L. V. {Revue Suisse, juin j
Bigtoire des églises réformées du pays de Gei ; par Th. Claparède. 1856 ,
4n-8, 5 fr.
Voy. la « Revue critique des livres nouveaux >, juin 1856, pp. 172-73- Soisse allemande (la) et l'ascencion du Mœnoh; par M»« la comtesse Dora
d'hUria, 1856, 2 vol. in-12, 6 fr. (204)
Chez DELAFONTAINE et C», libraires, à Lausanne.
Cours élémentaire d'histoire générale, à l'usage des collèges et des écoles moyennes (histoire du moyen âtic); par J. Duperrex, professeur d'Histoire à l'Académie de Lausanne. 18o6, in-18, 1 fr. 75.
Qu^est-ce que TEpha de Zacharie? ou l'Exposition de 1851, considérée en rapport avec les principes de législation moderne; par B,'W, Newtam, 1856, in-J8, 35 c. (2U5)
Chez IIERDER, à Fribourg-en-Brisgau.
Biiéae aus .der Gegonvrart. Des Marschalls v. Saint-Arnaud Ldsen u. Charakter nach seinen Briefen und : die religiôse Bewegung in dem Geiste der firanewslschen Hccres ; von Geb. Hofraht Karl Kell. 1856, gr. in-8 de v et i?}6 pages, 4 fr. (20(5)
Chez KAISER, libraire, à Luceme.
J^Bcerne et les environs du lac des Quatre-Cantons, avec une description spéciale des monts Righi, Pilatc et St-Gothard. Itinéraire pour les lieux classiques de la Suisse centrale. Avec (5) vues (lithogr.), plan de Luceme et une carie avec panoramas du Righi (in-fol., lithogr.). 1855, in-8 de viij et 196pages, 3fr. 35 c. (207)
Chez KESSM AN, libraire, à Genève.
FflBiMei poètes de k Fnnoe; par Henri BUtnoakt. 1S56, in-32, nlié ei toile dorée, 3 fr. 50. (306)
Chez Ch. LEIDECKER, libraire, rae de THôpital, 13, à Neuchâtel.
Allduûu Recueil de chants sacrés, à une et à plusieurs Yoix, extraits dei œuTres des grands mattres anciens et modernes, et publiés avec le texte original, traduction française et accompagnement de piano ; par Théodtn Paul. Paris, et Lausanne, 1856, in-8, 10 fr. Vov. sur ce volume une note signée N. dans la « Revue suisse >, février
1R56,' pp. 151-52.
CarolÎBe Perthès, ou l'Epouse et la Mère chrétienne ; par M. Ch. Matmard,
1856, in-18, 2 fr.
Frédéric Perthès, orphelin sans fortune, fonda à Hambourg, au commeottment de notre siècle, une librairie de détail qui prit une exliime împortaBoe pour tous les pays du Nord ; proscrit comme ennemi de l'Empire françns pour avoir pris uiie part active à l'affranchissement de sa patrie, il refit ane seconde fois, pendant la période de la Restauration, sa fortune oitimmeDt détruite par la seconde occupation de Hambourg, en 1813. Plus tard, il s éCabit à Gotha comme éditeur, et c'est à lui qu'on doit la publication d'm grand nombre d'ouvrages capitaux dans le domaine des sciences historiques en particulier. IVrlhès "compta il parmi les représentants les plus honorables et les plus actifs des princi|>es constitutionnels en Allemagne. Un de ses fili, profes^ieur h Bonn, a écrit une biographie détaillée de son père, très intéressante pur les lumières qu'elle répand sur Tétat de TAllemagne pendant le premier tiers du X1X« siècle, et par le grand nombre de personnes distinguées avec lesquelles elle met le lecteur en contact.
Mais de tous ces portraits variés, le plus intéressant à tous égards est celui de madame Perthès, fille d'un homme célèbre comme auteur d'écrits rolikîicux, jpleins d'esprit, de fantaisie et de bon sens, Mathias Claudius^ le M«v(!Miger de Wandsbwlc (1). Un collègue du professeur Perthès, un homme qui a connu avec une rare intimité les devoirs et les affections de la famille, i\ 0» ridée (iMîUH'use pour l'Allemagne comme pour nous), de rapprocher en l(^ unissant par le Gl d'un récit rapide, les passages de cette grande biographie, et surtout les fragments de lettres ou se peint le cœur naïf et plein d'amour de Caroline Perthès. C'est un pendant bourgeois au bel écrit de M. Guizot sur lady Russel. Un caractère aussi profond qu'harmonieux se peint lui-même dans ces lettres pleines d'imagination et de verve, où le langage do la pure tendresse paraît si spirituel. C'est une bonne connaissance à faire; les lecteurs de ces pages trop courtes réprouveront comme l'a senti leur rédacteur.
Un appendice de quarante pages renferme une courte appréciation de Claudine, et la traduction de quelques-uns de ses meilleurs morceaux, de ceux qu'aimait à répéter le pasteur Manuel. S. {Revue Suisse.)
EKmCBtt d^instnietion drique et de droit public du canton de Vaud; par Ferdinand Lecomte. Lausanne, 1855, in-12 de 550 pages.
If citons plus bas un ouvrage de M. L. Bornet sur l'instruction civique
b canton de Fribourg. L'auteur d'un travail destiné à remplir un but
ne dans un canton voisin, M. Ferdinand Lecomte, rédacteur du Nùu-
.wmdois, s'est attaché, au contraire, au détail des lois positives et a
'* des institutions vaudoises. La partie générale , restreinte rigoureu-
4i roi des prindptux oimHin d« UiMeàm c
«ement à l'étude des diverses formes de gouvernemenU et aux droits et devoirs du citoyen comme tel, ne comprend que 80 pages, tandis que 188 paçes sont consacrées à Thistoire des institutions de la patrie de Vaud depuis les temps les plus reculés. Une troisième partie contient l'analyse détaillée de la Constitution vaudoise et des lois organiques par lesquelles elle passe dans la pratique (150 pag.); enfin la dernière résume en lUO pages la oouTelle CoDstitulion fédérale et les principales lois en vigueur.
Exposé Idstorique de l'état de l'église réformée des Pays-Bas, présenté aux églises réformées do la France et de la Suisse française , par l'église wallonne. Neuchàtel, 1856, in-8 de 70 pages. Ce petit écrit renferme une très grande quantité de faits, qui en rendront
Seut-Mre la lecture difficile aux personnes peu familières avec cette partie e l'histoire ecclésiastique. Nous aurions désiré que ce travail fût plus développé, afin qu'il eût plus de lecteurs; nwis, tel qu'il est, il mérite de fixer l'attention des esprits sérieux ; ils trouveront dans ce tableau, danssa forme, dans son style, dans les jugements portés par l'auteur, l'expressioa la plus vraie et la plus complète que nous connaissions de l'esprit hollandais, et surtout de l'esprit qui a régné dans les églises wallonnes.
Ces pages respirent une douceur sérieuse ; elles sont le reflet d'une âme qui a beaucoup étudié, beaucoup réfléchi, beaucoup vécu et qui ne se laisse jamais arracher à son calme. Il y règne une impartialité qui ne peut venir que de la charité et d'un grand amour de la vérité ; mais peut-être cette impartialité et cette charité sont-elles poussées un peu trop loin. A force de vouloir être juste et charitable, l'auteur ne voit pas assez toutes les conséquences f&cheuses qui peuvent résulter et oui résultent déjà des diverses écoles théologiques qui divisent l'église de Hollande.
Nous souhaitons aue V Exposé hUtorique trouve beaucoup de lecteurs , tant dans 1^ églises ae la Suisse que dans celles de la France, afin que nous apprenions combien nous avons encore à gagner pour avoir au milieu de nous une vie vraiment théologique, large et chrétienne , qui aborde toutes les questions sans crainte, sans esprit de parti, ne voulant que la vérité, ne s* arrêtant pas à la surface des choses, mais pénétrant jusqu'au centre. Ce n'est qu'en se retrempant dans des études sérieuses et profondes que nos églises réformées se rajeuniront , continueront la réforme, en s' affranchissant toujours plus des symboles, en comprenant toujours mieux les saintes Ecritures, ces sources de la vérité, règle infaillible de la vraie foi et de la vraie vie. y {Revite Suisse),
Feuilles volantes, poésies par Auguste Ramus. -~ N^ I. La Langue. — No II. La Métromanie. — N» III. Les Femmes politiques. — N» IV. Un corps sans âme. A un jeune homme triste. Neuchàtel, 1856, 4 livr. in-8. Prix de chaque livraison : 20 c.
Les Feuilles volantes sont des épîtres en vers, ou, si l'on veut, des satires écrites sans personnalités et sans esprit de parti. L'auteur se place simplement au point de vue de la morale et du bon sens pour rire ou pleurer de quelques-uns des travers de la société, et pour attaquer vigoureusement quelques-uns de ses vices les plus choquants; il trouve souvent, dans la smcérité et la profondeur de son sentiment, des accents qui émeuvent et des traits qui portent coup. Les vers, quelquefois très heureux, sont toujours très faciles et rendent cette lecture agréable.
Flore fossile des environs de Lausanne; par M. C-F. Gaudin et Ph. de La Harpe. Neuchàtel, 1846, broch. in-8.
Héritier de Reddiffe (!'). Neuchàtel, 1855, 2 vol. in-12, 5fr. 50.
Matin delà Vie (le). Notice sur Bessie A.... (Trad. de l'anglais). 1856,
in-18, 1 fr. 50.
C'est une courte notice sur la vie d'une jeune irlandaise que ses probes
i^AexiODf aiMoèrait de bonne heure h se séparer da cntholloiiaMp qak tm-
aacra sa vie à Dieu, avec une ferveur puissante , et qui mounit peu de temps après un mariage fait pour lui donner tout le bonheur dont notre tene est capable. Miss A... était la pupille d'un célèbre prélat catholique irlindaii, qui se conduisit avec beaucoup de délicatesse envers elle à l'occasion de 9oa coangement de religion, et dont la mort fit comprendre que lui-même ayvt fini par subir l'ascendant d'une conviction énei^que. Si ces pages étaieel une notion, elles soulèveraient bien des critiques; mais il ne £aul y chotchv que l'imuression sincère laissée dans le cœur d'une amie par une ënÛDcate personnalité. Elles excitent un vif intérêt, comme tout ce qui est vrai, et si fenthoasiasme qu elles respirent nous déconcertait parfois, il fondrait nm» en accuser nous-mêmes, plutôt que celle qui a rédige oes souvenirs pleins d^êlévation.
Récita et Tableaux de la vie sonabe: par M»<» Ottilia Wildermutkf induction de M. J. Parchat. iai6, in-lB de 4aâ pages, 3 fr. 50. Revue Suisse. Dix-neuvième année. Tome XIX (Année 1856). 13 janvier l5-3uiilet 1856. Neiichatel, au bureau delà « Revue Suisse * librairie de Charles Leidecker, rue de l'Hôpital, 7 numéros in-8, paginés 1 à 500. Il parait trop de Revues en France pour que celles qui se publient à l'étranger puissent compter même sur une simple annonce ; ce serait s'exposer à établir des concurreu'-es à des Revues françaises. Aussi le recueil que nous annonçons ici, quoique parcourant sa dix-neuxième année, n'a-t-il jamais étp cité, quoiqu'il soit répandu parmi nous.
La Reoue Suisse parait le Iode chaque moispar li\Tiaisons de 4 à 6 feuilles. La collection d'une année forme un beau volume de 50 à 60 feuilles, soit de 800 pages au moins.
Prix de l'abonnement : Pour toute la Suisse : 10 fr. pour un an ; 6 fr. pour 6 mois, franc de port. — Pour la France, la Sardaigne, l'Allemagne et 1 Angleterre : 13 fr. par an, et 7 fr. pour 6 mois, franc de port.
Les abonnements datent du l^r janvier et du i^r juillet. Il ne peut être pris d'abonnements pour trois mois.
Sommaire des six premiers numéros de 1856 :
15 janvier. L'Utilité des études littéraires; par M. E, /Jamftert.— Le Jura, sa pbysionomie. Théorie de M. Thurmann, par M. Ed. De*or. — Antoine de Tilfier et son Histoire de la confédération, pendant la période dite du progrès: par M. Monnard, — La Nuit au Cliapiu ; par M. Charles Dubois. — La Sagesse, poésie par If.-F. Âmiel. — Chronique de Paris (par M. M^ Olivier). — Chronique suisse. — Bulletin littéraire : 1^ Matin de la vie.
15 février. Le Tréporl; par M. F. BerlUoud, — L'Atmosphère; par f^arto Kopp, —La Trient; par M. (7t. Dulwis, Première partie. — Sur l'Histoire du comté de Gruyère, composée ï^ur des documents orifîinaux et précédée d'une Introduction par J. Hisely; par F. — La dernière Rêverie de la jeune fille; par M. 7/.-F. Amiel. — Chronique de Paris. — Chronique Suisse. — Bullelm littéraire : Recueil d'antiauités suisses, de M. le baron G. de Bonstetten; par E.-ll. G. [E.'H. Gauilieur']] Alléluia, recueil de chants sacrés, de M. Tnéodore Paul ; par .V.
15 mars. De l'état présent de l'Histoire de Neucbàtel; par M. H. JacoUet. — Le Trient; par Ch. Dubois. Deuxième partie. — Les Tremblements de terre; par Cli. Aop^. — Chronique de Paris. — Chronique Suisse. — Bulletin littéraire : Flore fossile des environs de Lausanne, de MM. C.-F. Gaudin et Ph. de La Harpe, par M. E. D. [Ed. Desor].
15 avril. L'Icarie en Aménaue ; par M. Vict.Duret,^ Le Trient; par M. Ch, Dubois. Troisième (et dernière) parlie. — Le Droit public fondé sur l'Histoire, de M. Bluntschli ; par L. VuiUcmin. Première partie.— Chronique de Paris. — Chronique Suisse. — Bulletin littéraire : Exposé historique de l'état de l'Bglise réformée des Pays-Bas.
15 mai. Neaohàtel au dix-septième siècle, ou Mémoires inédits de Jacques de Stavay-Mollondin; par M. É.-ff. &alùmeiir, — Le Droit public fondé sur THistoire, de M. Bluntschli ; par L. VuUlemin. Deuxième partie.^Qa*eD petfoe-t-cdle? trad. de mistress Beecfur-Stowe. — Pbéàîe. Souvéfaîr; për A. Ecoffey. — Sur « les Femmes poètes de la France », dé M*. H. filanvalet ; par u^'F. A. — Cet article de critique a été reproduit dans < le Quérard > d^ cette année* pp. 309-17. — Chronique de Paris. — Chronique Suisse. — Bulletin littéraire : Sur < Caroline Perthès », de M. Ch. Monnard.
15 juin. L'Année de la misère. 1816 (Nouvelle); par M. Lmiie Favtat, Première partie. — Le Mosaïsme et les religions mythologiques ; par M. Charletr Secrétan. — Henri Heine ; par M. Maœ. Buchon. — Chronique de Pnris. — Chronique suisse. — Bulletin littéraire : sur les CEuvres d'Adolphe Lebre, recueillies par M. Marc Debrit; par L. V, ; sur l'ouvrage intitulé : Du Beau dans la Nature, TArt et la Poésie, par Adolphe Piolet ; par L. K.
15 juillet. L'Année de la misère. 1816 (Nouvelle); par M. Louis Favart. Deuxième et dernier article. — Le Droit public fondé sur l'histoire de M. Blunlschi, par L. Vuillcmin. Troisième et dernier article. — Un mot sur notre connaissance actuelle du système solaire; par M. Kopp, — Chronique de Paris. — Chronique suisse.
Ainsi que nous Tavons dit au commencement de cette note, M. Juste Olivier est Tauteur de la Chronique de Paris ; la Clirooique suisse est signée: S.
l^olette (en anglais Heartsease); par l'auteur de < l'Héritier de Redcliffe >.
1856, 2 vol. in-18, très compactes, 6 fr.
< Parmi les nombreux romans chrétiens ou voulant l'être, qu'une aimable » industrie emprunte à la littérature saxonne, Y Héritier de Redcliffe et Vio- > lette nous semblent jouir d'une éminente supériorité > . {Revue Suisse.)
Chez Ch. MARCHAND ET Ce, imprimeurs à Fribourg.
Cours gradué d'instruction civique. Manuel de la famille et du citoyen; par Louts Bomet, professeur de littérature à l'école cantonale de Fribourg. 1856, in-12 de 250 pages.
Cet ouvrage est divisé en six séries de leçons, accompagnées de questions à poser par le maître. La première série est consacrée aux devoirs de l'enfance ; la seconde est une morale générale ; la troisième, qui ouvre un second cours, a pour objet les devoirs sociaux et traite de la religion, sans entrer dans le fond même du dogmo chrétien « où la lumière religieuse brille plus pure que jamais» (p. 74). La quatrième série roule sur les droits et les devoirs qui se rattachent à la propriété; la cinquième expose des principes généraux sur TËtat; enfm la sixième et dernière , esquisse dans cent pages assez courtes les Institutions fédérales et celles du canton de Fribourg.
Comme on le voit, l'auteur s'est attaché surtout à la partie philosopnique, aux généralités. (210)
Chz Ed. MATHEY, éditeur, à Berne.
Recueil d'anticpités suisses; par M. le baron G. de Bonstetten. Berne (Mathey), Pans (Grassart) et Leipzig (Georg), 1856, gr. in-fol., avec 28 planches du même format, coloriées à la main. (Prix, cartonné : âO fr.) Voyez sur cet ouvrage une note de M. E. H. (Gaullieur) dans la « Re-
Tae suisse», février 1855, pp. 150-51. (211)
Chez Hél. RAEMY, imprimeur éditeur.
Traité d^agiicéllim vntMoa ; par A. Roemy de iSartigny, anci^au !^r4C^« 1856, in^. ^"^^
Cbex Théodore STBINIIAUSSEN, libndn-édileor , à .....^
et se trouve à Pftris chei Benj. Daprtt, r. d« Clottre SaînVBeaolt^ 7.
Gnamùre torque ooorte et fjMâle, à riuage des étnugen, militaires, eoniiierçaDt8,etc., eo Turquie. Suivi d'un Vocabulaire oontensot les moto la plus nécessaires, et d'un Guide de Conversation en turc^ français, anglab et italien, auquel on a ajonté des lettres, des fables, des anecdotes et dei nroverbes en turc et français; |Mr Charles Viotte, (De Pimpr. de F. A. Brockhaos, a Leipzig). Uermannstadt, Théo. Steinnaussen et Leipzig, F. A. Brockhans, 1856, in-18 de ix et 277 pages, avec une planche contenant une table alphabétique des diiïéientes sortes d'écriture torque (5 fr., cartonné).
Pour la Grammaire, les mots turcs sont transcrits en caraclh'es européens.
Le rédacteur en chef, gérant :
J -M. QuÉaAA».
Paris. — Imprimerie de Domtissom el C«, rue Coq-Héron, ï.
LE QUËRABD.
HISTOIRE LITTÉRAIRE
Album du iédacteui du Quéiaid.
La venue du Quérard, au commenœment de 1855, a été saluée avec une bienveillance qui nous a d'autant plus flatté qu'elle était l'expression de vrais bibliophiles, et que la camaraderie n'y entrait pour rien. Nous citerons les noms des complimenteurs :
MM. Adr. Sterckx, dans VObseriatfur beige, \k février 1855.
Aug. Scheler, bibliothécaire de S. M. le roi des Belges, dans le Bulletin du hibliophile belge, en 1855 et 1856.
Revue des Deux-MondeSy 1" avril 1855.
Le docteur Petzholdt, bibliothécaire de S. M. le roi de Saxe, dans tous les numéros de son excellent Anzeiger fur Bibliographie, depuis l'apparition du Quérard.
S. de Sacy, dans le Journal des Débats, du 12 juillet 1855.
Taxile Delord, dans le Charivari, numéro du 14 juillet 1855, article spirituel et facétieux comme tout ce que cet écrivain fournit à cette malicieuse petite feuille.
Le docteur Hoffmann, de Hambourg, dans la Staats und Geleherle Zeilung des Hamburgischen Correspondanten , n<>* des 15 février, 29 mars, 5 juin, 3 août, 17 nov., 29 déc. 1855; 5 mai 1856; et dans les Hamburger Lilterarische und Kritische Blaetter; deux articles, le dernier du 9 juillet 1856.
U. Capitaine, dans la Meuse, journal de Liège et de la province (journal quotidien fondé cette année), n*du 25 mars 1856.
Ne voulant pas suivre la route battue par trois ou quatre de nos confrères eu bibliographie, nous avons fait depuis trois mois un changement de conversion qui nous permet d'être nous^ el de v\^\\K\^\ l'enseigne que porte notre journal. Nos lecteurs t\aus ot\\ «ç^x^xnn^^
cl plusieiu's uous prumetleiil même leur bénévote «oopératiou. si nous persévérons dans cette voie. GontinttooB donc «ittsî.
Voici de nouvelles approbations à notre voie actuelle :
Mon cher ami, je suis toujours votre abonné tiaturcU ordinaire eteztnordinaire pour toutes vos publications.
Je lis votre journal avec un vif intérêt, et je vois que vous gagna di terrain dans ce grand désert de la bibliographie, où le sol aride prodoiti peine des pommes de terre. La note que vous avez mise à Toccasion de U mort du ministre m'a serré le cœur en me rappelant une des plus grosses injustices de ce temps-ci ; mais que voulez-vous? il est arrêté, en principe ministériel, que les bibliothécaires ne sont pas des bibliographes; les chois allaient de même sans doute avant la Révolution, puisque, comme le et Beaumarchais, il fallait un calculateur, et ce fui un danseur qu'on cboisiL Vous protestez contre cette énormité en publiant de bons travaux : le meilleur serait encore une secom le édition revue, et augmentée, de votre « Fnooe littéraire >. Quant à «l'Encyclopédie du bibliothécaire», c'est tout un monde, et le jour des créations n'appartient qu'au bon Dieu. Je pourrai, si vous If désirez, vous envoyer quelques extraits curieux de manuscrits bibliognphiques de TÂri^enal.
Croyez à mes sentimenU bien dévoués,
Paul Lacboix, bibliophile Jarob.
Mon cher monsieur Quèrarcl,
Permettez-moi do vous léliciter de la direction nouvelle que \oïïs ssn donnée à votre recueil.
Depuis deux numéros, c'est-à-dire depuis que U Quérard est devetfl presque exclusivement un recueil de critique et de bibliologie, il a pri- «in intérêt bien précieux pour nous autres, genb de lettres.
En donnant le titre des ouvrages importants seulement, et en laisaot la longue kyrielle des publications courantes au « Journal de la librairie» iii réservé une place meilleure nux tra>aux bibliographiques et, croyrt4e. «lo succès futur e?t là.
Mille coinpliments affectueux,
Albert de la Hizeliuk.
31 juillet iSri(î.
Nous pourrions ajouter un trt^s bionvoillant article, qui peut être placé à côte do celui de M. S. de Sacy (Journal des Débats, du 12 juillet 185r>) que M. Jules Lecouile a donné au feuillolon deYhdépendancr heUjr, du '1 août 18r>f). M. Jules Lecomte aime les trsvailleurs h()noral)les et consoicncieuv : nous avons été «issez heiimix pour que uns publications lui inspirassent de l'intérêt, et il a tenu à \v prouxJT. Nriiis l'en remercions, avec d autant plus de cœur, que la pre:-s" pari^irimr iiou-^ a peu pfàlé par les éloges.
JEAfi^PAIIIi UJkSUkV.
Monsieur,
Je reçois toujours ayec reconnaissance et je lis avec grand intérêt les numéros du Quérard que vous avezla bonté de m'adresser. Il y a longtemps que je me propose de vous envoyer à mon (our quelques documents dont vous puissiez fiîire usage dans ce journal. La notice bibliographique sur Charlotte Corday, insérée dans votre dernier numéro, m'a suggéré l'idée de vous communiquer un petit travail sur Marat, coolenant certains détails entièrement inédits, et que j'ai recueillii depuis plusieurs années k Neuchâtel et à Genève. Cette notice, dont je vous envoie une épreuve qui vient d'être tirée , est destinée à la Retme Suisse, mais n'y a point encore paru ; votre journal en aura donc le.^ prémices, dans le cas où cela vous agréera. Je ne me flatte point que vous Tinsériez en entier, mais peut-être en eitrairez-vous quelques détails qui intéresseront vos lecteurs ; en un mot, faites-en ce que vous Tondrez.
Je n'ai point perdu l'espérance de vous présenter bientôt quelque travail plus digne de vous être offert. Mais, en attendant, je vous prie de voir dans renvoi que je vous fais aujourd'hui une preuve du vif intérêt que je porte à vos publications, et de la haute considération avec laquelle je suis , Monsieur,
Votre dévoué ,
Félix BovET , bibliothécaire.
Neuchàtel, 5 août 1856.
Mon intention n'est point d'écrire une notice biographique complète sur Jean-Paul Marat, notre compatriote de très redoutable mémoire, — moins encore d'essayer un jugement sur cet homme étrange, ou une appréciation quelconque de son caractère. On n'a déjà que trop discuté les héros de cette sanglante époque ; les accuser oo les défendre commence à devenir également superflu. Je me propose seulement de faire part aux curieux de quelques renseignements sur Marat, peu connus jusqu'à ce jour et que j'ai recueillis pour la plupart dans les lieux où il est né et où il a passé sa jeunesse.
Je l'appelais tout à l'heure notre compatriote ; cette qualification n'est point absolument exacte; quoique né à Boudry, Marat n'a ja- Diais été citoyen ou sujet neuchâtelois, et il est difficile de lui assigner une patrie. Genève et NeuchàteK la Sardaigne, la France et l'Espagne, peuvent se disputer ou se renvoyer l'honneur de le compter au nonibrc de leurs enfants.
Les Mara en effet, — car telle est la véritable orthographe de ce nom , et l'Ami du peuple est le seul membre de la famille qui Tait francisé en y ajoutant un / , — les Mara étaient d'origine espagnole et vinrent s'établir à Cagliari en Sardaigne, on ne sait à quelle époque. L'un d'eux, le docteur Jean Mara , appelé par erreur Jean-Paul dans im acte que nous citerons tout à l'heure, et fils d'.\ntoine Mara , ayant abjuré le catholicisme, fut oblipfé de se retirer à Gew^N^ w\ \V
eierça la médedne; il y fut reçu kMtami, \el mars 1741, en faisant à la bourse italieooe et au sermenl, et épousa mie Géoevofae,
W* Louise Cabrol.
Mais il ne séjourna pas longtemps à Genève, et vint s*Aablîr à Boh dry. dan'« le comté de Neuchàtel : il y habitait au bas de la ville UK maison modestp, d*antique apparence, qu; l'on voit encore aajoord'hui e>itre l'auberge du L'on dTOr et le Bureau de la préfecUie. C'est là que naquit son fils aîné, auquel on donna les noms de Jea- Paul et qui devint plus tard le conventionnel Marat.
On lit dans le r^îstre des baptêmes de la paroisse de Boudry. teoa alors par Jean-Jacques Sandoz , pasteur dudit lieu, et à la date de 1743:
• Jeao-Paal , fils de monsieur Jean-Paul Vara. prosélyte • de Caglmri en Sardaigne,etde ma«lanie Louise Cabrol, de Genève, rat né le S4 may.aélê batiéé le 8 Juin, n'dvdnt p«iint de pairjîn el ayant pour marraine nmàmt Cabrol, grand' mère de Tenfant >.
Marat naquit donc en 1713, et non pas en 1711 ou ilhô comme le disent tous les historiens, qui, par ime autre erreur de plume, le fbol naître à Raudry ou à Bodry^ et non à Boudr)\ A défaut de Textrait baptistère de Mnrar, que nous publions pour la première fois, ils auraient pu connaître Tannée de sa naissance par son acte de décès déposé aux archives de Tétat civil au Palais de justice de Paris , et qui dit expressément qu'il est mort le 13 juillet 179{, à huit heures du soir. âgé de cinq étante ans. Mais les historiens n'ont pas le temps d*étre si exacts, et les gens si exacts n'ont pas le temps d'écrire l'Histoire.
On voit que Jean-Paul Marat n'eut point de parrain. Son père, qui ne faisait que d'arriver dans le comté de Neuchàtel , n'y connaûisail sans doute encore personne à qui il pût demander de lui rendre ce service. Mais il ne tarda point à se trouver en relations avec de fort bonnes familles, surtout avec les ecclésiastiques auxquels le recommandait sa qualité de prosélyte. Nous voyons en effet que ses autres enfants furent présentés au baptême par des proposants et par des lils et des lilles de pasteurs. Avant d'en revenir à Jean-Paul, disons un mot de ses frères et sœurs.
Son frère puîné, Henri Mara, né en 1745, fît en Russie une carrière assez brillante, sous le nom de Monsieur de Boudry: il y fut professeur dans une école militaire impériale , avec grade de colonel : le prince Gortschakofî est un de ses élèves.
L'aînée de ses sœurs, Marie, naquit aussi à Boudry, en i74fi. Nous n'avons rien pu découvrir à son sujet.
Une autre sœur de Marat, Albertine, née nous ne savons quelle année, est morte à Paris, lue Dauphine, dans un âge très avancé.
Enfin, un cinquième enfant, nommé Jean-Pierre, naquit à Neuchàtel. 11 devint un habile fabricant d'aiguilles de montres et de compensateurs, et gagnait beaucoup d'argent ; mais la passion du jeu le dominait. IJ est mort k Carisnihe, il y a une dizaine d'années, k l'Age de
(juatre-vingt-dix ans. C'est de lui que descendent les représentants ictuels de celte famille.
Après un séjour de peu d'années à Boudry, le docteur Jean Mara vint se Gxer à Neuchàlei ; peu aisé sans doute , il s'établit dans une demeure assez chétive, au haut de la rue des Chavannes, à gauche en montant. Ses enfants allèrent au collège ; Jean-Paul y remporta des prix; mais, d'un caractère fantasque, d'un tempérament maladif, il ne sut pas se faire aimer de se:» camarades dont il devint bientôt le souffreiouleur. Le jeudi, jour de congé , les collégiens se disaient entre eux : a A quoi nous amuserons-nous aujourd'hui? Irons-nous au Mail, ou bien rosserons-nous Marat? o 11 est trihte de penser que les mauvais traitements dont il fut alors l'objet contribuèrent peut-être à l'aigrir et à irriter sa haine contre une Société dont il avait eu de si bonne heure à soulTrir les injustices. 11 conserva surtout une haine :x)rdiale pour les Suisses, ses premiers compatriotes, a Pendant les massacres des prisons qu'il avait inspirés et dirigés, nous dit M. de Lamartine dans son Histoire den Girondins, un des sauveurs de Ga- EOtte, après avoir reconduit le père et la fille à leur demeure, vint avec crainte raconter à Marat cette faiblesse. Marat pleura en écoutant ce récit : u Tu as bien fait, dit-il à l'assassin étonné. Le père méritait 0 la vie à cause d'une telle (ille! Mais quant à ces Suisses que vous D avez épargnés, vous avez eu tort; il fallait les immoler jusqu'au 0 dernier n. Le ressentiment contre sa première patrie, où il avait subi la misère et l'obscurité, ne pouvait, ajoute l'historien, s'éteindre que dans le sang de ses compatriotes ».
Un autre Neuchâtelois qui se trouva aussi mêlé aux affaires poli* tiques de la France, Fauche-Borel , commence ses Mémoires par une curieuse anecdote sur l'enfance de Marat. En racontant l'insurrection dans laquelle les bourgeois de Neuchàtel tuèrent l'avocat-général Gaudot, il y insère l'épisode suivant : « La maison de Gaudot ayant été forcée, dit-il, on la mit au pillage. Je vis jeter par les fenêtres, au milieu du tumulte et d'un vacarme horrible, les meubles, les pendules, les glaces; je vis de petits polissons , conduits par un chef de leur âge, attacher un chat tout vivant à la sonnette de la porte du magistrat, objet de la haine publique. Il me semble voir encore ce chef imberbe, qui depuis a acquis une si affreuse célébrité, exciter ce ramas de petits furieux à des violences pour lesquelles ses faibles mains étaient impuissantes.... Le lendemain se révélèrent encore plus les inclinations de cet enfant^ qui devint si horriblement fameux dans les troubles de la France vingt-cinq ans plus tard. On le vit se glisser furtivement dans le cimetière, et enlever les planches qui retenaient la terre de la fosse creusée pour recevoir le cadavre de Gaudot ; et après l'avoir ainsi comblée, se répandre, avec une sorte de joie féroce^ dans la ville. Il me semble l'entendre encore , au moment où Ton allait déposer les restes du malheureux avocat-général dan& «a.4sstnière demeure, fredonner, d'une voix de petit camYs^^^ , >s:di ^\^ ^
- *66 avait pour refrain : La terre le refusera ; la terre ne iê reeewrapm! Cet enfant, qui déjà préludait à une épouvantaUe célébrité, c'était Mabat ».
r.ette histoire serait fort bien trouvée, et on n*hésiterait pas à h croire vraie, pour peu qu elle fût vraisemblable. Mais, malgré le stn que prend Fauche-Borel de nous dire qu'il a vu et entendu tout cch lui-même, et qu'il croit le voir et Ventendre encore^ il nous est impossible de l'admettre , et nous avouons que cette anecdote par laquelle il commence son livre nous inspire fort peu de confiance pour la suite de ses récits. Le meurtre de Gaudot, en effet, eut lieu en 1761, et à cette époque-là, cet enfant, ce chef imberbe, ce p^tit eannibakj ce petit polisson qui excitait ses camarades à des violences pour lesquelles ses faibles mains e'taient impuissantes, était un grand garçoo de vingt-cinq ans. docteur en médecine, et avait depuis iongtonps quitté S'>n pays natal. Peut-être a-t-on confondu le célèbre Marat avec son plus jeune frère, Jean-Pierre, qui, en 1768, pouvait en eflcl être encore enfant; voilà ce que nous pourrions dire, si nous tenions k excuser la méprise de Fauche-Borel ; mais nous n'y tenons pas.
L'inauthenlicité de cette anecdocle nous dispense d'en rapportar quelques autres conservées traditionnellement à Neuchàtel et qui nous paraissent mériter tout ans>i peu de créance. Marat fut après sa mort honoré comme un saint et un martyr: on ne doit pas s'étonner qu'il ait aussi sa léf,'ende. Il ne passa du reste à Neuchàtel que ses premières années: il paraît avoir achevé £es études littéraires k Genève : nous avons eu sous les yeux un exemplaire du Florus Francicus du Père Berthanlt, qui lui appartenait à cette époque-là et sur lequel on lit encore encore : y.-/\ Marat, étudiant en Humamié (sic). Ce lapsus calami fait sourire et frissonner tout à la fois.
Nous trouvons plus lard Marat à Edimbourg, étudiant la médecine et donnant des leçons de français, mais déjà préoccupé du plan d'une réforme politique totale. Son premier ouvrage, les Chaînes de FEsclavagr, panit en anglais en 177 i, à l'occasion de la nouvelle éledioo du parlement d'Anî^letcrrc ; mais il l'avait en portefeuille, dit-il, déjà depuis bien dos années. Il le fil longtemps après paraître «i français, à Paris, Tan P' de la République (i).
i\) • La Patrie», journal de Paris, dans son numéro du 11 mai 1852, & publié, à propos de ce livre, la note que voici :
o Un fait bibliographique assez curieux, et qui grossirait le nombre fort considérable déjà lies pseudonymes ou des frciudesliltéraires, est signalé pir un correspondant anî^lais du vieux recueil d'antiquités et de curiosités Kit^ raires intitulé le Magasin du Geniilhon.me, recueil qui continue de panfti]! h Londres sous le même titre. D'a|»rès une lettre adressée au Gentieman$ Minazi7}p, il paraîtrait que le livre inlilulé les Chaînes de l E^claca'^, h>rp publié par Marat en 171 2, à Paris, sous son nom (in-8 de 3.Î0 pages), senA non pas Tœuvre orii;inale de Mniat lui-même, comme il le dit, m la iraduoiion d'une œuvre an<;ldi'>e com|;)oséc et publiée par lui, mais la traductioD d'un manuscrit anglais cort\m\ii\\ï\v\ê \i "^^t^V '^vw «Wi -^wtieur^ et dont la pu- M/cafîon anonyme nuraU ^\ç s>\'ivxoMnçc\\\«>>\\>^T\\^Vft,^v.^^>«^5www
Nous ignorons complètement quelle sensation fit en Angleteri>3 la première publication de ce pamphlet. Son second ouvrage, d'un genre tout différent ( De V Homme y ou des Principes ou des lois dr V influence de Vàme sur les corps et des corps sur rame), parut à Amsterdam en 1T75, chez Marc-Michel Rey, l'éditeur de Jean-Jacques Rousseau, et fut critiqué et persiflé par Voltaire dans la Gazette littéraire. Mais la réputation scientifique de Marat ne date que des travaux sur le feu, Télectricité et la lumière, auxquels il se livra de 1779 à 1788 ; il était alors à Paris et médecin des gard(is-du-corps de Mgr le comte d'Artois. Nous le voyons en 1784 profiter du séjour de Franklin en France pour soumettre un mémoire sur ses expériences de physique à l'homme qui avait ravi la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans. Nous lisons dans le journal de Franklin : « Samedi , 17 juillet, à quatre heures : «On me remet un papier d'un philosophe inconnu qui soumet à mes réflexions un mémoire sur le feu élémentaire, ainsi que le détail de plusieurs expériences faites à la chambre obscure. L'ouvrage est en anglais et d'assez bon style, quoique môle de tournures françaises. Il faut que je voie les expériences pour juger le fond».
Le bon sens prudent du philosophe américain parait s'être quelque peu méfié des paradoxes brillants du philosophe français. A cette époque cependant, la réputation de Marat était déjà européenne ; ses trois principaux ouvrages sur le feu, la lumière et l'électricité, avaient êlé^ aussitôt après leur apparition, traduits en allemand par G.-E. Weigel, professeur à l'Université de Greifswald (Leipzig, 1782, 1783, 1784), et voici en quels terme le Journal helvétique, qui se publiait à Neuch&te), rendait compte des Recherches physiques sur Vélectri^ cité : a Quand vous ne connaîtriez pas le beau travail de M. Marat sur l'électricité, le nom seul de cet habile homme, à la tête d'un ouvrage de ce genre, suffirait pour annoncer qu'il est rempli de recherches approfondies, de découvertes importantes. Je dis de découvertes importantes; car, en remaniant les sujets les plus rebattus, l'auteur a toujours l'art de s'ouvrir des routes nouvelles Jusques à lui l'élec-
ment britannique» soit par Fauteur lui-même, qui pouvait craindre la sévérité des lois.
» En effet, cmoiqae annoncé dans plusieurs publications périodiques de Londres et d'Edimbourg, à la date de 1774, lo livre anglais que Marat s'attribue n*a laissé aucone trace dans la librairie de ce pays, et personne ne se rappelle l'avoir In ni vn en Angleterre. Le Musée britannique n'en possède pa« un exemplaire. Le livre Francis porte d'ailleurs, ajoute le correspondant» tonsi les caractères d'une traduction, et le ton en est exactement celui qu'aurait pris en 1774 un partisan anglais de Wilke, tiës vulgaire quant i l'esprîi, mais très au courant des vieilles lois et des coutumes politiques, comme de la controverse courante de son pays «».
Ce fait est démenti par l'afBrmation de M. Charavay, libraire, d'avoir ac- GQîsde la bibliothèque du colonel Maurin un exemplaire de l'édition anglaise, 1774, in-4, et non in-8, exemplaire faisant partie aujourd'hui de la ^rérieuse bibliothèque de M. le comte de I^ibedoyere.
tricité était un chaos afireux, ou plutAt elle n'avait ni lois ni principes, etc. »
C'est précédé de cette brillante réputation que Blarat vint faire un séjour dans le comté de Neuchâtel, peu avant 1789. Il parait y avoir été fort bien accueilli. On s'étonnait de trouver réunis en lui, comme naguère en M. de La Condamine, un savant distingué et un agréible faiseur d'impnimptus et de vers de société. Madame d'André, morte à Neuchàte^ il y a quelques années, avait retenu tout un madrigal de M. Marat dont, par malheur, nous ne nous rappelons plus que la fin : Les Grftces oot moins de fratcheur,
Vénus a moins de charmes, L'Amour même, toujours vainqueur, Doit vous rendre les armes.
Un de nos amis^ assez versé dans ce genre de littérature, prétend avoir déjà vu ce quatrain quelque part, et assure qu'il n'est pas de Marat, lequel n'aurait fait que le réciter. Mais les vers de cette sorte ressemblent toujours à tant d'autres , qu'on ne ne peut jamais se flgurer qu'on les entend pour la première fois. Ce qui est certain , c'est que Marat ne tournait point mal les vers et qu'il eût pu concoarir en ce genre-là sans trop de désavantage avec Robespierre, Camot et les autres membres du Comité de salut public, la plupart poètes agréables, comme on sait (i).
On connaît aussi maintenant Marat comme romancier. Ln areniures du jeune comte Poiottski, conservées longtcuips en manuscrit par M"« Albertine Marat, passèrent des mains de celles:! dans celles du libraire Charavay, ensuite dans celles de son confrère Techener, d'où le bibliophile Jacob les tira, en 1818, pour les publier en feuilletons dans le Siècle, et plus tard en deux volumes in-octavo, sous ce titre propre à piquer la curiosité du public : Un roman de cœur, par Marat.
On sera surpris qu'au milieu des études scientiGques et politiques qu'il poursuivait avec tant de passion , et tout en remplissant ses devoirs de médecin , Marat ait eu le loisir d'écrire encore ce roman. Il faut se rappeler que sa puissance de travail était énorme. A une certaine époque de sa vie, lorsqu'il écrivait à Edimbourg leê Chainet de VEêclavage, il travaillait^ nous dit-il , vingt et une heures par
ri) Voici un autre quatrain de Marat , assez peu digne d'être conserré, mais dont nous pouvons du moins garantir raulheoticiié. Il se rapporte aussi au dernier séjour que Maiat fit en Suisse avant 1789. M. Neuhaos, fils comme lui d'un médecin de Neuchâtel , et père d*un des hommes d'État les plus distingués due la Suisse ait produiis, avait lu dans une société qoeloes vers railleurs à Tadresse des aames de Neucbàtel. Marat lui répondit l'instant par cet impromptu :
Il te sied bien, plat jouvenceau,
De médire des Grâces,
Avec ton fichu poil de veau
Et tes ioll«s» ^i&aK^tt&V
jour, n'en donnait que deux, el parvenait à se tenir éveillé en faisant un usage immodéré de café noir.
La vie politique de Maral de 1789 à 1793 appartient à Thistoire de la Révolution. On trouve aussi son portrait dans tous les historiens; tous ont décrit à Tenvi TaiTreuse laideur de sa ligure, sa malpropreté repoussante, le désordre de ses vêtements, etc. On pourrait soupçonner dans ces peintures quelque exagération , si l'on n'avait comme pièce justificative et irrécusable le portrait de Marat fait d'après nature par le célèbre peintre David, le plus enthousiaste de ses admirateurs. Quant à la négligence extrême de sa toilette, on peut croire que, chez lui comme chez Barrère et plusieurs autres, ce n'était qu'une coquetterie de tribun ; car nous avons une description de son salon qui semble trahir des goûts plus délicats. 11 avait, nous dit M*"® Roland , u un salon très frais, meublé en damas bleu et blanc, décoré de rideaux de soie élégamment relevés en draperies, d'un lustre brillant et de superbes vases de porcelaine remplis de fleurs naturelles, alors rares et de haut prix ».
On sait que Marat, quelque peu poète, comme nous l'avons vu, eut l'honneur d'être assassiné par une petite-ûUe du grand Corneille, et que cette mcrt fut chantée par les deux poètes les plus illustres de cette époque. André Chénier consacra à Charlotte Corday une de ses plus belles odes^ la plus belle de toutes peut-être, tandis que son frère Marie-Joseph célébrait Marat dans une cantate que M. Cherubini mit en musique. Ce ne fut point cependant Marie- Joseph Chénier, comme le dit ola Biographie universelle», qui proposa à la Convention le décret par lequel elle ordonna de retirer du Panthéon le corps de Mirabeau pour y placer les restes de Marat. L'initiative de cette mesure appartient à David.
Les honneurs du Panthéon ne sont du reste que peu de chose à côté de ceux qui lui furent rendus spontanément dans toute la France. Plus de iftiaranie^ua^re mille autels et tombeaux furent élevés à sa mémoire. On organisa des processions, on brûla des cierges, on chanta les litanies du sacré cœur de Maral. Son buste fut placé dans la salle de la Convention, dans tous les théâtres, dans toutes les maisons. Une chapelle lui fut érigée à Paris sur la place du Carrousel et subsista jusqu'en février 1795, plus de six mois par conséquent après la fin du régime de la terreur. Le culte de la Raison, imaginé par Chaumette en novembre 179 i , et celui de l'Être suprême, créé par Robespierre en 1794, parvirent à peine à faire un moment diversion au culte de l'Ami du peuple.
Félix BovBT.
SLR Ol'ELOUES AUTEURS INCONNUS.
l'Jlbbé TMUEanns be ljltai..
LAVAL O'abbé G. -P. Taictie de)^ né d'une famille noble, à Lyon, en 1763, ût ses études dans un coU^ qui a été la pépinière d*où sont sortis beaucoup de personnages ayant marqué sous le premier Empire, h FÉcole de Brienne. Tarenne de Laval était là le condisciple du jeune Bonaparte, ainsi qu'un frère, qui ayant adopté plus tard les principes de la révolution de 1789, prit du service, et fut tué sous les murs de Strasbourg, étant général de brigade, peu de temps avant la catastrophe du duc d'Enghien. G.-P. Tarenne de Laval, qui n'avait pas les goûts belliqueux, devint ingénieur de Louis XYl. A l'époque de la Révolution , il passa à Tétranger. Lorsque la fortune eut placé son ancien condisciple de Brienne à la tête de la France, Tarenne de Laval ne chercha pas comme tant d'autres à s'en rapprocher. Il était sincèrement légitimiste et de plus philosophe. Il se consola de la perte de sa position en écrivant. Tarenne de l^val a publié beaucoup de livres que personne ne connaîtra, parce qu'il se faisait un jeu de mettre chacune de ses publications sous un nouveau nom. Le secret de sa vie littéraire ne devait pourtant pas être emporté dans la tombe, car nous avions reçu de lui, sous un pli qui ne devait être ouvert qu'après sa mort, la liste de ses nombreuses publications ainsi que des masques dont il s'était ser\i. Mais Tarenne de Laval était méfiant, et la crainte que cette prescription ne fût pas religieusement observée, nous la lit reprendre. Nous devions la retrouver après lui, à notre adresse, dans ses papiers, mais elle avait disparu.
Tarenne de Laval était un homme savant et modeste, un vieillard très aimable. 11 s'était présenté à nous comme un vulgaire honoAne de lettres. Dans ses visites, il nous avait souvent parlé des prêtres avec acrimonie. Quelle ne fut pas notre surprise, lorsque nous apprîmes un jour qu'il Tétait lui-même. Rien dans sa tenue ni sa conversation ne pouvait donner à le penser. 11 était entré dans les ordres à l'âge de soixante ans, pour étudier de près la caste prêtre contre laquelle il composait un ouvrage qui ne devait être publié qu'après sa mort, afin de ne point avoir à souffrir des haines des hommes à soutane que cet ouvrage devait lui susciter. Avant d'entrer dans les ordres, à soixante ans, Tarenne de Laval avait eu le temps de beaucoup écrire et sur des sujets bien opposés, à en juger par quelques ouvrages de lui que le hasard nous a fait connaître, et que nous allons rappeler ici. Ainsi, ayant voulu, à la fin du siècle dernier, mettre sur la scène française les mœurs domestiques des Grecs, il composa et fit recevoir une pièce en un acte, '\ïi\\\.\\\4^ É»opf ç.ht% Xantus. Ta-
renne de Laval, qui voyageait beaucoup, et qui était souvent dans les châteaux de ses amis, partit presque aussitôt que sa pièce fut reçue, et resta plusieurs années absent. La pièce, au bout d'un certain temps, fut communiquée à un jeune homme devenu célèbre depuis, qui vrai* semblablement la retoucha, et, le véritable père ne se représentant pas, elle fut jouée avec succès, sous le nom de M. de Martignac. L*auteur revint assez tôt pour pouvoir lire encore l'annonce de sa pièce sur les affiches de théâtre, mais il ne songea point à en réclamer la paternité. Que fit Tarenne de Laval tant que dura l'Empire et le règne de Louis XVlll ? il vécut selon toute apparence de la vie de rbomme de lettres. C'est vers la An de ce dernier règne qu'il entra dans les ordres, et fut nommé sous Charles X aumônier des cuirassiers de la garde ; mais la Restauration entraîna l'aumônier dans sa chute. Tarenne de Laval fut, sous le gouvernement de Louis-Philippe, attaché à la paroisse de Saint-Louis-en-l'lle, position précaire qui l'obligea de nouveau à écrire. C'est à cette époque que nous le connûmes, et qu'il publia deux ouvrages, le premier, intitulé : Exercices littéraires et philosophiques, à l'usage de la jeunesse, ou Compositions graduelles et variées sur l'étude, l'histoire, les sciences, la morale, la philosophie et les usages des différents peuples de la terre ; par une Société de gens de lettres. Seconde édition. Paris, v^ Le Normant, 1834, in-8. Nous ignorons la date de la première édition. Le second, d'un genre tout différent, est le Pâtissier à tout feu, ou Nouveaiut principes économiques de pâtisserie à l'usage des dames, etc. ; par un pâtissier retiré. Paris, Audot, 1838, in-12. Seconde édition, considérablement augmentée, sous les initiales de G.-P. L. (celles du nom de l'auteur), ancien pâtissier retiré. Paris, le môme, 1838. in-12, avec 6 grav.
Pour donner une jubte idée de la variété des sujets que traitait Tarenne de Laval et de sa passion pour les pseudonymes, nous ferons encore connaître deux ouvrages pour lesquels il a cherché quelque temps un éditeur, mais qui sont restés inédits : L Ancien et le Nouveau Testament ; par un philosophe. A la philosophie qui ne ve*jt dans ses recherches et ses travaux d'autre boussole que la Vérité. Cet ouvrage devait former un in-12 de 120 pages. — Théorie des rentes à fonds perdus, ou Moyen facile de se procurer, pour soi et ses héritiers, des rentes très élevées sur hypothèques, sans déroger à l'intérêt légal de 5 pour cent, ni transgresser les préceptes de l'Église. Ouvrage utile aux familles, aux tuteurs, aux célibataires, aux curés^ aux fabriques, aux communes et à toute société civile, politique, militah*e et religieuse; par une réunion de mathématiciens ecclésiastiques. Cet ouvrage eût formé un volume in-8 de 25 à 30 feuilles. Nous venons de citer quatre ouvrages qui ne se rapprochent guère par le genre, tous quatre sous des masques différents. La brochure publiée par M. Dupin aîné, intitulée a Jésus devant Caîphe et Pilate, ou Réfu« tation du chapitre de M. Salvador, \nU\»M \ V^sgi^^ê^^^^KS^^sssss^-
— 4Ti —
tioD de Jési»», fit prendre le plume à Tarenne de La¥d, qui pOA
dans un journal quotidien, nous ne nous rappelons plus lequd.on long article intitulé Examen de la s^nt^nce d^ Pihie. qui fil sensation.
La lettre suivante fait connaître les projets qu'avait formés Tarenne de Laval dans les dernières années de sa vie, au sujet de deux de ses plus importants ouvrages, projets qui n'ont p(»ntreçu d'exécatk».
2 mai 18f 0.
La citation de VFTan:en de la $effUnee de PilaU se troa^e à la Go (fe mon article biogrsipbiqae ri). C'est le mpplément du 2 juin 1839 {dima^ che). Je n'oserais pas le denuioder, même en payant; mais je suis persuadé que le rédacteur du journal le donnera volontiers h M. Quérard, comme bibliographe, s'il en reste quelque» eiemplaires.
Je ne peux trop engager M. Qnérard à ne pas jouer sa bonne fortue avec ses calculs sur la vie et la moi t. Ce jeu pourrait lui laisser des regrets inutiles, et je sais que nous n'avons pas un instant à perdre. L'eseentiel est de commencer et d'avoir entre nous un petit traité. L'ouvrage en qoestîoo(2} ne peut être imprimé en moins de 4 à 5 mois, en tirant une feuille par jour; et malheureusement mon usage es', de mourir subitement trois ou quatre fois par an. l^ perte de mes -^5,000 fr. (3) m'a fait mourir deux fois cet hiver. Si j'en suis revenu, c'est par miracle, car on m'a assuré que j'étais bien mort. Il ne faut pas se fier à ces fredaines. A propos de cela, je dirai à M. Quérard que j'ai remis mon voleur entre les mains du procureur du roi, il y a un mois ; stm affaire ne sera pas bonne.
J'ai l'intention de confier tous me^ ouvrages inédits à M. Quérard , après ma mort, avec partage égal de bénéfices entre lui et mes héritiers ; mais il faut commencer par le commencement. Parmi ces ouvrages inédits se trouve un journal tie ^a vie, par nnlre de dalfs. 2 vol. in-8. Ce journal sera sùrerement un puits d'or pour l'éditeur. Mon histoire y e^^t écrite liepuis mon plus bas âgejus'^u'à ma mort, finale dont voudra bien se charger l'éditeur.
Lorsque M. Quérard aura queli)ue < hose d'important à me couimuniquer, on est sur de me trouver tous les jours, depuis 10 heures jusqu'à 11 heures et 1 /*2 ; la poste au reste est pour toute> les heures.
Prenons ^arde encore qu'il est question de m'emmener dans un château très éloigne, à la fin de ce mois. Si cela arrive, san<« avoir rien commencé, voilà tous n(»8 projets littéraires mis à la renverse. Cherchons donc et commençons, c'est mon dernier mot.
Tarenne de Laval est mort à Paris, le 7 juin 1847, rue Saint-Louisen-l'lle , avec la crainte d'être enterré vivant, étant, ainsi que rétablit la lettre précédente, tombé en léthargie à diverses reprises. Il avait voulu garantir 15 fr. au concierge de sa maison, s*il s'engageait à lui tirer un coup de pistolet dans le cœur avant qu'on ne le déposât dans son cercueil.
Par codicille, Tarenne de Laval avait choisi pour son exécuteur tes-
(1) Celui que nous devions retrouver après sa mort.
(2) C'était celui pour la composition duquel il s'était fait prêtre : ïet Orir ginfB du Christianisme, 3 vol. in-8, avec une carte de la basse Egypte unit a la Palestine, dont nous parlerons plus bas.
(3) Par suite d'une banqueroute vreraÀ>ù«vsAe.
tamentaire le vicomte de Saint-Mars, alors maréchal de camp, secrétaire général de la grande chancellerie de la Légion d'htmneur, et à ce titre, inspecteur des établissements d'instruction de Saint-Denis et de Barbette. Tarenne de L»val laissait au général la somme de 1 6,000 fr., à charge par lui de les dépenser à Timpression de son manuscrit sur les Origines du Christianisme; le môme codicille donnait aussi quelques devoirs à remplir par M. Loquet, maire du 9' arrondissement et député, et chargeait Tauteur de cet article de la partie matérielle du livre et du soiti de lui trouver un éditeur après son impression. Mais le général Saint-Mars, c[ui connaissait le manuscrit, ne voulut point assumer sur sa tète les haines que Tarenne de Laval avait voulu éviter, en faisant imprimer un livre dans lequel Tauteur, ainsi que l'avait fait Tabbé Bergier, présentait le Christianisme comme une religion et le Catholicisme comme un système déplorable. Tarenne de Laval avait combattu ce système à outrance, à travers les temps. Le général Saint- Mars avait jadis rendu des services à l'ancien aumônier ; sa conscience lui fit considérer la somme de 16,000 fr., dont le défunt le faisait dépositaire, comme une restitution, et le manuscrit n'a pas vu et ne verra vraisemblablement jamais le jour. Combien d'ouvrages sont ainsi restés inédiLs par telle ou telle raison objectée, l'auteur n'étant plus là pour défendre sa gloire et les intérêts de ses héritiers. Tarenne de Laval avait travaillé très longtemps à ses Origines du Chrisiionisme et avait pris la détermination de vivre avec une grande sobriété, afin d'économiser les frais d'impression de son livre : ses calculs ont échoué devant de puériles considérations, et la gloire qui devait rejaillir sur son nom a été escamotée. J.-M. Q.
LA BARonmrE barberot de vaitdey.
Il y a quelques années de cela, une ancienne grande dame, chargée d'années et d'infirmités, était réduite, par suite d'adversités, à colporter de portes en portes d'hôtels de petites brochures qu'elle faisait imprimer à de courts intervalles. C'était, à peu près, son unique moyen d'existence. La pauvre dame n'avait pris ce fatigant parti, à l'âge de 75 ans, qu'afin d'écouler au plus vite les produits de sa plume; chaque exemplaire était accompagné d'un billet qu'elle prenait la peine d'écrire, afin d'appeler l'intérêt des propriétaires des hôtels sur sa personne, et ses billets n'étaient pas des circulaires , chacun d'eux présentait une rédaction différente. Le hasard nous fit tomber entre les mains un exemplaire d'une de ses brochures, intitulée Souvenirs du Directoire et de l'Empire; par J."« la baronne de F***; à cet exemplaire était encore joint le billet d'envoi obligé, que nous donnons ici, sans rien changer à l'orthographe.
lIOBtiMir, m C'est bien timidement que jose, dans ki ditonskane» aotafllkt» affiler rattenlion sur un objet si peu digne d^intèrét. Mmt jobé» à une sUah tion qui commande impérieusement.
> Peu de temps avant le 24 fioriir j'avais obtenu une demie boom i lasile royal do la Providence avec la promesse d'une bourse entière à b fro vacance. Mais cette excellente maison ne peut contenir que SO dama; en attendant que Tune délie me précède dans la tombe, j'ai 4ù me loger à mes frais près de ias^ile, payer la demie pension, fournir un troossean, ëe meubles, etc. Pour subvenir à tous ces fraiSt je n avais que mon tranil. Mon &ge de 75 ans, ma vue presque perdue, un bras dont je ne poU plis me servir, ne me laissaient pas le choix des ouvrages. Jai essayé d'écrire on volume de souvenirs que ma position m'a permis de recaeillir. Mais mei souffrances m'ont empêché de Pachever. Ce n'est donc qu'une petite et mauvaise brochure dont le prix est si faible qu'il faudrait en placer un grand nombre à 1 fr. pour y trouver les frais d'impression et une reaaouree. Si vous daignez la garder, veuillez, Monsieur, faire donner des ordres k votre concierge pour qu'il en remette le prix.
> Vous avez peut-être oublié, Monsieur, que vous avez été bien généreux il y a quinze mois pour les Cauieries d'une vieUle femme» mais moi je m'en souviens, et une prière de mon cœur monte au ciel bien souvent pour lei personnes qui ont été alors si bonnes pour moi.
» Recevez, Monsieur, avec bonté, mes sentiments bien reconnaissants, ainsi que l'assurance do ma considération distinguée.
• Baronne de Vellexon (1). ■ 13, chaussée des Martyrs.
La baronne de Vellexon I Ce nom était-il pris pour frapper plus fcnrtement la pitié des personnes auxquelles les brochures de Tauteur étaient adressées? N'était-il que du charlatanisme? Hélas, non! celte signature était vraie. Quelques abonnés aux publications de la baronne,
(1) Voici le billet qu'accompagnait un second exemplaire placé antérieurement au nôtre, el qui prouve la grande facilité qu'avait M"« de Vaudey à varier la dictée do sos demandes.
Monsieur,
« Une affreuse maladie, qui nécessite une opération qui sera très probablement le dernier ode de ma vie, m'a forcé de revenir à Paris, et, obligé de chercher une ressource dans mon travail pour subvenir aux frais de cette opération. Ai^ce de 7,") an«î, ayant la vue presque perdue, ne pouvant pas me servir rie mon bras droit depu's ma maladie, je n avais pas le choix flu travail. J'ai dû essayer décrire avec le secours d'une loupe, un volume de Simvenirs ; mais in( s cruelles souffrances ne m'ont pas permis de le continuer. Ce n'est donc qu'une bien petite et mauvaise brochure dont le prix est si faible que je ne puis y trouver une ressource qu'autant que je |>ourrai5 en placier un assez grand nombre à 1 fr.
• C'e^t plut<M comme bonne action, que comme achat d'un mauvais ouvrage que jose l'offrir.
n Si vous daignez le garder, veuillez en faire remettre le prix chez votre concierge, ou je passerai demain.
» Recevez, ftlonsieur, l'assurance de ma haute considération.
Baronne de Vnxixoif .
2, rue Regnard} près celle de Coti^i^.
mus par le déair de détiwe un doute k sou sujet, avaient été aux renseignements et n*en avaient obtenu que de très satisfaisants sur la respectable et malheureuse dame. Un jour nous causions avec Tun de nos amis (M. Hulleu) des piquants Souvenirs de la baronne: il nous fit remarquer que le peu de particularités données par Tauteur sur sa famille suffisaient pourtant à la faire considérer comme la fille d*un homme qui s'est fait un nom distingué dans Tart de la guerre, le général Le Michaud d'Ârçon; mais le général avait-il eu des enfants? Notre savant et digne ami, M. Cb. Wciss, véritable biographie vivante de tous les Franc-Comtois, à qui nous écrivîmes, ne tarda pas, par la lettre suivante, à confirmer Topinion de M. Hulleu sur Torigine de M— de Vellexon.
« Voici les renseignements que j'ai recueillis surlfi^^da Vellezon, ou plutôt de Vaudey. Vous pouvez compter sur leur exactitude.
• Marie-Aotoine-Elisabeth Le Michaud d'Arçon est née à Besauçoo, le 27 octobre 1773. Elle avait eu deux sœurs, mortes en bas à.!;e. Elle fut mariée le 10 février 1790 à M. Barberot de Vaudey, capitaine de cavalerie au régiment de Royal Bourgogne. Le comte Louis de Narbonne, alors colonel et commandant général des gardes nationales de Franche -Comté, a mis sa signature au bas de son acte de mariage, que j'ai eu sous les yeux, quoiqu'il ne fut pas Tun des témoins indiqués dans l'acte. Le mari de M^^' d'Arçcn était seigneur des terres et baronnies de Vaudey, de VellexoD,etc., et l'un des plus riches particuliers de la province. Il avait plus de 40,000 livres de rente, qui en vaudraient aujourd'hui plus du double, en terres magnifiques, situées dans la partie la plus belle et la plus fertile de la Franche-Comté. Il rejoignit en 1791 l'armée des princes à Coblentz. M°><^ de Vaudey, par le conseil de son père et de son beau-père, fit prononcer un divorce en 1793 ou 1794 pour conserver la fortune de son mari, et elle y réussit. Dans le temps du Directoire, elle alla habiter Paris, où elle ne tarda pas à se faire remarquer par sa beauté, par la distinction de ses manières el par la grâce de son esprit. Aimant le luxe, donnant des fêtes, généreuse jusqu'à la prodigalité, trop condescendante pour son mari, elle eut bientôt dissipé sa fortune , et vous savez le reste.
• Je n'ai jamais vu M°^* de Vaudey, quoiqu'elle ait habité Besançon à diverses époques, pendant plusieurs années, mais j*ai beaucoup entendu parler de son esprit, de sa grâce parfaite ; et, chose remarquable dans une ville comme les nôtres, où l'on n'est rien moins qu'indulgent et charitable, je Tai toujours entendu plaindre et non blâmer. Une personne qui a su que je fai> sais des recherches sur M"*^ de Vaudey m'a communiqué le manuscrit autographe d'un roman de cette dame. Aux ratures dont il est couvert, on voit aisément que c'est un premier jet. L'auteur ne lui a pas donné de titre : mais on pourrait l'intituler Cécile, nom du principal personnage. Je lai lu d'un bout à l'autre. Il est écrit d'un style simple, facile, naturel ; el je crois que, «il eût été imprimé dans le temps, il aurait eu quelque succès. M"»® de Vaudey no se pique point de savoir l'orthographe : mais elle a de l'imagination, de la délicatesse dans les sentiments, et surtout une raison bien remarquable dans une personne si jeune alors et constamment gâtée par son père et son beau-père dont elle était l'idole (1). » Ch. Weiss. »
;1) M. Weiss a été induit «n erreur reUUveiMnt à Tiaieur de ce roman; car Kme de Vaudey n'a pat écrit autre chose que le« trois bTochwtw Ac^ivV tvow^^w\^w\^>».^v\.
Le général Le Michaud d'Arçon, perclus par suite des nuits passées dans les marais, avait été forcé de quitter le service actif, et de se retirer dans ses terres en Franche-Comté. Lorsqu'un ofticier du génie, distinguas Millet-Mureau, fut noouné ministre de la guerre, sous le Directoire, le nouveau ministre sollicita vivement le général de revenir à Paris^ pour présider un comité qu'on venait d'établir au ministère. M"** de Vaudey triompha de la résistance de son père : elle espérait que sa présence à Paris pourrait lui faire crtHenir la radiation de son mari de la liste des émigrés. M">* de Vaudey suivit le général i Paris, et ne tarda pas à se trouver en relation avec toutes les sommités de l'époque. Mais le débraillé du Directoire dégoûta bientôt le père et la fille, qui prirent le parti de retourner à leur campagne, cr Le général fut encore enlevé par le premier consul, qui l'appela i » Paris, et sa fille l'y suivit de nouveau. On formait alors le Sâiat Le » général Le Michaud d'Arçon eut l'honneur (dont lui seul a joui) » d'être présenté par les trois corps, et nommé par conséquent sans » concurrence. Cet honneur n'avait pas été sollicité. Il n'était ccmuiu » personnellement d'aucune des personnes composant ces diflérents » corps. C'était sa réputation qui Tavait fait choisir.
n Bien peu de temps après, le général sénateur obtint la radia- » tion de M. de Vaudey et du comte Louis de Narbonne. Ils arrivèrent w ensemble à Paris » (1); mais la joie de ce retour fut bientôt éteinte: deux jours après, la mort enlevait le .général aux affections de sa Glle, le V' juillet 1800.
M. de Vaudey, plus connu sous le nom de Vellexon, était un dissipateur et un joueur, qui avait dévoré 200,000 fr. de la fortune de sa femme, avant d'aller en émigration, ce qui l'avait fait repousser de sa propre famille. Après sa radiation de la liste des émigrés, qu'il devait à M"« de Vaudey, il continua son même train de vie. M"* de Vaudey possédait encore un très beau patrimoine de famille, la Tuilerie, à Auteuil; cette propriété fut fortement engagée, partie par Tinconduite de son mari, partie parune mauvaise administration. Aussi futon forcé de la vendre, en 1802. Le général Lecouteulx de Canteleu, sénateur, ancien ami du général Le Michaud d'Arçon, et voisin de campagne de la famille qui portait intérêt à M™* de Vaudey, la proposa uu jour à Napoléon pour dame du palais de Joséphine, et elle fut nommée dès le lendemain. M. de Vaudey n'en devint que plus prodigue, tant et si bien que sa femme prit la détermination de se retirer dans une terre, à l'abbaye du Lys, près de Melun, qu'elle avait été assez heureuse d'acquérir des débris de la Tuilerie. Elle donna sa démission, motivée sur ses revers de fortune, à Joséphine qui Taimail beaucoup, cinq mois après son entrée en fonctions, peu avant le couronnement de Napoléon, et alla s'établir dans sa nouvelle propriét;^, qu'elle, grande dame, voulut gérer elle-même. M"'* de Vaudey avait
(V- Souvenird de M"»* la baronne de V**.
amené de Paris de ses anciens domestiques qu'elle avait voulu transformer on valets de ferme : tous étaient paresseux et la volaient à qui mieux mieux. La ruine fut bicniôt consommée. M"* de Vaudey n*eut plus pour ressource que M"'" Le Michaud d'Arçon, sa mère, qui a vécu jusqu'à un âge très avancée : elle alla souvent s'établir près d'elle à Besançon. Mais enfin M°*« d'Arçon mourut, et sa fille tomba dans la pauvreté (1). Sous le règne de Louis-Philippe, M"»de Vaudey jouissait, comme fille d'un ancien général qui avait rendu de grands services à la France, d'une très modique pension, insuffisante pour son existence. Peu avant la révolution de février 1848, elle avait obtenu une demi-bourse pour l'Asile de la Providence, à Montmartre, et c'est pour arriver à se faire l'autre demi-bourse, qu'à l'âge de 75 ans, paralysée et presque aveugle, elle se mit à écrire, au moyen d'une loupe , les trois opuscules que nous avons d'elle. M*"« de Vaudey a supporté ses revers avec une grande force d'âme, ainsi que le prouvent les aveux qui terminent ses Soi/i^^ntr^. « J'ai été riche, dit- » elle, j'ai eu tous les plaisirs que le luxe peut donner; j'ai passé de j) la richesse à la médiocrité , de la médiocrité à la pauvreté, de la 0 pauvreté à la misère. J'ai pu juger les jouissances attachées à 9 chacune de ces quatre positions.
« Me croira-t-on, si je dis que j'ai trouvé dans la dernière des jouis- » sances pour mon âme qui m'avaient été inconnues? J'ai rencontré » des anges qui ont compris mon malheur. J'ai dû à leurs bontés ces » larmes d'attendrissement qui font tant de bien à l'âme, dont le sou- » venir sera toujours doux et consolant pour mon cœur ».
Telle était cette pauvre colporteuse d'il y a quelques années : la fille du général Le Michaud d'Arçon et ancienne dame du palais de l'impératrice Joséphine ! Les derniers vœux de M»"' de Vaudey ont enfin été exaucés; sa bourse ayant été complétée, elle a été reçue, le 8 janvier 1848, au couvent de la Providence, à Montmartre, où elle terminera ses jours à l'abri de toutes les misères qu'elle a éprouvées. Elle est aujourd'hui (août 1856) âgée de 82 ans, aveugle et paralytique I Pauvre dame !
Nous ne connaissons de cette dame que les trois opuscules dont voici les titres, tous imprimés chez Cosson : L Les Causeries (tune vieille femme avec eUe-méme. — La Nouvelle Brinvilliers. — La Fille du sonneur^ épisode de la guerre d* Espagne. — Un Mariage en province. Paris, 1846, in-8 de 240 pages. H. Souvenirs du Directoire et de r Empire; par M"- la baronne de V***. Paris, 1848, in-8 de 90 pages. III. Un Épisode du 24 février 18î8. Paris, 1850, in-8 de 112 pages. Voici un billet d'envoi de ce dernier opuscule qui fait connaître dans quel esprit sont écrits les ouvrages de M"»« de Vaudey. •
(1) Le dissipateur M. de Vaudey n'est mort que le 21 janvier 1833, a Besaoçoo, à la suite d'une attaque d'apoplexie.
Ma.laine.
- Je vous dois bieu des excuses pour cet envoie d'un Êpuode du SI ftvrier. Mes 77 ans n'ont pu en Ciire qu'une mauvaise brochure, malgré riotàél du sujet. Une infirmité du bras droit, qui m'interdit tout autre espèce de travail, ne me laisse (après bien des malheurs) que cette seule et bien fiûble ressource. Autant il est honorable de vivre du produit de ses pensées qoaod elles miMitent que le public s'empresse do les rechercher, autant il est pênibie d'rtre forcée, par leur insignifiance, de les colporter. 11 est des nêceasitéB qu'il faut sulir. Heureuse, si du moins ces brochures pouvaient avoir un pea d'utilité pour ce peuple si abusé, qui a un si grand besoin de leçons d'ordit et de moralité. Si vous avez, Madame, la parfaite bonté de garder cet ezmplaire, il suffira d'en faire remettre le prix par votre concierge* Il sert toujours reçu avec reconnaissance, quelque modique qu'il soit. Même a moitif du franc, auquel je serais heureuse de les placer.
- Veuillez, Madame, - Hccevoir avec bonté l'assurance de ma considérati<« la plus distinguée ainsi que celle de mon respect, • Baronne do Vbllexox, - Au couvent de la i*rovidencêy à Montmartre .
Des trois opuscules de M*"* de Vaudey que nous venons de citer, le plus intéressant et le pins piquant est, sans contredit, ses Sourenin. On doit regretter que l'âge et les infirmités de Fauteur ne lui aient pas permis de leur donn(îr plus d'étendue, car ils ont le mérite, très rare, de n'élrc pas découpés dans d'autres Mémoires de Tépoque. On s'aperçoit bientôt à leur lecture que M"" de Vaudey ne raconte que ce qu'elle a vu et entendu ; mais à la sévérité avec laquelle elle parle de toutes les personnes en scène on reconnaît aussi dans Fancienno dame du palais de l'impératrice Joséphine une femme déplacée daib cette Cour, et regrettant l'ancienne monarchie. Les premières pages de ses Souvrnirs sont consacrés à de courts détails sur sa famille et à ses liaisons à son ari'ivée à Paris, sous le Directoire ; puis viennent des particularités plus ou moins scandaleuses sur quelques hauts personnages de répoqu(î : Barras et M"'- Tallien, la duchesse de Heun enlevant Maya Garât à M"'" de Condorcet, et nous en passons des meilleures. Napoléon, Joséphine et la Cour impériale occupent nécessairement une grande place dans la brochure. L'auteur nous y peint le héros et sa femme dans leur intérieur et dans le monde officiel. Napoléon n'est point llatlé par M'"- de Vaudey. 11 est présenté comme tous les écri\ahis légitimistes se sont plu à le peindre. L'ne notice trfc curieuse sur la vie av(;ntureiise du baron de Géramb , ancien aide de camp de romperciir crAutriche, longtemps trappiste en France, a étt intercalée dans celte brochure qui, est terminée par des réilexions morales sur la course aux richesses et l'éloge de la pauvreté. Dans cette brochuie riclu» en anecdotes, il en est une que nous reproduisons ici parce qu'elle est peu ou ])oinl connue. C'est l'origine du méconlcntenieiii (l- M'Tcau ronire Xapoléon. Nous laissons l'auteur raconter le Faif :
a Jotlpbise, SUIS être belle, était agréable. Sa taille était moyenne et pleine de grâce. Par réminiscence de la Cour de Versailles, le premier consul, qui préludait aux grandeurs de FEmpire, établit, pour le dimanche, une messe à midi, au château, suivie d'une réception. Obligée alors de paraître au grand jour dans une toilette brillante, Joséphine commença dès ce moment de mettre du blanc pour dissimuler son teint de créole un peu jaune. Cette circonstance, en apparence si peu importante, eut pourtant, dans la suite, des conséquences dont peu de personnes ont connu les causes. Un des inconvénients du blanc est de se changer en tache noire, et de disparaître par Teffet de la chaleur et du soleil. M*"* Huleau, belle-mère du général Moreau, qui se trouvait à Plombières en même temps que M">* Bonaparte, vînt |K)ur lui faire une visite au moment même où elle arrivait d'ime promenade à cheval.
» M"** Bonaparte, qui devinait bien Teflet que le grand air et le soleil avaient dû produire sur son teint, ne voulait pas se faire voir ainsi, traversa vivement l'antichambre en tenant son mouchoir sur sa figure, et fit prier M™* Huleau de l'attendre un instant ; mais cet instant s'étant prolongé longtemps, M"' Huleau s'en alla furieuse de ce qu'on lui eût fait faire antichambre chez M"** Bonaparte. De ce moment, elle se brouilla avec elle. On sait combien le général Moreau était faible dans son intérieur, et combien sa belle-mère avait de pouvoir sur lui. C'est de ce moment que date le mécontentement du généra], dont chacun connaît les suites. Les événements de notre vie sont tnen souvent le produit des plus petits hasards » . J.-M. 0-
LETTRES BIBLIOGRAPHIQUES
Au rédacteur du Quér.vru.
Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'énumération que vous avez donnée dans le dernier numéro du Quérard, des écrits pour, contre et sur liarie-Antoinette; Pareilles monographies sont le moyen le plus sûr de faire faire à la bibliographie des progrès réels. Je crois cependant que le catalogue que vous nous offrez, quelque étendu qu'il soit, est susceptible de recevoir encore des additions. Qui est-ce qui pourrait ie flatter d'être parfaitement complet ?
Permettez-moi de vous faire d'abord quelques remarques sur votre catalogue, et d'ajouter des détails fort succincts relatifs à certaines productions que vous faites connaître, erjsuite de vous signaler quelques additions.
N® 2. Maximes et Pensées de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
Cet ouvrage n'est pas à sa place parmi le»^ proc\ucV\c\tv?.^'^\^^^\wv\,
car il n'est point tiré de ses écrits; vous auriez pu citer coomie plus authentique :
a. Lettres de Marie-Antoinette^ reine de France. 1787-89. — Imprimées dans le Musée littéraire du aSiècle».
b. t orrespondance secrète de Marie-Antoinette avec Léopold II, Burke et autre* personnages^ avant et après le voyage de Varennei. -«-Impr. dans la u Revue rétrospective», 2*série^ t. I*', pp. 443-473; tome II, pp. 5, 74.
c. Une édition de la L^^ttre de Marie- Antoinette^ reine de France, à M*** Elisabeth (écrite de la tour du Temple). Paris, Dallut , Coloet, 1827, in-plano d'une Teuille grand-aigle (3 fr., et sur papier vélio,
Imprimée avec des caractères gravés et fondus exprès par J.-M.-P. Dallut.
Cette Lettre a été souvent réimprimée avec le testament de Louis
N^ 7. Amours de Chariot et de Toinette, pièce dérobée à V. (c'està-dire à Versailles). Ajoutons que cet opuscule est en vers, et qu'il a été réimprimé dans un recueil peu édifiant, édité par Mercier de Compiègne : Momus rediv'vus, ou les Satumab s français* s. Latipolis, 2^96 (1796), 2vol. in-i8, t. II, p. 105). L'exemplaire des ^mouri indiqué au catalogue Leber, n*" :2281^ est orné du dessin d*une des estampes qui devaient accompagner ce libelle et qui n'ont jamais pani.
N* 118. Vie privée, libertine et scandaleuse de Marie- Antoinette. Je ne conteste pas l'existence, en ce grand format, de cette édition que je n'ai pas vue ; mais j'en ai rencontré une édition en 3 vol. in-18. Elle est mentionnée d'ailleurs au catalogue Soleinne, n. 3873.
N° 151. Le Cadran de la volupté. Il existe de ce pamphlet obscène une réimpression in-18 faite clandestinement il y a vingt ou vingt-cinq ans et accompagnée de lithographies dignes du texte.
Voici maintenant les additions que je vous engage à faire :
Le catalogue de la bibliothèque de M. Leber (acquise par la ville de Rouen), offre deux productions qui doivent se joindre à celles que voire journal nous signale.
Les Fanloccini, ou les grands comédiens de Marly, intermède dédié au vénérable réverbère (p. 233). Libelle atroce contre la Reine, le comte d'Artois et la duchesse de Polignac.
Adresse de la comtesse de La Motte- Valois à l'Assemblée poitr être déclarée citoyenne active.
Je trouve au catalogue Pixérécourt, publié en 1838, quatre écrite qu'il est à propos d'enregistrer aussi.
Descente de la Dubarry aux enfers, sa réception à la cour de Pluton, par la femme Capet, devenue la furie favorite de Proserpine, caquelage entre les deux catins. Mss.
£nlrelicn entre Henri iV, Louis XVI et Marie-^Antainette. Messe du Saint-Esprit , V Yoccm^cïCk ^w'^^ti^Cédératif, câiébrée
par l'archevêque d' Aix et chantée par l'abbé Maury ; suivie d'Oraiaooa sur le même sujet, par Louis XVI et Marie-Antoinette. 1790, in-8.
Maximes fi Pensées de Louis XV i et d'Anioinette, avec des notes secrètes sur différents grands personnages. Hambourg, et Paris, 1802, in-8. Mieux placées ici parmi les pamphlets que parmi les ouvrages authentiques.
if ■• de Guemenée, sa confidente, reçoit l'aveu des sentiments de Marie-Antoinette pour Lauzun. — Impr. dans la a Revue rétrospective», première série, tome III, p. 315.
Opinion du prince de Ligne sur Marie-- Antoinette. — Amants qui lui ont été attribués. — Passage du mémoire de Lauzûn la concernant. — Impr. dans la «Revue rétrospective», l'* série, t I*', pp. 85-87.
Pdgues {les) de Louis XVI et de Marie- Antoinette^ pénitents convertis.
Louis XVI à Varennes , drame en trois actes et en prose; par H. Millot. Paris, A. André, 1833, in-8.
Marie-Antoinette est Tun des principaux personnages de la pièce.
Nous pourrions ajouter aux écrits dirigés contre Marie-Antoinette ceux qui sont relatifs à M»* de Polignac, tels que son Boudoir ^ son Agonie, sa Confession, son Repentir. On compte une vingtaine de libelles de ce genre, et la Reine y est constamment fort maltraitée.
Agnfez , B***.
Cher bibliographe,
Qu'est-ce que la bibliographie dans un temps où l'on n'aime plus les livres, où Ton ne les connaît pas. où Ton ne veut pas les connaître? Vax clamantis in drsTto, Vous êtes cette voix fidèle et infatigable, voix expirante et tout à l'heure sans écho.
J'ai à cœur, cependant, de vous prouver que je vous écoute au milieu de ma solitude studieuse : je vais faire chorus avec vous pour l'amour de notre chère bibliographie.
Je viens de lire, avec un vif intérêt, les feuillets que vous arrachez à votre Encyclopédie du bibliothécaire, et qui ne seront pas dispersés par les vents comme les oracles de la Sibylle.
Je vous demande la permission de faire quelques additions à votre monographie bibliographique sur Marie-Antoinette. Je me suis aperçu que votre travail et celui de mon ami Gitstave Bruiiet, de Bordeaux (1), avaient subi, dans la mise en pages de l'imprimeur, un peu de désordre, qui fait que les renvois de la table des auteurs dlés ne correspond
(1) Le bibliophile J8c«>b confond ici notre co-rédacteur pour l'article Maiii* Antoinittk, m. Charité Brunet, avorat, chef de bureau au ministère de rintérieur, avec M. GusiaKe Brunet, de Bordeaux, qui, du reste, ainsi qoe le prouve la lettre précédente, a fait des additions k notre article*
plus avec les articles ; cette transposition typographique aerm tmSk i réparer, dans un classement définitif, où vous intercalerez sans doute les ouvrages que je vous indique et dont quelques-uns pourraieni bin avoir été déjà mentionnés par vous-même.
La semonce à la reine, que vous avez indiquée sous le n^ 181, est une pièce fort rare de Camille Desmoulins.
La lettre à la reine, signée Jlf., qui se trouve au n* 165, est de Manuel, l'auteur de la o Police dévoilée ».
En parlant de Y Essai historique sur Marie- AnîoineUe^ quej'ai attribué à Brissot de Warville, d'après le témoignage d'un vieux bouquiniste qui avait mis la main à la publication de ce pamphlet, vous auriei dû rappeler que Bleuet, dans son catalogue Boulard, prétend que l'auteur était Pierre-Étienne-Auguste Goupil, ce qui peut s'entendre de la seconde partie de l'ouvrage de Brissot.
Voici d'autres pamphlets que vous avez omis : Anecdotes sur la reine, ln-8 de 8 p.
Tels gens, tels encens, ln-8 de 27 p.
iscariote de la France (f), ou le Député autrichien. SepU/aàn 1789, in-8 de 16 p.
Confession dernière et testament de Marie^ Antoinette^ vewœ C^^, mise au jour par un sans-culotte. An ii, in-8 de 33 p. Lettres bougrement patriotiques à la reine. In-8. Arrêt de mort rendu par le monarque des enfers contre le rot tt la reine des Français et V Assemblée nationale. De l'imprimerie infernale. ln-8 (1).
Vous avez oublié, parmi les erotica de Marie-Antoinette, deux pièces dramatiques à la de Sade, qui sont bien dignes de Ogurer à côté de V Autrichienne en goguette et du B, national.
Le branle des capucins, ou le mille et unième tour de Marie-Antoinette; petit opéra aristocratico-comico-risible, en 2 acteà. Saînt- Cloud, impr. des clairvoyants, 1791, in-8 de 21 p., Dg. Voy. le catal. Soleinnè, t. 111, n^ 3871.
La journée amoureuse, ou les derniers plaisirs de M...'Ant,... comédie en trois actes, en prose, représentée pour la première fois, au Temple, le 20 août 1792. Au Temple, chez Louis Capet, Tan premier de la Rép., in-18 de 67 p., 3 fig. Catal. Soleinne, n* 3873.
Quel est l'auteur de ces deux turpitudes? Mayeur de Saint-Pâul, Mercier de Compiègne, Mérard de Saint-Just, Restif de la Bretonne? Choisissez.
Il y a une autre infamie qui concerne Marie-Antoinette aussi bien que M"« la duchesse de Polignac. Vous l'avez probablement réservée pour le chapitre de cette dernière :
La Messaline française, ou les Nuits de la duchesse de Pot..., et
'1) Cité sous le no 193 do notre notice.
avfftiurfêmf/Hérfeuses de la pr... tPHén..» et de (a R.\. ; par le compagnon de la faite de la duchesse. (Paris) 1790, in-i8.
Au reste, je serais d'avis de comprendre, dans le chapitre de Marie- Antoinette tous les pamphlets dont M™* de Polignac est Théroïne, et que vous avez sans doute réunis sous le nom de cette amie de la reine : Les intrigues du cabinet de M""* de Polignac; le Boudoir de M'^ la duchesse de Polignac; l'Agonie de M^^de Polignac; Maladie de .W"* de Polignac^ qui a infecté la Cour et Versailles, etc.
Je regrette que vous n*ayez pas rassemblé, en une section particulière, les écrits publiés en faveur de la reine, parmi lesquels je vous signalerai ceux-ci que je ne vois pas dans votre notice :
La Sibylle, ou la façon de voir d'une bonne reine. In-8 de 104 p.
Entrelacements des cœurs français pour l'arrivée de la reine à Paris (par Gautrot). Paris, 1789, in-8 de 8 pages.
Les droits de la femme. A la reine (par Olympe de Gouges). In-8 de 24 p.
Mémoire pour Augeard, secrétaire des commandements de la reine. In-8.
Louis XVI et son épouse vengés. In-8.
Dénonciation du livre portant pour titre : Les crimes des reines de France; par Rocheplate, officier d'infanterie. 1792, in-8.
Oraisons funèbres de Louis XViy de Marie- Antoinette , de Jf~ Elisabeth, de France y sceur de Louis XVI, et de Louis, dauphin de France, prononcées en 1793, 94 et 95, par Tabbé de Vitrac ; suivies de Robespierre aux enfers, poëme héroï-comique. Limoges, 1824, in-8.
Le cri du sentiment^ ou Observations sur les écrits libelles touchant la reine. In-8.
J'ajouterai, aux ouvrages relatifs à la prison et au procès de la reine :
Six journées passées au Temple et autres détails sur la famille royale qui y a été détenue (par Moelle). Paris, Dentu, 1820, in-8 de 80 p.
Marie-Antoinette, reine de France, à la Conciergerie, à madame Elisabeth, hëroïde. Neufchâtel, Fauche-Borel, 1793, in-8 de 24 p.
Le libraire est probablement l'auteur de cette hérolde.
Mémoire adressé à la nation par Marie-Thérèse-Charlotte de Bourbon, fille de Louis XVI; accompagné de notes curieuses sur la prison de Marie-Antoinette. Paris, 1795, in-8.
J'attends le procès de Marie- Antoinette mise au cachot pour tous les crimes de lèse-nation au premier chef. In-8 (1).
Procès de la reine. 11 numéros des Bulletins du tribunal révolutionnaire.
Exécution de Mane- Antoinette. Extrait des «Révolutions de Paris» , de Prudhomme.
I ! Oité s()us le n'» |l>ô donoliv nntire.
Martyre de la reine de France, au ie 16 odobre 1783 (pu lad»valier de Langeac). Paris, Boucher, 1822, in-S de Ai p.
Extrait du a Journal de T Anarchie », ouvrage qui a paru en 1821.
Je n'ai pas sous la main le tome HI de l'excellent Caiaiogae de k Bibliothèque iwptriale, publié par M. Taschereau : je suis sûr qœ vous trouverez beaucoup d'indications de sources nouvelles pour l'histoire de la captivité, du procès et de l'exécution deMarie-Antoinette (i). Le tome 11 de ce catalogue, sur lequel je viens de jeter les yeux, décrit plus d'un ouvrage qui mérite d'être aj< uté à votre nomenclature :
J'y vols, par exemple, diverses histoires de la reine, avec ou sans noms d'auteurs, à placer parmi les éloges de l'auguste victime.
Marie-AntoinfUe^archiducheeee d'Autriche^ reine de France. Paris, Le Fuel, 1814, in-18 de 108 p., avec grav. (2).
Marie-- Antoinette.,. Recueil hietùrtqu^ des principaux écénements arrivés à cette auguete princesse ; par L. de Saint^Uugues. Pajis» Vaaquelin, 1815, in-18 (3).
Marie-Antoinette d: Autriche, reine de France et de Navarre. Préds historique de cette infortunée princesse; par M. de Vouziers [P.^. Moithey]. Paris, Vauquelin, 1815, in-18de 108 p.
Bienfaits (les) et Us malhmrs de Marie- Antoinette d'Autriche, reine de France. Bordeaux, de l'impr. de Fernel, 1816, in-12dc 12 p.
Signé : Jh. Bouvet.
Je me souviens encore d'un simple article de journal, qui fit, à son apparition dans «la Quotidienne » en 1829 , une immense sensation. Cet article de Jules Janin, intitulé : L'-s Cheveux blanrs de la reine, a été réimprimé, je crois, dans un de ses recueils de nouvelles. Il servit de canevas à un poème de M. Jules de Resseguier, et il reparuty en 18i4, dans le «Journal d?s Femmes».
Vous m'attribuez, mon cher bibliographe, un article de journal relatif* à l'affaire du collier; vous avez fait confusion, ayant un souvenir vague d'un certain article publié dans le « Siècle » en 1835, sous ce titre : Evocation d*un fait ténébreux de P Histoire de la R volution française. Cet article, qu'on n^ganle mal à propos ccmime une grave attaque contre la mémoire de la Reine, reparut, en 1839, sous le même titre dans mes Dissertations sur quelqurs points curieux de r Histoire de France, tirées à 50 exemplaires. Je n'ai changé qu'un seul root dans cette réimpression, et ce changement de mot ne permet plus d'amphibologie à l'égard de mon opinion sur l'empoisonnemeut du serrurier Gamani. Vous trouverez plaisant que mon mémoire ait été réimprimé presque tout entier dans le «Louis XVI • d'Alexandre Dumas, qui me nomme très amicalement en noie.
(1) Le catalogue de la Bibtiolhëqiie impériale ost l'ioventaire de ce que posode cet établissement, mais non de (C qui existe.
(2) Cilê sous le no 2-6 de notre noiice.
(3) Cité sous le do 247 de notre noiice.
Puisque j*eû suis aux articles de journaux, je vous prierai de rechercher dans la n Revue de Paris » de 1837 un fragment très imporportaiit des Mémoires inédits du marquis de Paroy, sur Tintérieur des Tuileries avant le 10 ai»ût.
Vous avez eu lort de dire que M. de Soleinne ne possédait pas la tragédie du Mariyre de Marie-Antùinetie tiWutrichf , imprimée à Paris, sous la rubrique d'Amsterdam, en 1794. Je vous renvoie au n*» 2466 du Catalogue, où vous trouverez une note dans laquelle j'atribue cette tragédie à Berthevin plutôt qu'à Aignan, contrairement à ravis de M. de Soleinne (1).
Je m'étonne que vous n'ayez pas cité, à propos de l'affaire du collier : le Mémoire authentique pour servir à V histoire de Caglios- $ro (Strasbourg, 1786, in-8) ; la Vie de Joseph Balsamo , trad. de l'italien (Paris, Onfroy, 1791, in-8, portr.), et d'autres ouvrages sur Cagliostro (2). Pour savoir la vérité au sujet de cette affaire mystérieuse, il feut lire les extraits des Mémoires inédits du feu comte Beugnot, publiés par son fils dans le « Journal des Débats » en 1839. Il y a aussi du neuf dans les Mémoires de Berryer, père du grand Berryer.
Pourquoi n'avez vous pas recueilli les différents écrits ou pamphlets qui attaquent la Reine en attaquant le comte d'Artois, M"*' de Lamballe, etc. ? Je vous recommande surtout les confessions : Confession générale du cardinal de Rohan; Confession générale du comte d'Artms, etc. Les Mémoires historiques de Marie^Thérèse-Louise de Carignan , princesse de Lamballe, par M*"* Guénard , ont autant d'importance pour l'histoire de Marie-Antoinette que pour celle de son amie septembrisée.
11 me semble aussi que vous n'avez pas recueilli tous les hihlots qui se rapportent au joli mannequin de l'affaire du collier : Lettres de la comVsse Valois de La Motte à la Reine. Oxford, in-8 ; Enlè^ vement nocturne de Af"* de La Motte; Conférence entre Af"** de Polignac et Jf*"' la comtesse de La Motte au parc Saint-James; Adresse de la comtesse de La Motte^Valois à V Assemblée pour être déclarée citoyenne active , etc.
Quant aux ouvrages de Marie-Antoinette, à ses lettres si intéressantes au point de vue de l'histoire secrète de la Révolution, je trouve deux imprimés qui vous ont échappé : Lettre de Marie- Antoinette y
(1) Le bibliophile Jacob peut faire erreur, car noos possédons un document autographe de Berthe\in dans lequel il ne reven'hque aucune part dans le Martyre d^ Marie- 4ntoineltê, mais il avoue être Tauteur. en sociêt: avec Aignan, de la Mort df Lon'x XVI, tragédie en trois actes (171^3) qui a été imprimée sous le voile de l'anonyme.
M H a été piblié beaucoup d'écrits relatifs à cet imposteur, Joseph Balsamo, qui avait pri;» le titre de comte de Cagliostro; mdis tous n'ay<int ras un rap|K)rt direct à Taffaire du Cdllior, nous les avons rejetés au nom Bal;iamo de Dotre « Encyclopédie inédite du Bibliothécaire ».
reine de Fremee ei de Nmomrre^ è m maar to prmee»m g/i— itfà.
Paris, Hocquard, in-S de !0 pag.
Lettre de la Reine à r Empereur. Impr. de GransoD, 8 pages.
J'ajouterai que depuis longtemps M. Feuillet de Gonches s*oociipe de récolter çà et là , de Paris à Vienne, toutes les lettres inédites de Marie-Antoinette, pour les publier avec des notes explicatives : il en a plus de 500, la plupart écrites à Tempereur d'Autriche. Qa assure que ce précieux recueil doit paraître sous les auspoes de S. M. Finipératrice Eugénie.
Je m'arrête, car il faut savoir s'arrêter, même en bibliographie, et je me mets à votre disposition p^u ou prou, mon cher biMiograpbe. pour tout ce qui concerne mon état de bibliophile.
Paul Lacmoix , bibliophile Jaoob.
8 août 1856.
Au très érudit M. G. B. sur les Felillets h l*E.ictcijopsdib inédiU
oc BlBUOTHKCAItE.
Monsieur,
Vous VOUS êtes bien souvent enquis de ce que devenait le projet de publication de ÏEnryclo/)édie du Bibliothécaire que vous désireriei voir publiée. Permettez-moi de vous dire aujourd'hui quelques mots au sujet de ce livre.
Je me rappelle avoir autrefois lu dans les Racconfi isioriciy de Vergani, qu'un célèbre artiste de l'antiquité, ayant conçu le projet de produire une œuvre en tout irréprochable, prit la détermination d'exposer son esquisse sur la place publique , avec un écriteau portant prière aux passants de lui signaler, au moyen d'un crayon qui était appendu là, les parties de son œuvre qu'ils trouveraient défectueuses. Chacun souscrivit à ses vœux, jusqu'à un fabricant de chaussures qtii avait trouvé à reprendre à cette partie du chef-d'œuvre.
En publiant dans le Quérard des feuillets de mon Eneifclopiiie projetée, je suis l'exemple d'Apelles. J'expose, au préalable , des fragments de mon livre à la censure des bibliophiles, qui, je l'espère bien, modifieront sa composition uu le corrigeront dans ses détails.
L'Encyclopédie que j'ai annoncée il y a deux ou trois ans doit paraître. On ne travaille pas vingt ans à un grand ouvrage pour en laisser ensuite le manuscrit servir de pâture aux vers. 11 faut même le commencer assez tôt pour pouvoir l'achever soi-même, car la continuation d'un livre par un autre que celui qui l'a conçu est le plus souvent une chose détestable : je suis personnellement payé pour le savoir.
Quel sera le mode de sa publication? Je l'ignore. Si, comme j'en ai eu longtemps l'espoir, le Gouvernement avait compris Timportance de ce livre pour les étudas et qu'il eût eflicacement encouragé cette puhlicM'ioi), il n'y aurait riei\ de chan^ au mode énoncé dans le
propeoUift déjk vieilli. M. Fortoul m'avait asssuré une souscription de 50 exemplaires; mais cette promesse ne m'a été faite que verbalement, et M. Fortoul est mort. 11 faudrait donc recommencer à solliciter, et je n*en ai ni la volonté, ni le temps! Resterait à mettre cette publication en commandite, en actions; la ravaler enfin même avant qu'elle ait un commencement d'exécution. Jamais. C'est un procédé à l'usage des noircisseurs de papier et des industriels littéraires. En Angleterre, l'impression de mon Encyclopédie serait déjà avancée : les bibliophiles se seraient cotisés pour en faire les frais.
Quel que soit l'avenir réservé à mon livre, je ne me prépare pas moins à sa publication prochaine. Je donne et je donnerai fréquem* ment des feuillets de ce livre afm que tous les bibliophiles qui me lisent, et qui ont des spécialités dans leurs bibliothèques, aient occasion de censurer mes monographies. Le numéro de juillet vous porte, Monsieur, celles de Marat et des Siaèi-HoUtein; le prochain donnera k$ Guizoi, et le suivant Chateaubriand: j'aborderai ensuite les na^ tionalités^ puis les mjets qui ne se rattachent point à une grande famille, parce que je ne veux rien scinder.
Autant il peut être pénible à tout autre de recevoir des critiques, autant il me sera agréable, dans l'intérêt de mon livre, que l'on m'en adresse. J'aimerais mieux qu'il n'y eût rien à reprendre, mais Dieu seul crée des perfections. Aussi vous remercié-je beaucoup. Monsieur, des additions que vous avez bien voulu m'adresser pour mes articles Goethe et Marie-Antoimette (1). Je désirerais que tous mes lecteurs vous ressemblassent et vous imitassent : il en résulterait un jour un ouvrage de véritable bibliographie. Vous connaissez tant de choses!
C'est ftvec un profond chagrin que je m'aperçois, après plus de trente ans de perêévérants travaux, que la bibliographie est encore chez nous à l'étal d'enfance. Les dictionnaires, manuels de cette science, que nous possédons, et les catalc^ues, quoique quelques-uns soient rédigés avec soin, ne constituent point un ensemble satisfaisant pour la bibliographie érudite, utile, ensemble que l'on est réduit à former de fragments épars dans une quantité de recueils et de journaux. Les personnes qui réunissent au plus haut degré les choses nécessaires pour la faire sortir des langes, comme l'instruction, le goût et la fortune, préfèrent plutôt disséminer leurs obser-
(f) Et surtout pour celles de Tarticle Marie*Antoinette. V Encyclopédie eu Bibliothécaire doit meotionner une graade quantité de brochures scieotifiques et de circonstance. Où en serais-je? si je ne devais les citer que d*aprà<; des catalogues de ventes, dans lesquels vingt ou trente brochures sont mdiqoées sous un seul numéro, et par un ou dcux des premiers mots du titre, a6n /l'économiser les frais de com()osilion. Quel parti tirer de ces in* dications tronquées, pour la bibliographie surtout, dont un des plus crands mérites est dans une exactitude toute mathématique? J'ai donc bien oesoin que les collectionnears de spécialités viennent à mon secours, et j'en attends pvmi les tuteurs d« Quér&rd,
vations et recherches que d'en constituer on tout propre I servir de giiide à la jeunesse studieuse qui s'élève.
Puisqu'il reste dévolu aux moins forts d'entreprendre des tra^-aai herculéens, les conseils et les lumière-s des autres ne doivent pas être refusés au courage ; je compte donc sur le concours actif de tons les collectionneurs de spécialités, et en particulier sur la continuation de votre savante collaboration pour le monument aux lettres françaises que je veux élever, et dont je pose quelques pierres d'attente par les feuillets qui paraissent dans 9e Quérari.
Agréez, je vous prie , Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération. J.-M. QcÉiAaD.
Paris, ce 15 août 1836.
Vous paraissez. Monsieur, vouloir apporter une grande exactitude dans les intéressantes monographies bibliographiques que viitre journal fournit à ses lecteurs. Notre devoir à nous bibliophiles est de reconnaître votre dévouement et de vous venir en aide dans un labeur si utile pour Tétude de notre Histoire, labeur que vous seul pouviez entreprendre. Perme'tez-moi donc. Monsieur, de vous signaler quelques opuscules sur Charlotte Cordny qui ont échappé à vos patientes investigations, ou qui ont été cités d'une façon imparfaite, tant il est difûcile de tout voir.
Un de vos lecteurs assidus,
M. JOZOII D'EtQUAl.
Lettre (véritable) de Marie-Anne-Charlotte Corday, à Barbaroux, député, réfugié à Caen, rue des Carmes ; autre à son père, pour le consoler de sa mort. Aux })risons de TAbbaye, dans la ci-devant chambre de Brissot, le deuxième jour de la préparation de la paix. Paris, Guilhemat, s. d., in-8 de 8 pag.
Bulletin du tribunal criminel révolutionnaire... n« 71-73. Acte d'accusaiion et inlerrogaioire de Marie- Anne-Charlotte Corday, cidevant dWrmans, prévenue d'as>assinat en la personne de Marat, dépu'é à la Convention nationale (17 juillet 1793). Paris, de Timpr. de Clément, trois numéros de 4 pag. à deux colonnes.
Le n" 73 a un supplément de 4 pages formé des lettres de Charlotte Corday à son père.
Extrait du procès-verbal de la séance tenue en la salle des électeurs par le conseil général du département, les commissaires de toutes les autorités constituées du département et les sections de Paris réunis, du dimanche 21 juillet 1793.... Paris, de Timpr. de Ballard, in-plaoo à trois colonnes.
Contre Charlotte Corday.
Rougyff (Guffroy,!, ou le Franck en vedette. N** 1 à 3. Paris, G.-F. Gaiettj, an I'' (1792), trois numéros in-4 à 2 c(rionnes«
Les trois numéros que je dte de ce journal sont relatifs à Harat et à Charlotte Corday. Cette dernière y est grossièrement injuriée.
Mort (la) de Marat, tragédie en trois actes et en vers, suivie de son apothéose, en un acte et en vers; par Jean-François Barrau. citoyen de Toulouse. Représentée pour la première fois à Toulouse, sur le théâtre de la République, le 15 pluviôse de Tan 11^ de la République française. Toulouse, de Fimpr. du cit. Jean-Florent Baour (1793)^ in-8 de 48 pag.
Charlotte Cordé (sic), dans son cachot. Héroïde. Paris, et se trouve à Rouen, chez les marcb. de nouv., 1797, gi*. in-8 de 19 pag.
En faveur de Charlotte.
Monsieur,
Dans la Biographie des Estienne que vient de publier M. Ambroise- Firmin Didot, il s*est glissé quelques petites erreurs que je crois devoir vous signaler :
Colonne 488, ligne, 16 on lit: « .... Réimpression du NouveauTestameni de 1841 ». — C'est sans doute de 1541 qu'il faut lire.
Colonne 529, ligne 40. on lit : « .... Euripde pour Euripide. »
Cette faute typographique a été déjà relevée par M. Paul Pougin dans un article sur la Notice consacrée aux Estienne par M. Firmin- Ambr. Didct, inséré au a Moniteur», n^'du 3 août. Le critique en la signalant termine par ces mots : Qu'aurait dit Henri Estienne?
Enfm, colonne 500, ligne 19, on lit : u .... Henri Estienne, Vaine de la famille, fut déclaré mineur ei en apprentissage chez les Alde^ à Venise ». — Le manuscrit porte sans doute « .... et mis en apprentissage chez 1rs Alde^ à Venise » .
Un de vos lecteurs assidus et zélé typophile ,
F. Baion.
FEUILLETS DE L'ENCYCLOPÉDIE ifiéftife DU BIBLIOTHBGAlRE(l).