QUESTION BIBLIOGRAPHIQUE
k PtOrOS d'oN llA2f09CEIT DE U BIBLIOTHfcQUS PUBLIQUE DB IfAlfTBS.
La vente de bibliothèques comme celles des Debure et des Renouard, formées pendant soixante-dix ans avec une incessante persévérance, en ramenant sous nos yeux bon nombre des trésors bibliographiques qui figuraient chez de Thou, le comte d'Hoym, Girardot de Préfond, Gaignat et Lavallière, nous fait toujours désirer la réapparition de quelques bijoux qui firent partie de ces bibliothèques célèbres. Que 90Dt devenues ces fameuses Heures dont parle Boileau dans sa huitième satire, et dans lesquelles Bussy-Rabutin avait, en guise d'images pieuses, retracé les portraits des femmes galantes de la cour de Louis XIV? Cette question posée, il y a quelques années, dans le c Bulletin du Bibliophile », n'a pas, que nous sachions, reçu de solution. Il n'est pourtant point présumable que ce volume, acheté en 1784 pour la somme de 2,400 livres^ soit devenu pour son propriétaire un objet de dédain. Nous aimons mieux croire qu'il existe dans quelqu'une de ces bonnes bibliothèques de famille qui disparaissent de temps en temps, et que le jour où il subira de nouveau la chance des enchères^ cette chance ne lui sera point défavorable.
En attendant qu'un heureux hasard nous remette sur la trace de ce précieux vokune et de tant d'autres dont on déplore la perte momentanée, il nous serait bien agréable, à nous bibliophiles nantais, d'avoir quelques renseignements sur le tome T' d'un manuscrit inestimable, qui est le plus bel ornement de notre bibliothèque publique. On sait, du reste, que nous voulons parler de la Cité de Dieu, de la traduction de Raoul de Praesles. Ce précieux volume, qui commence au XI» livre de l'ouvrage de l'évêque d'Hippone, a appartenu à Philippe de Commines, dont il porte les armes, et nous vient, comme toutes nos raretés, de la bibliothèque de l'Oratoire. Il paraît que les Pères de cette congrégation possédaient depuis longtemps ce volume dépareillé, car, au n« 2i2 du catalogue de Gaignat, dont la vente a eu lieu, comme on sait, en 1769, figure précisément le premier volume de cet admirable manuscrit, sous l'intitulé suivant :
Les X premiers Haies de la Cité de Dieu de/ s. Augustin, translatée de Latin en François/ à la réquisition de Charles V roi de Fran/ce par Raoul de Pralles, ou Praealc. Mss/ sur Télin, très bien conservé, et décoré de 286/ miniatures trèi délicatement exécutées. Grand/ io-folîo dans son ancienne reliure en bois recouverte de velours cramoisi, avec des coins de cuivre doré, et cinq coquilles pareillement de cuivre doré relevées en bosse sur le plat de la couverture.
Le nôtre, décoré de 351 miniatures hautes de 5 pouces, larges de 8, et dont quelques-unes occupent toute la page, est bien sûrement le
frére de celui qui figurait chez Gaignat. Il est comme fiii dftns flon U* cieune reliure en bois, couverte de velours cramoisi, avec des oom de cuivre doré et cinq coquilles sur les plats. On comprendra facilement quel intérêt s'attache pour nous au sort de ce premier volome, dont nous n'avons pu retrouver la trace depuis la vente de Gaignat Âh ! si Debure vivait encore, nul doute que l'illustre bibliophile ne nous eût fait connaître l'acquéreur et peut-être le possesseur adoel de ce précieux livre. Probablement que lui aussi, comme ces Heures dont nous avons parlé, se conserve comme un joyau de famille dans quelque bibliothèque héréditaire, ou repose parmi les manuscrits inexplorés de quelque dépôt public.
Les copies de la traduction de Raoul de Praesles se multiplièrent tellement, qu'il est impossible de savoir si les deux volumes dont nous parlons furent jamais réunis dans une môme bibliothèque. Le savant ouvrage de M. Barrois nous révèle l'existence de vingt de ces caçka qui faisaient partie des bibliothèques de Charles V et de ses flls« et de celle des ducs de Bourgogne. A une époque moins éloignée, Rothelin, Girardot de Préfond, Mac-Carthy en possédaient, et chez aucun de ces illustres amateurs ne figure le volume dont nous sommes aujotird'hui en quôte.
C'est dans l'espoir d'obtenir quelques renseignements à son égard que nous avons écrit ces lignes. Puisse celte Revue, aujourd'hui entre les mains de tous les bibliophiles de la France, contenir bientôt quelque article en réponse à celui-ci, et quel qu'ait été le sort de ce volume, qu'il soit maintenant conservé dans une bibliothèque publlqne ou dans le cabinet d'un amateur, nous serons heureux de savoir qu'A existe encore, et que le vandalisme, qui a détruit tant de chefs-d'œuvre, n'a pas anéanti ce précieux monument des calligraphes et des miniaturistes du XV' siècle.