DE CECI ET DE CEU
LeSiMe de Louis XIV, par Voltaire, expurgé. Le «Journal général de rinstniction publique » annonce que, sur Tinvitation de M. le ministre de l'instruction publique, le conseil impérial s'est occupé récemment de revoirie texte du Siècle de Louis XIV, de Voltaire, pour l'approprier à l'usage des classas. Le ministre, dit le « Journal général, » a satisfait ainsi au vœu de l'opinion publique et des pères de famille « qui ne voudraient pas que leurs enfants fussent laissés dans la complète ignorance d'un aussi grand écrivain que Voltaire, mais qui entendent ne leur en montrer que les partions les plus irréprochables».
Au risque d'être en désaccord avec l'opinion publique et les pères de famille, nous nous permettrons de ne pas approuver la mutilatioA dont il s'agit (1). Comme narration, le Siècle de Louis XIV est un chef-d'œuvre qu'il faut respecter. Le tronquer, n'est-ce pas en diminner l'exactitude?
Quand paraîtra ce Voltaire expurgé ad usttm studiosœ juventutis , il sera curieux d'ailleurs de le comparer avec le texte complet, et de rechercher dans quel esprit auront été faites les suppressions.
(Edm. Texier, Siècle, '-lï et 25 mars.)
L'édition classique expurgée du Siècle de Louis X/Fa paru, et noas aurons à l'examiner. Telle qu'elle est, elle ne satisfait pas encore V Univers^ qui désirerait que Voltaire fût complètement banni de l'enseignement La HenriadCy Zaïre ^ Mérope, V Histoire de Charles XII, ne sauraient être mises sans danger entre les mains des lycéens.
Ce vœu nous ramène aux beaux jours de la Restauration. Les ul- Iramonlains demandent que Voltaire soit mis à la porte de^ lycées; bientôt ils demanderont qu'on défende la publication de ses œuvres, qu'on en livre aux flammes les exemplaires. C'est la faute de Voltaire si le miracle de la Salette a rencontré des incrédules; c'est la faute de Voltaire si M. de Rennes écrit des mandements où il compare les prêtres à des dieux ; c'est la faute de Voltaire si M. de Falloux n'a pas plus de titres au fauteuil académique. Brûlez donc, Omars catholiques, les œuvres de ce mécréant ! {Ibid, , 27 mars.)
Francis Ponsard prosateur. 11 y a longtemps que nous savions que M. Ponsard avait, très jeune, écrit en prose; nous avons même tenu
(1) M. Jules Delalaio, imprimeur do rUniversitc, annonce deux autres ouvrages expurgés, qui feront dorénavant partie de la collcclion des éditions claariaoes officimes: un choûr des Métamorphoses d'Ovide^ H nn autre dei Diafoquês dts mort» de Lucien !
entre les mains la ci Revue de Vieiuie, » qui a paru en 1838 et 1839, et dans laquelle nous avions remarqué une nouvelle intitulée la Êodk de Vezerance (1563-67), par F. P., imprimée dans la seconde année de cette Revue (1839), pp. 329-ii. Voici venir M. Ait. Morand, vraiflemblablement un compatriote du poète, qui nous fait connaître un second ouvrage en prose de M. F. Ponsard. Nous trouvons cette indicatioD dans le petit livre publié Tannée dernière par M. Ait. Morand , sous le titre de : a Eugène de Mirecourt et les Contemporains. Etikte et réfutation ». (Paris, Gh. Nolet, 1855, in-32 de 62 pages).
Page 32 de ce petit livre , Fauteur prend M. Eug. de Mirecourt à partie pour sa biographie de M. F. Ponsard, et voici en quels termes:
tt Vous nous parlez longuement de Lucrèce, d'Agnèi^ de Charlotte, d'Llysie, d'Horace et Lydie, de V Honneur et F Argent, tonles œuvres en vers et — moins une — de longue haleine. Hais tout le monde connaît cela aussi bien que vous, mieux que vous peut-être, et vos appréciations, les unes très justes, les autres amusantes, sont, je Tavoue, la moins mauvaise partie de votre brochure.
» Mais puisque vous réussissez si bien en ce genre, pourquoi ne nous avoir rien dit de Molière à Vienne, comédie eu deux actes et eo prose de F. Ponsard, représentée pour la première fois sur le théâtre de Vienne (en Dauphiné), le 9 octobre 1851? — Ce n'est pas vieux , Monsieur, vous le voyez ; ce n'est pas secret : la soirée était publique, et la pièce est imprimée tout au long dans le ajournai de Vienne» du 12 octobre 1851, que nous tenons à votre disposition.
» Une comédie en prose de l'auteur de Charlotte Corday , cela, certes, valait bien la peine qu'on y prit garde, n'eût-ce été que pour la rareté ou la singularité du fait. Vous prétendez, et vous avez raison, que Ponsard n'est pas organisé pour travailler à la vapeur ; quelle belle occasion vous aviez là de le prouver pièces en main, en détaillant, analysant cette espèce de parade, écrite et représentée ai moins de huit jours. Vous qui définissez Lucrèce, — une verêion latine élégamment traduite, qui en trouvez l'auteur toujoun terre i terre, et lui refusez toutes les facultés créatrices du génie ^ que vous auriez été beau à voir crachant sur .ce pastiche de rapin signé d'un nom célèbre !
» Vous eussiez raconté comment Ponsard avait eu la velléité d'écrire cette bluette malencontreuse ; vous eussiez montré les bons drapiers de Vienne riant, quelque peu à regret, presque autant de Fauteur que de la mauvaise plaisanterie, pompeusement décorée du titre de comédie, qu'il ne s'est pas fait scrupule de leur servir conune uo plat assez bon pour eux.
» Ah I oui, l'anecdote aiguisée par vous, affilée de votre mieux, aurait eu du piquant. Mais, dites-vous, l'anecdote, je ne la savais pas! Vraiment! hé bien, tant pis I... Nous vous dirons alors ce que vous disiez naguère à Gérard de Nerval. . . . après sa mort : — « Que n'es-tu venu à nous, frère I...» La circonstance n'est peut-être pas sans quel-
que analogie; c'est pourquoi nous ajouterons, comme vous encore : «I II est trop tard ! u
9 VoUà, Monsieur de Mirecoiirt, comme vous connaissez la vie publique de vos héros ! »
Fauieâ fimpresiion. (Voy. pp. 12-14.) En parcourant les journaux et les revues, on trouve fréquemment bien des erreurs qui sont quelquefois, sans doute, des fautes typographiques, parfois aussi des méprises échappées à la rapidité de la composition ; nous nous bornerons aujourd'hui à deux exemples.
M. Amédée Renée, dans son travail sur les Nièces de Mazar in ^ qu'a publié la a Revue contemporaine» , dit (livraison du 15 décembre dernio-, page 139) que Saumaise donne une place à Marie Mancini dans son grand «Dictionnaire des Précieuses». L'érudit tout hérissé de grec et de latin, le commentateur de Pline, se trouve ainsi confondu avec le sieur de Somaize, qui donnait à ses travaux une direction moins savante.
M. Viltonain vient d'enrichir le « Journal des Savants » d'une étude sur les dramatises anglais contemporains de Shakespeare ; nous lisons (cahier de janvier, p. 9) « qu'on sut gré à sir John Lamb, poète et humoriste spirituel, d'avoir extrait de cet ancien théâtre deux volumes de fragments ». John Lamb, simple commis dans les bureaux de la compagnie des Indes, et qui, sous le pseudonyme d'Elia, a publié des pages touchantes et ingénieuses^ ne porta jamais le titre de iir, indice du rang de baronnet, et n'appartient nullement à la no-
Amwrial de t Imprimerie et de la Librairie françaises. Sous le titre de la Typographie française et étranaère à l'Exposition unirerselle: Mimpie statistique (1855, in-8 de 32 pages), M. J. Delalain, imprimeur de l'Université, a publié, sans s'en douter, les premiers feuillets d'un Armoriai de l'Imprimerie et de la Librairie françaises, et nous allons tout à l'heure le démontrer. A la suite de la statistique qu'il donne, et qui est celle qui avait été précédemment imprimée dans les journaux offlciels^ M. J. Delalain, orgueilleux de son art, parce qu'il l'exerce avec distinction, a eu l'heureuse idée d'y joindre une Uste générale des Imprimeurs, Libraires, Éditeurs, etc. , nommés memirti de la Légion et honneur depuis la fondation de l'ordre ; celte brochure a donc pour but de relever aux yeux de bien du inonde la corporation des imprimeurs et libraires français. Toutes les distinctions honorifiques signalées par M. J. Delalain, dans la seconde partie de son écrit, n'ont pas été toujours accordées aux producteurs, ainsi qu'il le reconnaît lui-même; mais enfm, elles ont été la récompense de services rendus par des bonunes appartenant à la corporation, ce qui prouve son honorabilité. A une époque où l'Imprimerie et la Librairie françaises sont en pleine voie de régénération, l'opuscule de M. I. Delalain devient im stimulant pour ne pas s'en détourner.
U faut convenir que si à notre époque on ne compte pes MMiQijAp
libraires distingués qu'au siècle dernier, comparativement au Juwipej la faute eo est à l'extrême facilité avec laquelle on obtient les brevetsou autorisations de libraires : un certificat de capacité, la plupart do tempsde complaisance ou d'humanité, un autre debonnes vieet mosors, voilà tout ce qui est demandé au candidat. Dans d'autres pays» on est plus exigeant, et pour ne parler que d'un que nous avons habité, en Autriche, l'aspirant libraire doitproduire un certificat qui établisse qu'3 a fait cinq années d'apprentissage, et qu'il prouve dans un examen, qu'indépendamment de sa langue matemeUe, qu'il doit pari^ et écrire correctement, il en connaît deux autres, Tune morte et l'autre vivante. En Prusse, à ces études, on ajoute la connaissance des lois sur l'imprimerie et la librairie. Or, a>mme en étudiant les langues on apprend encore quelque chose, il en résulte que les libraires étrangers sont généralement plus instruits que ceux de la France. Cette mesure est une petite garantie contre des hommes qui pourraient tout auci bien empoisonner l'âme que les pharmaciens le corps, s'ils ne savaient distinguer le mauvais du bon.
11 ne faudrait pourtant pas en conclure que les libraires de b France sont tous illettrés, incultes. Beaucoup au contraire ont fait des études classiques, et s'ils ont embrassé une partie tombée en discrédit après 1789, c'est que le goût des livres les y portait. Les autres, à défaut d'études premièies, se sont tirés d'affaire avec de TintelligeDoe et une longue prati(]ue. Mais parmi ces derniers, un grand nombre s'est aperçu (luo dans la triture de cette industrie, autrefois si baul placée, la seule intelligence ne sullisait pas toujours ; aussi ont-ils voulu que leurs enfants fréquentassent les collèges jusqu'à l'ùge convenable pour entrer dans toute carrière. On peut donc affirmer que la jeunesse qui s'élève fournira dorénavant des libraires tout aussi instruits que ceux de l'étranger.
Du milieu de cet assemblage dont se compose la Librairie française depuis le commencement de ce siècle, on a pu remarquer des hommes parfaitement honorables dont l'intelligence a été la Providence ; mais le nombre de ceux qui, avec de Tinstruction préalable, ont embrassé cette carrière, libi*aires instruits, lettrés, tant à Paris que dans nos départements, est considérable ; beaucoup d'entre eux, parmi les libraires éditeurs, surtout, peuvent même, et à juste litre, être classés au rang des artistes. Ne citons que quel(|ues noms de l'époque actuelle: MM. L. Curmer, Jules Belm-Leprieur, Cas. Gide, Aug. Vinchon, vrais artistes; puis viemient immédiatenKmt après : MM. Bauce, Didroo, Fume, Morizot, Ferd. Serré, etc.
C'est de tous les imprimeurs et libraires remarquables de la France qu'il serait à désirer qu'on publiât, pour continuer l'Armoriai commencé par M. J. Delalain, une biographie, non un pamplilet comme celui d'Aug. imbert, qui parut en 18'i6, mais un livre sérieux, dans lequel seraient inscrits les noms.des imprimeurs et libraires^ littérateurs
el artistes, et de tous ceux enliii qui, par leurs pruduclioas ou leurs publications, ODt illustré la typographie et l'iudustrie des livres eo France, dqMiis la découverte de l'Imprimerie jusqu'à ce jovur. Noms recommandons cette idée au Cercle de rimprimerieetde la Librairie, dont M. !• JPelalain est Tune des premières colonnes : là est le cornplanent vrai d^ rAnaorial de la typographie française.
is gtodigliMrtfb MiMenm. -^ 11 s'est ^gagé, il y a quelque tawps. dus les joumaui allemands , une longue polémique sur l'auteur du Gladiateur de Ravenne, tragédie qui a obtenu un succès éclUaot anr les théftUes de l'Allemagne. On a voulu revendiquer pour un maître 4'âoole de Ftafienhofen, en Bavière , nommé fiacherl, Thooiieurde l'inveotion de cette pièce, ce dernier ayant adressé à M. Laube» dvecieur du théâtre impérial de la Burgtbeater, à Vienne , un travail dramatique renfermant les traits principaux de la pièce et n'embrassant que qudques feuilles. M. Laube a répondu que ce travail lui est parvenu longtemps après la distribution des rôles du GladiaUur 4e Ravenne, qu'il ne l'a pas lu, et enlin qu'il n'est pas luinmême l'auteur du Gladiateur.
Le monde littéraire a attribué cette tragédie, dont l'auteur est resté jusqu'ici anonyme, à M. le baron de Mûnch-Bellingbausen , lequel a éoit, sous le pseudonyme de Frédéric Halm , plusieurs pièces dramatiques qui ont obtenu la vogue en Allemagne. Ces pièces portent un cachet tout particulier quanta Tinvention, la composition, l'exécution, les idées, le style et les effets dramatiques. On a voulu reconnaître les mêmes traits distinctifs dans le Gladiateur , el une déclaration de Frédéric Halm, dans les journaux de Vienne, prouve qu'on a eu raison, car ce poète dit qu'il est , en effet, l'auteur du Gladiateur; qu'il a puisé la fable de sa tragédie dans un ouvrage de Gottling qui a paru en 1851, à Halle, et qui porte le titre de Collection de dissertations $ur rantiquité classique.
Cet ouvrage contient une dissertation intitulée : Thusnelde^ épouse iArminius^ et son fils Thumélicus, laquelle offre, dans vingt-quatre pages, les moments historiques qui composent le plan de la tragédie de Hahn. Ce dernier a commencé son œuvre au mois de mars 1852, et l'a finie au mois de novembre 1853. 11 l'a lue, le 20 décembre, dans un cercle d'amis, et envoyée, le 17 janvier 1854, de Vienne à Dresde, d'où elle a été adressée, le 19 janvier, au directeur Laube, accompagnée d'une lettre sans date, signée: F. Wilhelm^ Dresde^ poste restante. M. Laube, dans une réponse en date du 3 avril 1854, envoyée à l'adresse sus-mentionnée , a accusé réception de la pièce, et Je Gladiateur de Ravenne a été représenté le 18 octobre 1854, sans avoir subi aucune modification, tel qu'il est parvenu au mois de janvier à la direction du théâtre impérial.
M. Habn unit si déclaration en invitant tous ceux qui tnmiA avoir des prétentions à la propriété littéraire de cette tragédie, k recourir ï la voie des tribunaux, l'auteur ne voulant pas contribuer k fttiguer le public en prolongeant la discussion dans les journaux.
— Encore un écrivain français à l'étranger, que nous devons enregistrer. Le ministre des relations étrangères de la Prusse, M. le ban» Olhon-Théodore de Manteuiïel (né à Lubben, province de Brandebourg, le 3 février 1805), Tun des deux représentants de la Prusse au congrès de Paris, est l'auteur d'un écrit anonyme, de circonstance, intitâé: ta Cour ei le Gauvememeni de Pru8$e en face la coaliHon. Leipag, 1856, in-8.
— « L'IUustrated London News i» nous apprend qu'on a vendu, te mois dernier, aux enchères, à Bolton, la célèbre Bible, version angUôse, publiée à Londres, par Bowyer, en 45 vol. in-fol., contenant 6,000 gravures ; elle a été adjugée à Robert Heywood, Esq., pour la sonne de 550 livres sterling. Le savant auteur du « Manuel du libraire » ne cite qu'une édition de la Bible publiée par Bowyer, 1795, 3 vol. gr. in-8, avec gravures de Jam. Fittler d'après les anciens mattiw. Qu'est-ce donc que cette autre en 45 vol. in-fol. ?
BIOGRAPHIE