nouveaux se découvrent, et nous atteignons l'ère romantique.

Ici se trouve le point important de notre examen ; il mérite d'être étendu, approfondi, discuté.

La nouvelle école n'a d'abord été que descriptive, sans réfléchir que Delille l'avait usée d'avance dans tous ses poèmes. C'est avec une sorte de passion effrénée qu'elle s'est mise à repeindre à neuf ie moyen âge, avec l'orgueil de nous donner du nouveau. Pour se fiûre une large place dans l'admiration publique, et sans tenir compte des travaux, des lumières héréditaires du passé, les romantiques donnent un coup de pied outrageant aux statues de nos plus beaux gémes : mais l'empreinte ne reste pas et les statues résistent. Nous' avons vu que nos ancêtres s'étaient appuyés sur leurs devanciers ; mainlimant on répudie tous les héritages; enfermés dans le labyrinthe classique, ces modernes Icares se font eux-mêmes des ailes pour s'envoler et frayer de nouvelles routes à la pensée captive ; les vers sortent de leur cerveau , comme Minerve de celui de Jupiter, tout armés de lames de Tolède, le casque sur l'oreille, enveloppés de cottes de mailles: on

dédare que les règles traditionnelleB, foDdées sur le goût, la raison, sont des chaînes de fer qu'il faut briser ; on nie les auteurs qui les ont iraoéest comme les impies, qui donnent pour motif de leur athéisme r|ue« la religion exigeant trop de perfections, il est plus comoKxle de n'en point avoir du tout.

L'n de leurs plus savants poètes nous dit, dans un avantrpropos où il insuHe Boileau et méprise Lafontaine: « Je suis le premier qui ai foit i descendre la poésie du Parnasse, et qui ai donné à ce qu'on nom- M mait la JlfiMe, au lieu d'une lyre à sept cordes de convention, les « fibres mômes du coeur de l'Homme, touchées et émues par les inn oombrables frissons de l'âme et de la nature ».

Voilà donc la harpe de David, dont Ossian s'est servi avant eux pour chanter son Olympe Scandinave, qui va détrôner l'instrument usé de notre vieil Apollon. Soudain le musicien des fibres part poor les deux et nous en rapporte, au lieu des anciens Cupidons, de Ju- [Htar, de Junon, etc., les anges, les séraphins. Dieu, la Vierge et les saints, qui, jusqu'id, n'avaient enrichi que les sermons de leurs ins- («rations graves et religieuses.

On nous prêche en rimes, sous toutes les formes, c le petit Carême de llassillon » ; plus de poésie gaie, naïve, amusante, comme Voltaire, Pamy, Ghaulieu, Gentil-fiemard en semaient partout ; on nous rend penseurs, ennuyeux et sévères, en oubliant qu'avant tout, notre caracttee est français.

Ehl mon Dieu, nous réckunons très peu, très faiblement, contre la destitution du fabuliste Chompré, quoique les divinités d'Hésiode, d'Homère, de Virgile aient fait éclore des poèmes charmants ; mais il n'y avait peut-être pas beaucoup d'imagination à leur trouver des analogies évangéliques, qui ont été si vite épuisées.

Ensuite, se rejeter sans cesse dans l'infini, le nébuleux ; peindre loujours les monotones beautés de la nature, dans des comparaisons lu soleil qui se lève, se couche; des torrents, des tempêtes, des éclairs, les ombres, des nuages, des fleuves, des grèves; barrioler son coloris de vitraux gothiques, de dochers ou d'ogives, c'est faire de la déclamation scintillante, qui ne rend pas l'homme meilleur, et ne lui ipprend qu'à rêver ; c'est énerver la poésie, dont la mission est d'instruire, de ciHTiger, de présenter le miroir de nos défauts dans des critiques incisives, qui les font haïr, et peuvent les corriger en même temps que nos nombreux ridicules; mais pour cela, il faut des idées et non de ces mots azurés de couleurs descriptives, bouquets dont le parfum enivre un instant, poudre d'or que le temps change bientôt en cuivre.

Un autre romantique, plus hardi, plus fougueux encore, tout étincelant de pensées colorées, se présente dans l'arène ; il nous explique sa poétique dans une préface célèbre, en s écriant avec Horace : Ejoegi monumetUm^ ! Cette œuvre, séduisante à la lecture, est impossible à l'exécution pratique.

Gw règles nouvelles, profondéineHt cAMes, s'appKqiMitDI ip*cialemenl au tbéfttre, une de nos phis gfandeti richesses, 1» pfMAe doorinetien de la France sur tous les autres peuples dasMAdis.

Après avoîrfondé le portique, le grand penseur ▼oolut bâtir Us monument. C'c^l ici, selon nous, que ses efforts échouent eompMteaiQnCQse dire, hélas ! de ces hizarres essais dramatiques, qui firent tant de bruil il y a vingt-cinq ans; foudres éteints, qm n*ont pas même aqourdliui laissé un peu de fumée. Des fanatiques de bonne foi les prôMÎent a?K délire; d'autres les accablaient d'amers sarcasmes; personne ne les jugeait avec impartialité. Voilà comment les plus modérés les appréciaient : Les ouvrages dramatiques de cet auteur, disaient-îto, si «cake dons ses ardeurs pindariques, se sont toujours assimilé ce dernier genre, qu'il a cultivé avec succès; ses pièces de théâtre n'ont été que dés odes, du lyrisme poussé à Texcès; son imagination sans frein, qui ne vit que de snperiatifs, no pouvait point se transformer, s'assouphr sur la $9cène. Il y restait toujours te poète excessif, sans régies comme sans soumission au goût général ; son audace chaleureuse m révoltait contre Aristote, et il ne s'apercevait point qu'il ne $mmitpm i^pmhUc; il ignorait aussi qu'il y a des temps où ce ne sont plus les auteurs qui créent leur siècle : c'est leur siècle qui les forme euxmêmes, n s'élançait dans des routées inconnues, en représentant des personnages historiques inr^ntén: il les plaçait dans des situations impossibles, et leur faisait parler un langage pompeux, mais incompris: c'étaient des statues de mariM^ reposant dcfniis cinq centsansdansune galerie antique, qu'il invitait à descendre de leur piédestal pour lespronienér sur le théfttre : ces fantômes avaient beau déclamer, crier de longues tirades ; on ne croyait point à ce qu'ils disaient, parce qu'ils n'avaient rien d'humain ni de sympathique pour ceux qui s'effrayaient en écoutant leurs huriements harmonieux : c'était peigner la crinière des Kons devant des spectateurs qui n'étaient que des moutons.

Gé fut alors que la question qui nous occupe se développa avec une grande chaleur. Les classiques, longtemps endormis dans le /or* mente, se réveillèrent dans leurs fauteuils académiques; il sembUi qu'on leur volait les dieux d'Enée, qu'ils conservaient dans leur rdiquaire , et le rameau d'or qui lui fit ouvrir la région des ombres ; le volcan éclatait ; sa lave d'épigrammes, de bons mots, de traits satiriques^ inondait les deux partis. Pendant cette lutte, de nouveaux ouvrages romantiques faisaient invasion; leurs triomphes étaient déniés , contestés par des parterres enflammés d'indignation ; les daÉsiques* toujours armés, surveillaient avec soin les mouvonents de l'ennemi ; mais, un peu effrayés, ils s'enfermaient dans leurs guériteft.

On aurait pu faire de ces rivalités un autre Luhin^ n la Providinoe QMS eftt fut présent d'un autre Boileau. Ces luttes passionnées, ces eMbats sans gloire et sans victoire décidée, donnaient une animatioa, une électricité brillante à la littérature coiitemporame : ^les s'étm-

purent à la révolution de juillet, et ne jetèrent que de pâles reflets lendant quelques çumées ; les romantiques pénétrèrent dans l'Acai- Uoûe avec effraction ; alors l'esprit public prit un autre cours.

Les grossiers intérêts matériels s'emparèrent de toutes les &mes. Il était à peu près prouvé , à celte époque, qu'un entrepreneur de aaaçopoerie, un boutiquier, l'inventeur d'une cliarrue, avaient plus de iraleur aux yeux des puissants du jour que le plus honoré de nos K)ètes. Fatigués de cette indifférence, nos écrivains gardèrent le silence du découragement.

Telle est la position dans laquelle nous nous trouvons à peu près uijourd'buL La France s'est transformée dans mille inventions agrix)les ou manufacturières que nous n*avons point l'intention ridicule le blâmer, car elles font sa richesse. Elles sont protégées, encou- "agées avec éclat; elles absorbent le cercle d'activité de tant de Donde, qu'il ne reste plus d admiration pour ces délicates inspirations le la pensée qui viennent du ciel et non de la terre.

M. de Saint-Marc Girardin , dont les cours h la Sorbonne ont tant le succès et d'auditeurs attentifs, disait, l'année dernière, avec doueur , que , dans dix ans , on ne connaîtrait plus Racine. Sommeswus à ce point énerves par la trivialité du mauvais goût, décapités )ar le glaive industriel , que cette triste prédiction devienne une mérité ! après les tempêtes nous n'aurions donc plus que des ruines! Vous ne pousserons pas un tel cri d'alarme , nous ne sommes pas încore résignés au désespoir. Il est vrai qu'on en est arrivé à un si

)rofond désanchantemenl, qu'un M. D a imprimé dernièrement

|u'il fallait faire une nouvelle poétique, dans laquelle on emploierait oas les fermrs dr l'industrie. Si cette proposition est une ironie Doqneuse, elle a sa finesse *, si elle est prise au sérieux, je ne connais [ue l'auteur qui soit assez fort pour Vexécuter. Qui empêche M. D... le nous donner la nomenclature des arts et métiers, dans le môme éiôme que celui de Molière et de Despréaux ? J'ai bien connu un nédecin qui avait composé un poème sur l'anatomie, lequel eom* nençait par ces deux vers :

Le corps est composé de deux ceut quarante os , Y compris Icâ petits, les moyens et les gros.

I y avait douze chants dans ce style-là !..

Nous avons remarqué déjà que la révolte contre les Anciens n'avait »as porté bonheur aux novateurs : le phosphore de leur esprit vagalond s'est évaporé, et l'on est revenu aux doctrines qu'on voulait prosrire : êuum cuique decus poster itas rependet : la postérité mettra hacun à sa place. V^ qui s'est passé devant nous, il y a quelques nnées, le confirme, et mérite d'être rappelé.

M. Ronsard , homme d'études , de conscience et de talent, arrive [aii9 \m moment on le joumalismo no savait plus à quel romantisme o vruKT : il fait reprc^^nU'r sa Lunrrr, (enrage accusé de beaucoup

d'inexpérîencc scdniquc , mais éUncelant de poésie antique , sorti, tout vivant , d'une langue morte , avec la plus pure fidélité, do Tacite, du Cicéron en admirable français. Soudain, la presse se nffie à ce di^peau ; elle suit avec honneur Fauteur qui a eu le courage de Tarborer ; les juges du feuilleton sont unanimes dans leurs éloges ; h réaction s'opère avec éclat : par malheur elle en reste là. Qaelqoes champions sans force , sans vigueur , essaient de se présenter dans la lice , mais ils sont renversés , et le calme de Tindifférence rentre partout.

Cet éclair passager est pourtant un indice précieux de la raison cultivée de notre jeunesse actuelle : elle est devenue grave, ses étndes sont fortes , difficiles , compliquées ; son goût n'a donc pu s'égarer qu'un instant, l'amour du beau, du bon, lui est bientôt revenu.

Ces dispositions nous font comprendre le parti favorable cp'on pourrait encore tirer de toutes ces intelligences en bonne santé, si le désir du gain, la passion de s*enrichir, d'exploiter la patrie, n'étaient préférés à la gloire de l'instruire, de l'émouvoir et de l'éclairer.

Voyons donc si cette absence de mouvement intellectueU qui jadis passionnait une foule d'élite, n'a pas d'autres causes que le passage de ce char de feu romantique , qui a été sur le point de nous consumer.

Dans une enquête consciendeuse, il faut tout dire, au risque d'irriter des vanités, de froisser des amours-propres trop susceptibles.

A l'exception de quelques ouvrages de haute science , quelle est aujourd'hui notre littérature? Celle du roman. 11 se produit sous toutes les formes et dans toutes les dimensions. La plus agréable, et, eo même temps, la plus dangereuse, est la publication dans les feuiUetoos de nos grands journaux ; dangereuse , non pas par son immoralité , car on reconnaît généralement que ces auteurs ont tous une retenue honnête qui les honore ; mais le mal résulte de la débauche immense de lecteurs qui sont entraînés par leur publicité quotidienne , et des longueurs fatigantes de ces ouvrages, pleins de paroles et souvent vides d'action : « Comme on ne trouve ordinairement que peu de fruits » sur un arbre abondamment couvert de feuilles, de même on trouve » rarement beaucoup de sens sous beaucoup de mots », nous dit Pope avec raison. Il y a tel de nos producteurs en ce genre qui enCantera dix volumes avec un sujet qui aurait pu en fournir deux ou trois, se fondant sur une facilité abusive, pour augmenter sa copie, chèrement payée, et exploiter la faveur publique. C'est cette enflure d'une âocu- (ioQ hydropique, cette épilepsie du cerveau qui dévore la moitié de la vie de ceux qui se dévouent à suivre ces interminables histoires jusqu'au bout: ces productions sont étoilées, avec recherche, d'une protie ivre^ tome drunken pro$e, comme disent les Anglais, qui a de la vivacité, mais qui exténue le style naturel par sa dorure éleclro* chimique.

- Il© -

Le ronan a tué le livre, et fait un tort irréparable à la grande limirie.

Nous savons d'avance que ces remarques, vraies sur une des causes le notre décadence, ne pourraient avoir ni eflet sur les romanciers , li retflDtisBenient dans leur presse ; ils en sont les arbitres, les soufenîns, ei nous ne sommes plus au temps des rois qui écoutaient la irérilé et la récompensaient en se corrigeant Mais ce dédain prévu A bravé ne doit point nous arrêter. Il faut remonter à Honoré Durfé A à la respectable dame qui écrivit CMie, Artkamène, Cétanire, Umtade, etc., pour retrouver cette intempérance compacte et nauritboiide. Quel beau triomphe qu'une lutte de bavardage avec madenoiaelle de Scudéry ! Manon Lescaut, Paul et Virginie, Atala, n'ont |a*nn petit volume; aussi reste-t-il dans la mémoire de tous, ainsi que lans celle de la postérité.

Notre époque, saturée de publications frivoles, s'est lancée aussi lans les Mémoires pour répéter son passé. Ces livres vaniteux, où le nai domine toujours , n'ont fourni littérairement aucun aliment itiie aux lumières; mais ils ont constaté que le premier venu, avec me plume et du papier, peut se faire lui-même sa statue, ses coutumes et son apothéose.

Ainsi la prose facile a tout envahi ; la Poésie s'en va, elle retourne lu royaume céleste, sa patrie légitime. Peut-être a-t-elle produit trop le chefsHl'oeuvre sur la terre, et sent-elle le besoin du repos; mais tous avons l'espoir qu'elle n'est pas morte ; elle nous reviendra.

Il existe chez nous une classe de haute distinction , savante , logiîeniie, d'un style opulent, instruite, éclairée par le goût : c'est celle les journalistes étrangers à la politique, et qui ne s'occupent que de qger les œuvres nouvelles qu'on leur fait parvenir. Cet immense trivmal, qui exerce sa juridiction avec une utile indépendance de criiqoe et qui envoie partout ses arrêts, est en possession d'une inluenoe dont ses membres n'estiment peut-être pas assez le prix ; 'Académie les a souvent choisis pour s'honorer elle-même. Dussault, Ifletz, et dernièrement M. Silvestre de Sacy, y ont obtenu une place Héritée.

Cea écrivains, d'une valeur reconnue, pourraient aider mieux que 008 à notre régénération, si, moins amis des ouvrages trop sérieuement savants, ils doimaient dans leurs colonnes une plus grande tendue à des citations poétiques. Nous ajouterons qu'une appréciaioo im peu vive de tout ce qui favorise Je prosaïsme misérable qui iOus enveloppe, nous cerne dans ses lisières mercantiles, tuerait à la xigue le lieu commun en réformant le langage envahisseur des Béoiens. Qu'on nous rende l'aristocratie de la critique pour nous parfuleronpeu.

L'état de torpeur dans lequel nous paraissons anéantis vient-il du fstème d'enseignement de nos lycées, qui prescrivent des vers la-

lins et défendent les compositions en vers français, dans )m eniatr que les élèves

Ne prennent pour génie un amour de rimer?

ce qui nous fait rétrograder au temps d'Âbeilard et de Les éducations ne sont-elles pas trop tendues vers les sciences ( qui dessèchent le cerveau par excès d'analyse? La misère de nosîmirations vient-elle des impressions sanglantes que nous avcHis ^eqm des événements qui ont égaré tant d'imaginations ambitieuse», quiopt jeté la Poésie après la cognée? le génie, les talents sont-ils leiKs parmi les vaincus? ou le scepticisme a-t-il si profondément déponJlKé les âmes de toutes les illusions divines, qu'il ne nous reste plus 4^1» vie que son positif . sa crudité désenchantée ? L'incrédulité^ qu^ teffi déserts le Ciel et le cœur, nous isole-t-ellc dans le vide absolu? To^llBS ces questions méritent d'être méditéos. Cependant une nation bouillonnante comme la nôtre, avide de distractions, curieuse de mMiveautés, ne peut pas rester momie du néant, entourée qu'elle es( de tous les progrès des arts industriels; il faut que sa littérature |ioétique s'y fasse un rang convenable, après avoir si longtemps occupé le premier. Si elle est descendue du trône, qu'on lui accorda au moins un tabouret. Qu'elle ne se laisse pas vaincre par les plus grossiers intérêts, et appliquons-lui cette vérité d'un penseur célèbre qui disait : Que les yens d'esprit ne quittent pas leurs place^^ car lu sots les auront bientôt prises I

Que celte puissante reine se souvienne qu'elle a étendu son influence morale ou philosophique sur tous les peuples pour les civiliser. Qu'elle date des rois, qui l'ont souvent cultivée, depuis Thibault de Champagne jusqu'à Louis XVIII, en y comprenant Arthur, Wallace. Richard, François 1", Henri II, Charles IX, Marie Stuart, Henri lY et le grand Frcdéric. Kilo a conquis des lettres de noblesse qu'aiKune torche révolutionnaire n'a pu brûler.

Les sociétés d'encouragement ne manquent point aux lettres. Elles se multiplient paitout, mais elles ne font pas assez parler d'elleB par les mille organes de la presse. Nous pensons qu'il faudrait établir dans lour sein des prix plus multipliés pour récompenser les auteurs, non seulement d'un sujet mis au concours, mais de tous les bons ouvrages librement choisis et librement pensés. On ne devraiit pas même en exclure les traductions des Grecs et des Latins ; ces exercices ramèneraient parmi nous le goût des fortes inspirations de l'Antiquité, auxqu(;lles les jeunes gens instruits se plaisent, et les vieillards reviennent toujours; pour cela il serait nécessaire de combattre, chez nos hommes légers, ce mépris pour Vancien, cette haine du rieujo. qui sëtend souvent jusqu'aux oncles et môme aui( pères qui font trop attendre leurs héritages.

Le théâtre, dans les scènes supérieures, produit peu aux auteurs qui courent ses chanc4^K périlleuses : il devrait y avoir un prix en

! pour tous tes ouvragK en v€r$ qui auraient oblanu un auoeès ; et loyal. Nous savons que le gouvememeul en distribue jdu- ■aurs chaque aanée aux pièces wwrale$; c'est très bien* sans doute: DÛ» à cette condition- là , ni Molière ni Re§nnard n'en auraient janais obtenu.

Nous nous plaignons avec amertume de noire pauvreté, parce que adie bmb avons joui d'une richesse trop splendide« mais si nous jeioos un regard sur les autres peuples qui ont eu aussi leurs jours de ïiomphe et d'illustration, il serait possible de prouver que nous ne wwmm pas encore arrivés à ce que l'on pourrait nommer littéraireneni te Bas-Empire. Depuis Byron, Walter Scott et Thomas Moore* on l'ealend plus guère parler de génies de l'Angleterre. Que nous a dtxmc lans ce siècte ta patrie du Dante, du Tasse, d'Âlûeri, de Goldoni, mut Federici, Alberto Nota, te comte Giraud, l'infortuné Silvio Pellico, MaoaoDÎ, F.-D. Guerraai et Azeglio? De la musqué très belle, rts suave, il est vrai, mais aucun écrivain supérieur. L'Allemagne lort sur les lauriers de Schiller, de Goethe, de Klopstock, de Lessing, !• KoUebue, en se livrant du haut de ses observatoires à la recherche itaa ptepàles que nous découvrons avec les yeux perçants de H. Leverrier ; citons pourtant quelques auteurs tragiques estimables, entre lutres : Grillparzer« Mûllner ; quelques poètes : Kômer, Lhlaud, Bur- |er, Will, MûUer, Jean-Paul Richter, etc. La Hollande, patrie de Jean Second [J. Everts} et de Cals , n'a vu naître dans ce siècle que les poètes Uelmers, Feith, ToUens, de Kruyff, H. van Loghem, Klyn , poète lyrique dramatique estimé, mort à la fm de février 1856, à l'âge de 83 ans, et surtout l'élégant et national romancier Henri Conscience, dont presque tous les ouvrages ont été li^aduils en fran- ^. La Belgique, peu littéraire, peut pourtant compter quelques fcrivains que la France s'enorgueillirait qui lui appartinssent : Ph. Leabroussart, surnommé l'Andrieux belge, de Hulsler, Weustenraad, Ed. Sont, Gaucet, Moke, Adophe Mathieu, Ch. Potvin, Ant. Glesse, ouvrier armurier, Ben. Quinet, Léon Paulet, Wuillot, Ern. Buschmann, Delmotle ; deux dames : M""*' Buellens et Félix de La Motte^ et d'au* Iraa. Mais te Hollande et la Belgique, qui ont une pari si magnifique de fiflébrités dans te poésie et dans la peinture , ne voient plus renaître ai de Jean Second et de Gais, ni de Rembrandt, de Vander Meulen, de Téaiera, ni de Gérard Dow. Si la Suède cherche inutilement un autre Uoné, au moins a-t-elle possédé l'un des chimistes de l'Europe les plus savants , Berzélius. Quelques littérateurs ont aussi marqué pendant le XLV siècle : les poètes M"**» Lcnngren, Franzen, Alterbom, Stagnelius, Vilalis, Is. Tegner, ces quatre derniers chefs de Tccole nmantique de la littérature suédoise ; Andersen ; Gcier, poète et historien; Magn.*Jacq. de Crusenstolphe, romancier et publiciste. Trois remmea brillent en Suède en ce moment comme romancières : ce sont H^ te teHroiiiiede;itDorring, M^ Frederika Bremer et M"« Émilio Flygare-Oirten : leurs ouvrages sont déjà traduits d»nns loufes les lan-

gues de l'Europe; la France n*a pas voulu rester m arrière mim in autres pays. Quant à TËspagne, première inspiratrice de Gomeils, après ses Cervantes, ses Lopez de Véga, ses Calderon et en derwr lieu ses Moratin, Martinez de la Rosa, le duc de Rivas, si on nous dsmandait ce qu*elle fait, nous répondrions : des pirouettes et des révolutions (1).

De tout cet or pur que nous venons de citer, il a pu s'édiap|Nr quelque monnaie littéraire, à divers intervalles, dont les socoès pt»* sagers se sont perdus dans Fobscurité de leurs destinées.

Aujourd'hui, ces différents pays, renommés autrefois pour les productions de leurs poètes, en sont réduits, pour jouir des plaisirs do théâtre, à nous emprunter nos pièces modernes; et en vertu de treilés internationaux, les ouvrages du plus fécond, conune du plus habile de nos auteurs, j'ai nommé M. Scribe, sont représentés sur toutes les scènes étrangères, avec ceux de bon nombre de ses confrères.

On voit que si le génie de la Poésie nous a quittés, Tesprit au moins nous est resté, puisqu'il franchit les mers et les Pyrénées.

Secouons encore les guenilles de notre indigence, pour établir jo»qu'au bout le dernier degré d'indifférence que la génération actndle professe pour tout ce qui amusait l'ancienne.

La chanson eut jadis, chez nous, une efflorescence extraordinaire: nous ne reproduirons pas ses certificats d'origine; nous rappellerons seulement que son sel, épigrammatique et réjouissant, n'a manqué à aucune époque de notre histoire. Les rondes, complaintes, chants nationaux traditionnels, sont même recueillis maintenant par une commission nommée pour faire des recherches minutieuses à ce sujet. Ce n'est donc pas trop déroger que de nous en occuper avec quelque intérêt. Sous la Restauration, M. de Réranger, grand poète sans le vouloir, devint une puissance redoutable avec laquelle on ne traitait guère que par l'entremise des procureurs du roi : ce qui ne désarmait pas le chansonnier. Il partait pour la prison, en emportant avec lui son arsenal bien meublé de bons mots et de traits aigus contre la royauté. Désaugiers, plus doux, toujours épicurien, insouciant, dînant trois fois dans des maisons différentes, par complaisance, s'enivrant, ooome l'ami de Mécène, du faleme et du cécube nés en Rourgogne et en Champagne, écrivant le rire sur toutes ses productions, chantant Tamour, les plaisirs et le vin, avec une verve toute piratmienme^ Dé* saugiers, disons-nous, avait tout Paris pour ami; sa voix avait des

( I \ L'auteur de cet article est certes un homme d'esprit ; mais ce qu'il t de commun avec beaucoup d'entre nous : c'est de ne point assez connattre tes littératures étrangères. Dans le coup d'œil, trop rapide, qu'il trace des IHlérateurs et des poètes hors de France , on remarquera de graves omiakNii. On ne doit pas perdre de Tue aussi que son sujet est: Delà tihÊoUom de I» poésie m France. J.-IL Q.

échos, ses refrains, répétés par les entants et les pères, répandaient sur toute la France, un nuage rose de gaité, qui lui donnait son véritable caractère.

Eh bien« aujourd'hui ces aimables joies, si franches, si communi* catives, ont diq)aru; la chanson est tombée sur la place publique, dans la clariDCtte des aveugles, ou s'est réfugiée dans la mansarde de la griaeCle, proscrite comme chose de mauvais ton; on Ta remplacée par im objet de bien meilleur goût, c'est le poMokllas, qui répand son parfum jusque dans la mystérieuse alcôve de Tamour; les délicates bvoritea de ce Dieu paient malgré elles un impôt répulsif à la Havane; notre population devient hollandaise : chaque salon est un

Enfin cette antipathie pour tout ce qui présente la plus légère forme poétique s'étend môme sur les spectacles secondaires, exclusivement privilégiés pour jouer le vaMdetille\ ils ne représentent plus que des pièces sans couplets. 11 paraît qu'on ne sait plus les faire, et qu'on a désapprisàles dianter depuis que les auteurs ontmis l'étoufToir sur ces brillantea étincelles.

Pour raviver l'esprit public, rien ne serait plus actuel que le rétabGasement des athénées, dont jadis on a fait d'absurdes moqueries. Ils avaient eep^idant un but sdentifique; on y lisait quelquefois de jolis vers, d'agréable prose, qui entretenaient la chaleur, l'amour des distractioosde bonne compagnie. Pourquoi n'en existe-t-il plus? Nous fondrions que l'on formât une réunion de cette nature dans chacun des douie arrondissements de Paris, où tout le monde serait admis. Il est bien entendu qu'on n'y parlerait que de littérature. Ces assemblées, bien dirigées, moraliseraient le peuple en l'amusant, et le corrige raient peutr-ôtre de passions plus redoutables pour son repos conuno ponr sa santé. Elles auraient lieu le soir, au moins une fois par semaine; les frais minimes qu'elles imposeraient seraient à la charge des mairies, qui conserveraient partout leur droit de surveillance. On a bien fondé une école musicale pour les enfant» de Paris; en coûterait-il beaucoup de satisfaire complètement à leur instruction par les établissements nouveaux que nous proposons? Des gens d'une intelligence distinguée y viendraient aussi, soyons-en sûr; l'espoir d'un succès applaudi ferait éclore des poètes, qui, de nos jours, ne trouvent pas môme d'imprimeurs pour se faire connaître.

On voit que nous cherchons par tous les moyens possibles à combattre la désaffection pour la langue des dieux. Denis d'Halycarnasse disait à Démosthène : «Allumons le brasier sur les places publiques t d'Athènes, pour édiauffer un peuple froid et insouciant sur ses plus » grands intérêts». Nous répéterons ces éloquentes paroles à tous ceux qui voudront nous aider à régénérer notre époque désenchantée. Quand on parle d'une nation, on cite les grands génies qu'elle a prodttita; les lettres, plus que la guerre, autant que les bonnes lois, font rîllostration de h royauté ; les princes qui ont voulu se faire une

Robte fince dans l'Histoire fie l'ont pis oMké : lui règne est un ciel sans étoiles. Les folies de bfttioaeniu, tes firodlgaMs II»* tueuses de Louis XIV furent cachées sous le large maiMera 4i poM* ques éloges, dont il a été couvert par les grands hommes qoi «Altiqueté son siècle.

Ressuscitons ces morts célèbres, en rallomant renflHMfasMl Frappons à toutes les intelligences, il en sortira du fen 1 Ma» bss voulons des inspirés, sains d'esprit, de goût et d'amour pour Vktâh quité; nous leur demandons des vers utiles, énergiques €ft forts et raison, qui, comme le scalpel, pénètrent dans la chair de l'HeOM, et arrivent jusqu'à son cœur, pour en arracher les mauvaises fmsions, les vices et les insolentes vanités, et non de ces exhaltisoB fiévreuses, de ces vapeurs chimériques, qui s'élèvent de la terre jusqu'aux cieux , pour nous peindre éternellement les merveilles de 11 création r que le monde entier a mille fois admirées, que l'on voit, qie Ton connaît et qu'on explique avec son àme.

La nature animée, le printemps avec ses venlts tièdes et don, sv fleurs, ses nuits au tapis d'azur, brodé de diamants, la religion twe ses mystères chantés, la gloire des combats, l'amour, qui incendie U moitié de la vie, les grâces délicates de la beauté, la tendresse maternelle, les baisers naïfs d'un enfant, la création du Gldie, de SK Tners en furie, de ses AIpos neigeuses : celle plus inconnue encore et THomme, avec ses admirables instincts de bravoure, d'audaoe, son empire établi sur les mondes, qu'il parcourt en triomphateur, notre pensée, quand elle s'élève, notre regard, lorsqu'il se fixe vers lecîH: iu)s espérances fabuleuses, nos douleurs mômes!... nous savons qoe tout cela est de la poésie; mais elle ne corrige pas; il faut la faire rétrograder pour la rajeunir ; et malheur à ceux qui préfèrent à sa dorure magnifique le jargon sec, mercantile, des tristes faiseurs d'aflU* rcs, des spéculateurs avides ou des marchands de prose méiallifmf

Â. ROCHBFORT.

TECHNOLOGIE BIBLIOGRAPHIOl^.

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