‹ Le QuérardChapitre 7 sur 166 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous ne possédons pas, que nous sachions, de bibliographie spéciale des écrivains ridicules, et cependant l'espèce abonde. M. Peignot, qui nous a donné, en 1812, un a Répertoire universel

(1) Ces Recherches sont dues à Tun de nos amis enlevé jeune, à la Gn de 1847, à la bibliographie, dans laquelle, par son instruction et sa position de for- Ume, il était appelé à se faire un nomai8tin^é,J.-F.-M. Albert, auteur d'une brochure intitulée : Recherches sur les principes fondamentaux de la eliss^ sUication bibliographique, précédées de Quelques mots sur la bibliographie, dfun exposé des principaux systèmes bibliographiques, et suivies d^une Ap-

ÎtlicaUon de ces principes au âassement des livres de la Bibliothèque royalt* Paris, 1847» in-8 de 72 pages). Cette publication souleva de violentes récriminations. J.-F.-A. Albert connaissait peu la pratique de Taménagement des livres que, pendant son service à rarmée, il n'avait pas eu le temps d'étudier. La polémique que cette apparition souleva a été imprimée dans le Bulletin du Bibliophile, de M. Tecnener.

Les Recherches du même auteur, que nous imprimons ici, l'ont déjà été uno fois, en 1844; mais dans un journal qui n'a vécu que ce que vivent les rosp>< mort à 900 premier numéro, ot entièrement inconnu, elles onl donc presque la fraîcheur d'une nouveauté.

dus bibiiograpliies spécialt» » qu'il a pu découvrir, iveu signale pa;$ pour les ouvrages ridicules.

Nous connaissons deux catalogues des éloges bizarres, frivoles, ridicules, etc., Tun publié par Mercier, de Compiègne, dans son « Éloge du P... D, Paris, an vu , in-18; Tautre iaséré par de Guérie, sous le pseudonyme du docteur Akerlio, dans son u Éloge des Perruques » , Paris, an vu, in-lSL

M* Nodier a publié, en 1836, une bibliographie des fous, non moins /uuieuse.que le serait une bibliographie des écrivains ridicules, mais, à notre avis, moins utile au point de vue philosophique et moral ; en effet, les fous sont des hommes dont la machine intellectuelle est brisée, ils ne pensent et agissent que par des impulsions dont on ne saurait leur demander compte, ils sont devenus incapables de lier leurs idées, en un mot, ils sont à plaindre et non à blâmer (1).

Au contraire, les écrivains que nous appelons ridicules sont des hommes complètement sains, souvent graves et sévères ; ils ont conservé la puissance intellectuelle dont ils ont -toujours joui; la logique ne leur a pas fait défaut; mais, poussés par des conceptions dont ils s'exagèrent la valeur, ils ont fini par tomber dans des dt^tails absurdes et dans des théories ridicules.

Teissier, dans son Catalogue des auteurs qui ont publié des catalogues de livres, des ouvrages de bibliographie, etc. (Genève, 1686, et supplément, 1705, in-4), nous signale, page 140 du supplément, un John Donne qui, dans le recueil de ses poésies anglaises, a donné un catalogue des écrivains ridicules.

Ce John Donne était un poète anglais, jeune à l'époque dont il s'agit, aimanta rire et maniant la satire volontiers ; il publia, en 1669, un petit recueil de poésies; on y trouve (page 398) une courte liste de quelques ouvrages ridicules, qu'il fait précéder par une lettre adressée aux jeunes courtisans, d^œuvrés par nature et par métier, qui cependant ont des préleations à la science, qui souvent môme désireraient acquérir cette science, mais rapidement et sans peine, qu'ils dans d'autres cas, se mêlent cavalièrement de juger des auteurs qui n'entendent pas, et des matières qu'ils ignorent.

11 leur conseille de laisser de côté les auteurs classiques et cette littérature usuelle que tout le monde connaît, et d'apprendre les noms d'auteurs, les titres, les matières d'un petit nombre de livres, le plus ignorés qu'il soit possible ; alors, dissertant au besoin sur ces inconnus, ils n'en paraîtront que plus profondément savants. C'est pour leur

(1) M. Edouard -Marie ÛEttioger, l'auteur do \si Bibliographie biographique univerfelle, annonçait de lui, en 1844, comme étant sous presse, un ouvrage intitulé : Bedlam universeL Dictionnaire des fous, monomanes^ hommes excentriques, hétérocliies , eostravaganls et lunatiques de tous Us temps et de toutes tes nations, devant former deux vol. în-12. Nul doute que bien des écrivains n'aient leurs places dans cette galerie.

Jaciliiar cette élude, qu-il a j^édigé le petit catak^ue qa^ Jeur présente.

^lai8>jM)U8 cntignei^bieD 4«e oe aatirifae 'DoiUEieAlaU<faitlà<f«iiHDe liste de UviesimagiBaiies : nousii^veas pas encase euTeccaiiaD ide v4nfier4;ettex;o(\jeGtuEe. -Quoi qu'il -en soit, •cette Usle^ livres vridicule84Fe8aée par Donne a. été i^pFoduite, jnais incomplétenient, ipar ldorho&us4aQS son Polykiêêor iÀiemn-im^ lib. 4, -cap. À, % i£.

Dans ce .qui suit, il ne s'agit pas uniquement d'4iiie ^UiogeapUe spéciale des ouvrages ridicules, mais de .notices rai^ennées 4es écri^ vains et des ouvrages doucette espèce; il ne s'agit pas non phisdes ouvrages (dont John Donne a donné la liste, mais des résdtats-de nos i-echerches ^particulières.

Pierre Le Loyer, que Lacroix du Maine qaalîlie sieur de la Brosse (1), ftrt un démonographe érudit de la fin du XVI* siècle.

fl naquit \ flufflé, vfflage d'Anjou, près de Durtal ou Durëtatl, le 24 novembre 1550 (2), et mourut à Angers en 1634.

Les princ^)aQx critiques et bibliographes qui nous font ooMnftre PiareiieliOy^^KHit :

Laeroix du Mime et du VercNer, dans leurs ftbtiottièqaes firtfnçaises-.(S);

Ménage, dans ses Remarques sur la vie de Pierre Ayrai^ft ^1);

Bayle, et Moiiéri dans ieurs Oictioanaîres historiqoes;

Nicéron, dans ses Mémevrea pMr mrvir à -l'Iiistoire 4tea iMMMei illustres dans la république desiettres (S);

M. Gharies NodtiT, dans ses Mélanges lires «d'une petite bMioUièque (6);

M. Weiss, dans la Biographie universelle (7).

Pierre Le Loyer étudia le droit, suivit les cours, prit ses grades et fut investi d'une charge de conseiller au présidial d'Angers. Mais4

(t) BihUéihsèqm^ françnm, édit. de Rigafoy de Itirigny, t. fl, p. 2M.

' * "iP. ;^

<^) Cette date«0i doutoim. Ménaae {ûmârqim mr te vie dé P. Âif^mlt) fait naître Le Loyar en 1546; «oais il iaut remarquer qii*il le fait «wiprir «a 1634^, ègé de 84 ans, ce aui laisserait suf^oser que Ménage a ainmleibent commis une erreur de eniffres. Cependant d'autres bî^ogripbés, Lee!d% entre autres, admettent qu'il faut lire 1540 d'une part, et M au fiea tè W de Fautre.

L'espace nous manque pour débattre ces chiffres, nous nous contentons de les mdiquer.

(3) Ëdit. de Rigoley de Juvianv, t. H, p. 294, et t. V, p. 288.

(é) rUa Pêlri jErodU, ete., Parisifs, MTS, 1 Tel. m*^, f . 4t8*É5ir.

(5) Paria, iim^k, 43 ternes în-lS, t. XXVI.

6) Paris, 1829, in-8, art. XLII.

'v7) Le savant Oer. Jean Vossius n'a pas connu Pierre Le Loyer, oomne on le VQit.parAa pissage de sa 530^ lettre, non pkis que Golonièe, qui «e l'a pas mentionné dans sa Galla orientalis.

— ôa —

tout, il cultiva la poé»ie, et sa poésie, souvent ingénieuse et presquq toujours aimable, était généralement lascive.

Bayle fait observer que Le Loyer, d'un esprit naturellement vif, ingénieux et gaillard, devait, en s'enfonçant dans l'érudition, s'enrichir d'une érudition riante et tempérée, comme il arrive ordinairement, mais qu'il fit exception à la règle. Son savoir fut pédantesque et bourru; le bon fonds d'esprit dont la nature l'avait doué fut gâté par ses études. Si son cerveau, poursuit Bayle, fut ébranlé par le grec, l'hébreu acheva de le perdre.

Le Loyer se jeta de bonne heure dans l'étude des langues orientales. Déjà savant en grec, il apprit l'hébreu, le cbaldéen et l'arabe. 11 devint, disent Moréri et Nicéron, un des plus grands visionnaires qu'on ait jamais vus, et s'infatua tellement d'étymologies tirées de l'hébreu, qu'il donna dans un ridicule tout à fait singulier. D'un autre côté, ce savant, dit M. Weiss, qui se piquait de ne rien ignorer des moindres usages des peuples anciens, ne savait pas les coutumes de la province, d'après lesquelles il était appelé tous les jours à prononcer (1).

Mais il n'est pas le seul dans cette catégorie ; l'on en a vu d'autres savoir les plus petits détails de la vie des rois imperceptibles de la Cappadoce ou de la Paphlagonie, et tomber des nues lorsqu'on leur parlait de Henri VIII, de Louis XIIl, ou de tout autre monarque des temps modernes.

Le savant Bode, dans son Orphœus paUa grœcuê aniiquiêê.y p. 110, a fait remarquer, d'une manière très ingénieuse, le ridicule de pousser trop loin les recherches d'érudition.

Pierre Le Loyer n'est point ridicule dans tous ses ouvrages, mais il l'est de plein droit dans son Edam, au les Colonies iduméanes (2).

M. Nodier, dans ses a Mélanges», a fait connaître ce livre, mais par quelques mots seulement. Nous croyons pouvoir y ajouter quelques détails.

Le petit in-8 publié en 1630, par P. Le Loyer, Tétait dans un but q)écial, celui de ramener le roi d'Angleterre à la religion romaine ; et pour ce faire. Le Loyer cherchait à démontrer à Jacques I" que son peuple était une colonie iduméenne, et que lui, Jacques I", descendait, aussi lûen que le Pape, d'Ésaû; que par conséquent ils étaient frères... en Ésaû.

Ce petit travail. Le Loyer l'avait extrait, pour la circonstance, de

li) Brat ^jmdem LoérUêS^ dit Ménage (Remarq., p. 20) ffrcBcè et latine, kmràieè et ehaldàicé doctissinmSf sea jwris in quo versabatw plané ignarus.

(2) Edam, ou les Colonies iduméanes en VAsie et en V Europe, avec les phéniciennes colonies dHercule, etc. Paris, 1620, io-S (Bibliothèque royale, fonds Falconet, n* 16190).

louze gros volumes, qu'il avait composés sur les origines et le.s ions des peuples (1).

parce qu'il cherchait à dessiller les yeux du roi d'Angleterre, rds par les ténèbres du schisme anglican », qu'il appelle si dans son livre une afrodille, par analogie avec les afrodilles i se servait pour la guérison de ses yeux chassieux. Tout se is la théorie de Le Loyer, mais tout s'y tient de la façon la plus

ur, Rachcl s'empara des afrodilles qu'on apportait à Lia ; celleclama ; mais Rachel ayant consenti que Lia couchât la nuit proavec Jacob, les afrodilles lui furent cédées; de cette union de : de Lia naquit Issachar.

quivoque Issachar joue un grand rôle dans le système imagi- 5 Le Loyer, car il n'est autre que Le Loyer lui-même. Le mot

• signifiait d'une manière générale le futur; d'un autre côté, quelques paroles de Moise au sujet des « trésors des arènes qui achés au fond des mers » (c'est-à-dire des trésors de la vérité), char aurait été destiné à découvrir ces trésors. Enfin, le mot \ traduit en notre langue , signifie Loyer , par conséquent T, et, par mie suite bien naturelle, Pierre Le Loyer. bientôt, notre bon Le Loyer, quittant un moment les afrodilles,

• et Jacques I", fait une sortie violente contre les catholiques nés, qui, dit-il, ont donné de Rome la plus mauvaise opinion, u'ils n'ont rien compris au texte de l'Ecriture.

'a fallu pas grand discours, » dit-il, a pour les rembarrer; que 1 Idumée romaine ne suflist pour les confondre et clorre la le, je leur garde de suyte un Jacob qui ne fera plus doubter que ne soit le chef des églises à qui tous les peuples doivent obeys- ; mais je ne feray marcher seul ce Jacob, parce que je l'accomjray d'Isaac son père et des origines des peuples d'Edom , leurs ;tions et colonies, etc.. »

dit, il entre en matière ; cette matière était difiicile à manier* toutes les questions d'origine et de filiation ; mais Le Loyer amais embarrassé des difficultés; page 8, par exemple, il parle dar, roi dos Iduméens, qu'il promène, avec une facilité sans •ar l'Asie et l'Europe ; et cet Hadar, dit-il, est le même que ceiqué par Moïse au huitième rang des rois d'Idumée ; « mais, 5-t-il , comme est-ce que cela peut estre, puisque Moyse estoit mort quand je fay celuy Hadar dont il parle, estre allé en l'Asie ut)pe... Je vay, » poursuit-il, » satisfaire aisément à cette quesœ m'empeschant point tant à défiler les substilités des nœuds

s volumes ont été perdus ; la perte, dit Ménage, (Remarq., p. 167) grande.

is, dit Bayle (Romarq. B.) que M. Bochart souhaitait c^uç cçtte perte lus générale.

» de l'escriture pour les deslier, que tranchant à coup ce qui paroist » véritable à la descouverture ; fl convient ici prendre Moyse pour )) prophète parfaict et accorapli en toutes les sectes de prophétfe. » passé, du présent et de Fadvcnir, etc.. » d'où Le Loyer conclut q Moïse n*a pas seulement parlé des roLs d'Idumée antérieurs à î époque, ou ses contemporains, mais encore de ceux à venir.

Après avoir promené ses Iduméens, ou, comme il les appelle, flotte et son armée assyrienne, dans toutes les mers de FAsie et TEurope, après avoir fait établir des colonies sur tous les points! bitables, il les amène en Belgique.

« L*armée assyrienne, dit-îl, « print port en la Belgique... Tay : )) la Belge du Peligan du roy des Assyriens, si est-ce qu'elle peut b » descendre aussi de Bêla ou Belga, roi des Iduméens... » Le La n'est pas difficile, et généralement il concède que si tel peuple ne d cend pas de tel homme ou de telle femme, il peut bien descendre tel ou telle autre , pourvu cependant qu'on ne sorte pas de se5 T( raéens et de sa flotte assyrienne.

En Belgique, la grande armée assyrienne se divise en deux co principaux : l'un pénètre au cœur de la Gaule, et l'autre se dirige \ l'Angleterre, à laquelle le nom d'Albion fut donné par Hadar, l'un chefs de l'armée et du 2'' corps, du nom de sa femme Ahalibamat Mahitabel de Moïse. N'est-il pas en effet plus qu'évident qu'Albion vi d'Abalibamat ?

Non-seulement Le Loyer fait usage, comme le dit M. Nodier, . anagrammes les plus bizarres ; non-seulement il transpose les lotti mais ces lettres il les remplace par d'autres, suivant une espèce mécanisme qu'il invente , et dont il se sert comme d'un nouv moyen de critique historique. « A cette heure, » dit-il (page 18 « prenons le nom de Matrede (belle-mère d'Hadar) et luy eschange ))les lettres d'yceluy en leur Alban) (cet Alban n'est en quelque se que le mécanisme dont je parlais tout à l'heure), « il s'y troav » Bretis, dont les Bretons ont cuidé faire un Brutus )>.

Enfin nous arrivons, toujours avec la première division de l'an assyrienne, aux environs du village d'Huillé : « Il y eut Anton (1 des chefs assyriens) « qui estant hors de la Neustrie, costoya » fleuves de Sarthe et du Loir ; je le feray arrester luy et ses trouf » ou partie d'ycelles, sur les bords de mon petit Huillé, qui est le 1 » de ma nativité, afin que je fasse participer la terre que j'ay t )> chérie, de l'heur d'être des colonies assyriennes et iduméennes »

Convenons qu'on ne peut mettre plus de naïveté dans le ridicule

Mais la folie étymologique de Le Loyer ne se contente pas des vi ot des villages ; les fermes, les prés, les champs de vigne, les plus ] lits morceaux de terre ont pris leurs noms de ceux des héros qui a mandaient les arniées assyriennes.

Le pré Maslette vient de Mahheleth, fenune d'Edom; celui de Ténc vient de Themena, sa concubine, etc. . . « Il y a dans le fief de Bahif, {

<t my un grand pays de vigues, un petit vignoble qui s'appelle le quar-

V tier à Gesche, qui ne peut estre dérivé que de Ghesan ou des Geses; » c'est ledroictnom d'Esaû que celuy de la vigne ; et Bahif seroit TAIban » du fi^D . Le port de Chaufour prend son nom de Gaphar ou Aphar, fis de Madian; il a de plus quelques relations avec le Phorcys d'Itha-

le. Ce port de Phorcys est mis, par Homère, auprès de l'antre des

[ymphes; mais où serait Tantre des Nymphes en Ithaque? s'écrie

Le Loyer; « il n'y en eut oncques en ce pays, ainsi que Porphyre rap-

• porte... et Homère pourroit-il ôtre nienteur pour cela?... » Non, sans doute, et Tantre des Nymphes n'est pas ailleurs que dans les lies qui scDt entre Ignerelles et Chaufour; Homère le savait, il l'avait apjBi3.de la sibylle, dit Le Loyer ; mais notre ridicule auteur s imaginait qu'Homère, en qualité d'écrivain profane, résistait, en écrivant son Odyssée, à certaine puissance inconnue qui le poussait à prophétiser les belles choses qu'il avait apprises touchant Huillé, Chaufour, ignerelles, et Le Loyer lui-même. « Le nom, » dit-il (au sujet du fief de Bahif dont je parlais tout à Theure), a le nom est caché et voilé des iifSecrets d'un Alban (c'est toi^ours cette espèce de mécanisme inventé par Le Loyer) u dont j'ay introduict le premier l'usage, comme Ho-

I > mère qui a fait mention de moi^ de mon nom, de mon pays, et du

• bomig de ma nativité, auroit voulu cacher ce mystère soubs Tana- « gramme et contexture des lettres d'im seul vers... Jefay mon compte » ifp'jl tient ce vers de la sibylle Phanète d'Egypte , de Phaénno de

• Àeifpbes, ou .coixune je croirois mieux, de Sambeton, qui est la De- «bcffSL des Hébreux... u

Homère dit, Odyss., ^ 183:

« Et personne n'a encor ton Loyer >.

ftj^usbas:

« Pierre Le Loyer, Angevin Gaulois d'Huillé «.

De ce dernier vers restent trois lettres, A, X, K, « qu'on pourroit » à l'aventure, » dit avec malice Le Loyer, « dire superflues, et ne le

V seroient pourtant... » Ce sont des lettres numérales, signifiant 1620, c'est-à-dire l'année dans laquelle Le Loyer où l'Issachar, envoyé d(î Wea pour dessiller les yeux du roi d'Angleterre, devait publier ses foIoRti» iduméanes.

tOai voudra», poursuit Le Loyer, « impugner la grâce de Dieu > coopérante en moi ? c'est ce qu'a découvert Homère, jusqu'à nom- X mer le petit village où je prendrois ma naissance, afin que ie ne me fi glorifiasse point en mon imbécillité et bassesse, ains en Dieu, qui me «hit ce que je suis».

N'oublions pas que ces ridicules propositions étaient sérieusement débibées par un homine de science, tenant une position sociale élevée; |ir un conseilla royal au présidial d'Angers ; qu'elles Tétaient dans in but à la fois sérieux et noble, celui de rappeler l'Angleterre à la

croyance rmiiaiiJtf : qu'enlin ce n'étail point un jeune lou qui les iiQftginait, mais un magistrat de soixante et dix ans.

Cette folie étymolc^que de Le Loyer prenait sa source naturelle dans cette importance qu'on a généralement donnée à rhistwe ài petit peuple juif, au Pentateuque, etc. : importance qui tôt ou tttd devait être exagérée jusqu'au ridicule, et qui ne le fut en effet qoe hj trop souvent.

A cette occasion nous rappellerons qu'il y avait eu , qudqoes années avant Pierre Le Loyer, un certain maître Guillaume îûoôtn, tourmenté des mêmes visions que lui. Ce maître Guillaume ftisrit pour la Rochelle ce que Le Loyer faisait pour Huillé, tâchant de prouver que sa petite ville de la Rochelle et les bourgades ^vironnantes étaient autant de colonies hébraïques.

Nous venons de parler d'un grave magistrat qui, s'égarant dans dei recherches historico-philologiques, a uni par tomber dans le ridicule; dans l'article actuel , il s'agit d'un autre magistrat, bien plus, d'an homme d'État qui s'est paiement et ridiculement fourvoyé dans des recherches semblables.

Charles-Joseph de Grave était un jurisconsulte flamand, conseiller au grand Conseil de Flandre, et qui, lors de la réimion de la Belgique à la France en 1795, fut député par le département de l'Escaut an Conseil des Anciens.

Il n'a mis au jour qu'un ouvrage, et cet ouvrage, qui fut k malheureux objet des recherches les plus assidues et les plus Sh k vantes, range, à nos yeux, son auteur dans la catégorie des écrivains ridicules.

Son titre seul indique tout d'abord un esprit dont les idées db sauraient être complètement saines; le voici dans son bizarre développement.

République des Champs-Elysées ^ ou Monde ancien ; ouvrage dani lequel on démontre principalement, que les Champs-Elysées et l'Eniér des anciens sont le nom d'une ancienne république d'hommes justes et religieux, située à l'extrémité septentrionale de la Gaule^ et surtool dans les îles du Bas-Rhin ; que cet enfer a été le premier sanctuaire de l'initiation aux mystères, et qu'Ulysse y a été initié; que la déeesB Circé est l'emblème de l'Église élyséenne; que l'Elysée est le berceH des arts, des sciences et de la mythologie ; que les Élyséens, noaunti^ aussi sous d'autres rapports Atlantes, Hyperboréens, Cimmériens, etCi ont civilisé les anciens peuples, y compris les Égyptiens et les Grecs; que les dieux de la fable ne sont que les emblèmes des institutioos sociales de l'Elysée; que la voûte céleste est le tableau de ces institn*; lions et de la philosophie des législateurs atlantes; que l'aigle céles^t

rembléme des fondateurs de la nation gauloise; que les poètes

)ire ei Hésiode sont originaires de la Belgique^ etc.

. de Grave ne vit imprimer que las premières feuilles de cet

âge, pour la rédaction duquel il avait été jusqu'à se dépouiller de

onctions publiques. Il mourut en 1805, et Touvrage, mis en ordre

xis presse par les soins de ses héritiers et de son ami M. G.-A.

eard, parut en 1806, en 3 volumes in-8.

s éditeurs avaient écarté plusieurs notes, sur lesquelles on revint

tard, et qui furent publiées dans les deux premiers volumes du loger des sciences et des arts de la Belgique. ouvrage de M. de Grave est précédé par une Notice qui concerne Tsonne et son ouvrage; elle est écrite par son ami déjà cité, M. . Lâ^eard (1).

Liégeard fait Tapologie de son ami. C'était trop naturel pour que l'en blâmions. Nous doutons cependant que le jugement de M. de e fût aussi yu^re que le dit son éditeur; il pouvait et devait être, ne celui de certains maniaques, désordonné sur un point, quoique

sur tous les autres.

est à peu près certain que la monomanie de M. de Grave avait sa source dans les ridicules exagérations du savant suédois leck, aux yeux de qui le petit peuple goth avait civilisé le monde. >i]S sommes étonné de voir M. Bouchot accorder que le système loppé par M. de Grave en vaut beaucoup d'autres. Certainement ndra tous ceux qui seront aussi ridicules que lui ; mais lieureuse- . ces systèmes ne sont pas nombreux; car, dans l'espèce, il ne l pas de quelques erreurs histori(iues, de certaines assertions érées, mais d'un système complet, embrassant le Monde et toutes ivilisations humaines, ce système reposant tout entier sur une préconçue et fondamentalement ridicule.

tte idée est celle-ci : La Belgique est la contrée qui, dans rAnti- \ a été connue sous le nom d* Atlantide, etc., et tout l'ouvrage de e Grave a pour but de démontrer la vérité de ce prétendu théoî historique.

I pense bien que de cette idée première découlent une foule d'as- >ns plus bizarres les unes que les autres, d'autant plus que M. de e ne se contente pas d'intercaler dans la Belgique quelques lies, d'y placer quelques institutions primitives, mais il y place

le ciel, l'enfer, le purgatoire et la terre même; l'enfer et l'Elysée )nt plus des conceptions métaphysiques, mais un petit canton de îlgique. Le ciel serait désert et complètement nu, s'il ne tirait de slgique les reflets qu'il nous envoie.

)us avons dit que de l'idée première de M. de Grave découlaient ombreuses assertions non- seulement bizarres, mais ridicules. En

• La Notice biographique de M. de Grave, iosérée par M. Beuchot dans '\ographie universetle, est extraite de celle composée par M. Liégeard.

effët, il résulte de l'ensemble des faits rassemblés par H. dë'CMve, que les Grecs ne savaient point d'où leur venaient leurs dieux, letf culte et leurs sciences, tandis que M. de Grave le sait comitie afil l'avait vu.

Dans V Odyssée d'Homère, on voit les fenunes occupées à filer, eft les esclaves laver les appartements et les meubles avec des épongBk V Or, comme en Belgique les fenunes filent et les appartements sqdI f lavés avec des éponges, il est incontestable que la Belgique est le principal théâtre de V Odyssée.

Les Gaulois, suivant M. de Grave, ont pour fondateur PluUm: savez- vous pourquoi? parce qu'ils se disaient eux-mêmes descendants de Dis, et qu'ils comptaient par nuits au lieu de compter par jours.

Jusqu'à présent, on a considéré les Phéniciens comme des Arabes, dont les premières demeures connues étaient situées dans le voisinage du golfe Persique, et M. Gosselin a tracé minutieusement leur marche sur la périphérie maritime de la presquHe arabique; mais, selon M. de Grave, les Phéniciens sont nés sur les bords de la Manche, parce que Douvres et Saint-Omer ne sont autres que les Tyr et Sidoo primitives.

Deucalion n'est plus un Scyte habitant le nord de la Grèce, mib un pur Écossais, parce que la mer d'Ecosse porte le nom de Deucar lédoniquc.

Homère a cessé d'être un Ionien, c'est un Atlante natif de Saint- Omer. Hésiode nous instruit lui-même du lieu de sa naissance; mais M. de Grave en fait à toute force un Flamand : le Thrace Orphée est également né dans quelque bourgade flamande.

M. de Grave trouve encore dans la Belgique tous les villages J qu'Ulysse a traversés dans ses longues erreurs. Il sait posilivemaot j^ qu'Ulysse est parti de l'île de Circé dans la matinée, et qu'il est arrivé j^ le soir du môme jour aux enfers, c'est-à-dire au village voisin. i

Le chien Cerbère était le gardien des enfers, il avait trois tôtes et ; trois gueules; or, les enfers étant une île, et les gardiens d'imefle \^ étant naturellement les eaux qui l'entourent. Cerbère, avec ses trois ; gueules, n'est autre chose, pour M. de Grave, que les trois fleuves, le ■ Rhin, la Meuse et TEscaut. ■

Viennent ensuite les travaux d'Hercule.

Dans le second volume l'auteur fait succéder les définitions morates et raisonnées des personnages de la mythologie aux descriptions v physiques et topographiques des lieux. \

Circé n'est à ses yeux que la personnification de l'Église.

Il interprète les aventures d'Ulysse, il explique ce qu'étaient Neptune, Minerve, Bacchus et les principaux dieux ; il domie l'origine des : brachmanes, des mages, des prêtres chaldéens, des Arabes, etc., qui tous ne sont autre chose que des Flamands.

Dans le troisième volume, l'auteur entame l'histoire raisonnée de h

tes Atlantes; il donna la biographie de leurs chef^ Atlas, utres.

yos donc raison de dire, q/f^n point de vue de M. de livers entier, c'èst-à-dîre le dèl; la terre et les enfers, leOemeni' contenus dans la Belgique.

Te Le Loyer, conseiller au préàidial d* Angers, la famille la ciTilisation du Mbnde étaient d'origine angjsyine; avec I,. conseiller de Elandce, cette famille et cette civilisation ne flamande. Si donc nous admettons que, poussés par la raire, ces deux hommes devaient nécessairement partir, îon côté, d'une idée fondamentale, ridicule, nous pouvons à leur avantage qu'ils ont été logiques dans leurs idées

lie Rèra MalarikMHrs*

SEBIION Sini LE9 CHnift.

«DS à parler successivement de plusieurs* semBonaires ^ques*uns Tont été coniplètemeat, c'estràHlire sans continuité, si nous pouvons nous eq)rimer ainsi : tels e. Maillard, etc.; d'autres ont laissé malheureusement lelques œuvres ridicules, au milieu d'ouvrages raisonnables

jésuite Louis Maimbourg , peut être rangé dans cette der-

me.

Ig s'engagea dans la Société d'Ignace en i6S6 ; il avait

près qu'il eut enseigné les humanités pendant six ans, ses

'appelèrent à la prédication. Mais il ne mourut pas jésuite.

loncé trop vertement en faveur des doctrines de l'Église

«tre celles des ultramontains, il fut dégradé; retiré dans

Saint- Victor de Paris, il y mourut en 1686.

D du Père Maimbourg, qui fait le sujet de cet article, est le fait même de cette prédication burlesque était à peu dans l'oubli, car plusieurs des détracteurs du bon Père

insé à le rappeler dans les critiques envenimées qu'ils ont

3Dire sa personne et ses ouvrages.

xcepte ce sermon, tous les ouvrages du Père Maimbourg

c; ce sont, en général, des œuvres de critique historique

saurions mieux faire que de reproduire en entier le récit

M coDtinualeurs de Moréri De parient- ils que de ces œuTres, se 'ajouter : « Les auteurs de sa communion le font passer pour tr peu grave • ; et renvoycnt à rarliclc Maimbourg du Diotion* le. G^est de ce dernier que nous avons tiré le- fonds de cet

d'un écrivain de Port-Royal, le célèbre théologten controversiflte, Antoine Amauld, qui fut un des auditeurs du sermon dont il s'agit, et qui raconte le fait comme il suit (1) :

« 11 y a plus de vingt ans (2) qu'étant allé par hasard à la chqpde 1 du collège de Glermont, je vis monter en chaire un homme d'une mine extraordinaire , et qui n'était pas de ceux dont l'Écriture dit fiie (b sagesse de leur âme reluit sur leur visage; on ne voyait au contraire que fierté dans ses yeux, dans ses gestes , et il eût été capable de tsm peur aux gens, si cette ûerté n'eût été mêlée avec mille gestes de théâtre qui tendaient à faire rire.... Son discours fut encore plus étonnant que son air... C'était le deuxième dimanche d'après Pftqoes. où Ton lit l'Évangile du Bon Pasteur. Il prit sujet sur cela de rdever l'état des bergers, en remarquant que ce n'était pas autrefois la profession de gens de néant comme à présent, mais que les rois et les princes ne la jugeaient pas indigne d'eux. Il fit ensuite un grand dénombrement des princes bergers; il n'y oublia pas les patriar- .ches, et il en conduisit le catalogue jusqu'à David, sur lequel il s'arrêta fort longtemps, car il fit une description badine de sab^uté, de la couleur de ses cheveux, de ses habits, et enfin de son chîeai « C'était, dit-il, un brave chien, et qui avait tant de courage, qu'il est )) à croire que, pendant que son maître se battait contre Goliath* ce )) chien, pour n'avoir pas le déshonneur de rester sans rien faire, alla » chercher de l'occupation contre les loups ». Quand ce bon Père fut entré dans la matière des chiens, comme s'il y eût été attaché par une secrète sympathie , il n'en put sortir, et il en tira la division de son sermon, qui fut distribué en quatre points, selon quatre eiq[)ëcesde chiens. La première espèce était des dogues d'Angleterre , la deuxième, des mâtins, la troisième, des bichons, et la quatrième, des bons chiens, dont il fit une application aux différentes sortes de prédicateurs. Les dogues d'Angleterre étaient les jansénistes, ou, comme l'on parlait alors, les Amauldistes, qu'il représentait comme des gens indiscrets qui déchiraient indifféremment tout le monde , etc. 11 décrivit les mâtins comme des chiens poltrons , qui ne sont vaillants que sur leur fumier, et qui, hors de là, sont toujours dans la crainte : œ qu'il appliqua aux prédicateurs de cette humeur. Les bichons étaient, selon lui, les abbés de cour : Ils sont, disait-il, taillés en lùms, et » ils font beaucoup de bruit ; mais, quand on les voit de près y an se » moque dt leur bruit ». II décrivit sur cela leurs manchettes, leurs

(1) On trouve ce récit dans une préface qui préoéde la Défense de la tr»duction du Nouveau Testament^ imprimée à Mons (par Ant. Amauld et P. Nicole). Cologne (Paris), 1668, in-12. Cette préface n'a pas été réimprimée dans l'édition faite à Genève, de toutes les pièces qui concernent cette tn* duction; ce qui , sans doute, est la principale cause de Toubli dans lequel cette anecdote est tombée.

(2) Préface citée, p. 6.

rabats, leurs surplis, leurs gestes, etc. Et enfin les bons chiens étaient les jésuites et les prédicateurs tels que lui. 11 est impossible de s'imaginer de quelle sorte il traita ce ridicule sujet, et jusqu'à quel excès il porta la bouiïonnerie de st's descriptions. Ce que je puis assurer, y ayant étw présent, est que j'y vis tous les n'îvércnds Paires, qui étaient dans les galeries supérieures , se tenir les côtes de rire, depuis le commencement du sermon jusqu'à la fin , et le reste de l'auditoire ne put pas demeurer dans une plus grande retenue : ce n'était qu'éclats que Ton ne pouvait empêcher. Tout cela divertissait le bon Père, et lui donnait une nouvelle ardeur à augmenter toujours le ris de ses auditeurs par de nouvelles grimaces. Apràs avoir été spectateur de cette étrange profanation , et m'étre informé du nom du jésuite qui avait prêché, que l'on me dit être le Père Maimbourg, je sortis plus .scandalisé de la société que de son prédicateur. (1) ».

Mu» exenieraiusy hoc est traciatus vaidè magisiraliêy super pieitione quàdam iheologali, spinosd et muUum mbtili, ut m/iif , ter^iui pro redimandd vexd, ad magnificum, scientificum, etc., Jok. Piêtorium \idanumy Iheologummuî abyssi maris pro fundum : per frairem Wilhelmum de Stuitgardia ordinis minortim. Tubinga^ tgpis Georg. Gruppenbachii , 1593, un vol. pet. in-4 (2). (Le Rat éventré, ou Traité superlativement magistral, sur une certaine question théologale, épineuse et des plus subtiles, comme on le verra, composé et adressé au magnifique, scientifique, etc., Jean Pistorias de Nidda,théologien semblable aux profondeurs de l'abîme , par le frère Wilhelm, de Stuttgard, etc.)

Ce n'est pas l'ouvrage dont nous venons de donner le litre que nous signalons comme ridicule, mais les discussions théologiques dont il fait la satire.

Ce frère Wilhelm, de Stuttgard, était Wilhelm Holder, et non Hol- (terer, comme les jésuites l'appelaient, natif do la petite ville de Marbach (Marpacus), dans le Wurtemberg, abbé de Mulifont ou, .selon

{1} L'auteur de l'article Mainibourgde la Biographie universdle (M. Weias) dit qu'il lui eCit été facile d'allonger cet article de différentes anecaotes, iii la <>ource n'en avait para suspecte. Nous ne savoiiâ si ces imroles sous-enlendent l'anecdote du ftermon dont il s'agit ici , dont la source eM un récit fait ikir Antoine Amauld ; il est certain que, depuis raffaire du plaidoyer d'Arnaula le liera contre les jésuites , ceux-ci portaient une haine mortelle à toute la umille Arnauld, et le grand Amauld ne cessa jamais de batailler, soit comme membre de la fomille, soit comme janséniste, contre la société de Jésus. Cependant il n'est pas vraisemblable qu'il ait complètement inventé l'aoecdota du sermon sur les chiens.

(2) Cetoavrage, malf;ré quelques éditions postérieures (Lipsia, 1677, in-4; Tubînge, 1688, in-8), n'tst pa« commun.

d'ftiKtres, de Maulbnin, curé de la cathédrale de Siuttgard, superintendant général, etc. (1)

C'était un homme d'un esprit à la fois mordant et jovial ; il a voulu, dans son ouvrage, se moquer de certaines opinions qui poussaient l'interprétation des dogmes jusqu'au ridicule ; il s'est plus particu- Nèrement occupé du dogme de la transsubstantiation.

Il écrivait versjla fin du XVI* siècle, et Ton n'ignore pas qu'à cette époque , où les querelles théologiques étaient si vives et si sérieuses, les passions ne reculaient devant aucun excès de paroles, et que les honunes les plus graves approuvaient par esprit de corps, et même appuyaient de leur autorité les exagérations les plus ordurières; aussi la satire, non-seulement violente, mais grossière de Wîlhelm Holder, est--elle précédée par une préface du consistoire ecclé.siastique du duché de Witlemberg, signée par quatre membres de ce consistoire.

Avant d'entrer en matière sur le rat dont il s'agit , Holder nousi présente un volumineux préliminaire intitulé : Pehtorium exhortatorium pro resolutio super grossis quibusdam dubietatibus ei çuœs' iionibus, eU.^ super sacramentum bapiismi ex variis et in evcksià romand probatis aucloribus, compilatum et comportatum in gratiam et honorent myocephalarum quorumdam Ingolstadii , mures ejcenterantium , unà cum prœvio proloquio responsiio et respective rrprehensivo sive petulantiœ jesuiticœ repressivo , pro mure exenterato per fratrem Wilhelmum, etc. (Péliloire exliortatif pour la solution de certaines questions et doutes énormes, etc. , au sujet du sacrement du bajptême, recueilli d'après des écrivains nombreux et approuvés par rflglise romaine ; publié pour l'honneur et Tagrémeut de certains myocéphales d'Ingolstadt, éventreurs de rats, et précédé d'un prologue répondant, et respectivement répréhcnsif ou répressif de la pétulance jésuitique , en faveur du rat éventi't» par le frère Wilhem , etc.)

L'auteur débute dans ce prologue par une sortie contre les jésuites, dans laquelle les qualifications d'ànes, de chiens, de cochons, de stupides et de bêtes, ne sont point épargnées : c'est l'objet d'un premier chapitre.

On peut s'assurer d'ailleurs, par l'inspection des titres d'une foule de libelles de cette époque disputeuse , que ces épithètes grossières n'étaient ménagées ni d'un côté ni de l'autre.

Dans un deuxième chapitre, l'auteur recherche sur quelle autorité l'on peut s'appuyer pour éventrer un rat. Dans le troisième , il fait

(1) Wilhelm Holder n*a pas de place dans notre < Biographie universelle »; WatI le signale dans sa niographia britannica , el cite de lui plusieurs oovrages, maïs il omet le Mus exenteratns. Fischlinus a donné sa vie dans son Memoria theologoram IVittembergensium resuscitata, etc. Ulm», 1710. ivol. in^; recueil que uous n'avons pu consulter » DeTayant trouvé dans aucune de nos bibliothèque? publiques.

[ue le rat éventré revient à la vie, et mord ceux qui l'ont

irt de là pour donner de nombreuses dissertations (au nombre it dix4iuit, dont plusieui-s doubles) sur des points douteux rela-

sacrement du baptême, et recueillir tes dires et les chinions es que ses adversaires les jésuites avaient publiés sur ce sujet , riant pas , ajoute~t~il , retever ceux que ces radmes jésuites i avancés sur d'autres points , ce qui serait trop long et trop it pour le lecteur.

n, cette partie préliminaire finit avec la page 233 (de l'édition A citée); c'est alors seulement que l'auteur entre en matière on sujet proprement dit, le Rai éventré, etc. i il débute encore par un long prologue ou proœmium qu'il e à Jean Pistorius INidanus, auquel il donne les épithètes glo- ) de chandelier d'or et de lumière des théologiens. «Audio qui^

, dit-il , quod aliquot catholici sunt super vos irati , dicentas i estis doctor stercorarius , quia taiitum illa excrementa luthe-

semper in ore habetis, cum deberetis ad majora et doctrinaUa iHi ; patet tamen quod estis benë lectus circà illa lutherana :ora, et benè apparet quod estis medicus,quia libenter tractaUs lerdis atque matulis » .

nous dispensera, nous pensons, de traduire en français cet igno- ^gage.

n, page 13, nous lisons: Muê exenteratuê incipit (le Rat évenmnence).

1er se pose en premier lieu cette question : Si un rat ou tout mimai ronge ou mange une hostie consacrée, ronge-t-il ou -l-il le corps même de Jésus-Christ, et, dans le cas négatif, que t ce corps ? Sur cette question première , il se livre à une foule herches appuyées sur les dires et les opinions pour et contre léologiens les plus abondants, saint Thomas d'Aquin, Pierre ird , saint Bonaventure , Palbard de Temeswar, Ange de Glava- Uexandre de Aies et vingt autres ; et comme il s'agissait avant le connaître le sort d'une hostie mangée par un animal, de lîner sa marche dans le corps de cet animal, il entre dans quelonsidérations anatomiques, et décrit succinctement l'estomac, û digestif, l'utérus, etc.

question principale portait sur ce point : L'hostie consacrée ae-t-elle d'être le corps même de Jésus-Christ, lorsqu'un rat y a dent, ou cesse-t-elle, dès ce moment, d'être le corps de Jésus-

et redevient-elle une substance vulgaire comme avant la conon? Parmi les théologiens, les uns soutenaient la première 1, les autres la dernière.

teur examine d'abord (page 56) les arguments de ceux qui souit que le rat dévorant une hostie ne mangeait pas le corps de Ihrisf. 0'> tli^'olopH^^ns nous pnrni<;sont raî«^onnnblM : mnisvien-

— Binent ensuite (page 72) les raisons de ceux qui soutenaient la tMfle opposée, et c'est dans la bouche et sous la plume de ces derniers que nous rencontrons les expressions les plus sales et las plus ridicules.

Celte dernière opinion prévalant, on devait sévir contre le rat sacrilège, avec toute la rigueur des lois canoniques, des décrets pontificaux, etc.

Cependant, disaient quelques théologiens, il faut procéder avec prudence, dans la crainte de tcnnber sur un rat innocent. Toutefois on reconnaissait encore que, dans le doute, le prêtre pouvait exorciser le rat, ainsi que les décrets le permettent; mais, observaient certains docteurs plus subtils, cette première opération faite ainsi dans le doute, n'est-elle pas tenter Dieu?

Au contraire, si Ton était sûr du fait, et si le rat capturé pouvait être convaincu (malgré ses dénégations sans doute) d'avoir devenu le corps de Jésus-Christ, alors on devait procéder à des recherches minutieuses; et d'abord une question nouvelle et préliminaire s'âevait, savoir, si l'on devait ou non adorer l'hostie consacrée que le prévenu venait de manger, et qu'il s'apprêtait à digérer?

A ce sujet, l'auteur nous gratifie d'une digression sur les adorations diverses que l'on doit à Dieu dans diverses circonstances.

Le rat étant pris et convaincu du crime; l'adoration de l'hostie étant, nous supposons, convenue en principe et terminée, que devait-on faire?

Un archevêque, Antonin de Florence, disait (dans sa Somme théologique) que le rat devait être solennellement brûlé; mais, répondait-on, si vous brûlez le rat, vous brûlez l'hostie consacrée, c'est-àdire le corps de Jésus-Christ. Là-dessus, disputes nouvelles.

Quelques-uns voulaient que le rat fût égorgé, puis éventré, que l'hostie fût retirée de son corps et rétablie à l'usage des fidèles, après avoir été lavée et nettoyée. Saint Thomas et Marsile étaient de cet avis. D'autres ajoutaient que, si les fidèles répugnaient à avaler une hostie déjà mangée par un rat, cette hostie devait être déposée dans le tabernacle, et y rester jusqu'à ce qu'elle tombât en poussif. Cependant, comme on tenait apparemment beaucoup à ce que cette hostie ne fût pas en quelque sorte perdue sans profit, on appuyait sur la nécessité de la rétablir à l'usage des fidèles, et l'EglLse, pour surexciter leur ferveur, pour les aider à vaincre la répugnance qu'ils devaient assez naturellement éprouver, déclarait ceux qui consentiraient à consommer une pareille hostie bien plus méritants aux yeux de Jésus-Christ que les communiants ordinaires. Mais enfin, disaient quelques-uns, s'il faut autant que possible éviter de laisser l'hostie périr sans emploi dans le tabernacle, et si, d'un autre côté, malgré toutes les faveurs ecclésiastiques, on ne trouve aucun fidèle porté d'une foi religieuse assez vive pour consonuner cette hostie, le prêtre, le ministre du ciel et le représentant de Jésus-Christ sur la terre, ne doit-il pas accomplir celte œuvre de dévoûment ?

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Mais on allait bien plus loin; quelques docteurs ne donnaieut pas sur opinion à la légère. Si le rat doit être condamné, ce n'est pas, isaîeot-ils, précisément pour avoir mangé une hostie consacrée, nais pour l'avoir mangée n'étant pas à jeun, et n'étant pas pr^mré è et acte par la confession et la pénitence.

Les théologiens qui débitaient de pareilles sottises étaient certaino- UDt ridicules ; mais encore cédaient-ils le pas, ce nous semble, à inelques autres qui ajoutaient que si par hasard le rat se trouvait, vant de manger l'hostie, en état de gràce^ il pouvait être solennellelent absous.

Cqiendant la question n'était pas complètement résolue, et de noueaux cas plus ou moins embarrassants se présentaient.

Si, lors de la capture du rat, il était trop tard pour qu'on pût renmver l'hostie en substance dans son corps^ que devaiton penser? rélait id l'un des points les plus difficiles et les plus ardus de la (uestion en litige. Certains docteurs prétendaient que la substance le l'hostie avait disparu avec la sueur de l'animal. On répugnait gênéalement à admettre qu'elle avait passé par le canal dig^tif et ses iboQtissants. Malgré cela, quelques-uns, plus hardis et plus positife, idmettaient cette dernière hypothèse. Toutefois, dans l'une on l'antre )pimon, le rat était toujours considéré comme inqprégné de la subs» uce, sinon matérielle, du moins spirituelle de l'hostie; et, dans cette voyance, que devait-on faire?

k ce sajet, on citait un passage de Raymond (dans sa petite Somme) ur reucharistie : a Si êocerdos Itvet calicemy et oviir una êUrtorisaici tu calicem, consecraiUme jam factd^ ium dubitatur uirum êocerfat éebei iohim mmert^ hoc esi et stercus et eanguinem CkriêH ». teymond conduait que si le prêtre n'éprouvait pas trop de repu- ^aance, il devait tout avaler.

Ainsi devait-on faire à l'égard du rat; car c'est par là que condoaient les plus exigeants, soutenant que le prêtre devait, dans le casiNToposé, manger le rat tout entier, s'appuyant sur le passage cijewisdté de la petite Somme de Raymond, et sur l'exemple môme ie saint François, qui, disant la messe, et trouvant dans son calice me araignée , ne fit aucune difficulté de l'avaler avec le vin que le iesservant y avait versé.

J.-M. Almit.

RAPPOaT A LBHPUIUI,

Sur la publication de$ anciens poëmes français.

Sûre, Les travaux qui, de nos jours, ont mis en lumière les origines si ongtemps négligées des littératures modernes, ont montré le puisant ebsor du génie de notre nation, à son berceau, et l'andenneté de

sa suprématie. Tandis que les autres pays commençaient à peine à sortir de la barbarie, la France du nord, comme la France du midi, poiaédiit ime bu^^ue asses cultivée pour ae prêter à TexprasaioD dM noances les plus délicates du sentiment; d'innombrables poèmes y avaient pris naissance, vastes épopées historiques, gracieuses fictioDS, ingénieux récits qui, destinés à servir plus tard de modèles aux poètes de ritâlie, aux romanciers de TAngleterre et de rAllemagne, prêta» daient aux immortels diefs-d'œuvre que l'esprit français a mârquii du signe le plus éclatant de sa grandeur.

Le patriotisme de quelques érudits a mis déjà entre vos mains m certain ncHonbre de précieuses productions; mais, en rendant hommage aux investigations courageuses qui^ après quatre siècles, ont tiré de l'oubli notre vieille poésie, ne doitr-on pas regretter que tant de richesses ne soient pas plus accessibles? N'imporie-t-il pas de les répandre? Il ne suffit pas que des bibliothèques d'élite gardent les rares exemplaires de quelques publications choisies. Sur plus de cent vingt poèmes héroïques, ou romans d'aventures, que le moyen Age nous a légués, une trentaine au plus ont revu le jour; encore n'a-t-oo publié que des fragments de quelques-uns des plus notables. La France môme n'en a pas toujours eu les prémices. L'Allemagne semble, depuis quelque temps, nous di^uter le soin de nos antiquités poétiques; à Berlin, à Vienne, à Munich, à Stuttgard, on les interroge avec ardeur. Votre Majesté ne veut pas que nous en abandonnions l'étude aux savants étrangers. Rajeunir les premières inspirations de nos pères, les recueillir sous toutes les formes dont la poésie de leur ftge a su les revêtir, les transmettre à la postérité, c'est un devoir qu'il nous appartient de remplir. Laissés à eux-mêmes, les efforts individuels les plus persévérants ne suffiraient pas à accomplir cette oauvre de restauration littéraire ; soutenus de l'appui du Gouvernement, réunis sous une direction commune, ils triompheront de tous les obstacles. La protection qui leur est nécessaire, je viens la demander à Votre Majesté.

Dans une collection, composée d'environ quarante volumes, de 60,000 vers chacun, on trouverait d'abord les poèmes nationaux qui retracent les souvenirs chevaleresques de la France et de l'Angleterra associées dans l'imagination de nos pères comme dans les exploits de notre temps ; d'im côté, lé cycle de Charlemagne ; de l'autre, le cycle d'Artus. Cette première partie ne présente pas un ensemble de moins de onze cent mille vers. Elle serait suivie des poèmes de l'antiquité sacrée et profane, partagée entre les grands épisodes de la Bible et les plus importantes époques de l'histoire grecque et romaine, depuis Hercule jusqu'à Alexandre, et de César jusqu'à Attila. Puis viendraient les romans d'aventures. Enfîn paraîtraient les poèmes satiriques et allégoriques si vivement caractérisés, ceux-là dans le Rifman du Jl?nart, ceux-ci dans le Roman de la Roêe.

Une série particulière serait destinée à recevoir les poèmes moins

- er -

teudiis, hyiuiies, cantiques, chansons, fabliaux, contes, tous les hants qui sont consacrés aux sentiments religieux ou qui anqmuMni our à tour aux pasaîops et aux opinions humaines leur charme iof^ lieux ou leur moralité piquante.

Une autre série comprendrait les poèmes dramatiques, non-seulenent ceux qui offraient à nos ancêtres le sqpectacle des mystères de la teUgion ou la critique des travers de la Société, mais aussi ceux qui 'lotiraient des événements héroïques de l'Histoire, comme cette omposition surprenante que je viens de faire copier d'après les mainscrits du Vatican, et où un contemporain de Jeanne d'Arc a mis en cène le siège d'Orléans et la mission de l'héroïne.

Les trouvères ne concourraient pas seuls à l'éclat de ce monument lational. Les troubadours s'y montreraient à côté d'eux avec toute la liversité des genres qu'ils ont cultivés. L'idiome du raidi et celui du lord reparaîtraient dans leur antique rivalité, d'où la langue moderne «t sortie avec son double attribut de clarté et d'énergie. De nouveaux QStrunients de comparaison seraient ainsi offerts h la science curieuse |ui cherche la raison du langage de nos jours dans la variété des usales d'autrefois. Des glossaires français et provençaux compléteraient, n la commentant, cette pieuse restauration du génie de nos ancêtres.

Faire revivre notre ancienne littérature est un soin digne du règne «I Ton a revu i(»s entreprises et les caractères chevaleresques dont Ile fut l'expression. C'est l'esprit même des croisades qui anime les ei(vres dont nous voulons assurer la durée. Quel plus beau sujet d'éudes! Au milieu d'innombrables détails sur les événements de tous lenres, se révèlent à l'historien les mœurs d'une époque entourée de uystèros; pour le philologue se dévoile le secret des transformatioDS uccessives de notre langue ; la critique littéraire voit s'ouvrir devant ille une carrière nouvelle; quelles inspirations môme l'imagination ne iourrail*elle pas puiser à ces sources primitives, d'où sont émanées le si puissantes, de si généreuses conceptions!

Gr&ce à la sécurité que votre gouvernement a rendue à la France, e moment est venu où une active impulsion peut être utilement im- NÎmée aux travaux de l'esprit. En ordonnant la publication que j'ai honneur de lui proposer. Votre Majesté donnera une marque éclaante de sa sollicitude pour les lettres et assurera à l'éinulalion des iobles intelligences un aliment digne d elles. La plupart des matériaux iont préparés, le plan a déjà été l'objet d'un long examen-, d'habiles >hilologues, qui ont voué leur vie k l'étude de nos annales et de nore langue, m ont prorais leur concours. Ils n'attendent que i'approlation de rKinpereur. J'ai l'Iionneur de soumettre à Votre Majesté le c pn)jel dii décret qui leur en portera le témoignage.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, 8ii*e.

De Votre Majesté, Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur. H. Foitqil.

NAPOLÉON, par la grâce de Dieu et la volonté oalionale, empereur dès Français, à tous présents et à venir, salut;

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'Etat au département de l'instruction publique et des cultes,

Avons décrété et décrétons ce qui suit :

Art. l"**. Il sera publié, par les soins de notre ministre de l'instruction publique et des cultes, un recueil des anciens poètes franeàu.

Art. 2. La dépense nécessaire pour cette publication sera imputée sur les chapitres xxni et xxvii du budget du ministère de l'instroction publique.

Art. 3. Notre ministre secrétaire d'Etat au département de riustniction publique et des cultes est chargé de l'exécution du préseot décret.

Fait au palais des Tuileries, le 12 février 1856.

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