‹ Le QuérardChapitre 30 sur 166 · PORTRAIT DE MON AMI · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MON AMI

J'aime un petit vieillard, qui sur sa l^to illustre

Porte facilement son dix-septième lustre (2);

Dont l'oreille est au guet, le pied bon, Tœil ouvert,

Qui 60Ut 068 cheveux blancs cache un cceur enoor vert.

Il est ardent et vif, il edl prudent et sàssfi.

Et joint à la raison la force et la courage :

U) Irak, f meoi I produits ( porttniei

Cî. Le r«»pecUbi<? M btwMn;;'' |MTf esl aujourd'tuii Agé de qualro-ringl-onap ans.

GraT^^ftvtc ks dodeiift, jeywix «Vêc les fous,

Il channe tous 1« cœurs #iiNatt à toot lai goéts.

Ainsi qwb i'wuiSQr, il âMpenë è m bnncbe

Le fruit veri, le fruit rougeel la Bdiir toute Uauoli».

Ses plus beaux fruits soai œux do rarriito saiwo ;

Car les ans out mûri sa b^aà^ sa ndooiif

On le rechercha» on l'aimew ou le ohoie» on rébouta;

Et si sa caraTano aux haksona de la rotte.

Aux caillottx du chemin* aux ronoet du aantier

Laissa qudques débris, sou esprit tout eutîer»

Sans trouble et sans fatigue, a parcouru respeœ :

Gest rhomme juste et fort, ViÊupamdum d'Horace.

Il a vu sans pâlir iroiê révokêtianêp

Et, loin de snooomber à œa émotions.

C'est lui de nos terreurs qui calmait la panique.

Quand Lagrange sur uoos laagait m république.

De l'autre siècle il a connu les sommités ;

Il nous dit leurs grandeurs et leurs infirmités.

Il a vu Beaumarchais, il a connu Barnave ;

Mirabeau chet Lejay (1), qui le tint pour un brtTe,

Et le prince Lebrun, dont il eut Tamitié,

L*ont aux secrets d'alors souvent initié.

Les princes et les rois de la littératuro

Ont été ses clients; et pas une aventure»

Politique ou galante, où son oui n'ait plongé.

De tous ces souvenirs il est resté chargé ;

Il n'a rien oublié ; sa splendide mémoire

Est un recueil immense, un vaste répertoire,

Un keepsak amusant, qu'il aime à parcourir

Devant les Jeunes gens attentifs à Tooir.

De sa bibliothèque il est le plus beau livre.

Ah! quand on vit ainsi, c'est un boabéur de vivto!

Aussi sa vie est>elleun précieux trésor

Où vont lous ses amis puiser la perte et l'or;

Car il n'a rien à lui : libraire, ses vohnns.

Et jardinier, ses fleurs, ses fruits et ses légumes.

Tout est à ses amis ; son esprit généreux

Inscrit sur son blason : Rim pour mot, toUt fonir tux!

Malgré quelque insuccès et quelque ingratitude,

11 fait toujours le bien, c'est sa vieille habitude;

Il entoure surtout de ses soins obligeants

L'enfance, qu'il attire, et puis lés jeunes gens.

Car il n'est pas tot^iours, oomme ceux de son âge,

A regretter le temps qui fuit sur sou passage;

A croire tout perdu si l'on marche sans lui;

A célébrer hier au mépris d'aujourd'hui ;

A blâmer ce qu'on fait, à crier, à médire :

Au contiuire, il chérit le petit mot pour rire;

Libraire, en 1790. pUc^* du f;arroutel.

n voit, Btw aovdller, de i

Cooper flffroDtémeni le fil deeMpropee;

Il floarii et repreod ; car sa grande I

Sait bieo que la folie éloigne Umie oSeon.

Si quelque gros compère, an fort diapaaoïi.

De set trt de poitrine aMsnrdil la nMÎion»

Et de la causerie à hiî «ni prend la place...

Le bon octogénaire et se lait et s'eflace ;

Et si quelque bon mot par hasard vient bondir.

Sans rancune, aussitôt notre ami d'applaudir.

Il est affable et bon; il est... Je vous le Kfrs

IHmr rbomme connaissant le mienx son ssfoîr-vrfîv.

Et voyez -le surtout auprès de la beauté :

Papillon voltigeant, par Tamour emporté.

Il tournoie avec grâce et folâtre autour d'elle;

Mais le fripon jamais n'y brûlera son aile :

D sait qu'il a vu fuir la saison des amours;

Mais s'il les ftiit revivre en ses heureux diseoun^

Jamais au moins, jamais il ne sort de sa bouche

Un mot dont la beauté s'étonne ou s'effarouche.

Dans sa galanterie il est toujours discret 1

Vous qui pouvez vieillir, apprenez son secret...

Je n^ai pas dit le nom de ce vieillard étrange :

Chacun l'a reconnu, c'est le papa Bossahoi.

SoivvT.

Dieppe, 25 août 1850.

ÊPITRE A CHARLES PANCROUCRE.

A toi, le seigneur du château Que, sur le penchant du coteau.

On voit des rives de la Seine ; A toi, citoyen de Fleury, Que la fortune met en scène.

Des dieux deux fois le favori.

Dans le sein des muses nourri, Et des écrivains le Mécène.

Que manque-t*il à ton bonheur?

Sans intrigue, sans protecteur, Par le talent tu t'es su faire Un grand renom comme imprimeur.

Un grand crédit comme éditeur.

Un grand profit comme libraire.

Tandis qu'autour de toi tout dort, Que tout languit dans l'atonie.

Ta verve, maîtrisant le sort, Trouve dans ces germei^ de mort Les sources mêmes de la vie.

Dix ouvrages, par cent auleuri

Marchent de frooi daM «t Cabnqw ;

Ton atelier typ(^;raphiqiie

Est le paradis des lectaun.

Littérature et politique,

Anatomie et botanique.

Vont au-devant des amaleort.

Tu livres aux ooosommateara

Les épitomes du classique^

Et les rêves du romantique.

Le rudiment des orateurty

Et les fleurs de la rhétorique,

Les éléments de la logique.

Et le pur esprit des (tocteurs.

Veut-on des Vietoires, CumqoMmf

E8tK)n du parti libéral?

Instruit par de vastes enquêtes

Aussitôt certain général (1),

Lune de nos plus fortes tètes,

Qui d'Abydos vit le canal.

Et de Messine le fanal,

Des Syrthes brava les tempêtes ;

Qui pénétra jusqu'au sérail.

Et courtisa dans oe bercail

Les odalisques toujours prêtes

A donner du plaisir sans bail.

Raconte les combats célèbres

Qui flattent encor notre orgueil.

Et décrit ces fêtes funèbres

Qui mettaient l'Univers en deuil (S)-

La paix vaut mieux, c'est mon idole :

Les lauriers dans le sang trempés

N'égalent pas, sur ma parole,

Ceux qu'un homme habile a coupés

Près du Permesse ou du Pactole.

On peut, dans le temple d'honneur,

Entrer de plus d'une manière :

Des beaux-arts suis donc la bannière t

Sans reproche comme sans peur

Parcours noblement ta carrière ;

Laisse tes rivaux en arrière,

Ètonne-les par ta vigueur;

Entre la bourse et le bocage,

De tes moments fais le partage^

Et prouve à l'injuste oensenr,

A qui tout succès fait ombrage.

Qu'on peut avoir, quand on est sagf,

De l'opulence sans hauteur,

M géDénI DeauTite.

MH le iotn« VI, pp. srre et suivantes de notre « France Utléraire », wmf avoM rappelé

iHcaiioof du«>« k M. Hanci^oncke» oonube auteur et oobum Hbralrt-édlteor.

Sans péril «n peu d'étalafpe, De la gatté sans coamiénge, De la fermeté sans raideur.

I^ chemin du champêtre aaila Od Tété tu fais ton séjour, Pour la voiture «i dtfftcUe (1); Mais pourtant, à U ¥oiz àobèët Chacun s'y montre tour à tour, Et de Télite de la viUe Constamment se forme ta coar.

Tout ce que Paria a d'aimable , Dans le commerce e4 le barreaa, A son couvert mis à la table; Gens de leHrea» ^ens de bureau S'enivrent du vin déleotable Que tu leur fais v^raer aana eau« Au dessert on chante à la roade Les dieux qui gouvemeni le monde Je veux dire Amour et Baochus»

Et l'air retentit de chôma.

Dans le parc on aa porte en tnnipe ; Sur la terrasse l'on se groupe.

De toutes parts jetant les yeux.

On admire l'éclat des cieux ; Et cette vapeur souveraine Qu'enflamme l'astre radieux Qui dore la vigne prochaine ; Et ce fleuve majestueux Qui serpente au loin dans la plaine .

Et ces bois sombres où les aeos Sont dans des troubles raviasants.

Voilà le site pittoresque Où l'on bâtit, sur tes dessinât Une chapelle peinte à fresque Avec un autel et des saints.

Ces saints révérés qu'on y prie, Ce sont les trois républicains, Libérateurs de leur patrie.

De l'industrieuse Hdvétie, Que rançonnaient lea Palatins, Et que des tyrans libertins Sous leur joug tenaient aaienrie (i).

Cet autel, galanuneat drapé.

Sous le coussin d'un oenapé, Cache une baignoire élégante.

Où, dans une onde bienfaiaanle,

(I) Aujourdliul n en c^t tout «ulrrmrnt : Me Vaiiçirard à la porte de U villa PancfcoudB. à Fleury-flOUf-MeudoD. la route est ferrée et garnie de troUoirt.

£1) U existe effoctirenim dâw U proiNriété de U fanUle Ptackoucke on beta ] <tui à «l« iKMMué ta cMmUs Oê GutUaumê TêU.

On se plonge avant le soopé.

Voilà le potager utile

Qui te fournit ces artichauts,

Ces cantaloups, ces abricots,

Fruits sucrés d'un terrain féitfle (1).

Voilà ce fils (2), le tendre espoir

De ses parents et de sa race,

Ardent aux jeux, promut au devoir,

Qu'aucun obstacle n'emnarrasse,

Et que des l'aurore il faut voir

Au gymnase franchir Tespaoe

Offert à sa bouillante audace ;

Ou, fier de son jeune savoir,

Traduire en vers les vers d'Horace.

Voilà cette perle des belles,

Qui joint aux grftces natureHes,

Tout l'attrait d'un art séducteur.

Voila cette femme économe.

Ce vrai modèle de raison,

De Pénélope second tome,

Qui fait prospérer la maison ;

Voilà cette blanche fimestine,

Touchante élève d'Érato,

Brillante émule de Corinne,

Rivale heureuse de Sapho.

Elle sait, avec son pinceau,

Créer la rose purpurine.

Quand l'Olympe fit son trousseau.

Minerve céda son fuseau,

Vénus sa ceinture divine ;

Et, malgré tous ces dons charmants

Qui font accourir les amants.

C'est à toi seule qu'elle veut plaire.

Ami, ce n'est pas là, j'espère,

Le moins doux de mes compliments f

Fr. GiiLLV.

ÊPITRE A MADAME TBGHBNBR (8).

BttisDoUei, 5 décembre 1880.

S'il est une science aux femmes étrangère.

C'est celle qne possède un habile libraire :

Connaître les auteurs et leurs productions, ^

A glace être ferré sur les éditions,

spuis la mort de son mari« la châtoUiBO et Flflurj^Soui-lleildoii, éanHi oiime luflrei

«é sur la léu>. a fait construire dans la cour d'honneur un beau Jardfai d'hiver, élevé

ifCv où eUe enlre de plaio-pied en iortani de aea appartemema.

. Ernest Pauckoucke, aujourd'hui propriétaire du u Moniteur universel ».

le Crozet , non très coimu d^ MbHopraies

Savoir quelle est la bonne et pouToir la décrire.

N'est point le fait da sexe ; aussi je vous admire

Lorsqu'à des amateurs je vous entends parler

Des Aide, des Wolfgang sans jamais vaciller.

Et, des vieux relieurs étalant les merveilles,

Du célèbre De Thou vanter les trois abeilles (1).

Mais des rares bouquins quel que soit le pouvoir,

En se rendant chez vous, c'est vous que l'on veut mr :

Votre accueil gracieux, votre aimable sourire,

L'enjoûment qui s*unit au charme du bien dire.

Plus que les Elzevin, dans votre magasin,

De clients distingués attirent un essaim.

On y voit des savants en us et des grécistes.

Des écrivains, surtout des lions bouquinistes.

Lesquels, des raretés fougueusement épris.

Les veulent acquérir sans regarder au prix.

Nodier, qui vous regrette aux rives du Cocyte,

Ne passait guère un jour sans vous rendre visite.

On rencontre chez vous Montalembert, Béclard,

Et le docte Brunet, et le mordant Quérard,

Barbier, dont le savoir égale la franchise,

Et Grille, esprit fécond que la verve électrise.

Monsieur Boutron-Gharlard, pour vous faire sa cour.

Vous apporte des fleurs et des fruits tour à tour ;

Pichon, Giraud, Tripier, Monmerqué, Lignerolles

Chatouillent votre cœur de leurs douces paroles.

Vous jouissez aussi d'entretiens familiers

Où le grave au riant se mêle volontiers,

Et laisse un libre cours aux traits du badina ge.

Ils abondent surtout quand, de son ermitage.

Pour causer avec vous, descend le vieux conteur

Qui se fait appeler Matagraboliseur.

Il pense que la vie étant un court passage,

Il convient d'égayer, tant qu'on peut, ce voyage :

Regarder les objets par leur côté plaisant

Est, pour y parvenir, un moyen suffisant.

La poésie, un jour, lui tendit des embûches ;

Il fit, en y tombant, ses lestes Fanfreluches.

Vous avez agréé ce farrago joyeux

Que vous demande en vain maint et maint curieux.

Dès qu'il sera remis par Guyot en lumière,

Vous n'en refuserez plus un seul exemplaire :

A les vendre l'auteur ne veut point consentir;

Il les offre en présent, et c'est là son plaisir.

Vous ne l'ignorez pas, la bibliographie,

Est l'un des doux penchants auxquels je sacrifie :

Le désir d'amasser des livres précieux

(I) L'éentioii mif lur les livres d« l'Uitorien Jacquet-Aiifuite de Tbou est comfwk 4* iroliaMUet(QatMiM). ^

parfois» flur leur valeur, me &tt fermer lei yeux.

Je suis loin cependant de cette frénésie

Dont l'ardente opulence est fréquemment saisia,

Et qui, lorsque Nodier passa les bords fangeux,

Acheta ses bouquins h des prix fabuleux.

Ma modération, comme bibliophile,

Plus que je ne voudrais, quitte l'iconophile.

Mais comment résister, s'il s'agit d'un Berghem, D'un état inconnu? C'est là le tu-autem. Comment ne pas fouiller au fond de l'escarcelle Pour avoir un pont-neuf, sans le coq, par La MleP Les Visschers, les Massons, les Brevets, les Rembrandts Trouvent, quand ils sont beaux, de nombreux conturrenti, Aussi le Guichardot, sur ce point intraitable, Me les fait-il souvent payer un prix du diable.

n faut borner ses goûts, épurer ses désirs ; Dès qu'ils sont contenus, le plus grand des plaisirs Qu'on éprouve ici-bas , c'est de se satisfaire. De mes penchants réglés soyez dépositaire : J'aime les vieux bouquins, les gravures, les vers; Dans la fleur de mes ans j'avais d'autres travers Qui seraient à vos yeux excusables peut-être; Mais, s'ils ont des regains, j'en veux devenir maître, Et dans un ccBur sincère où Cupidon prit pié. Ne plus donner accès qu'à la tendre amitié.

F. VANBlMf 41fM.

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