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L'ACADÉMIE FRANÇAISE ET SON DERNIER ÉLU

L'académie franc nliir.

Depuis que rAcadémie française, abandonnant sa voie exclusivement littéraire, ouvre ses portes aux hommes purement politiques , elle n'est plus qu'un club de malcontents de tous les régimes^ conspirant ou tout au moins maugréant en paix à Fombre de la protection impériale. Ce n'est plus, pour ainsi dire, qu'aux ministres et députés des g<)uvernements éteints qu'elle ouvre ses portes, oubliant, dédaignant même les illustrations littéraires véritables, et c'est très naturel, puisque plusieurs n'en possèdent point (1). Leur droit est proportionnel au degré de leur opposition politique, et l'opposition qu'on ne trouve plus nulle part est concentrée sur les banquettes académiques, sourde à la satisfaction conmie à la recoimaissance ou bien à l'admiration du monde.

Un adversaire du gouvernement vient encore d'entrer au sein de ce congrès à vie, et l'homme politique prime tellement ici l'homme littéraire que celui-ci n'est que le prétexte qui favorise l'autre ; aussi la presse quotidienne a-t-elle violemment pris fait et cause dans ce débat qui ne regarde pas les écrivains proprement dits. M. de Falloux, en effet, est beaucoup plus connu par son opposition légitioûste

il) Par suite de son ambition de se recruter parmi les ducs , les comtes es hommes politiques, l'Académie française ne regarde pas de bien prêt è la validité des titres des candidats qu* elle convoite. Si nous n'avons été induit en erreur, le dernier li\requ'ait présenté un grand sci^neurpour se faire ouvrir les portes avait été écrit ad hoc par M. Francis Wey. Cet exemple n'est pas sans précédent.

que par ses succès littéraires: aussi, nous ne saurions trop le répéter, c*est beaucoup moins comnx: hopmie de lettres que soguù^. homme politique f m M. 4b Fdloui • pénétré ém 11 concflialule fss malcontents, cilte afl^tion d^lémeiiu pollîiqvs si div«^qfe, dans laqueUachaÀui inouklie sm Rsaeotimeiils personnels qae poar prendre l'opposition unique du corps. II résulte naturellement de cette situation particulière que les journaux politiques ont attaqué ou défendu avec une égale vivacité M. de Palloux , Télu nouveau.

Le 14 avril 1855, Tlnstitut a reçu un premier avertissement, qui apportait quelques modifications aux privilèges de son corps. Mais rinstitut, qui est dans une voie qui lui deviendra fatale, n'a tenu aucun compte de cet avertissement ; au contraire , il y a eu recrudescence d'oppositîoQ àê 91 part. Toutes les demièrgs élfctions le démontrent suffisamment.

Que peut-il advenir à Tégard d'un corps dont la mission , très grande, est de faire progresser les lettres, les sciences et les arts, et qui est descendu jusqu'à ne plus être qu'une coterie politique?

L'on arrivera toujours à l'Institut d'une façon ou d'une autre; mais, comme dans certain pays, interdira-t-on ces discours de réception , véritables professions de foi politique, dans lesquels on ne dissimule guère ses regrets du passé, ses aspirations vers un avenir que les fusionistes et l'Institut appellent, et que la majorité de la nation repour^se; dans lesquels aussi tout académicien décédé, pourvu qu'il ait appartenu à l'un des partis dominants du corps, était un homme âninmt par son génie et ses vertus. Les discours de réception soùi autant d'épitaphes, et, comme dans nos cimetières, il y en a d'outrées et de mensongères. Ne dirons-nous rien des allusions perfides que Ton glisse adroitenoent contre le chef de l'Etat 1 Véritables discours d'apparat, revus et changés par le docte corps pour produire de l'effet sur le brillant auditoire que la plupart du temps l'on choisit, afin qu'au dehors on puisse redire aux coreligionnaires du nouvel éhi les chaudes paroles qu'il a prononcées. C'est ainsi qu'on entretient l'agitation dans les esprits. La liberté et l'indépendance ont leur sanctuaire à l'Institut, se dit-on; et les artisans de troubles renaissent à l'espérance, car c'est de l'Institut que doit sortir une nouvelle révolution. Ces derniers se trompent. L'Institut n'a point envie de faire descendre dans la rue le peuple en armes, mais il travaille les écrits dans un but hostile.

Ce qui pourrait arriver de plus fôcheux pour l'Institut, c'est que le gouvernement d'aujourd'hui usât d'un moyen que lui a enseigné celui de la Restauration : s'il procédait à une élimination. L'institut se rappelle-t-il seulement cet acte de rigueur qui atteignit des confrères qui n'étaient pas exclusivement politiques? Nous croyons devoir reproduire ici leurs noms :

AcABiJiiaéfs décubés impurs.

AmdéiM»

ÂrnauU, romplucî* par

Etienne, — —

Garat, — —

Cambacérès/ — —

Merlin, — —

Sieyëd, — —

Roadorar, — —

Maory» — —

Maret, duc de Bassano , — — Bon^arte (Uicieo), — —

Regnault de Saint-Jeand*Angély, — —

laseripUon* et Bonaparte (Joseph) , remplacé par Lakanal, — —

Lebreton, — —

Grégoire, — —

MoDee, Canot,

Dmé,

AcADfiMicuNs DÉCLARÉS savaui^.

fras^Mie.

Richelieu (le duc de).

Choiseul-Goufner (le comte).

Beausset (de), évèque d* Allais.

Bonald (le vicomte de).

Ferrand (le comte de).

Lally-Tollendal (le comlê de).

Levia (le duc).

Mootdâquioa-Pesouae (ikbé dt).

Laine.

Auger \

(élus par i' Académie.

Laplace ) Belle»-I*ettre«.

Letronne.

Mollevault Émeric David Chety (de)

Cauchy.

Bréguet.

élus par rAcadâoie.

Section première. — Peinture, remplacé par Lebarbier.

Nommés en augmentation ou en compensation.

[ Guérin, iGirodel.

Gros.

1 Meinier.

[ Yernet (Carie).

C'est 110 précédent que les noaitres regrettés de tant d'immorleto d'au)Ourd'hui ont établi, et ces deniiera n'auraient pas trop à ae plaiodre si l'on en usait ainsi envers eux.

lûdividuelleinent, les élus de T Académie française, depuis quelques aBDées, sont très honorables; mais poor avoir été adînûs au savant cénacle, les meneurs, dis(Mis-le plus poliment, les influents de Tlnatilnt ont dû être convaincus que leur candidat, à eux, était plus remar* qmbie comme dissident que comme littérateur. C'est ainsi que m grossissent aujourd'hui les rangs de ce corps qui faisait autrefois Tadr mirationde toute l'Europe, elqui se contente aujourd'huide constituer un club de malcontents : de ministres, de députés déchus, de soldats d'un souverain étranger, rêvant plus que tout autre la domination universelle» L'élection demièn^ de M. de Falloux l'a suffisamment démontré.

L'Institut a besoin plus que jamais d'être réglementé. Sou eiyrii de coterie n'est pas nouveau. Nous nous rappelons une élection qui eut lieu sous la fiestauratiou. (>uatremère de (^uincy, de l'Acadè-

mie des inscriptions et belles-lettres, qui avait été poussé dans la docte corps par la congrégation, et alors président de sa classe, bvorisa l'intrusion d'un homme de plus d'érudition que d'esprit, car ce contraste se remarque assez fréquemment chez les savants. Cet homme, c'était Pouqueville.

Le jour de l'élection, quelqu'un, rencontrant Quatremère de Quincy, l'apostropha ainsi : Gomment! vous venez d'élire Pouqueville; mais c'est un imbécile ! —. A qui le dites-vous 1 Nous l'avons élu parce que celui-là, au moins, ne sera pas factieux ! La coterie congréganiste était alors triomphante : elle n'est aujourd'hui qu'influente, demain elle commandera.

Qu'attendre, d'après cela, de l'impartialité de l'Institut dans l'admissiondes candidats, de la part surtout de l'Académie française, la classe la plus gangrenée; de son impartialité dans les prix qu'elle doit décerner? Toujours la coterie politique. Une preuve à l'appui de notre dire par rapport au concours. Une dameavait écrit un petit livre très moral, un éloge bien poétique du travail, d'une fabulation aussi élégante que simple ; livre que nous avons lu, et qui nous a fait verser de douces larmes, à nous presque sexagénaire. Ce livre était intitulé quelque chose comme Fleur deserre et Fleur des champs. Eh bien, ce livre fut, l'année dernière, repoussé du concours pour la raison que l'auteur de ce livre était la femme d'un littérateur qui a écrit une « Histoire de la famille impériale d. Conmie hostilité ce fait est-il assez significatif?

Une fois dans cette voie, qui donc travaillera à l'Académie française? On parle déjà depuis longtemps d'un grand travail demandé par le ministre de l'Instruction publique : un Dictionnaire étymologique et historique de la langue française , qui doit former vingt volumes in-4. Sont-ce les grands seigneurs et les hommes politiques élus dans ces derniers temps, qui coopéreront à cette publication importante pour notre littérature ? Eh non I il en sera de ce livre comme du dernier Dictionnaire de V Académie française^ que l'Académie n'a point fait. De 1799 à la Restauration, une commission de sept membres a existé pour composer ou refaire le code de notre langue : à chacun fut allouée une somme de 6,000 fr. qu'il encaissa très exactement , mais pas une page ne fut écrite. Le ministre de l'Instruction publique fut obligé de commander ce travail à la maison F. Didot, et l'Académie française n'a eu que la peine de revoir et d'approuver le vocabulaire de notre langue le plus incomplet qui existe, fait par un linguiste dont le nom est resté inconnu au public, mais que nous, nous connaissons.

Concluons. Il faut faire rentrer l'Institut dans ses attributions, et que ce corps, autrefois si illustre, cesse d'^;tre un club de malcontents. Que les littérateurs parviennent à l'Académie française, et qu'on laisse les hommes politiques, surtout ceux auxquels l'Institut ouvre trop facilement ses portes, écrire dans V Assemblée nationale, dans le Correspondant et dans V Univers en faveur de cette monstrueuse

affiance qu'As ont nommée la fusion, et qu'un très haut personnage a définie : la victime liée au bourreau. J.-M. Q.

liE COMTE WAJLMMVJL BV COmSkU/kH,

Membre de rAcadémle d'agriculture d'Angers, député de Segré (Sfalne-et-LoIre), «n flSIê. représenUnt du peuple à l'Assf^mblée nationale . en 1848 (élu par 58,000 voix} . et à l'Aaiamblée constituante, nommé par le feubourg Saint-Antoine : ministre de l'iustnictlon publique et des cnltes. après le fO décembre 1848: élu membre de l'Académie flrançatae. le 10 arrll ifloa.

La candidature de M. de Falloux, à l'Académie française, avait soulevé deux questions. Y serait-il admis par Tappui des ducs, des marquis et des comtes? Mais il n'est pas noble. Comment! un homme qui compte parmi ses ancêtres un sergent d'armes du roi Henri IV! dit au moins M. Borel d'Hauterive, qui aurait pu faire remonter beaucoup plus loin l'ascendance de M. de Falloux, car ce généalogiste, comme beaucoup de ses confrères, ne connaît guère d'obstacles. Demandez-lui la preuve que lui-même a le droit de porter le nom d'Hauterive, lui, frère de M. Pétrus Borel. Mais au moins, les titres littéraires de M. de Falloux loi donnaient quelques chances? Hélas! M. de Falloux, ainsi que plusieurs des immortels récemment élus, n'a que peu produit, très peu, et pas un seul ouvrage de littérature proprement dite. Son élection ne devait donc être que le fait d'une coterie ; elle Ta été.

En 1849, à l'époque où M. de Falloux était ministre de l'instruction pubhque et des cultes, il parut dans « le Voleur » , que publiait M. Ach. Jubinal, une notice sur M. de Falloux, signée A. Borel d'Hauterive, qu'aucun des journalistes qui se sont occupés de M. de Falloux depuis qu'il a été question de son élection à l'Académie française n'ont connue, car ils se seraient évité bien des recherches. C'est parce que nous sommes persuadé que cette notice a été rédigée au moins sur les renseignements de l'intéressé, que nous la reproduisons ici, sans y changer un seul mot. Apologétique à l'époque où elle fut imprimée, elle est devenue depuis presque la censure du nouvel académicien : nous nous sonmies borné à y ajouter quelques notes servant de correctif à cet éloge de commande.

La famille de Falloux du Coudray, Tune des plus anciennes de l'Anjou, a toujours été universellement estimée et aimée dans cette province, où plusieurs de ses descendants se sont illustrés comme militaires ou comme magistrats. L'un d'eux était sergent d'armes du roi Henri IV (1).

(1) Il paratt certain quelo grand-père de l'ancien ministre avait été échevin, el que le père était fabricant de chandelles à Angers ; qu'il a dû sa fortune à la grande consommation qu*en firent, comme aliment, MM. les cosaques, lors

- âisi -

Frédéric-Alfred-PieriYï de Falloux, héritier de celte iiouorable popularité, à laquelle il a ajouté liii-même un nouvel éclat par ses travaoi politiques et historiques, est né à Angers (1) , le 1 1 mai 1811. C'est un des plus jeunes des représentants appelés à siéger au conseil des ministres. Mais son arrivée au poslc éminent qu'il occupe n'a surpris personne; car, dès son début dans la carrière politique, il avait donné la mesure de sa fermeté et de son talent.

Élevé dans les sentiments d'une piété sincère, M. Alfred de FàUoux a conservé les traditions d'honneur, de patriotisme et d'abnégation héréditaires dans sa famille. 11 se voua de bonne heure à la propagation de rînstniction religieuse et agricole dans les campagnes, à la défense des intérêts des classes laborieuses et à l'amélioration matérielle et morale des travailleurs.

En 1841, M. de Falloux épousa, à Rennes, M"* de Caradeuc, petitefille du procureur général La Chalotais (2) ; ce fut monseigneur Frédéric de Falloux, son frère aîné, alors protonotaire du Saint-Siège et aujourd'hui secrétaire de la congrégation de la Discipline régulière, qrf bénit cette alliance, à laquelle applaudiront les populations de la Bretagne et de l'Anjou.

Avant ses débuts parlementaires, M. de Falloux s'était déjà fait connaître par des travaux et des publications d'une sérieuse importance (3). A une époque où il est si général, en littérature comme en

de Toccupation de la France par nos amis h\s alliés, ainsi que les nommait certain parti. M. de Falloux père fut, en 1830, crct' comte par Charles X, et depuis il a vécu à Bourg-d'Yré , on agriculteur. Il existe une Notice nécrologique sur Ir comte Gmllaume-Frèdérir de Falloux du Coudra^, ancien eapUnine, antitn vmire de Bourg-dlrè [Maine-et^fjnrt), chevalier dé SaifU^(j>ms, mort à Angers, le 1« février 18j(>. Paris, de l'imp. de M*"^ Smith, 1801, in-8 de 12 paees; nialheurfusemont, cette DOtice ne peut inspirer grande conûance, car elle est extraite de l'une de ces nombreuses publications vénales de notre époque, dans lesquelles chacun, selon le prix qu'il veut y mettre, peut établir sa célébrité et aussi lon^emeni que IV mour-propre l'exige : » le Nécrologc universel du XIX^ siècle ». La comtesse de Falloux, la mère, n'a pas tardé a suivre son mari, car elle est morte vers le 10 décembre 1R5().

(1' C'est une erreur. M. de Falloux est né ii Bour£?-d' Yré , près d'Angers, où son père était propriétaire. M. de Falloux, qui a fait avec distinction ses études au colléi^e Bourbon i. depuis Bonaparte), e«t allié à trois familles qui ont laissé des noms illustres dans la marine : MM. de Mackau, du Petit- Thouars et de Coiirson.

(â) Bizarre contradiction : l'ultramontain M. de Falloux épousant la petit»> fille de Caradeuc de La Chalotais, l'un des plus ardents adversaires des Jètuites, et qui les poursuivit devant le parlement de Bretagne ! Les màiMB du procureur-iiénéral ont dû h'wn i^émir le jour de cel hy menée I

(3) « Le vicomte de Falloux était entré à l'Académie d'agriculture d'Angers, que les plaisants nommaient la société des fines herbes. Il aurait fallu dire des fines mouches^ car beaucoup do ses membres se sont fait de aea degrés un moyen d'aller plus haut et plus loin ». ^Fr. (rrillo. Miettes, II, p. :^5.' C'<^i à j'Académio d'apriculluivd'AnjiiTs '\y\e M. de Falloux a lu ses notices

poHiiqQe, de chercher k se mettre en évidence» bien moim par mm attitude caiine et une généreuse franchise que par une agitation flictice et. un bruyant appel aux passions, il consacra sa plume et ses veilles k des cBUVres étrangères aux préoccupations habitiieHes d'une société trop souvent indifférente on matière de religion.

La Vie dé Ltmin XVI, qu'il publia en 1640, est une biographie intime, où l'écrivain se propose d'étudier l'homme plus encore que le roi, et de nous montrer, dans ce prince dévoué, libéral, plein d'ins* tniction et de piété, mais faible et timide, ce qu'il y avait k Ife fois de grandeur et de résignation (I ).

Encouragé par le succès de ce premier écrit, M. de Falknix n*hésita pas k concourir k la glorieuse mission qu'ont entreprise de nos jours plusieurs écrivains, de rétablir la vérité dans l'Histoire. Il aborda franchonent cette nouvelle tAche par une Vit de Pie K, que ses vertus et ses austérités ont ftiit placer au nombre des saints, mais que ses rigueurs oontre le protestantisme avaient désigné aux attaques les phiB violeittes des philosophes du XVHI* siècle.

« Je ne viens pM, disait-il dans l'introduction de ce livre, préaoïten » dans un but déterminé d'avance, une thèse laborieusement oom^ ■ binée; je viens exposer, plus ingénument, comment j'ai pu irou- » ver, au sain même de mon époque, les symptômes de justice et » quelquefois de sympathie qui m'ont servi de guide pour remonter n vers l'intelligence des temps anciens n.

On ne saurait mieux résumer, en peu de mots, le mérite de cet ouvrage, que par ces paroles de M. Chavin de Malan, qui termine ainsi l'analyse de cette Vie de Pt> V: « Ce livre est plus qu'un bon livre, B c'est une bonne action (-2) ».

M. de Fàlloux, en présence des guerres de religion, ne s'arrêta plus à Yffiiioire de aaint Pie T, il porta ses investigations sur tous les

sur AfUtnne Parmentier et Olivier de Serres, que M. Borel d'Haaterive n'a point citées dans sa biographie sur M. do Fatlour. Vers la même époque il i fait anaai insérer dans le recueil légitimiste et religieux « le Correspondâat • quelques articles qui sont également passés sous silence.

;1) Dans ce livre, tout de passion monarchique, il n'y a pourtant, dit Fr. Grille, dans ses « Miettes •, ni trop de colère ni trop de nel. L*auteur racontait, expliquait, citait des lettres, lettres de M. de Raii^ecoart, entre autres, que je lui empruntais pour mes narrations sur les Volontaires.

{'À) M. Chavin de Malan, bibliothécaire de la Chambre des pairs à l'époque où parut ce dernier livre de M. de Falloux, était un hagiographe, qui n'aspirait qu'au moment de pouvoir entrer dans les ordres, et il y est entré depuis ; son opinion sur ce livre n'est donc que Colle d'un ultramontain. Les redacleuni de • la Liberté dn pm<«er » , la violente \)o1êmiqiie qui s>lova n TAssembiép nationale, dans la mVince du ^î mai 1Hi9, n rocca^ion de ce livie, les critiaues des journaux de l'époque, et wliea de ces derniers temps, sodletéeM.j rofcaBÎon de lacantlidatnn' de M. de Falloux à l'Académie françaiea, ont démontré, contre M. ('havin de Malan, q\w VHistmre de $aint Pie V n'était ni un aussi bon livre, ni une Mll^isi bonne aHion qu'il vrmlait bien le dire.

— au-*

pdnts curieux de cette période et évoqua un des eouvenirs les | sanglants de noire histoire : le crime de la Saint-Barthélémy. Le i grès scientiûque de France, tenu à Angers, en 1843, avait posé dani son programme la question de savoir quelle fut la part de la politiquB dans le massacre des huguenots de 1572 (1). La lice était ouverte. M. de Falloux s'y présenta, et, par une brillante discussion, U s'aUactai à démontrer que la politique avait été Tâme de cet odieux épisode, ei qu'elle avait pris la religion pour prétexte, la superstition pour instrament. Malgré une vive et pressante argumentation, quelques doutes m manifestaient encore dans rassemblée.

M. de Falloux, après avoir montré Tambition et Tesprit de vengeance d'une Médicis, armant le bras des assassins, s'écria : « Au lieu • d'une Cour pleine d'intrigues et d'adultères, supposez une Cour ci » règne l'Évangile , supposez la loi de Dieu puissante sur les puis- » sants ; au lieu de Catherine et de Charles IX, mettez sur le trtes » Blanche de Castille et saint Louis, et puis, je vous le demanda 9 maintenant, au premier aperçu de votre propre jugement, au puai> mier cri de votre conscience, dites, la Saint-Barthélémy était-elle tt possible? » A ces mots, l'auditoire se leva avec de vifs applaudissements : « Non ! non ! n répondit-on de toutes parts, c Votre cri a » terminé toute discussion » , reprit alors M. de Falloux, et il descendit de la tribune au milieu des félicitations universelles.

Une fois engagé dans la vie politique, M. de Falloux n'a point suspendu complètement ses travaux historiques et littéraires. Le recueil des Vies des Sainti, de Delloye, recueil aussi admirable par l'excel* lent choix des textes ((ue parles ravissantes illustratioas qui raccompagnent, renferme quelques pages dues à la plume du représentant angevin et consacrées à la biographie de saint Jean-de-Dieu.

Enfin, au congrès scientifique tenu à Tours, en septembre 18i7, M. de l*alloux, dans une improvisation dont la forme et le fond sont également remarquables, a traité la question : Des ressemblances et des oppositions les plus remarquables dans le développement des vuititutions de France et d* Angleterre, depuis le onzième siède. Cette thèse lui a fourni une brillante occasion de faire ressortir son érudition, ainsi que la justesse et la profondeur de ses aperçus (2).

Si, après avoir rapidement étudié l'écrivain, nous passons à Thomme

(1) M. de Falloax parai au congrè^s scientifique. II y prit la parole. H commença d*y manifester ses opinions rétrogrades, ultramontaines, théocntiques. Une fois sur ce terrain, il n'en sortira plus. Fr. Grille, Miettes.

(2' « Nous avons entendu ce jeune député improviser au congru scteatifique de Tours, Tan dernier, une brillante dissertation historique sur les gloi» res nationales, comparées aux illustrations du peuple anglais : rien ne peut exprimer l'enthousiasme ({ue lit nattre dans l'auditoire l'élévation de tes idées, s^iutenue U'une diction fleurie, sans rechenrliL' cl sans apprêt • . Profils critiques et biographiques des 900 représentants, par un vétéran de la presse 'M. Leiarge de Lourdoueix fils). Paris, 1R18, in-18.

politique^ nous retrouvons le même cœur, la même abnégation, et Doos aonames tenté de nous écrier : « Oui, le style, c'est l'homme ».

A peine M. de Falloux est-il appelé à siéger à la chambre des dépotés par les suffrages de ses concitoyens, qu'il vient s'asseoir sur les bancs d'une opposition courageuse et dévouée aux intérêts populaires (1). L'élection de M. Drault est attaquée, à cause des opinions du candidat, bien plus qu'en considération des motifs réels de nullité. M. de Falloux monte à la tribune le lundi 31 août 1846, et s'y peint tel que nous le retrouverons toujours.

« J'appartiens , s'écrie-t-il , à une génération qui entre dans les

• affaires, qui est née et qui a été élevée sous le régime constitu- » tîonnel, qui n'en a jamais connu et n'en a jamais servi d'autre. Nous » sommes donc plus jaloux (et nous devons l'être ) que qui que ce » soit dans cette enceinte, de la dignité et de la pureté de nos mœurs

• constitutionnelles».

Dans la séance du 15 mars 1847, M. Hortensius de Saint-Albin vient dénoncer à la tribune la conduite d'un maire qui a confisqué, de sa propre autorité, une pétition relative à la liberté d'enseignement, et qui a menacé le pétitionnaire de le faire arrêter par les gendarmes. Le ministre de l'intérieur garde le silence. M. de Falloux ne peut s'empêcher de protester hautement contre cette impassibilité , et le ministre est obligé de prendre la parole pour se disculper.

La réforme postale, vivement réclamée au nom des classes pauvres, renccHitre quelques ardents détracteurs. M. de Falloux, toujours prêt i soutenir les intérêts populaires, démontre toute la justice, toute l'humanité d'une pareille mesure :

«Une femme du département de la Somme, dit-il, reçoit une lettre

• de son fils, malade à l'hôpital de Blidah. Elle ne peut en payer le > port. Elle travaille trois mois et demi pour gagner le superflu et

• retirer sa lettre. Mais déjà son fils n'existait plus ».

c Savez-vous, disait l'orateur en finissant, ce qu'une lettre, à son

• maximum, représente pour l'ouvrier dont la journée est de 2 fr.? » Une somme équivalente à celle de 137 fr. pour un de mes honora- » bles interrupteurs qui possèdent 10,000 livres de rente » .

Nous retrouvons encore M. de Falloux à la tribune parlementaire, lorsque, le mardi 29 juin 1847, il s'agit de l'enseignement des écoles primaires. Il demande que les notions de l'agriculture et de l'écono-

(1) « Ses opÎDions politiques le rangeaient à la chambre sous la bannière de M. Berryer, avec lequel il n'a cedsé de marcher, quoique ses idées religieuses l'aient fait plus spécialement considérer comme l'un des apôtres du parti catholique. L'effet de son discouru sur la liberté religieuse (après 1846 ) ne répondit pas à la réputation d'éloauence qui l'avait précédé au Palais-Bourbon.^C'est que la parole de M. de talloux, facile, élégante, académique, se prête plus facilement aux causeries d'un salon qu'aux mouvemento de la tribune politique >. (Protîls, déjà cités.)

mie rurale en fassent partie, et que la science agronomique se vA^ ganse et descende dans les masses.

Enfln, le mardi 6 juillet, son indignation éclate , lorsque farreAation arbitraire de M"« d'Hautevillc lui est dénoncée. H interpelle MM. les ministres de la guerre et de la justice, qui cherchent l'on fH l'autre à se décharger de la responsabilité du fait. La discnssioD a'engage, car quelle cause ne finirait par trouver des défenseurs? Et il résulte du débat que cette pieuse dame, coupable de bonnes oeuvres et d'actes charitables, a été la victime d'un pouvoir ombrageux et d*un agent maladroit.

La révolution de Février éclate , la République est proclamée. Aussitôt le patriotisme de M. de Falloux se montre dans tonte sa pureté par la profession de foi qu'il publie spontanément pour détoorner ses compatriotes de la Vendée de toute idée de guerre civile, el pour les conjurer d'accepter franchement le nouvel état de choses qui, dans des mains éclairées et généreuses, peut tourner an Uqd général et à l'amélioration sociale du pays.

Le suffrage universel s'empresse de le porter à l'Assemblée na* tionale, où, dès le 15 mai, il se distingue par la courageuse fermeté avec laquelle il s'oppose à la tentative des envahisseurs. Quelques jours après, nommé, par le comité des travailleurs, pour faire le rapport sur la question des ateliers nationaux , il démontre clairement , et avec une courageuse fermeté , tout ce qu'il y a de funeste, de dangereux dans cette grèwe permanente et autorisée , qui coftte cent soixante-dix mille francs par jour au budget de l'Etat. Les journées de juin ne vinrent que trop tôl confirmer ses prévisions.

Depuis cette époque, il ne cessa de donner une active et laborieuse participation aux travaux de l'Assemblée nationale, jusqu'au jour oà le président do la République, nouvellement élu , l'a appelé h faire partie de son ministère (comme ministre de l'instruction puMiqneet des cultes) (1). A. Boiel D'HArmmr.

Nous cumplétcrons cette Notice, à laquelle nous n'avons pas changé un seul mot, par quelques passages d'un article que feu Fr. Grille, ancien bibliothécaire d'Angers, a consacré à M. de Falloux dans le

(1) M. de FaUoux, qui salue en passant tous les drapeaux qui se trent aux fenôlres, est un homme desprit, d'assez d'esprit pour se moquer de ceux qui lui en accordent outre mesure. Orateur circons|)ect et piquant, il touche avec adresse aux pomts les plus scabreux de la politique ; jeune paladin de la légiliinité, fervent apôtre des lilwrtès de TBglise non ^liictne; discipU* de M de Monlalenibert. il se sacrifie au point de iurer foi et hommage Hur un autre autel quf le sien; il se mêle aux soldats df rencontre, aux atJ^régatiuns torluites, aux conjonctions adultères, et ne craint (>iis, par amour pour son salut, de lancer sa barque sar tou."* len fleuves, de manière à ce quon ne puisse reconnaître son cours el dire où elle vA. Enfin, le ^oilii tout anné, tout équipe par la Hépubliquo, ci, s'il Tenclouc, tant pis potir cllo. « \m Semaine » (Portraits des nouveaux ministres), déremlire 1848.

tome II de sefi (c Miettes littéraires, biographiques et morales» (Paris, 1853, 3 vol. in-12) : c*est la confînnation de ce qu'a dit M. Borel d'Haulerive.

« La République éclot et ne le surprend pas. Il fait de la popularité quand même. Il est de TAssembléc constituante, et le voilà qui va, qui avance, qui s'empare de la direction des esprits, si bien qu'on le feit ministre, qu'il influe à Paris, h Rome, partout, et jouit un moment d'un crédit immense et funeste.

» Je dis funeste, à cause du fameux rapport sur les ateliers nationaux.

» Une mesure brusque est prise. On court aux armes; on se bat Le sang coule à flots; les généraux tombent par douzaine, les soldats par milliers. Les massacres sont suivis de transportations. La France se sauve dans un fleuve de larmes.

» Et M. de Falloux, si candide d'abord, si terrible après, cède son portefeuille, rentre dans l'ombre, se retire à sa terre, et reprend ses livres, ses soins d'une santé fort afl'aiblie, paraissant étranger au train du monde et oubliant les succès effroyables dans lesquels il a joué un si important rôle ».

Fr. Grille tennine en disant :

a II serait injuste de passer sous silence tout le bien qu'étant ministre, M. de Falloux a fait aux Angevins, h ceux de son parti, de sa secte, de sa religion. Il leur a fait avoir des emplois, des pensions, des croix, des chaires, et s'est fait ainsi une clientèle ardente qui dem^ire attachée à ses doctrmes, propage ses idées, et, au besoin, lèverait haut la tête, la voix en sa faveur, môme le bras.

» S'il a des adversaires comme moi, des révolutionnaires, de vieux patriotes qui le connaissent, le devinent, le démasquent, le combattent, déjouent ses plans, éventent ses complots, repoussent ses idées, ses vues, ses maximes, exècrent ses tolérances de la Saint-Barthélémy, de rinquisition, de la violence ; il a, certes, ses idolâtres : il est Torgaue des sacristies, l'oracle des conciliabules, la fleur des pois pour les femmes, les nobles, les prêtres, les moines, les néochrétiens, les sœurs du pot, les ignorantins, les missionnaires, les bourgeois gonflés, les paysans, et une foule de fanatiques, d'ambitieux et do compères, qui chantent ses louanges et couvrent son autel d'ex-voto, comme celui de Dieu le Père ! »

Nous n'avons plus à dire que quelques mois sur Télection de M. de Falloux à l'Académie française, en remplacement de M. le comte Mole (10 avril 1856), mais ne voulant point absolument rien mettre du oôire dans celte Notice, nous emprunterons au « Siècle n (1 ) les réflexions de M. Edmond Tcxier sur cette élection : « On sait ce que ^-alenl les titres nobiliaires de M. de Falloux, dont le père a été créé

(1 j 13 avril 1856.

— siscomte par Dupont (de l'Eure) (1); on sait aussi ce que valent saetitni littéraires : deux petits livres d^unc innocence de collégien, aa pont de vue de la pensée et du style ; deux pensums de rhétoricîen séminariste. Cette élection, contre laquelle a si haut protesté ToiMmoi publique, prouve une fois de plus que TAcadémie tend à devenir k refuge de Vaurea mediocritas intellectuelle. Il y a deux mamèm d'être immortel aujourd'hui. Lamartine et M. de Falioux sont immortels : voilà la ressemblance ; le premier par son génie, le second pir son diplôme : voilà la différence » .

(( Quoi qu'il en soit, M. de Falioux est nommé. Le parti du jésuîtisoB triomphe dans sa personne, et cette élection prouve que la politiqur de la fusion a la majorité à l'Académie. Grand bien lui fasse I »

Ouvrages et écrits de M. le comte de Falioux.

I. Louis Xri. Paris, Delloye. 1840 , in-8; 1843, in-18; 9* édîtiOB.

Paris, Sagnier etBray, 1853, in-12.

II. Saint-Barthélémy {la) et le XVUI* siècle. — Impr. dan5«b Correspondant », tome ÏV (1843), pp. 145 à 170.

III. Vn Conclave, ^ Impr. dans a le Correspondant *« ton» VI (1844), pp. 153 à 159.

Fragment do < l'Histoire de S.Pie V », alors inédite.

IV. Réplique au Discours de M. V avocat-général Belloc; par des catholiques. Angers, de l'impr. de Cosnier et Lachèse, 1844, in-8 de 18 pages. — Seconde Réplique au Discours de M. de fielloc ; par des catholiques. Angers, de l'impr. des mômes, 1844, in-8 de 32 pages

Le public attribua généralement ces deux écrits à M. de Falloos, nuis celui-ci s'en dérendit et déclara qu'il était dans ses principes de signer tost ce qu'il publiait.

V. Saint-Barthélémy {la) traduite en audience solennelle de rentrée, devant la Cour royale de Toulouse, par Tavocat-général Lafiteaa, le 6 novembre 1844. — Impr. dans « le Correspondant » , tome XI (18i5). pp. 227 à 265.

Le discours do rentrée de M. ravocat- général Lafiteau a été imprimé sov le titre de iSotice sur le président Durantû Toulouse, Douladoure, iii-8.

VI. Notice sur Antoine Parmentier. Angers, de Timpr. de Gosmer et Lachèse, (janvier) 1845, in-8.

Cette Notice est suivie d'une autre sur OUvier de Serres, et tontet deox

(1) C'est encore une erreur des biographes de M. de Falloax. « L'ordonnance autorisant son père à fonder un majorât au titre de comte est du 2 mai 1830, trois mois, par conséquent, avant la révolution de juillet; elle n*a é\Âi insérée au « Bulletin des lois • qu'en octobre ou novembre de b même année, sous Louis-Philippe, mais avec la mention de rantériorilé de l'ordonnance du roi Charles X >.

m La famille est mentionnée dans l'Armoriai de Tours, publié avant 1789. Les armoiries so'.it d'or, au chevron de sable, accompa^ic de trois bnfAes du même >. (Lettre de M. de Falioux à M. Saint-Maurice Cabaoy, datée de Segré (Maine-et-Loire), le 8 juin 1850.

OBft él6 luM par l'auteur à la Société royale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, dont il est membre.

VII. Histoire de saint Pie F, pape, de Tordre des frères prêcheurs. Angers, Cosnier et Lachèse, et Paris, Sagnier et Bray, 1846, 2 vol. io-A. — 2' édition. Paris, Sagnier et Bray, 1851, 2 vol. in-12.

VIII. Etudes historiqms en province. — Impr. dans a le CorrespondaDt », tome XVI (1846), pp. 227-255.

IX. Biographie de Galilée. — Impr. dans « le Correspondant a, tome XX (1847), pp. 481 à 520.

X. Proposition de MM. le comte de Quatrebarbes, Victor Clap^ fier et vicomte de Falloux, députés, tendant à modifier la loi du 21 mai 1836, sur les chemins vicinaux, développée dans la séance du 24 avril 1847. Paris, de Timpr. de Proux, 1847, in-8 de 12 pages.

XI. Discours prononce au congrès scientifique, à Tours, en 1847, sur cette question : Des ressemblances et des oppositions les plus remarquables dans le développement des institutions de France et d'Angleterre, depuis le XI* siècle.

Réimprimé dans « rillustration », tomeX, pages 68 et suivantes.

XII. De quelques critiques religieux (de la tolérance dans Thistoire de l'Église). — Impr. dans « le Correspondant », tome XXI (1848),

XIII. Discours de M. de Falloux, ministre de l'Instruction publique, sur la situation du pays et sur les ateliers nationaux, à la séance de l'Asseniblée nationale du 24 mai 1849. Paris, J. Lecoffre et C*; Garnier frères (1849), in-18 de 34 pag.

XIV. Discours de M. deValloux, ministre de l'Instruction publique, sur les affaires de Rome. Assemblée législative. Séance du 7 août 1849. Publié par le comité pour la défense de la liberté religieuse. Paris, Lecoffre, 1849, in-18 de 36 pag.

XV. Lettre de M. le comte de Chambord. — Discours de MM. de FtUloux et Berryer. Bordeaux, de l'impr. de Dupuy, 1851, in-8 de 48 pag.

La lettre est datée de Venise, le 28 janvier 1851 .

Presque aussitôt la publication de la lettre du fétiche de la légitimité, il en parut une autre sous le titre : Lettre à M. de Chambord, à \ enise, sur sa leUreà ^f. Berryer; par M. Félix Pyat (Extraite de « la Feuille du Peuple »). Lausanne, 28 février 1851. Paris, Lucas» 1851, in-8 de 8 pages, qui eut dans le môme mois une seconde édition.

XVI. Républicains (les) et les monarchistes depuis la révolution de février. — Impr. dans la a Revue des Deux-Mondes » , 1" février 1851.

XVII. Introduction de Touvrage intitulé : « Réflexions sur mes entretiens avec M. le duc de la Vauguyon », par Louis-Auguste Dauphin (Loiiis XVI). Paris, Aillaud, 1851, gros in-18, avec un fac-similé.

XVIII. Révision de la constitution. Discours prononcés à l'Assemblée l^lislative par MM. de Falloux et Berryer, dans les séances des 14 et 16 juillet 1851. Paris, de Timpr. de Simon Dautreville, 1851, in-18 de 72 pag.

-tfiO-

Ducourd réimprimés dans le recueil des Diâcowrê profumeéâ ô VAm blée nationale pour ou contre cette question oui nUéreêse toute la Fntu par MM. de Tocquevilley de Meliui, Puyer, de Falloux, de Mornay, Ct^ gnac, Goquerel, Grèvy, Michel de Bourges, Berryer, Pascal Duprat, U diejaqueleio, Victor Hu^o, Baroche, Dufaure, Odilôn Barrot ; précédés d' introduction et d'un article biographique sur chaque orateur; par M.Lqp avocat. Paris, Krabbe, 1S51, in-8de 12 feuilles 1/4.

M. de Falloux a prononcé comme député, repr^ntant du peuple et nistre, un plus grand nombre de discours aue ceux que nous citons mais ce sont les seuls qui aient été imprimés a part, les autres se troa* au < Moniteur universel » .

XIX. Études contemporaines. Le parti catholique. Ce qu'il a — ce qu'il est devenu (premier article). Impr. dans « le Coireq dant », deuxième série, tome XVUl (1856), pp. 5 à 33.

Les auteurs de la « Littérature française contemporaine », qui oiil< sacré un article insignifiant à M. de Falloux, disent pourtant qu'il a tram à un recueil intitulé : « Annales de la charité >.

Pièces l coNSLLTisa sua M. de Falloux : — Réponse au Rappoit| senlé par le citoyen Falloux, au nom du cooiité des travaiUeiirs» la nécessité de dissoudre immédiatement les ateliers nationaux. ris, 1848, in-8 de 16 pages. État de la question. Signé : C. Lefii travailleur aux ateliers nationaux. — Les Tribuns. Assemblée natior législative. 18i9; par Trinialcion [M. Jules de Saint-Félix d'Amoreu Paris, Giraud et C% 1849, gr. in-8 de xv et 144 pages, avec 9p traits. M. de Falloux est le sujet de la première étude de ce volm qui en contient neuf. -^ Erreur ne fait pas compte (sur MM. de H talembertet de Falloux); par Louis Jourdan , impr. dans a le Siècl du 16 mars 1855. — Opinion que M, de Falloux représentait à le ministère du "10 décembre 1848. Imprimé dans riUiistralk tome Xll (1849), p. 338. — Appréciation du talent de M. de f loux comparé à celui de M, Jules Favre. Ibid., tome XIII (184 p. 379. — /^ vicomte de Falloux. Histoire de saint Pie V, fxipe^ V ordre des frères prêcheurs. — Louis XYl; par Taxile Delord. im dans « le Siècle », n*' du 11 février 1856. — Monsieur le comte de F loux, candidat à r Académie; par le méme.lmpr. dans le même jouni n" du 3 mars. — L'article Courrier, par Emile de la Bédollière. Il» 4 mars. — Les candidats à V Académie; par Taxile Delord. Ibi 17 mars. — Concours de Poissy. Ibid., 20 mars. M. de Falloux, 1 des lauréats de ce concours, y remporta, comme éleveur de bestiai quatre prix, montant ensemble à la somme de 5,100 fr. — L arti Courrier, d'Emile de la BédoUière. Ibid., 26 mai's. — Candii à V Académie. M. de Falloux; par Ch. Bataille. Impr. dans a Figaro », n" du 30 mars. — Opinion d'un éleveur de bétail sui candidature de M. de Falloux ; par Clément Caraguel. Impr. dans • charivari », n"^ du 31 mars. J.-M. Q.

Le» CoMlett die Perrault.

M. Walckenaer a publié sous ce tllre : Lettres sur les contes des fies attribués à Charles Perrault , uu petit volume qu'il a depuis réduit en une dissertation ou mémoire inséré en tête d'une édition illustrée de ces contes, donnée par le bibliophile Jacob.

Ces mots attribués à Churles Perrault semblaient annoncer la découverte de la source où Perrault avait puisé ; mais M. Walckenaer, après avoir éveillé notre curiosité, ne la satisfait pas: il se contente de dire, en termes généraux, que Perrault n'a fait que recueillir des récits populaires très anciens, et , de cette assertion dénuée de toute preuve, il passe à l'origine des fées, qu'il recherche en Orient, dans llnde, la Perse, etc., et qu'il rencontre définitivement parmi les prophétesses des druides armoricains : les fées sont les vieilles fenmies de ille de Seyne : Velléda était une fée. Voilà tout le résultat du travail de M. Walckenaer. Je ne trouve pas qu'il justitie son titre , car il laisse bien et dûment à Perrault la propriété des contes répandus sous son nom.

La vérité est que Perrault n'a pas recueilli d'anciens récits populaires auxquels il aurait le premier donné la forme écrite. 11 a tout uniment tiré ses principaux contes d'un recueil publié à Naples, en 1678» sous ce titre : Il Pentamerone del cavalier Gtovan Battista Basile^ overo lo Cunto de li vunte^ trattenimento de li peccerille, di Gian Alesio Abbattutis; c'est-à-dire : le Pentamerone (ou les cinq journées) du cavalier Jean-fiaptiste Basile, autrement le conte des contes, amusette pour les petits enfants, de Jean Alesio Abbattutis. Ce dernier nom est l'anagramme de Jcan-Baptistc Basile.

Ce livre, écrit en patois napolitain, oii l'auteur paraît avoir rassemblé toutes les historiettes, les proverbes, les calembours, les dictons et les coq-à-l'àne répandus dans le pays de Naples, en y mêlant ses propres imaginations et habillant le tout d'un style incroyable de verve etde bouffonnerie, eut un succès prodigieux. Il a été traduit en italien vul^pire « en bolonais et en vénitien ; mais ces traductions n'ayant paru que dans le dix-huitième siècle , c'est nécessairement le texte original que Perrault avait entre les mains et qu'il a mis à contribution.

Avant Basile , un écrivain espagnol, Quévédo , avait écrit déjà un Canie des contes; une nouvelle de quelques pages, où il s'est amusé à rassembler, comme dans un cadre , toutes les locutions rustiques et familières de la langue castillane. C'est cette pièce singulière qui a suggéré à Ba^le l'idée d'exécuter le môme plan par rapport au dialecte napohtain ; mais, comme ici la matière était beaucoup plus riche, au lieu d'un seul récit de son invention , Basile en a écrit cinquante , empruntés pour le fond aux traditions populaires du pays. De pareils éléments , mis en œuvre avec un talent incontestable , ne pouvaient

--fi»-

manquer de &ire réussir l'ouvrage. La reproduction du titre me parait un hommage rendu à Quévâlo comme premier inventeur (1).

S'il existe un livre impossible à traduire en français, c'est le PetUêmerone; les métaphores violemment burlesques, dont l'aateur i composé le tissu de son style, y seraient insupportables. Supposé (œ que je ne crois pas) qu'on parvint à les rendre toujours inteUigiblei: c'est un argot sui generis , auprès duquel Scarron, dans ses pin grandes folies, parait grave et pesant. Aussi, Perrault n'essaj^-t-il pii de traduire, ce qui s'appelle traduire, son auteur ; peut-^tre même ne Tentendait-il pas trop bien. Il se contenta de lui prendre le foud de u narration, qu'il écrivit à sa guise, platement, il faut le dire , et San couleur. Ckîtte platitude essentielle au style de Perrault, qui fut le vict mortel de son poème contre l'Antiquité , et du Parallèle des andem et des modernes , devint une qualité dans les contes des fées : elle f parut de la naïveté , et contribua d'autant plus à la réussite que Ofll contes furent donnés au public sous le nom et comme l'ouvrage d'oa enfant, Perrault d'Armancour, fils du rédacteur véritable. On ne prit pas garde que certaines expressions , certains détails ne pouvaient pas venir d'un enfant, à ce point qu'il serait môme fâcheux qu'uo enfant pût les comprendre (2).

La fraude, mal déguisée, fut prise pour argent comptant, et aujour d'hui la prescription est acquise : Perrault est l'auteur des Contes des fées; il est une espèce d'Homère puéril, et ces contes, môme celui de V Adroite princesse, sont entre les mains de tous les enfants , comme la lecture la plus convenable à leur âge. Eh bien, à la bonne heure I

Voici l'indication des emprunts faits par Perrault au Peniamertmt de Basile : Cendrillon, Gatta cenerenlola, sixième nouvelle de la première journée.

La Belle au bois dormant, Sole Luna e Talia , cinquième nouvelle de la cinquième journée.

L'Adroite princesse, Sapia Liccarda, quatrième nouvelle de la troisième journée.

Le Chat botté, Gagliuso, quatrième nouvelle de la seconde journée.

Ce dernier conte, dans le français, s'arrôte à la fortune du marqub de Carabas. Le marquis reconnaissant assure le bicn-étre du chat, son bienfaiteur, lequel vit dans l'abondance le reste de ses jours, et

(1) CuoDto de cuentos, donde se leen juntas las vulgaridades rasticas que aun duran en nuestra habla, barridas de la conversacion. — ^Obm da D. Francisco Quevedo de Villegas, I, 506. En Amberes, 1726.) La préface adressée à don Alphonse de Leyva, en date du 17 mars 1626, fait conndUt l'intention de l'auteur.

(2) Par exemple, dans V Adroite princesse, rallégorie des trois fuseaux de verre , dont un seul est conservé intact ; les visites des galants aux deux sœurs de Finette, et l'embarras qui en résulte, etc.; le conte roule enti^ renient sur ces idées.

t k chamr aux souris. Perrault n'a pas suivi |usqu- au bout son italien. Voici , traduite à peu près , la fin de rhistoire dans d.

K) (c'est le maître) se voyant désormais solidement établi dans »Bes, ût mille et mille remerchnents au chat, à qui il se reconplus obligé qu'à son propre père, et lui jura ceci : « Quand tu ort (j'espère que ce ne sera pas avant cent ans I) je te ferai ler et mettre dans une châsse d'or, qui ne sortira pas de ma 3, afin que j'aie ton souvenir toujours devant les yeux n. lat fit semblant de croire cette hAblerie; mais, trois joon , s'étendit tout de son long dans le jardin, et contrefit le mort iuso, passant par là, le vit et se mit à crier: « Âhl mon mari, Lri ! ah, quel malheur I le chat qui est mort I — Ma foi, répon- ;'est bien le cadet de mes soucis ! Plutôt ce malheur-là qu'un — Mais qu'en ferons-nous? reprit-elle. — Tu vas voir ». Et probant le chat par une patte, le jeta par la fmôtre. Le chat lors à dire : « Ah ! ah ! voilà donc cette merveilleuse recoo-' )e que tu me jurais, pouilleux, mendiant que j'ai revêtu? Voilà que tu me paies pour t' avoir débarrassé de tes guenilles? )tte riche sépulture que tu me promettais? Où est-elle, cette l'or que tu me faisais faire? Voilà ce que c'est de laver la tdte } ! Maudit soit tout le bien que je t*ai fait ! Allez donc, serrez, , suez , éreintez-vous pour obtenir ce digne salaire de vos Oh I imbécile qui fonde sa marmite sur la foi d'autnii, et est véritable la maxime du philosophe : Qui àue se couche, bve I Mais vilain cœur et beau langage, c'est pour tromper le» es sages ! »

hevant ces mots, il s'élança d'un bond hors du palais. Galiuso I l'amadouer et tâcher de le faire revenir en lui présentant de te : il n'y eut pas moyen. Le chat, courant toujours sans rela tête, disait en lui-même :

De noble appauvri Dieu te garde I Et d*uD croquant passé richard I

ingratitude de Galiuso est la morale du conte ; elle est triste ; os Perrault la morale est nulle, parce qu'il a supprimé le détdu conteur napolitain.

encore dans le Pentamerone que Perrault a pris l'idée de terbaque histoire par quelques vers qui en résument la morale, ^rétention de faire des conte$ moraux existait longtemps [oe Marmontel inventât cet heureux titre. L'Hepianufron de de Navarre n'est pas autre chose, et cette qualification lui Irait mieux qu'à tout autre recueil du même genra. Mais je e Basile est le premier qui se soit avisé de mettre raffabulaes contes en relief, sous lu forme d'un distique ou d'un qualé.

AviDt de pubter ses contas en prose, PenrauU aral eottrié le pk du public par trois contes eu vers : GriaeKdis. Peau d'&œ 0I leaflMh baits ridicules avaient paru séparément, de 1691 à 1694. Pennnk w les donniit pas comme des sujets de son invention, mm rnmae niptanont versifiés par lui. Aussi dans ta parodie que fit Bèàmm et la première ode de Piodare, Perrault est-il appelé « Fauleur d0 Peau d'âne mis en vers ». L'bistoire de la patienoe de marquise de Sabices, avait été imprimée viniçt fois au moias < Renaissance : Boccace l'avait mise dans le Déramermi : cela partout I L'histoire de Peau d'àne est dans Bonaventure j les Trois Souhaits n'étaient pas moins connus. Aussi la sîe de Perrault recouvrant ce fond ancien et \iilgaire n'eut suorte; mais il en fut autrement lorsque Perrault mit la Hiamaar tai coules du Fenia$Her9n€. Ceci était du nouveau, et Perrault ayaoi m le boa esprit d'écrire en prose cette fois, et même de se cacher ÛÊh rière son fib, la réussite ftit complète, il serait asseï curieu d^waat par quel hasard l'ouvrage de Basile vint à la connaissance ée Ma^ raiilt ; mais il n'a pas jugé à propos de nous en instruire dans laamfr moires de sa vie. Seulement je vois que son secret fut eooaa aa moins d'une personne, qui le lui garda bien exactement, et poor caoa». Cette personne est M"* de Gaumont la Force.

Perrault publia ses « Histoires et contes du temps passé ■ chei Claude Barbin, en 1697. Leur succès fit éclore des imitations, sek» l'usage. L'année suivante, M"* de la Force publia sous le voîle de l'frnonysie deux volumes intitulés : !e Conte des conies, titre qui 1 reporte déjà au Cunio de li cunie, de Basile ; mais l'emprunt est 1 encore plus manifeste par le second conte du tome I", intitulé nêitty qui n'est autre que la Petnmnella du recueil napoUtaÎD (i). M^ de la Force, qui entendait le napolitain encore moins que Perrault, ou qui n'avait pas à ses ordres un interprète aussi habife» l'a pas su tirer le môme parti du trésor qu'elle avait entre les mains ; es-. pendant, tout mutilé que soit l'original, il est impossible de ne pas le reconnaître dans sa copie, quand il n'y aurait que ce détail de la tour sans porte où Persinette est renfermée, et dv la vieille sorcière se servant des tresses de cheveux de sa prisonnière en guise d'échelle pour entrer et sortir par la fenêtre. Malgré les éloges donnés ani Contes de M"* de la Force par la Biographie Michaud, qui les dédars tt pleins d'intérêt, de morale et de variété », je les ai trouvés singulièremeat fades et plats, empreints d'une galanterie banale et tout à fait dépourvus d'imagination. Or, c'est par l'imagination seule que de tels récits peuvent se soutenir. Hamilton lui-même, réduit aux seules grâces de son style, n'aurait pu faire réussir Fleur d^ Epine ni Ln quaire Facardim; il se sauve par l'originalité de ses inventions. Il

(1) Trettemmento primo de la jomata seconda.

en «Bld» mdam de Cazotle, chi comte dt Cmgka, et àe toi» tm conteurs qui se sont jetés dans la voie ouverte par Perrault. Aucun d'eux toutefois n'a pu atteindre à la popularité de Perrault» qui n'avait pas de style, mais qui avait mieux que cola : les inventions du Peniamerone.

II ne faut pas juger le procédé de Perrault dans la rigueur des mœurs littéraires de notre temps. Aujourd'hui la moindre idée, que dis-je? un quart, un dixième d'idée constitue une propriété dont on se montre aussi jaloux que s'il s'agissait d'un domaine impérial ! Si Molière vivait, il serait abîmé de procès par la société des gens de lettres, n n'en allait pas ainsi au siècle de Louis XIV. Les littérateurs d'alors pratiquaient librement la maxime de l'Évangile : Qui poUêi capere captât, surtout à l'endroit des littératures étrangères. C'était un peu comme au temps de l'âge d'or, où tout le monde allait tout nu sans scandaliser personne. La mise en œuvre faisait la valeur des Idées. A présent, au rebours, la mise en (euvre n'est rien ; l'embryon de ndée est tout. Dufresny eut beau crier au voleur sur R^^rd, à l'occasion de la comédie du Joueur; on laissa crier Dufresny, et, même en lui donnant droit, on se moqua de lui ; on répondit i ses plaintes par des épigrammes :

C'est que Regnard a l'avantage D'avoir été le bou larrou.

De nos jours, Dufresny traînerait Regnard devant le tribunal dé commerce, et se ferait adjuger di*s donnnages et intérêts. A Dieu ne plaise que je ne trouve pas la méthode moderne supérieure à Tancîenne : on m'accuserait de nier le progrès! Non, je me borne à dire comment les choses se passaient autrefois.

Le conte suivant (1) est tiré de la même source que les contes de Perrault, en prenant avec le texte les mêmes libertés au moins que celles dont a usé l'arrangeur de Cendrillon et du Chat botté. Je me hâte de le déclarer, afin de n'être pas accusé de plagiat. Ceux qui pourraient confronter la copie et l'original me feraient peut-être le reproche inverse. Comment faire cependant pour contenter tout le monde? Le meunier de la fable y renonça ; j'y renonce également, ou plutôt il y a longtemps que j'y ai renoncé.

F. Gknui.

{iUuitraiUm, V' mars.)-

(1) ïmpr. dans «l'Illustration ", à la suite de cet article.

Avant de puMûr ses cootes en prose, PerrauU «vail mmâé U §âk

du public par trois contes en vers : Griselidis. Peau é^koè. 0I le» 80»* haits ridicules avaient paru séparément, dé 1691 à 1694. Permdt la les donnait pas cooune des sujets de son invention, nais oodmm lânpieHient versifiés par lui. Aussi dans la parodie que fit Boîlem et la première ode de Pindare, Perrault est-il appelé 0 l'auteur Hf"*'*»^* de Peau d'âne mis en vers n. L'histoire de la patience de Qriielîdii, marquise de Saluces, avait été imprimée vingt fois au moios éapois h Renaissance : Boccace Tavait mise dans le Décameren : cela tratak partout ! L'histoire de Peau d'âne est dans Bouaventure Desperrien ; les Trois Souhaits n'étaient pas moins connus. Aussi la préteàckiepoit sie. de Perrault recouvrant ce fond ancien et vulgaire n'eut paBgnni suorte; mais il ^ fut autrement lorsque Perrault mit la manaartai oeotes du Peniamerone. Ceci était du nouveau, et BBrnuilt ayant m le boa esprit d'écrire en prose cette fois, et même de se cacher éah rière son fib, k réussite ftit complète. Il serait assez curimi dei par quel hasard l'ouvrage de Basile vint à la connaissane» ée rault ; mais il n'a pas jugé à propos de nous en instruire dans moires de sa vie. Seulement je vois que son secret fut Gomu a» moins d'une personne, qui le lui garda bien exactement, et pav caost. Cette personne est M"« de Gaumont la Force.

Perrault publia ses a Histoires et contes du temps passée chei Claude Barbin, en 1697. Leur succès fit éclore des imitations, aeioB l'usage. L'année suivante, M*^* de la Force publia sous le voile de l'anonyme deux volumes intitulés : le Conte des conies, titre qui mm reporte déjà au Cunto de li cunte, de Basile ; mais l'emprunt est rendo encore plus manifeste par le second conte du tome 1"', intitulé f^nir nêiie, qui n'est autre que la Petrosinclla du recueil napolitain (1). M^ de la Force, qui entendait le napolitain encore moins que I^arrault, ou qui n'avait pas à ses onlrcs un interprète aussi habile, l'a pas su tirer le môme parti du trésor qu'elle avait entre les mains ; ee^pendant, tout mutilé que soit l'original, il est impossible de ne pas le reconnaître dans sa copie, quand il n'y aurait que ce détail de la tour sans porte où Persinette est renfermée, el de la vieille sorcière se servant des tresses de cheveux de sa prisonnière en guise d'échelle pour entrer et sortie par la fenêtre. Malgré les éloges donnés an Contes de M"* de la Force par la Biographie Michaud, qui les déclare tt pleins d'intérêt, de morale et de variété », je les ai trouvés singulièremeat fades et plats, empreintes d'une galanterie banale et tout à fait dépourvus d'imagination. Or, c'est par l'imagination seule que de tels récits peuvent se soutenir. Hamilton lui-même, réduit aux seules grâces de son style, n'aurait pu faire réussir Fleur d'Epine ni Lb$ quatre Facardim; il se sauve par l'originalité de ses inventimis. Il

(1) TretteDimento primo de la jomata seconda.

en «Bld» mém de GazoUe, et» comte dt Cmgka, et àe toa» tm conteurs qui se sont jetés clan» la voie ouverte par Perrault. Aucun d'eux toutefois n'a pu atteindre à la popularité de Perrault, qui n'avait pas de style, mais qui avait niieuv cpie cola : les inventions du Peniamerane.

11 ne faut pas juger le procédé de Perrault dans la rigueur des mœurs littéraires de nolro temps. Aujourd'hui la moindre idée, que dis-je? un quart, un dixième d'idée constitue une propriété dont on se montre aussi jaloux que s'il s'agissait d'un domaine impérial ! Si Molière vivait, il serait abîmé de procès par la société des gens de lettres. Il n'en allait pas ainsi au siècle de Louis XIV. Les littérateurs d'alors pratiquaient librement la maxime de l'Évangile : Qui poteii capere copiât, surtout à Tendroit des littératures étrangères. C'était un peu comme au temps de l'âge d'or, où tout le monde allait tout nu sans scandaliser personne. Ln mise en œuvre faisait la valeur des idfes. A présent, au rebours, la mise on œuvre n'est rien ; l'embryon de l'idée est tout. Dufrosny eut beau i:rier au voleur sur Regnard, à l'occasion de la comédie du Joueur; on laissa crier Dufresny, et, même en lui donnant droit, on se moqua de lui ; on répondit à ses plaintes par des épigrammes :

G*e8t qu6 Regnard a l'avantai^e D'avoir été le bon larron.

De nos jours, Dufresny traînerait Regnard devant le tribunal de commerce, et se ferait adjuger des dommages et intérêts. A Dieu ne plaise que je ne trouve pas la méthode moderne supérieure à Tandenne : on m'accuserait de nier le progrès! Non, je me borne à dire comment les choses se passaient autrefois.

Le conte suivant (1) est tiré de la même source que les contes de Perrault, en prenant avec le texte les mêmes libertés au moins que celles dont a usé l'arrangeur de Cendrillon et du Chat botté. Je me hâte de le déclarer, afin de n'être pas accusé de plagiat. Ceux qui pourraient confronter la copie et l'original me feraient peut-être le reproche inverse. Comment faire cependant pour contenter tout le monde? Le meunier de la fable y renonça ; j'y renonce également, ou plutôt il y a longtemps que j'y ai renoncé.

F. GÉNUf.

(JUuitratiom, 1'' mars.)'

(1) Impr. dans «Vlllastration ^, à la suite de cet article.

EettTM «e BrateMiB €•— nint à

On se souvient peut-être d*un procès littéraire qui fut plaidé à grand orchestre il y a quelques années. Ce procès avait été soulevé à propos des lettres de Benjamin Constant à M"*' Récamier, cette abbesse moih daine de TÂbbaye-aux-Bois qui a compté presque autant d'adorateun qu'elle a fait d'académiciens. Si l'Académie est aujourd'hui si irrésolue dans le choix de ses candidats, si elle est hésitante entre la littérature et la politique, entre M. Jules Sandeau, M. Emile Augier et M. de Falloux, c'estqu'elle n'a plus ce cénacle préparatoire, ce salon où avaient passé l'une après l'autre toutes les illustrations du siècle, la reine Caroline, la marquise de Catteley, l'empereur Alexandre, Fox, BenjamÎD Constant, Canning, Ballanche, Cuvier, Chateaubriand et tant d'autres

Quoi qu'il en soit, le procès intenté en 1848 par les héritiers portait sur ce point, que les lettres de Benjamin Constant ne devaient pas être publiées. On assure aujourd'hui que les raisons qui s'opposaient, i cette époque, à la publication des lettres en question, n'existent plus, et qu'elles paraîtront très prochainement.

Si cette publication, tant de fois annoncée, se réalise, elle mettn dans son vrai jour un point de critique littéraire fort controversé : Adolphe est-il un personnage vrai ou un être imaginaire ? L'amant d'Ellénore est-il ce jeune étudiant d'Heidelberg, cet orateur trop éloquent du tribunat, qui devait être un jour une des gloires du parti libéral, ou bien n'est-ce qu'un caractère savamment étudié et en quelque sorte pris sur le fait? M""* Récamier soutenait cette dernière h3i>othèse ; elle assurait que l'on avait toujours loué l'esprit de Benjamio Constant aux dépens de son cœur, et c'était, as$ure-t-on, pour venger cette ombre chère et désolée qu'elle avait ardemment désiré la publication des lettres. Si, au contraire, il fallait ajouter foi à l'opinion de critiques célèbres, MM. Sainte-Beuve, Gustave Planche et Loëve- Weimar, on serait porté à croire que Benjamin Constant s'est peiol au naturel dans ce roman fameux, et que, dans un jour de découragement et peut-être de remords, il a déchiré du livre de sa vie cette froide page de sa jeunesse. Dans ce cas, il faudrait admirer récrivain et plaindre l'homme, ce type d'égoïsme et de lâcheté dans les affections du cœur.

Ce qui a fait le succès d'Adolphe, ce ne sont pas les combinaisons savantes, c'est encore moins l'imagination ; je ne crois même pas que ce soit le style. Mais le lecteur s'est plu à porter aux nues un ouvTage où il se reconnaissait à chaque page, dans son présent ou dans son passé ; il éprouvait une commisération égoïste à la vue de cet homoie enlacé dans les anneaux d'une chaîne de fleurs et d'épines, et se dét>attant dans l'agonie de son amour. Chacun, en comptant les rares pulsations de ce cœur refroidi, faisait Tanatomie de son propre cœur. Oui n'a pas eu son Ellénore?

M. Ernest Legouvé effleurait il y a quelques jours, dans son dis-

cours de réception à rAcadémie française, la question de la condition des femmes dans la société moderne, et ses éloquentes paroles excitaient les sourires dédaigneux d'une certaine partie de l'auditoire. C'est dans ce livre surtout qu'apparaît dans tout son éclat Tégoïsme et I*injustice de l'homme. En effet, ce n'est pas Ellénore, c'est Adolphe qa'on plaint dans les conversations du Portique ; et cependant qui doit le plus intéresser du héros ou de l'héroïne ? Ils ont gravi ensemble, la main dans la main, le coteau verdoyant de la passion; ensemble ils ont cueilli sur la route enchantée les fleurs de l'enthousiasme ; puis un beau jour, par un soleil étincelant, alors que la nature n'a jamais été plus belle, le ciel plus splendide, le cœur d'Ellénore phis débordant, voici que l'ambition, cet oiseau moqueur, chante à l'oreille distraite d'Adolphe cette triste chanson de la trentième année qu'entendit aussi le docteur Faust par un soir d'orage : Eheu ! fugaces, Poithume! et, en jetant sur la route parcourue un regard désolé , il reconnaît avec effroi que les cyprès et les ronces ont envahi le sentier semé naguère de myrtes et de roses. Alors il descend pas à pas le versant des illusions jusqu'à' l'heure où, comprimant sous sa main de fer les derniers battements de son cœur, il abandonnera dans la solitude du désespoir l'Ariane de sa jeunesse. L'histoire de Benjamin Constant s'arrête là ; mais qui n'a pas achevé cette histoire dans sa pensée ?

Adolphe fera sa rentrée dans le monde ; ses amis le féliciteront d'avoir rompu des liens qui l'enchaînaient loin des honneurs et de la fortune. On viendra à son aide, on lui aplanira les obstacles, et chacun s'empressera de le conduire par la main dans la voie qu'il voudra parcourir. Et Ellénore, qui a tout sacrifié, sa beauté, sa jeunesse et sa réputation, et peut-être sa fortune, que deviendra-t-elle? Triste et délaissée, elle pleurera. L'amour est un épisode fugitif de la vie de l'Homme ; il est l'existence tout entière de la Femme. Loin de venir la consoler, ses amies la montreront du doigt quand elle passera solitaire sur les contre-allées de la promenade. Rien n'effacera de son front le stigmate de sa chute, j'allais dire de son bonheur évanoui. Partout elle traînera la flèche empoisonnée. Quand la nuit et la solitude se feront de plus en plus autour d'elle, Adolphe, lui, sera célèbre, envié, admiré. Un jour le bruit public apprendra à Ellénore que son ancien amant est entré à l'Académie ou au ministère, et seule peut-être elle éprouvera à cette nouvelle une joie triste, mais désintéressée. 0 justice de l'Homme l Adolphe sera partout cité comme un modèle de probité et d'honneur, pendant qu 'Ellénore méprisée mourra en donnant sa dernière pensée à l'homme qui a troublé sa vie, et qui, depuis l'heure de la séparation, n'a pas une seule fois songé à s'informer de ce qu'était devenue cette amie des premiers jours I De quel côté est la résignation, la grandeur et la vertu ?

La publication de ces lettres sera précédée d'une préface qui nous initiera aux derniers jours de M™* Récaraier, cette noble femme, la

dernière partie de cette société d*é1ite dont nous avons vu se lenoer la tombe. Elle eut le malheur de survivre à sa génération, si hi&k qu'à la fin de sa vie, son cœur n'était plus qu'un vaste cimetière où reposaient, les uns à côté des autres, ces rois et ces hommes célèbres, ces reines et ces femmes illustres, toute cette réunion de grandes intelligences dont elle avait été adorée. De tous ces chevalier3 fidèles, pas un ne resta pour mener son deuil. Le dernier parti, Chftteau* briand, l'avait précédée de quelques mois dans le tombeau.

Edm. Texiea (Siidit 16 mars).

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