‹ Le QuérardChapitre 14 sur 166 · VOCABULAIRE DE LA BIBLIOGRAPHIE ÉRUDITE · texte numérisé non relu

VOCABULAIRE DE LA BIBLIOGRAPHIE ÉRUDITE

Paris, ce 30 décembre 1854.

Monsieur, Permettez-moi d'ajouter quelques mots à la science bibliographiqoe créée par vos incessants labeurs. Une science nouvelle entraîne înévilablement, non-seulement une classification, mais encore une technologie appropriée. Point de science, en effet, sans technologie. Toutes celles qui honorent rintelligence humaine ont sui\i cette marche, c'est le tour de la science des livres, si différente de celle du libraire ou du catalogographe. C'est ainsi môme que le degré de perfection

[ touJMrs tiMépmbie de la technologie qui ta représente tiâiBWHîsie» Votœraviei trte bien v« vouMnême, Monsiear, lorsla'en II3S vottsempifvniieK à l'Angleterre l'expression : Réiro$peciif. VnÊL ifcipràs ce nteie besoin que vous fîtes égriement celle de f^ yonyii», etc.

Lloiiipensable nécessité d'une tedinologie scientifique une fois défÊcmitré^ii ne -resteFa plus qu^ voir comment on la constituera. Sera-<oe a Ibrgeant aisément des mots grecs que les quatre-vingt^ixHMilf eatiënies des bîMiophîles et des Jibratres, qui ne sont pas hellénistes, le eomprendpaient point t La solution de ce problème me parait foit îiBpAe, {Nusqull ne s'agit que d'employer, autant quo possible, des aiîoaax déjà connus d'eux, puisqu'ils sont déjà passés dans l'usage énéral, alors même qu'on blesserait quelquefois les règles de la fornation des mots au profit de ceux qui doivent employer joumelle- Mot cetlê laague nouvelle du commerce et de l'industrie des livres. 1 me semble donc qu'il faut tout simplement adopter les radicaui ennus de nos langues nationales ou scientifiques, et les combiner de HAière que cette technologie soit connue de tous dès ie moment e aa création.

n faut bien s*entendre enfin sur ce que les hellénistes purs nomlërent hybridisme et qu'ils proscrivirent d'une manière absolue, lôme en technologie, c'est-à-dire en dehors de leur domaine naturel. iiil doute que toute polluti(Hi d'une langue doit être interdite à ceux iRla cultivent ou s'en servent. Ici le purisme est de rigueur, et sous e point de vue il n'a jamais été permis de composer des mots avec es élânents hétérogènes, c'est-à-dire en dehors de ses propres radiaux. Ainsi, par exemple, il n'était loisible ni à Homère, ni à Pindare le composer des mots, dont ils auraient eu besoin pour rendre leurs lensées, de racines indigènes et exotiques, et par exemple d'unir un adîcul grec à un radical hébreu qui n'existerait dans aucun des diaectes nombreux de l'Hellénie; mais il n'en est pas de même pour le echnologiste : celui-ci, embrassant l'étude de la nature entière, trouve iécessairement dans son domaine toutes les langues où partout il peut Clément puiser selon la nécessité. Le premier besoin du technoloqste n'est certainement pas de respecter un idiome éteint ou vivant, nais bien d'en construire un pour rendre clairement ce dont l'Anti- ]ui(é n'avait absolument aucune idée, et comnie il parle de tous les )euples à tous les peuples, il cueille sa parole partout où il la trouve. >î sont ses couleurs, et son droit est de s'en servir pour peindre paràitement ses idées. L'important pour lui, c'est de représenter le nieux possible ce qu'il doit dénommer, et comme le domaine de la «rôle, quelque divergent qu'il soit, n'en a pas moins une origine inique et commune, il en résulte qu'il est en réalité un véritable donaine public dans lequel tout le monde a un droit égal de puiser roportionnellement à ses besoins réels, sans qu'aucun linguiste spéial ait jamais celui de crier à l'adultère! Ainsi donc, la suprême loi

de toute teclinologie, c'est d*empriinter au domaine univenal pour parer habilement à ses plus pressants besoins, et c'est si vni que je ne connais pas une seule science dont la technologie ne aoît bitp exactonent sur ce plan, et il ne pouvait en être autrement C'est donc là un besoin impérieux auquel nous avons eu bien garde de nous soustraire, et auquel nous avons volontairement et savamment, sacrifié, autant dans Tintérét de la technologie bibliograpbi^pie qut* dans l'intérêt de ceux qui sont fcnrcément appelés à s'en servir, quoi qu'en puissent dire les hellénistes spécieux* Enfin une autre loi suprême de cette matière, c'est surtout d'être instantanément et universellement comprise. Nous osons nous flatter de l'avoir complétemnl respectée aussi. En résumé, il en est exactement de la philologie comme de l'anthropologie, c'est-à-dire, que chacune de ces sdenoes constitue un tout analogue et divergent.

Partant de ces idées, vous accueillerez donc, je Tespëre, le complément nécessaire de votre science : c'est un tribut que je aérais beareux d'apporter à vos ceuvres gigantesques. A vous. Monsieur, h gloire d'avoir créé une science nouvelle, à moi, manoeuvra iubilteme, de vous en proposer la technologie, car, ainsi que l'a dit M. le comte Oaru :

Si vous n'inventez rifn, créez des mots nouveaux.

Et par exemple, de l'ensemble de votre beau travail sur les anteors déguisés, il résulte manifestement qu'un plus ou moins grand mmibrp d'entre eux se sont, pour ainsi dire, entendus, à leur insu, pour prendre dans leurs divergences onomatopiques des masques identiques, quant à la famille de chacun d'eux ; que dès lors on peut et l'on doit les classer scientifiquement et les réduire en familles, genres, etc., comme on le fait dans les sciences naturelles. C'est lace que je vous propose pour l'immense famille des auteurs qui ne sont point auianymes, c'est-à-dire qui n'ont point attaché leurs vérittdries noms ou leurs qualités réelles à leurs ouvrages.

C'est là seulement, Monsieur, ce que je puis ajouter à vos travMtf de Bénédictin, que les Bénédictins n'eussent point faits, c'est-à-dire une trentaine de mots, le moins barbares et le plus intelligibles pos- ^ble, car je ne connais ni science, ni art, ni métier même qui n'aient leur technologie, cent fois plus nombreuse que celle-ci. Voici donc, selon moi, quel devrait être le vocabulaire technologique de la Bibliographie érudite :

Adultéeismb, nom altéré. Exemples : Veyrat, pour Vérai; tAUmberi, pour IkUetnbert; d'Ancre, pour Dancre; d*ArboriUc, pour Darbaville,

Allontme, faux nom propre.

ANAGEAHHe, lettres interverties arbitrairement, avec ou sans signification. Exemples : Raméhda (d'Adhémar): — Randy (Andry): —

et Iktcamne (de Varenne); — Riand Jkeiry (Jean Divry); — Kmmm (Smon); ^ Yréiih (Thiéry).

Aiuimii. Voy. BocsnoratooioME.

AiNKmtt, sans nom. Ce terme est depuis longtemps employé.

AKNXMinu, nom privé d'une ou plusieurs lettres initiales.

Apocarpn, livre dont l'auteur est incertain, et sur la foi duquel OD ne peut compter. Exemples : l'ouvrage (TAbdiag, écrivain juif, rua des 70 disciples de J.-G. ; <( le Godice diplomatico délia Sicilia sotto il govomo degli Arabi n , et le u I jbro del consiglio d'Ëgitto » , deux ou* vrages fabriqués par Joseph Yalta ; l'Histoire de la domination des Arabes et des Maures en Espagne et en Portugal, publiée en e^gnol, par Jos.-Ant. Conde.

Aubtonthi, titre de noblesse converti en nom propre.

AscéTOiim, nom de saint converti en nom propre.

AsTÉaiSMi, une ou plusieurs étoiles (astérisques) au lieu de nom propre.

AuTOimuiy livre publié avec le véritable nom d'auteur.

BocsnopiiADOifisMB , nom véritable écrit à rebours. Exemples : EngivaUd (Delavigne); — Rrbude (de Bure); — Regreb (Berger); — Reinrag (Gamier); — Retiabas d€ Sertsac (Sabatier de Castres); — Ffmro/' (Formey).

CmTrroimB, cachette, subterfuge, déguisement, etc., quant aux noms prq>res des auteurs.

UuKnmB, qualification populaire prise comme nom propre. Exemples : un RiNiophile; — un Taillable; — un Témoin.

DiPLoinm, dénomination de scribes, de sténographes, de tachygraphes, au lieu de nom propre.

GtocnrMB, nom de terre, de château, de villag3, de bourg, de ville. Exemples : G. de Liancourt (Godde, du village de Liancourt); — de SainUAnumd (J.-B. Mège, de Saint-Amand (Talende); — de Saini^ Amand (J.-P. Chevalier, de Saint-Amand (Cher) ; — un Français (souvent employé) ; -^un Rauennms (Cahaigne, et J. Morlent); — un SuédùiB (le baron J.-F. de Bourgoing); — de Tromlitz (Witzleben, deTromlitz, entre Weimar et ïéna); — de Vaulabeile, nom d'une terre (Tenaille).

HAGioinm, nom de saint pris comme nom propre.

HtnâPOGftTPHE, nom à moitié supposé, demi-nom propre.

Hiîaofmn!, nom sacré employé comme nom propre.

Isaniusn, énonciation des seules initiales des véritables noms d*auteurs.

lao?fTME, nom ironique. Exemple : Saiyricon (Blondet, D. M.); — !e /?. P. Speciroruini {Eelin de la Liborlière); — Villon.

PnAa9AGmnrMi,nomde substance prise pour nom propre. Exemples : Rhnharhini de Purgandis (Servan); — Trognon de chou (Barre, dessinateur, de Lille); — Ulmiphilus (ami de Forme).

PsiASÉosmiK, phrase remi))îH:ant un nom propre. Exemples : Ecrlinf

^éoraaoDS riDfftme); -— Niepawte (je ne dirai pas qui); — |/fif|M a pour défrise : craifUe de Dieu vaui zèle (Jean de VaioiedJes}; — (fm vrai xèle (le même); — A Knoum (un inconnu); — Videbimus (pous verrons); — Vidimus (nous avons vu); — ¥ prêche le ealui.

PmtifoimB, qualité morale prise pour nom propre. Exemples: 4riiampkile (Mérard de Saint-Just); — Jean Rigoleur (L.-F.-J. Vande&zande); — Taciturnius Memorioeui (Phil. Grouvelle).

foLmuEt ouvrage composé par plusieurs auteurs.

Pifisfoimu, prénom remplaçant le nom de famille.

PttDDAiiDRifi, femme signant d'un nom d'homme. Exemples : Awr Urifue de Hantes (M"^ Dupuy); — René (M"« Léonie Laroue, de Hicon); — Georges Sand (M"»* Dudevant); — Daniel Slern ÇA"^ h comtesse d'Agoult).

PsEDDO-nuTiAUsu, faui initialisme. Exemples : Omicron; — U. (p.-A. Lemare); — U. (P.-A.-F. Gérard, de Bruxelles); — U. A. T. (Alkan aîné); — U. A. T. D. L. (l'abbé Jarry); — Y**** i****^*^ (César Pradier).

PsKUDOGTNE, homme signant d'un nom de femme. Exemples : Cl^ra Gaxul (P. Mérimée); — Élisa Kemoc (A. Romieu); — la vie. de Tor labot (Alexis Eymery, de Saintes).

Pseudonyme, faux nom. Dénomination employée depuis longtemps.

PsiLDo-TiTLûHYME, fausse qualité, faux titre. Exemples : Bobert, ancien chef des assurances dramatiques (Louis Gastel, ancien rédac^ teur de la Pandore).

ScBNomru, nom d'auteur, d'acteur, de théâtre. Exemples : Jules Cordier (Tenaille); — M"* Duchesnois (Joséphine Bafin); — Joanuy (Brisbarre); — lUéUsville (Duveyrier); — Mélingue ( };

— M^^ Jtaucourt {W^' Saucerotte); etc., etc. SmÊEONTME, nom céleste ou astronomique.

SrifivoznrME, points au lieu de noms.

Sthgopismb, nom privé de plusieurs lettres. TfiLomsMK, lettres terminales du véritable nom.

TiTLoimu, qualité prise en place du nom propre. Exemples : iêu Académicien, un Bachelier, un Curé, un Prêtre, un Professeur^ m Théologien.

Traductiontiie, traductionulu véritable nom dans une langue étrangère. Exemples : Melanchton (Schwarzerd) ; — Modius (Boisseau) ;

— Quercetanus (Duchesne); — ThcUassa Aitéi (Mer ardente), traduction en grec du nom de Mérard; — Tsarphaii, en hébreu (Français); — Vieux-Manoir (Altmeyer) (1).

(1) Toutes ces nuances de travestissements littéraires avec leurs terminologies ayant été livrées à la critique des néologues dans le tome IV de nos Supercfûries littéraires, il sera facile h chacun de retrouver dans ce livre, aux noms des exemples cités dans cet article, l'iadicatâoo des ouvrages qui ont para sous ces masques et loups.

Cest à cette opulente ei courte technolof^ie que peuveot, je crou« 8e résumer les nombreux stratagèmes que vous iiou8 avez sévélés dans rétiide scienlifique de la Bibliographie. Je souhaite, Monsieur, que cette technologie bibliographique obtienne votre assentiment. Sur ce, croyez-moi, je vous prie, l'un de vos plus fervents lecteurs et de vos plus obéissants serviteurs. Pusquin db Ghimi^x.

LES PROCÈS UTTÉRAIRES.

L'un des hommes les plus honorables de la presse, écrivain d'inlW niment d*esprit, a publié, dans le n** du 8 mars dernier du «Charivari a, un article très sérieux que nous reproduisons ici, et que nous verrions avec plaisir reproduit par tous les journaux politiques et littéraires, et surtout par ceux qui se prétendent rcHgieux, afin que sa lecture puisse corriger les tendances de grindrleitres, cranme disait H. de Balzac, d'une susceptibilité trop chatouilleuse, ou d'une venimeuse haine à l'endroit de ceux de leurs confrères qui ont le tort très grand de ne pas professer une grande admiration pour le passé peu louable de ces messieurs. Plusieurs procès, qu'on aurait crus impossibles, sont venus depuis peu se dérouler devant les tribunaux. Nous avons eu nousmème, pauvre bibliographe que nous sommes, plus que tout autre à souffrir de ces misérables vanités de gendeleltres, et tout récmunent encore, un jugement incroyable, confirmé ce mois par la Cour impériale, vient de nous rendre victime de l'erreur d'un autre, erreur qui n'avait rien de nuisible h la considération ni aux intérêts de celui qui en était l'objet. Disons-le tout de suite : nous avions affaire à un écârivain.... dévot, et ces gens-là aiment h ce que leur humilité et leur charité soient constatées par les tribunaux, afin qu'on n'en ignore pas. C'est 2,i00 francs que cela coûtera h un pauvre diable, mais on ne pouvait pas faire moins : Tamour du prochain le voulait ! Si le rappel du passé suspect de ces messieurs les gône, le plus futile des prétextes leur servira pour crier fort à l'irrévérence, pour se bien poser près de leurs patrons et des lecteurs des journaux judiciaires. Fort heureusement qu'il existe un tribunal devant lequel toutes les causes sont portées en dernier ressort : c'est celui de l'opinion publique, devant qui, célèbres ou obscurs, nous devons tous courber la tète, et quelquefois le vainqueur de la veille devient la risée du lendemain.

On pourra écrire sur moi les choses les plus terribles, par exemple que j'ai eu une tragédie refusée à l'Odéon, que j'ai empoisonné plusieurs de mes amis, ou, ce qu'on pardonne bien moins encore, que je suis un être complètement dépourvu de style -, je n'intenterai jamais de procès à mes calomniateurs.

il me semble qu'avant de tourner le boulon du cabinet d'un avo-

cat, tme voix sortie du fond de ma cotficieoce me crierait : -* Arrête, malheureux I descends au fond de toi-m6me. As-tu toujours été juste? n'as-tu jamais franchi les homes de la modération? ne t'est-il pas arrivé de nier le style des autres et de hiesser lear amour-propre ? N'écoute donc pas les conseils du ti^.

Ne fids pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit, dit l'Evangile ; que serait-il advenu si toutes les fois que tu as accusé, attaqué, discuté quelqu'un, on t'avait traîné sur les bancs de la police correctionnelle 7 Une grande partie de ta vie se serait écoulée à disputer ton corps à la paille humide des cachots, et ta hourse aux exig«x»s du fisc.

Rentre donc chez toi, et laisse là ton procès ; tu as une plume pour répondre à tes ennemis, et la meilleure façon de les réduire au silence est encore de faire de hons articles.

— Biais mon honneur qu'on attaque, dois-je le laisser fouler aux pieds ? Périsse mon style plutôt que Thonneur I

— D'abord, l'honneur d'un honnête homme ne dépend pas du premier journal venu qui l'attaque ; l'honneur se défend de lui-même et par plusieurs moyens. Il y a lesU^ce du mépris, qui a aussi sa force, quoiqu'on en ait un peu abusé ; il y en a d'autres qu'il est inutile d'indiquer aux gens de cœur. Le plus mauvais de tous, c'est la police correctionnelle.

Un premier procès mène toujours plus loin qu'on ne voudrait aller; on ne s'arrête jamais dans cette voie ; une affaire conduit à une autre affaire. Plaider devient une habitude, une manie, un besoin. La vanité de l'homme de lettres est une bête fauve à demi apprivoisée : dès qu'elle a goûté aux condamnations, elle devient féroce, rien ne saturait la retenir, il lui en faut encore, il lui en faut toujours. Personne n'aime à être attaqué ; il n'y a rien que les railleurs redoutent plus que la raillerie. H est si commode de fermer la bouche à ses adversaires avec le cadenas de la correctionnelle I

Et puis, quand vous aurez fait taire tout le monde, vous serez bien avancé I Qui donc se chargera de parler de vous, d'éveiller un peu de bruit autour de votre nom, quand vos ennemis ne pourront plus desserrer les lèvres ?

JLes sympathies de vos confrères et du public auraient suffi à vous protéger contre les attaques du journal. Vous appelez le gendarme à votre aide, c'est le journal qui devient intéressant. Vous êtes le plus fort ; il fout bien alors que quelqu'un défende le faible. C'est l'opinion qui se retourne et se charge de ce soin.

Et puis, dans cette salle de la police correctionnelle, on respire une atmo^hëre chaude et malsaine d'invectives, d'aigreur, d'injures, d'exagération, qui donne la fièvre à la parole. On a devant soi, sur la sellette, un confrère, un homme qu'on a connu, dont quelquefois on a été l'ami, qui vit de la même profession que vous, et on l'appelle faifloÊte, imuUemr public, que sais-je encore i des mots, et de gros mots !

L'arrêt est proncDcé : la prison, les dominages-intéréts, l'insertion dans une foule de journaux, tout ce que vous demandiez, on vous Ta donné ; vous sortez triomphant de la police correctionnelle, mais non pas fier... Regardez autour de vous, y a-t-il beaucoup de mains empressées à serrer la vôtre et à vous féliciter 7 Ëtes-vous bien content au fond 7 Non, et le remords viendra plus tard, car vous vous direz souvent en voyant un beau jour, un beau soleil, une matinée printamère : H y a pourtant un homme que j'ai fait mettre en prison* qpie j'ai enlevé à sa famille, à ses amis, à ses études, qui a le droit de m'appeler son geôlier I

L'oiseau demande-t-il qu'on supprime l'air à l'oiseau? Le journaliste devraitrîl enlever la liberté au journaliste ?

Quant aux dimunages-intéréts, je sais bien que vous ne les mettrez pas dans votre poche, que vous les dixmerez aux pauvres. Le premier pauvre, le plus souvent, c'est celui qui fournit à l'aumâne. Cet argent, vous le lui laisserez, mais s'il l'accepte, le fisc, l'impitoyable fisc ne lui fera pas grâce. Cette amende à laquelle vous avez fût condamner votre confrère, c'était le fruit du travail de toute une année, le prix d'un roman, d'une pièce, d'un volume de poésie (heureux en* core ceux qui trouvent cinq cents francs sur leur muse I ), c'était le pécule amassé pour un voyage sur les bords de l'Océan ou du Rhin. Pauvre honune ! tu n'auras rien de cela ; pour quelques mots mal sonnants, pour qudques piqûres qui l'ont effleuré, ton confrère t'a confisqué, de par la loi, ton printemps et tes vacances i

Et encore si vous ne frappiez que le journaliste! mais vous tuez le journal. Vous savez que chaque condamnation diminue son existence : vous le sacrifiez sans pitié à votre amour-propre, vous oubliez ceux qui vivent de cette feuille légère. Vous commettez un meurtre de gaieté de cœur. A qui s'est permis de troubler votre quiétude, la

DKMl!

Re$ $acra mUer. A ce titre, tout journal aujourd'hui devrait être sacré pour les journalistes ! Taxoi I>iLoaD.

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