‹ Le QuérardChapitre 34 sur 166 · A PROPOS DU LIVRE DES TROIS IMPOSTEURS · texte numérisé non relu

A PROPOS DU LIVRE DES TROIS IMPOSTEURS

{De tribus impostoribus,)

Avez-vous lu le livre intitulé De tribus impostoribus? — Non, et vous ? —Moi ! je l'ai cherché dans toutes les bibliothèques du monde, et je ne l'ai i)oint trouvé. — Mais alors ce livre est une chimère , une invention mythologique dont tout le monde parle et que personne n'a vue? — J'en ai bien peur. — Et cependant des écrivains recommandables le citent complaisammcnt. Voltaire nous en a rebattu les oreilles. — Cela est vrai. Mais ne soupçonnez-vous pas que pour les besoim de sa cause, Arouet a dû supposer l'existence d'un livre qui devenait un argument puissant entre ses mains? absolument comme un avocat qui invente un d^^cret ou une ordonnance pour surprendre la religion

de ses jugés* — Je partage votre opinion. Voim ino semblez être dans le vrai.— Sans pédanterie aucune, il est facile de le prouver. Nous allons parcourir ensemble Thistoire de ce bouquin rarissime , de cette merveille bibliographique. En supposant d'abord que le De tribus irapoUorihus ait existé, il ne faut point confondre l'ancien ouvrage sous ce titre, probablement imaginaire, avec celui de 1598, dont l'impression ne remonterait, selon les savantasses, qu'à l'année 1753. Lequel des deux ouvrages est-il authentique? Est-ce le premier? Est-ce le second? Évidemment le premier seul doit avoir une valeur littéraire. Je ne dirai pas, pour faire preuve d'érudition, pourquoi je me permets d'émettre cette opinion. Cela serait trop long. 11 me semble qu'une raison seule doit suffire. C'est la supercherie dont voulurent se servir M. le duc de la Vallière et M. l'abbé de Sainl-Lëger, qui se vantaient d'avoir IrouTé ce livre introuvable, uniquement pour le vendre à raison de vingt-cinq louis l'exemplaire. Pour le publier, ces deux Messieurs ( et ici je cite l'auteur recommandable du Dictionnaire des Anonymes ) tAchèrent d'obtenir le suffrage de De Bure le jeune ; cela leur paraissait nécessaire pour en imposer au public. On invita ce libraire à dîner, on le cajola ; mais il refusa de se compiometlre par une criminelle adhésion. Ces ruses ne sont pas neuves. Donc, comme dirait un savantasse, quoi qu'en dise M. Renouard dans son « Catalogue de la Bibliothèque d'un amateiu* » , le traité De tribus impostoribus n'a pas phis été impriméen 1598 ou au moins dans le XVII*siècle qu'au temps de l'empereur Frédéric II.

Ainsi, j'offre une prime à l'heureux bibliophile qui pourrait m'en montrer un échantillon. Quant à la question de savoir si les auteurs auxquels on a attribué cet écrit anouyme, s'il a été écrit, l'ont véritablement publié, je vous renvoie au « Journal des Savants». Vous y verrez que l'on comprend très bien qu'on ait pu en accuser Fî'édéric II, qui eut le tort, de son temps, d'être beaucoup plus musulman que catholique, et que depuis on a contracté l'habilude de rendre coupables de sa paternité tous les auteurs qui ont écrit contre la religion, tels que Pierre des Vignes, l'Arétin, Giordano Bruno, Vanini, etc. Je vous ai peut-être fatigué? Que voulez-vous ! 11 faut faire ce qu'on peut pour détromper le public , car dernièrtîmenl un professeur de Sorbonne (lisez : Faculté des sciences do Lille), homme d'esprit pourtant et de religion, a semblé croire a l'existence de ce traité, et le public a pris le De tribus pour un article de foi. Qu'on lise l'Évangile au peuple et qu'on ne lui parle pas de chimères. Ainsi, Monsieur, dorénavant si Ton vous demande si vous savez ce que c'est que le De iribuê impostoribus , répondez : non ! sans rougir, et si l'on insiste, tranchez la question en disant, comme ce gamin judicieux : Parbleu! si je l'ignore, c'est tout simple, c'est... qu'on n'a jamais pu le savoir.

César Grimal, avocat, à Lille.

LETTRES BIBLIOGRAPHIQUES

Sur les Portraits d'auteurs forésiens.

Je suis assez heureux, Monsieur, de pouvoir vous donner quelques renseignements sur un ouvrage dont vous avez annoncé deux fragments sous les n°' 697 et 976 de votre estimable journal.

Cet ouvrage, qui parait par livraisons, est intitulé Poriraies d'auteurs foréiiens ; par Gui de la Grye [M. de Chantelauze]. Pièct$ et documents, Lyon, Aug. Brun, etOanivet, libraires, 1856, in-8.Il formera un volume de 5 ou 600 pages, tiré à 110 exemplaires, dont 8 sur papier vergé glacé blanc, et 2 sur papier vergé glacé jaune. Il renfermera les portraits littéraires des écrivains remarquables du Forez. Les notices suivantes ont déjà paru : Marceilin Allard. — Les trois Ch»pelon, poètes stéphanois. — Etienne Valancier, poète et fabuliste do XVI* siècle. — Etienne du Tronchet, secrétaire de la reine de Médicis. Paraîtront sous peu et successivement les autres notices qui suivent : Jean Paleme, voyageur en Orient au XVI' siècle. — Jean et Papire Masson, polygraphes. — Antoine de Laval. — Antoine du Verdier, Fauteur de la « Bibliothèque française ». — Le P. Coton, confesseur de Henri IV (avec -200 lettres inédites et autographes). — Le P. de La Chaise, confesseur de Louis XIV (avec 30 lettres inédites et autographes).— Jean Papon, jurisconsulte, et LoysPapon, auteur de plusieurs ouvrages inédits (poésies, pastorales) (XVI* siècle). Les manuscrits de ce dernier seront imprimés lorsqu'aura paru sa biographie. — Claude Hcnrys, jurisconsulte. — De La Mure, historien du Forez (1). — Jehan Robertet, poète du XV'^ siècle, père de Florimond Robertet. ministre d'Etat sous François I", etc. — L'abbé Duguet. — Berchoux, auteur de a la Gastronomie » (-2). — Dugas-Monlbel , etc., etc.

L'ouvrage offrira des documents inédits sur la plupart de ces persormages.

Quelques-uns de ces articles paraîtront d'abord dans la « Revue du Lyonnais » ; les autres seront imprimés séparément.

L'ouvrage complet coûtera 25 fr. sur papier ordinaire.

M. de Chantelauze, auteur de l'ouvrage, et neveu de l'ancien minis-

(1) M. Aug. Bernard, auteur d'une Histoire du Forez cl d'une Biographie et Bibliographie forésiennes (1835, in-8), vient déjh de publier une Solice biographique sur Jean-Marie de La Mure^ historien du Forez. Paris, Dumoulin, 18.36, in-8 de 13 pages.

(2) L'auteur des « Portraits d'auteurs forésiena » ne doit pas ignorer qu'un poème comique intitulé la Liberté, poème en quatre chants, par le petit neveu de Scarron, Paris, Dontu 1833, in-8 de ij et 56 pages, est un ouvrage de Berclioux.

tre de Charles X, a pris pour pseudonyme le nom de sa mère : Gui de La Grye.

Veuillez agréer, etc.

Lyon, 16 aTiil 1856. Charles Barrbtta, libraire.

Monsieur,

Si je ne puis vous communiquer les deux ouvrages patois dont vous parlez à la page 166 de votre journal, et par une bonne raison, c'est que je ne les ai pas en ma possession, au moins veux-je vous en donner les titres exacts, ce qui du reste paraît devoir suffire à votre correspondant.

L'un est intitulé :

Joannes Maurus Constantianus, Traductio vocabulorum de partibus aedium in linguam gallicam et vasconicam ex Francisco Mario Grapaldo. Mons Albani, in aedibus Johannis Gilberti, bibliopolo, s. d., iD-18.

Dès 1586, Duverdier parle de cet ouvrage, et la dédicace porte : Aginni kalend martias quingent (1500).

L'autre ouvrage est intitulé :

Lou Libre gras, Recoumendatiouns d'Augié Gaillhard {sic), poète de Rabastens, en Albigez, al Rey, per estre mes en cabal per la Sio Magestat. Lyon, sans nom d'imprimeur, ni date, 5 feuilles d'impression en caractères italiques et avec un portrait.

Recevez, je vous prie. Monsieur, etc.

Paris, ce 16 avril 1856. Pierquin de Gbmbloux,

Monsieur, Le hasard a fait tomber dans mes mains un mince volume que je vous signale, parce que je ne le vois pas cité dans votre France litté^ raire; il a pour titre : le Portrait des coquettes^ poème par M. d'Hérouard de Boisserain, officier français. Londres, 1T75, petit in-18 de 83 pages; cette épopée, dans le genre de Dorât, est précédée d'une éfître dédicataire au beau sexe. Le mérite littéraire est des plus minces; des images trop libres ont été placées dans le récit des intrigues auxquelles se livrent les coquettes, qui excitent le courroux de Vauteur ; je me bornerai à transcrire les huit premiers vers du livre :

Sexe charmant, adorables coquettes.

Blondes Vénus, séduisantes brunettes, Reines des cœurs, sirènes de Cypris, Jeunes beautés, c'est à vous que j'écris. Mon Apollon aujourd'hui me convie A vous chanter, en dépit de Tenvie ; Prenez en gré un peu de mon encens.

C'est de l'amour le plus léger présent.

Permettez-nx>i, passant à un tout autre sujet, de faire observer qu'il y aurait moyen d'étendre davantage la liste des écrits relatifs à

Gœthe et à ses œuvres que cite le QuUrard, page 16fc. rîDdùpierai seulement un long article de M. Philarète Chaslé dans le ikcUùmfmn de la conversation ; les travaux sur Werther de M. G. Deppîng (dans r Illustration, 28 mai 1853), de M. Sainte-Beuve (dans b Jlertif contemporaim, 15 juin 1855) et de M. Emile Montégu (Rewie det Deux- Mondes, 15 juillet 1855).

Voici un opuscule que nous signalons au docteur Payen» à l'infatigable explorateur de tout ce qui se rattache à Tillustre auteur des Essais; il nous semble que cet écrit ne se rencontre pas jdans la liste des 117 ouvrages qu'enregistre la Notice bibliographique publiée ^ 1837 : Appel à Michel Montaigne eur les opinions 9y^per$ti$ùiU9e% du XVIIP siècle. Paris, 1793, in-8.

Une publication consacrée à la bibliographie et qui a cessé de par^tre, le Journal de V Amateur de livres, « mis au jour, il y ^ qudques années, de curieuses notices de MM. Haensel (jannel) et Ed. pournier sur les livres imaginaires. L'immense dépôt de la rue Ricb^ renferme une production qui avait échappé aux recherches ^e ces Mes»eurs: Bibliothèque choisie des Jacobins, ou Catalogue de$ principaux ouvrages publiés par cette société.

Agréez, etc. Un Inbliophilc de proviacp.

Monsieur,

Je viens de relire le numéro de décembre de votre estimable journal, et je m'aperçois qu'à la première lecture que j'en ai faite, j'ai passé, sans y prendre garde, un article qui m'intéresse, comme m'occupant de bio-bibliographies du département du Nord. L'article en question est la notice sur M. Barrois. Comme j'y ai remarqué quelques erreurs, quoique je sache qu'exiles ne vous soient point propres, je crois vous être agréable en vous les signalant.

A cette notice, dans laquelle l'homme public et l'homme privé est parfaitement peint, il faut, je crois, ajouter quelque chose que vous ignorez; c'est que, lorsque Barrois cul quitté la tribune et fut redevaw simple citoyen, il tomba naturellement sous le coup de la loi sur» garde nationale. D'un côté, celui-ci, soit par esprit d'indépendance ou pour tout autre motif, refusa d'être enrôlé sous les drapeaux de b cité; d'un autre côté, la municipalité voulut faire respecter la loi dont elle est la gardienne, cl pour trancher la question, Barrois quitta LillCi en emportant les richesses bibliographiques qui étaient destinées à U ville, et dont une partie fut vendue, conmie vous le savez, en Angleterre, o! le reste après sa mort.

A la lin de celle notice vous dîtes que BaiTois est mort àsa campagiK», près Lille. D'apiès la résolution mentionnée ci-dessus, Barrois n'avait pas conMTNé de piopriété dans noire pays, et il n'y est pi^ mort, quoique pres(jiie tonlo sa famille y soit encore. ]jo lieu où ile>l mort est Paris.

PviSf vous indiquez^ comme étant de cet auteur^ des poésies publiées m'conabbirâtion avec M. L.-T. Semet. L'auteur dont nous parlons n'a jamais publié de poésies; celles dont il est question sont d'un cousin, et ne sont pas, contrairement à ce que dit M. Techener aussi, d'après )a « Kbliograpbie de la France », deux éditions du même recueil, mais bien deux ouvrages différents.

Je serais heureux, Monsieur, si les petits renseignements que je vous communique pouvaient vous être de quelque utilité : alors j'aurais la conviction que les études bibliographiques que je fais avec passion ne seraient pas faites en pure perte.

Agréez, Monsieur, l'hommage de votre dévoué serviteur,

H. DUFEUTREL,

Bibliothécaire adjoint.

Ulle, le 28 avril 1856.

P. S. — Monsieur, si vous agréez ces quelques mots et que des articles de ce genre vous soient agréables, je me ferais un plaisir de vous les communiquer, car notre pays n'offre aucune ressource à ce genre de travaiL

BIOGRAPHIE

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